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Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima 1

Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) Au moment où, par lérection canonique du nouveau Vicariat Apostolique de Hiroshima, la partie occidentale de la Mission dOsaka va passer aux RR. PP. Jésuites de la province dAllemagne, il a paru opportun de ne pas laisser disparaître complètement la trace des travaux de nos anciens. Mgr dOsaka, dans le compte-rendu des travaux de lannée 1922, parlant de cet événement, sexprimait ainsi :
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    Le nouveau vicariat apostolique de Hiroshima (Japon)


    Au moment où, par lérection canonique du nouveau Vicariat Apostolique de Hiroshima, la partie occidentale de la Mission dOsaka va passer aux RR. PP. Jésuites de la province dAllemagne, il a paru opportun de ne pas laisser disparaître complètement la trace des travaux de nos anciens.

    Mgr dOsaka, dans le compte-rendu des travaux de lannée 1922, parlant de cet événement, sexprimait ainsi :

    Comme une mère sest attachée à ses enfants dautant plus fortement que ceux-ci lui ont coûté plus de douleurs et de soucis, ce nest pas sans émotion que la Mission dOsaka voit passer en dautres mains ces petites mais intéressantes chrétientés, où tant de bons et zélés missionnaires ont longtemps travaillé en silence, au milieu de difficultés que ne soupçonneront jamais ceux qui ne les ont pas rencontrées eux-mêmes.

    Ces chrétientés ont été fondées presque toutes en un temps où le Japon était loin davoir les facilités de nos jours. Pour les anciens missionnaires, les longs et pénibles voyages, la résidence dans de pauvres maisons japonaises étaient toujours loccasion de durs sacrifices. Sans doute, pour Dieu et les âmes, les missionnaires acceptaient tout de grand cur ; cependant nous ne pouvons oublier que plusieurs de nos confrères y ont trouvé une mort prématurée ou y ont ruiné leur santé. Nous devons leur rendre le témoignage quils ont magnifiquement préparé le terrain et quils y ont jeté à pleines mains la bonne semence.

    Ces lignes traduisent admirablement lidée qui a présidé au travail quon va lire. Lauteur aurait aimé à raconter tout au long lhistoire de chacun des huit postes ou districts que nous passons aux RR. PP. Jésuites. Malheureusement les archives de la Mission sont maigres. Nos anciens travaillaient ; ils ont peu écrit. Et puis, le genre adopté amènerait forcément des redites qui fatigueraient le lecteur. On se contentera donc de raconter plus en détail la monographie des deux postes dOkayama et Yamaguchi, qui sont les deux plus importants du nouveau Vicariat. Cela permet dêtre bref pour les autres.

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    * *

    DISTRICT DOKAYAMA
    (1880-1921)

    Le district dOkayama comprenait primitivement tout le territoire la Préfecture civile du même nom, cest-à-dire les trois provinces de Bizen, Bitchû et Mimasaka, plus la province de Bingo, qui appartient à la préfecture civile de Hiroshima. En 1895, linstallation dun missionnaire à Fukuyama, ville principale de cette province du Bingo, permit de détacher cette région du district dOkayama. Pour la commodité de ladministration des chrétiens, ce missionnaire prit encore la charge des chrétientés de la province de Bitchû, jusquen 1899, époque où fut créé le nouveau district de Tamashima. En 1911, Fukuyama perdit son missionnaire et le district dût être rattaché à celui de Tamashima, situation qui dure encore aujourdhui.

    Du fait de ces changements, le district dOkayama na plus compris que les deux provinces de Bizen et Mimasaka ; celui de Tamashima, les provinces de Bitchû et Bingo. Cela a duré jusquen 1921. La pénurie de missionnaires força alors à réunir de nouveau les quatre provinces en un seul district comme à lorigine.

