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Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima 2 (Suite)

Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima (JAPON) (Suite). Fondation du District dOkayama
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    Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima (JAPON)
    (Suite).


    Fondation du District dOkayama

    Lhistoire de la religion chrétienne au Japon nous apprend quau XVIe siècle les premiers missionnaires avaient trouvé dans le pays dOkayama des âmes dociles à lappel de la grâce. On ne sait pourtant pas combien il y eut ici de chrétientés établies. La persécution qui anéantit lEglise du Japon en a effacé jusquà la dernière trace. La région dOkayama eut cependant la gloire de donner à Jésus-Christ un des premiers martyrs, saint Jacques Kizaemon (5 février 1597).

    Quand, après la Restauration (1868), les missionnaires de la Société des Missions-Étrangères purent pénétrer de nouveau au Japon et y recommencer la grande uvre de lévangélisation, ils sétablirent tout dabord dans les ports ouverts, où ils attendirent patiemment de pouvoir sintroduire dans lintérieur du pays. La région dOkayama fut la première que la Providence leur ouvrit, et cela, au moyen de la langue française.

    Dans les années qui suivirent la Restauration, une fièvre intense de savoir sempara de la jeunesse japonaise. On étudiait les langues étrangères avec une passion incroyable, et le français était en vogue. Un ancien médecin de la marine française, M. Léon Dury (mort en 1891, consul honoraire du Japon à Marseille), sétablit après 1870 comme professeur de français à Kyôto. Il eut un grand nombre délèves et, ce qui est à léloge du professeur, ses élèves lui restèrent extrêmement attachés. Parmi eux quelques-uns étaient originaires dOkayama. Ceux de leurs amis empêchés daller étudier à Kyôto étaient en assez grand nombre. Avec la belle audace de la jeunesse qui ignore les difficultés, après quelques années dattente, ils résolurent de fonder eux-mêmes une école de français et de se procurer un professeur.

    A cette époque les étrangers vivaient confinés dans les ports ouverts ; on ne leur permettait pas encore de résider dans lintérieur du pays. Pour y voyager, et surtout pour y résider temporairement, il fallait, par lentremise de lambassade, obtenir du gouvernement central, un passeport ad hoc. On ne le donnait que pour des raisons de professorat ou détudes, La raison de prédication nétait pas admise. Les missionnaires, dailleurs, étaient peu nombreux et ne pouvaient guère occuper que les ports ouverts. Les voyages dans lintérieur du pays étaient rares, les moyens de communication lents et difficiles. Dans la partie du Japon qui forme aujourdhui le diocèse dOsaka, seules les trois villes de Kôbe, Osaka et Kyôto avaient un missionnaire en résidence. Quelques années à peine sétaient écoulées depuis que lexil des chrétiens de Nagasaki avait pris fin et il eût été encore difficile dutiliser les passeports, comme on le fit plus tard.

    Vers la fin de 1879, un jeune homme de 27 ans se présenta à Osaka. Le P. Cousin, provicaire, reçut le visiteur et lui demanda : Qui êtes-vous ? Doù venez-vous ? Que voulez-vous ? Celui-ci répondit, donnant son nom et celui de son pays. Il était dOkayama et venait demander un professeur de français pour une école quil se proposait détablir dans cette ville. Il offrait de contracter un engagement pour trois ans, pendant lesquels le missionnaire catholique aurait droit de résidence à Okayama. Avant de lui donner une réponse définitive, le P. Cousin alla voir sur place quelles étaient les garanties présentées par le Japonais ; elles furent jugées suffisantes.

    Mgr Petitjean, supérieur de la Mission, vit dans cette démarche dun payen japonais le doigt de la Providence, se servant de la langue française pour ouvrir la voie à lEvangile dans une province qui avait donné à lEglise lillustre martyr saint Jacques Kizaemon. Cependant la loi de crainte durait encore et il fallait un homme prudent, capable de se concilier les bonnes grâces de tous et de prendre racine dans le pays. Le P. Vasselon fut choisi.