    Situation géographique. La Préfecture civile dOkayama (caractères chinois, Okayama ken) est bornée, au nord par la préfecture de Shimane (caractères chinois, Shimane ken), à lest par celle de Hyôgo (caractères chinois, Hyôgo ken), à louest par celle de Hiroshima (caractères chinois, Hiroshima ken) et au sud par la Mer Intérieure du Japon. Le territoire de cette préfecture est délimité par celui des anciennes provinces de Bizen (caractères chinois), Bitchû (caractères chinois) et Mimasaka (caractères chinois). Ces noms de province restent toujours dun usage courant. Le Bizen et le Bitchû sont formés principalement par une longue bande de terres en plaine, qui sétendent de lest à louest entre la mer au sud et la chaîne de montagnes au nord. Ces montagnes, dont la direction est du nord-est au sud-ouest, décrivent autour dune dépression comprenant des vallées plus ou moins larges, un vaste cercle qui forme la province de Mimasaka. Ce cercle souvre au sud, pour donner passage aux trois grandes rivières de la région, rivières qui prennent leur source dans le massif montagneux du nord.

    Principales rivières. Ces rivières sont : le Yoshii-gawa caractères chinois) à lest ; lAsahi-gawa caractères chinois) au centre et le Takahashi-gawa(caractères chinois) à louest. Aucune de ces rivières nest navigable. Ce sont plutôt des torrents, nayant quun mince filet deau à la saison sèche, mais qui, aux grandes pluies, roulent des masses deaux furieuses. Elles fournissent leau suffisante pour lirrigation des rizières dans toute la préfecture, grâce à un système admirablement bien conçu de canaux grands et petits. Si les inondations sont toujours un fléau redouté, la sécheresse nest jamais une calamité.

    Climat. Le climat est celui des autres provinces du versant du Pacifique. Durant les mois les plus chauds, juillet, août et septembre, le thermomètre varie de 30 à 37º à lombre. Mais la, chaleur est extrêmement pénible : lair est lourd, toujours chargé dhumidité. Cest une chaleur détuve, tempérée généralement par une brise, qui, de 10 heures du matin à 4 heures du soir, souffle régulièrement du sud-ouest. Les nuits sont toujours étouffantes.

    En hiver, le thermomètre oscille entre 5 et 7º. Presque tous les jours, de forts vents très froids soufflent du nord-ouest. Il neige peu dans les deux provinces de Bizen et de Bitchû ; dans celle de Mimasaka au contraire, la neige tombe abondante et séjourne longtemps. Dans toute la région dOkayama, les froids sont particulièrement pénibles. Cest ce que les gens du pays expriment en disant que le froid monte du sol. Aussi le climat y est réputé mauvais pour les tempéraments prédisposés aux maladies de poitrine et aux rhumatismes.

    Villes principales. Okayama, chef-lieu de la préfecture : cest une ville de 94.000 habitants, doù partent plusieurs lignes de chemin de fer, distante de 9 heures de Shimonoseki et de 3 heures de Kôbe, par train express. Cette ville est bâtie sur le cours inférieur de la rivière Asahi-gawa, au milieu dune vaste plaine fermée au nord par une chaîne de montagnes peu élevées. La rivière partage la ville en deux parties inégales. Les rues sont étroites, mais bien tracées. On prétend que la ville dOkayama fut bâtie primitivement sur le modèle de Kyôto.

    Les autres villes principales de la préfecture sont :

    Tamashima, avec 22.000 h., petit port de mer, assez fréquenté autrefois, mais qui aujourdhui se meurt.

    Kônoshima, 20.000 h., située dans une petite île où des usines de raffineries de zinc ont attiré toute une population.

    Tsuyama, chef-lieu de la province de Mimasaka, 14.000 h., reliée à Okayama par une ligne de chemin de fer.

    Kasaoka, 13.000 h., petit port de mer très commerçant.

    Kurashiki, 13.000 h., ville de filatures, située à une demi-heure de chemin de fer dOkayama.

    La population totale pour toute la préfecture est de 1.217.698 âmes (Recensement de 1919). La très grande majorité des habitants sont des cultivateurs. Les pêcheurs de métier vivant exclusivement de la pêche ne sont que 7.480, tandis quun nombre à peu près égal, 7.856 sont à la fois pêcheurs et cultivateurs.

    Principaux animaux. La faune de la préfecture na rien de remarquable. Cependant la presquîle de Kojima attire les chasseurs de cailles, et un peu partout, on peut tirer le canard sauvage, la bécassine et la poule deau. On trouve aussi beaucoup de lièvres. Dans les montagnes de la province de Mimasaka le faisan abonde et on y trouve aussi des singes, dès sangliers et des cerfs.

    Sur les côtes de la mer Intérieure, on pêche surtout le tai (caractères chinois poisson du genre pagre, vulgairement appelé en France : dorade) et le sawara (caractères chinois Scombremorus niphonium). Sur les côtes, ces deux espèces de poissons vivent en bancs prodigieux. On pêche les premiers au printemps et les seconds à lautomne. Il nest pas rare quun heureux coup de filet en capture 2 ou 3.000 à la fois. Au printemps surtout, une des parties de plaisir favorites de nos Japonais est de se procurer à prix dargent une place sur les bateaux qui se livrent à cette pêche, pour assister de près à ces coups de filet mirobolants. Tout ce poisson est transporté dans la grande ville dOsaka.

    Principales sources de richesse du pays. La culture la plus importante est ici, comme dans le reste du Japon, celle du riz, dont le grain forme un article dexportation. La culture du blé est aussi considérable. Semé en décembre dans les champs doù lon vient denlever le riz et dont on a arrêté lirrigation, le blé est récolté en mai, pour faire à son tour place au riz. De sorte que la plupart des champs donnent deux récoltes : une première récolte de riz et une seconde de blé : froment, seigle ou orge.

    Une autre culture, qui se partage les champs avec le blé pendant la saison froide, est celle du jonc pour la confection des nattes. Ce produit des trois provinces de Bizen, Bitchû et Bingo est très apprécié au Japon. Planté en novembre, on le récolte en juin. Ce jonc est blanchi par une préparation spéciale, puis séché et ensuite tissé en nattes ordinaires pour la consommation locale, ou en longs tapis aux couleurs et aux dessins variés pour être expédiés en Europe ou en Amérique. Le tissage de ces nattes, ou tapis est le travail des femmes à la campagne. Toute maison de paysan possède un ou plusieurs métiers pour cet ouvrage.

    Comme cultures secondaires, il faut citer : les nombreuses espèces de haricots, blancs, noirs, rouges, verts ; les pommes de terre, les daikon (caractères chinois) ou radis géants, les racines de lotus, pousses de bambou, aubergines, choux, carottes et autres légumes. Mais surtout il faut signaler la culture des fruits. Les terrains sablonneux des collines, qui autrement ne produiraient à peu près rien, sont plantés de pêchers ou de poiriers. La pêche dOkayama est renommée par tout le Japon et mérite sa réputation. A la saison, on en expédie des trains entiers, mais les gourmets viennent sen régaler sur place, ce qui est le bon moyen den apprécier toute la saveur.

    Lélevage des vers à soie, autrefois prospère, a disparu ; le climat y est peu favorable dans les deux provinces de Bizen et de Bitchû. Au contraire la province de Mimasaka, plus froide, continue cette industrie. Dans cette dernière province surtout, mais aussi dans les parties montagneuses des deux premières, on élève beaucoup de bufs, dont on exporte à Osaka environ 85.000 têtes par an.

    Okayama et les autres villes un peu importantes de la préfecture comptent chacune une ou plusieurs grandes filatures ou de grandes usines de tissage dont les produits sont surtout écoulés en Chine. La paille de blé récoltée, dans le pays est transformée en tresses pour chapeaux, tresses expédiées jusquen Italie.

    Au point de vue minier, la préfecture est pauvre. Il ny a à signaler quune petite mine de cuivre à Sobie, petit village distant dOkayama de ¾ dheure de chemin de fer.

    Caractère des habitants. Nos Japonais se connaissent admirablement entre eux et se jugent sans la moindre indulgence. Pour rester strictement véridique, marquons ici comment leurs compatriotes qualifient les habitants de cette région.

    La préfecture civile dOkayama est de création récente. Ce nest quune circonscription artificielle. Les anciennes provinces, au contraire, sont des entités qui ont derrière elles une vie et une histoire de plusieurs siècles. Rien détonnant que le caractère, des habitants diffère suivant les diverses contrées.