    Ce missionnaire était alors dans toute la vigueur de ses 26 ans. Arrivé au Japon en 1877, il sétait formé à la vie de missionnaire auprès du P. Cousin et, en particulier, il était parvenu à parler le japonais avec une rare perfection. Après quelques pourparlers avec le jeune payen, un contrat de 3 ans fut signé ; ce contrat fut ensuite soumis à lapprobation du préfet dOkayama,, approbation qui fut accordée, dailleurs, sans aucune difficulté. Le P. Vasselon se prépara à se rendre à Okayama. Il était, chez nous, le premier missionnaire à séloigner des ports ouverts pour aller vivre seul dans lintérieur du pays.

    Okayama est à 50 lieues à louest dOsaka. A cette époque, il ny avait pour sy rendre que deux voies ; la voie de terre, longue et fatigante, et la voie de mer. On sembarquait à Osaka sur un petit vapeur partagé en deux compartiments décorés du titre de première et de troisième classe. Cétaient des salles communes où chaque voyageur sinstallait avec sa literie, du mieux quil le pouvait, heureux quand ses compagnons lui laissaient assez de place pour sétendre. Lembarquement avait lieu dans la soirée et, le lendemain matin, au point du jour, le bateau vous déposait à lembouchure de la rivière Asahi-gawa, à un endroit appelé Samban. Deux petites lieues de marche le long de la rivière, et vous arriviez à Okayama. Cétait alors une ville de 60.000 habitants.

    La fête des 26 Martyrs japonais, dont lun est saint Jacques Kizaemon, fut choisie pour lentrée du nouveau missionnaire dans la ville dOkayama. Le P. Cousin résolut daller linstaller lui-même. Le P. Vasselon amenait avec lui F.-X. Miyake, jeune chrétien natif des environs dOkayama, baptisé lannée précédente à Osaka et qui devait servir de catéchiste. Le P. Cousin sétait fait accompagner de son catéchiste, Nohama Yasugorô. Les quatre voyageurs abordèrent à Okayama le matin du 5 février 1880 et prirent possession du pays au nom du divin Maître. Les deux missionnaires célébrèrent la messe des 26 Martyrs dans une modeste chambre. Lassistance se composait des deux catéchistes qui les accompagnaient.

    Le P. Vasselon avait trouvé en arrivant un gîte tout préparé, où lattendait le jeune payen qui lavait engagé comme professeur de français. Cétait une maison située dans la rue Higashi-Nakasange appartenant à un nommé Urakami Kageyuki. Lécole de français y était installée sous le nom pompeux de Hôten-gijuku (caractères chinois, école des devoirs envers le ciel). Ce vocable prenait pour le missionnaire un sens quasi chrétien : mais au fond il navait, pour les payens qui lavaient imaginé, quune signification purement confucéenne. Le nombre des élèves ny dépassa jamais la vingtaine. Ici les jeunes gens changent facilement didée. Pour létude du français en particulier, bien rares sont ceux qui ont le courage daffronter la conjugaison des verbes. Et puis, si le Japonais est un peuple excessivement poli, certains jeunes gens ne cultivaient guère cette vertu. Le P. Vasselon en fit tout de suite lexpérience. Ils lavaient fait venir pour être leur professeur de français ; dès quil fut là, ils le traitèrent comme leur serviteur ; il leur appartenait à toute heure du jour et de la nuit. Il ne lui était pas loisible de faire autre chose que de se tenir à leur disposition pendant les 24 heures de la journée. Le P. Vasselon était la patience même ; pourtant, au bout dun mois, il chercha à louer une maison où il pût être chez lui. Ce fut dans la rue Shimoda-machi, chez un nommé Kanokogi. Fidèle à remplir les conditions de son contrat, le missionnaire se rendait tous les jours au Hôten-gijuku aux heures réglementaires, mais le reste du temps, il voulut être missionnaire, cest à dire héraut de lEvangile. Il commença par mettre laffiche de Mission catholique à lentrée de sa nouvelle maison dhabitation et se mit en devoir de faire connaître la religion aux âmes de bonne volonté. Il ne resta pourtant pas très longtemps dans ce quartier.

    Au mois de novembre de cette même année 1880, il se transporta à Yumi-no-chô, chez un bon vieux nommé Ichimaru Jûraku. Ce vieillard vivait seul dans une maison assez vaste, et il fut heureux den prêter au missionnaire la plus grande partie. Il ne tarda pas, au contact de son locataire, à devenir fervent chrétien et il reçut le baptême à Pâques 1881. Il aimait le P. Vasselon un peu comme son fils, tout en le vénérant comme son Père spirituel, et il était touchant de voir combien continuelles et délicates étaient les attentions de ce bon vieillard pour le prêtre que le bon Dieu avait envoyé sous son toit. Il mourut en 1884, en fidèle enfant de la Sainte-Eglise. Son fils, qui occupait une haute situation à Tôkyô au Ministère de la Guerre, accepta de céder la maison paternelle à la Mission catholique ; le contrat de vente fut signé cette même année 1884. Mais il nous faut revenir un peu en arrière pour ne pas anticiper sur les événements.

    Le P. Vasselon missionnaire. Débarqué à Okayama le 5 février 1880, le P. Vasselon dut attendre le 11 mai de la même année avant davoir la joie de régénérer une âme dans les eaux saintes dut baptême. Cette fête pour le cur du jeune missionnaire, neut rien de solennel : le premier baptisé dOkayama fut un enfant de 2 ans, auquel le sacrement fut administré in articulo mortis. Cet enfant, qui senvola au ciel quelques jours après, était le propre neveu du jeune homme qui avait engagé le P. Vasselon comme professeur de français. Sa famille habitait le village de Katashima, dans la province de Bitchû ; ce premier baptême fut administré, dans le secret, comme il convenait à une nouvelle église encore dans les catacombes.

    Le 18 juillet de la même année, le P. Vasselon administra solennellement le sacrement de baptême à un adulte, dans la ville même dOkayama. Tout en enseignant le français à ses élèves, le missionnaire pensait surtout au salut de leurs âmes et rêvait den faire des enfants de Dieu.

    On a vu quun jeune homme avait servi dinstrument à la Providence pour commencer lévangélisation du pays dOkayama. Il se nommait Nakahara Arinori. Par un sentiment de reconnaissance chrétienne pour le service rendu, la conversion de ce jeune payen était lobjet des vux secrets du P. Vasselon. Il multipliait pour cela prières, mortifications et autres industries de son zèle. Le jeune homme finit par se laisser toucher. Il reçut le baptême le 18 juillet 1880. Navait-il pas déjà son petit neveu en paradis pour lui obtenir les grâces qui font les vaillants chrétiens ? Malheureusement la suite ne répondit pas aux espérances du début, et le Père eut la douleur de voir ce baptisé ne pas persévérer. Aujourdhui Pierre Nakahara Arinori est un vieillard de près de 70 ans ; il vit dans le village de Funao, province de Bitchû ; il est redevenu complètement payen.

    Ainsi quon la déjà dit, le P. Vasselon avait amené avec lui dOsaka un jeune homme, F.-X. Miyake Tashichi, pour lui servir de catéchiste. Il ne tarda pas à lui en adjoindre un second, Paul Kawamoto, également baptisé à Osaka. Enfin en 1885, il en amena un troisième, Jean Yamada Yoshitarô. Ces trois jeunes gens, originaires de la région dOkayama, avaient lavantage de se trouver tout de suite en pays connu. Sous la direction du Père, ils travaillaient à nouer des relations parmi leurs compatriotes pour les amener peu à peu à la connaissance de la vraie religion. Le premier auprès duquel ils réussirent fut un marchand de la ville même dOkayama, Satake, âgé de 44 ans. Il reçut au baptême le nom de Léon. Malheureusement il fut impossible de convertir sa femme et, après le baptême, ce fut la guerre religieuse à la maison. Notre néophyte persévéra quelque temps, mais à la fin il faiblit et retourna au paganisme. Il est mort sans se convertir.