    Bizen. Au dire de leurs compatriotes, les gens du Bizen sont intelligents et beaux parleurs. Mais, flatteurs devant vous, ils vous dénigreront par derrière. Desprit très ouvert, ils ont la prétention de tout comprendre et de tout essayer. Plus imaginatifs que raisonnables, ils voient les choses en rêve, en grand, sans mesurer la distance qui sépare un projet de sa réalisation. Ajoutons que la douceur du climat les a rendus assez efféminés et que la fertilité du sol, avec la facilité de la vie, favorise chez eux une propension marquée au luxe et à la paresse. Avec cela, passionnés pour les petites coteries, ils sont assez difficiles à gouverner. Mais ce qui, pour le missionnaire, rachète un peu leurs défauts, cest leur esprit religieux et leur grande sociabilité. Le christianisme les intéresse : bien instruits, la foi les saisit et petit à petit les transforme en bons chrétiens.

    Bitchû. Cette province fait suite à la précédente, à louest. Le tempérament des habitants se ressent du voisinage, car on y trouve à peu près les mêmes défauts que dans la province dà-côté. Mais on dit que les gens du Bitchû ont plus de tête. Plus énergiques, hommes et femmes ne craignent pas leur peine. Tenaces, ils deviennent facilement têtus, et trop de présomption les fait souvent échouer dans leurs entreprises. Dun abord facile, ils sont curieux du christianisme et, dès quils lont embrassé, deviennent de bons chrétiens.

    Mimasaka. La province de Mimasaka forme un petit pays enclavé dans les montagnes du nord de la préfecture ; pays placé en dehors des grandes voies de communication, les habitants y sont plus arriérés et plus ancrés dans les superstitions primitives. Dans les deux autres provinces, les centres du culte phallique ne sont pas rares, mais presque partout la police en a fait cacher les symboles. Ici les touristes ne venant guère, ne gênent personne. Le vieux Japon vit encore tel quel dans maint village perdu de ces montagnes.

    On dit les gens de Mimasaka grossiers et âpres au gain. Avec cela, têtus comme des montagnards, ils nécoutent pas les conseils et comptent surtout sur la ruse pour arriver à leurs fins. Cette province est restée jusqu ici à peu près fermée à lévangélisation.

    Bingo. Cette province qui, à louest, fait suite à la province du Bitchû, appartient, au point de vue administratif, à la préfecture civile de Hiroshima. Evangélisée par les missionnaires dOkayama, elle a fait partie de ce district et, à ce titre, doit figurer ici après les trois autres.

    Mince langue de terre entre la mer et la chaîne de montagnes, elle renferme un grand nombre de petites villes, ports naturels sur la Mer Intérieure. Ici les murs sont plus relâchées, même dans les petits villages de la campagne. Les temples bouddhiques sont innombrables, mais les bonzes nont guère moralisé le pays. Les habitants ont lesprit peu ouvert. Plutôt superstitieux que religieux, ils sont difficiles à convertir ; aussi lévangélisation de cette province na donné jusquà ce jour que de maigres résultats.

    Les sectes religieuses dans la préfecture dOkayama. Le shintoïsme et le bouddhisme sont les religions du pays. Comme partout au Japon, ces deux religions nen font quune pratiquement, quoique leurs temples et leurs prêtres soient différents. Le même fidèle, qui adore maintenant les divinités bouddhiques fera, cinq pas plus loin avec une égale ferveur, ses dévotions aux divinités shintoïstes. En matière de religion, il na pas la moindre idée de la vérité objective et, pour les divinités, il croit quon ne saurait en mettre trop de son côté. Aussi fêtes shintoïstes et fêtes bouddhiques réunissent les mêmes adorateurs.

    La population a un tempérament religieux. En veut-on la preuve ? Quon regarde les pagodes si nombreuses, toutes bien entretenues, dans les villes comme dans les villages. Des gens sans religion, il ny en a pas. Dailleurs, il est si facile dêtre bouddhiste ou shintoïste ! Ces cultes nimposent à leurs adeptes aucune pratique déterminée. Nétaient les redevances que chaque famille se fait un devoir de payer au temple des ancêtres, nétaient les fêtes annuelles, occasion de réjouissances pour tout le pays, le lien religieux serait assez lâche. Chaque maison possède un autel domestique, où des dieux multiples voisinent avec les tablettes des défunts. Loffrande rituelle chaque matin, et la veilleuse allumée chaque soir devant cet autel, montrent lexistence de lidée dun monde supra-sensible. Sous des dehors bouddhiques ou shintoïstes, la religion de nos Japonais est en premier lieu le culte des morts. Mais ils ne cherchent pas à savoir quel peut bien être létat de lhomme après la mort. Cela leur importe peu. Ils ne soccupent que du présent : cest dans le présent quils attendent dabord la récompense de leurs vertus et la punition de leurs fautes.