    Le troisième baptisé fut un batelier nommé Kôno, 56 ans. Après son baptême, il entra au service du Père. Mais lui non plus ne persévéra point et au bout dun an il disparut.

    Le 12 décembre 1880, le P. Vasselon eut la consolation de baptiser une famille entière, dont le chef, âgé de 47 ans, Urakami Hotori, reçut le nom de Joseph. Cest le père de notre prêtre indigène, le Père F.-X. Urakami. Avec cette famille commença enfin la série des néophytes fidèles aux promesses de leur baptême. La première année de son séjour à Okayama, le missionnaire administra 14 baptêmes ; la deuxième, 10, et les années suivantes, la moyenne fut généralement de 30.

    Le P. Vasselon était animé dun zèle qui, pour rester caché et ne pas faire de bruit, nen était pas moins réel. Homme dun tempérament froid, cétait surtout un modeste, dont les contemporains connurent peu de chose. Dans le ministère, il eut ses succès et ses peines. Commençons par parler de ses déboires.

    Après le baptême de la famille Urakami, le missionnaire résolut dessayer dimplanter la vraie religion dans le village dAshimori, doù cette famille était originaire. Ashimori est un gros village situé à 5 lieues au nord-ouest dOkayama ; avant la Restauration, cétait la résidence dun petit daimyô. Tout faisait espérer le succès. Le missionnaire y multiplia les visites ; il réussit à y baptiser quelques personnes, mais il ne put jamais y avoir un groupe sérieux de chrétiens. Autant il en baptisa, autant le vent en emporta. Au sud-ouest dOkayama, à quelques lieues et dun accès facile, même à cette époque où nexistaient pas encore les moyens de communication actuels, sétend la vaste presquîle de Kojima, fertile et très peuplé. Le P. Vasselon essaya dy pénétrer dans les villages. Il fit même quelques baptêmes dans un endroit appelé Kataoka : ses succès sarrêtèrent là.. Il essaya encore dans les villages le long de la côte sud-est, sans y rencontrer la moindre consolation. Il fut plus heureux ailleurs.

    Fondation de la chrétienté de Tamashima. A 8 lieues à louest dOkayama, sur les côtes de la mer Intérieure, est une petite ville qui compte aujourdhui 20.000 habitants. Le P. Vasselon fut le premier à y porter lEvangile. Ce fut en 1882. Un nommé Aoki, originaire de cette petite ville, avait reçu le baptême à Kôbe. Rentré dans son pays, il voulut faire connaître la vraie religion à son frère, ainsi quà un de ses amis nommé Marunô. Lun et lautre se laissèrent persuader et écrivirent au P. Vasselon pour lui demander le baptême. Le catéchiste F.-X. Miyake fut envoyé par le Père pour se rendre compte des dispositions de ces néophytes. Puis le missionnaire sy rendit lui-même, et bientôt il eut la joie de régénérer ces braves gens dans les eaux du baptême. Le frère dAoki fut baptisé le 11 juillet 1882 avec ses deux fils ; Marunô, le 5 septembre suivant. Ces premiers chrétiens ont persévéré dans la foi jusquà leur mort. Plus tard, ce fut le P. Mutz qui développa cette chrétienté, comme il sera dit plus loin.

    Fondation de la chrétienté de Oda-Ebara. F.-X. Miyake, catéchiste du P. Vasselon, avait un frère nommé Miyake Manjirô, qui habitait le village de Oda-Ebara, dans la province de Bitchû. Poussé par les exhortations de son cadet, il étudia la religion chrétienne, fut baptisé en 1883, et reçut le nom dEtienne. Le missionnaire fit de nombreuses prédications dans ce village et il eut la consolation dy baptiser plusieurs autres parents de la famille Miyake. Après le départ du P. Vasselon, ce fut surtout le P. Mutz qui travailla dans cette chrétienté.

    Fondation de la chrétienté de Yamanô. Dans la province de Bitchû, non loin de Oda-Ebara, au milieu des montagnes et dun accès assez difficile, se trouve le village de Yamanô. Le P. Vasselon avait engagé comme second catéchiste, un jeune homme baptisé à Osaka et originaire de la province de Bitchû. Disgracié de la nature qui lavait fait boiteux, il était doué dune intelligence très vive et dune éloquence naturelle qui semblait devoir rendre de grands services à lévangélisation : cétait Paul Kawamoto. Son beau-frère, nommé Matsui Shinjirô, habitait précisément ce village de Yamanô. Le P. Vasselon résolut de profiter de ces liens de parenté pour essayer dévangéliser ces montagnards. Il y fit de nombreux voyages, prêchant notre sainte religion. Les réunions avaient lieu chez ce Matsui, qui finalement fut baptisé le 29 janvier 1885. Deux ou trois ans après, un bon nombre de familles avaient suivi son exemple. Le Père, pour simplanter définitivement au milieu de ces montagnes, résolut délever dans ce village une petite chapelle et dy établir un catéchiste à domicile. Paul Kawamoto lui sembla tout désigné et il lui confia la construction de la chapelle. Ces braves montagnards, quoique baptisés, nétaient pas devenus du premier coup parfaits chrétiens et avaient conservé plus dun de leurs défauts naturels. Le Père était trop loin pour les surveiller comme il leût fallu ; ils en profitèrent pour saboter la bâtisse. Le catéchiste, infidèle à son devoir, les laissa faire, sil ne fut pas leur complice. Le jour de la bénédiction de lédifice, consacré à IImmaculée-Conception, il y pleuvait comme dehors ; louvrage était à refaire. Le P. Vasselon remplaça alors Paul Kawamoto par un nouveau catéchiste, J.-B. Suzuki, également originaire de la province de Bitchû, devenu chrétien à Kôbe en 1878. Malheureusement le nouveau venu indisposa tout le monde en faisant abattre la chapelle pour la reconstruire à sa guise, sans attendre les ordres du missionnaire. Après ce début malheureux, Suzuki était devenu impossible : le P. Vasselon léloigna pour le remplacer par son homme de confiance, F.-X. Miyake.

    La chrétienté de Yamanô sest toujours ressentie de ses mauvais débuts. Jamais on ne put réussir à y implanter lesprit chrétien. Elle ne donna guère de consolation au missionnaire, quoique, quelques années plus tard, les PP. Luneau et Mutz sy soient dépensés sans mesure. Le jour où la Mission ne put plus y entretenir un catéchiste à poste fixe, lindifférence gagna les uns et les autres, la chapelle tomba de vétusté, et aujourdhui cette chrétienté ne figure même plus sur létat de la Mission.

    Le P. Vasselon arrivé à Okayama au mois de février 1880, fut rappelé à Osaka en octobre 1885. Quand il quitta le poste quil avait fondé, il avait administré 173 baptêmes. Il mourut évêque dOsaka en 1896.

    Le Père Luneau. Le P. Luneau, mort vicaire général du diocèse dOsaka, lui succéda dans la charge du district dOkayama. Pendant les 11 années (octobre 1885 à novembre 1896) que ce missionnaire passa à Okayama, il administra 836 baptêmes, succès extraordinaire pour le Japon.

    Dès son arrivée, il eut la joie de régénérer dans les eaux du baptême, la vieille mère et la dame du préfet Chisaka Takamasa, avec ses enfants. Son prédécesseur, le P. Vasselon, avait baptisé en 1885, un employé de la préfecture nommé Yamasaki Kyûji. Originaire de Yonezawa, dans la province dUzen, il était venu à Okayama à la suite de son ami et compatriote, le préfet Chisaka, auprès duquel il avait ses entrées libres. Devenu chrétien, il fit connaître la religion dans la famille du préfet. Sa femme, qui avait reçu le baptême en même temps que lui, se fit un devoir dinstruire la dame du préfet. Celui-ci resta à lécart, mais il permit à sa mère, à sa femme et à tous les autres membres de sa famille de recevoir le baptême. Le P. Luneau eut la consolation de le leur administrer le jour de Noël 1885.

    Cet exemple, venu de haut, eut un retentissement énorme dans toute la région, et nombre demployés de la préfecture sempressèrent de le suivre. La fille du préfet, Chisaka Tsuru, qui au baptême avait reçu nom dAgathe et avait 21 ans, fut pendant 3 ou 4 ans une personne exemplaire. Mais, à ce moment, un étranger de Kôbe fit des démarches pour obtenir sa main. Y eut-il quelque imprudence de la part de la jeune fille ? En tout cas, la presse japonaise, qui malheureusement ne respecte guère la vie privée, grossit laffaire outre mesure : on la mit en roman et pièce de théâtre. Il est bien probable quau fond de tout ce bruit, il y avait un essai de chantage. Le préfet dOkayama, pour couper court à tout, renvoya sa fille au pays natal. Cette affaire fut une grosse épreuve pour la famille Chisaka ; malgré tout, la dame du préfet resta toute sa vie fidèle chrétienne. Elle fit une bonne mort, à Tôkyô, où elle avait suivi son mari, nommé en 1896 membre de la Chambre des Pairs.

    Fondation de lEcole des Surs. Agathe Chisaka avait été linstrument providentiel dont le bon Dieu sétait servi pour amener létablissement des Surs à Okayama. Cette jeune fille avait eu loccasion de voir de près les Surs du Saint-Enfant Jésus, à Kôbe, où elles dirigeaient depuis 1877 un orphelinat prospère. Elle voulut à toute force procurer à sa patrie dadoption les bienfaits dune école tenue par ces Religieuses. Avec toute lardeur de ses vingt ans, elle remua ciel et terre pour aboutir. Elle surmonta les difficultés, triompha même des objections des Surs, qui manquaient de sujets et de ressources pécuniaires pour cette nouvelle fondation, et en 1886 elle réussit à les amener à Okayama, où elles établirent la première école de filles du pays.

    Dès leur arrivée les Surs sinstallèrent comme elles purent dans une maison de location et commencèrent une petite école de travaux féminins. Leurs premières élèves furent de jeunes dames et demoiselles. Mais avant la fin de cette même année 1886, la Supérieure, Mère Borgia, réussit à faire lacquisition du terrain que létablissement occupe encore aujourdhui.

    Après lachat, les Surs installèrent leurs uvres scolaires dans les maisons japonaises bâties sur la nouvelle propriété. Malgré les défectuosités du local, lécole du Saint-Rosaire fut vite prospère et compta jusquà 300 élèves, soit dans les cours pour jeunes filles, soit dans lécole primaire qui y était adjointe. Le P. Luneau y donnait des cours de catéchisme deux fois par semaine.

    En 1892 et 1893, lécole fut soumise à une rude épreuve. La rivière Asahi-gawa, rompant par deux fois les digues qui protégeaient la ville, détruisit des quartiers entiers ; le nombre des morts fut considérable. La Mission, lécole des Surs, furent inondées. Les vieilles maisons japonaises qui servaient de salles de classe devinrent de plus en plus inhabitables, et, avec la misère dont souffrait la population, lécole vit diminuer le nombre de ses élèves.

    Mère Saint-André, qui succéda alors à Mère Borgia, neut quune pensée : rebâtir létablissement. Avec un savoir-faire remarquable, elle réussit à réunir les capitaux nécessaires et, en 1899, salles de classe et maison dhabitation des Religieuses étaient sur pied. Létablissement réorganisé sur un nouveau plan, comprenait une école maternelle pour les tout petits, une école primaire et des cours secondaires. Pendant les 4 ou 5 premières années, lécole primaire compta un assez grand nombre de fillettes, mais peu à peu le voisinage des écoles publiques, qui sinstallaient somptueusement, y fit presque le vide. En revanche, lécole maternelle eut toujours autant denfants que le local permettait den recevoir. Lécole secondaire, transformée avec lautorisation du Ministère de lInstruction Publique en lycée de filles (1905) mit plusieurs années à réunir un nombre convenable délèves.

    Pendant ce temps la Mère Saint-André fut rappelée à Dieu après une longue maladie et elle repose dans le cimetière chrétien. Ses obsèques eurent lieu au milieu dun grand concours de ses anciennes élèves et dune foule de payens venus donner ce dernier témoignage de vénération à la Sur qui sétait tant dépensée pour eux.

    La Mère Léa lui succéda en 1910 et eut la consolation de voir chaque année le nombre des jeunes filles du lycée aller en augmentant, si bien que, pour leur faire de la place, il fallut supprimer lune après lautre et lécole primaire et lécole maternelle. Aujourdhui le lycée de filles, placé sous le vocable du Cur Très Pur de Marie (Seishin Kôtô Jogakkô, caractères chinois) compte 340 externes et 40 pensionnaires. Les locaux scolaires sont devenus trop exigus ; il faudrait les agrandir. En attendant, chaque année à la rentrée des classes, on est obligé de refuser un bon nombre délèves, faute de place.

    Cet établissement a formé un certain nombre de bonnes chrétiennes, qui comptent parmi les plus ferventes de la chrétienté. Au commencement, on se montrait assez large pour admettre au baptême les jeunes filles qui le demandaient. On prenait dailleurs toutes les précautions. possibles avant de les baptiser. Mais lexpérience a prouvé que, si les payens accordent facilement à leur filles la permission de recevoir le baptême, malheureusement ils ne tiennent guère compte de ce quexige lEglise catholique au moment du mariage. Malgré tous les changements dans la société japonaise, la condition de la femme y est encore inférieure : elle est la chose de ses parents ; mariée, elle est la chose du mari et même de la famille du mari. La liberté religieuse dépend du caprice des uns et des autres ; bien peu nombreux sont ceux qui la lui accordent.

    Si lécole tenue par les Surs ne procure la conversion quà très peu de leurs élèves, elle nen exerce pas moins une heureuse influence au point de vue catholique. Un certain nombre délèves suivent volontairement le cours de catéchisme que le missionnaire fait à leur intention. Les autres ne sont pas sans retirer de leur fréquentation des Surs pendant 4 ans, au moins lestime de notre sainte religion.

    Ecole de garçons. Pendant que se fondait pour les jeunes filles létablissement des Surs, le P. Luneau songea à installer une uvre similaire pour les garçons. A cette époque, les écoles publiques étaient encore insuffisantes et pauvrement organisées. Justement le P. Luneau avait parmi ses néophytes, un instituteur muni de tous ses diplômes. Il ne restait quà trouver le local scolaire. En 1889, Mgr Midon fit acheter un terrain voisin du couvent des Surs et de la Mission, en vue dy élever une église, dont la construction simposait, tant à cause du délabrement des anciens bâtiments que du nombre croissant des nouveaux chrétiens. En attendant la construction de léglise projetée, le P. Luneau obtint la permission dutiliser pour une école primaire de garçons une partie des maisons japonaises qui occupaient le terrain. Les autorités du département se montrèrent favorables à e projet ; tout semblait promettre le succès. Pourtant cette école, qui avait été placée sous le vocable du saint martyr Jacques, ne réussit point. Jamais le nombre des élèves ny dépassa la vingtaine. Sa clientèle ne se composait que denfants à qui leurs parents cherchaient avant tout à procurer linstruction gratuite. Et puis, en face des écoles publiques, qui avec les années sorganisaient magnifiquement, lécole Saint-Jacques, dans son local de fortune, faisait trop pauvre figure. En 1899, il ne restait que 8 élèves. De plus, les règlements scolaires devenaient de plus en plus onéreux : il fallait sinstaller selon toutes les règles en disparaître. Sinstaller mieux ? létat financier de la Mission ne permettait pas dy songer. Et ainsi, comme pour tant dautres essais de cette époque, le manque de ressources arrêta tout.

    (A suivre) J.-B. DUTHU,
    Miss. dOsaka.

    1923/752-763
    752-763
    Duthu
    Japon
    1923
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