    La préfecture dOkayama compte actuellement (1921) 1.505 temples bouddhiques, desservis par 1.217 bonzes, et 5.118 temples shintoïstes avec 488 kannushi ou prêtres du shintoïsme. Sur ce nombre, la ville dOkayama, chef-lieu de la préfecture, possède 86 temples bouddhiques et 32 shintoïstes. De ces derniers, 5 sont entretenus aux frais du département et 2 aux frais de la municipalité.

    Principaux temples bouddhiques. Le bouddhisme japonais est divisé en douze grandes sectes. Une certaine rivalité règne entre elles, mais elles évitent de se faire la guerre. Sept de ces sectes se partagent lempire religieux de la province ; je ne parlerai ici que des deux plus répandues.

    Nichiren-shû (caractères chinois). La principale et la plus influente dans toute la région, est la secte de Nichiren, ainsi appelée du nom du bonze, son premier fondateur au 13e siècle. On rencontre partout le long des routes de hautes pierres où la ferveur des fidèles a fait graver linvocation particulière à cette secte : Namu myôhô renge kyô (caractères chinois : Vénération au Sutra de la loi mystérieuse de la fleur de lotus). La grande affaire des adeptes est de vociférer, au rythme du tambour, cette invocation pendant des heures et des heures.

    Les habitants du Bizen sont plus particulièrement enrôlés dans cette secte. De là le sobriquet dont on les affuble partout au Japon : Bizen bokke ! ce qui veut dire à peu près les fanatiques du Bizen. On entend signifier par ces termes le fanatisme aveugle, lesprit sauvagement agressif de cette espèce de bouddhistes.

    La secte Nichiren fut implantée dans le pays au commencement du 14e siècle. Cétait lépoque des guerres civiles. Un chef de clan, nommé Matsuda, travaillait à se tailler un fief dans la contrée. Le bonze Myôshi (alias Daigaku dai-sôjô, caractères chinois) sut capter ses bonnes grâces et lui faire construire le temple de Renjôji (caractères chinois) dans la plaine où devaient bientôt sélever le château et la ville dOkayama. Les adeptes se multiplièrent vite ; tout de suite belliqueux, ils partaient à la conquête des autres temples pour les confisquer. Au 16e siècle, un aventurier du nom dUkita Naoie (caractères chinois, 1530-1582) mit fin à la puissance des Matsuda et, pour mieux asseoir son pouvoir, adopta la foi des Nichiren, secte où il fit entrer de gré ou de force la population des deux provinces de Bizen et de Mimasaka.

    Fujufuze. Une sous-secte du Nichiren, appelée Fujufuze (caractères chinois) est particulièrement répandue dans la partie montagneuse du pays. Elle sy est conservée en secret pendant près de 300 ans, en dépit des persécutions des Shôgun, qui lui appliquaient les mêmes interdictions quau christianisme. Ce nest pas quelle ait avec lui la moindre parenté. Son nom signifie ne rien recevoir (de qui nest du Nichiren) ni ne rien donner. Voici lorigine de ce groupe de fanatiques.

    En 1595, le Taikô Toyotomi Hideyoshi, devenu le maître tout puissant du Japon, eut lidée de faire célébrer un service solennel en lhonneur de ses ancêtres. Plus dun millier de bonzes de toutes les sectes devaient y prendre part. Les bonzes du Nichiren, invités comme les autres, furent embarrassés : en effet, Hideyoshi nétant pas fidèle du Nichiren, pouvait-on se rendre à ses désirs ? Le bonze Nichiô soutint la négative. Ne se voyant pas suivi, il se déclara indépendant et courut se cacher dans les forêts de la province de Tamba. Dans sa retraite, il rédigea un mémoire pour exposer ses opinions et le fit présenter à Hideyoshi. Celui-ci y répondit par un décret de bannissement. Son successeur Tokugawa Ieyasu ne réussit pas davantage à calmer lhumeur indomptable de ce bonze, quil finit par bannir dans lîle de Tsushima. Les Shôgun successeurs de Tokugawa Ieyasu traquèrent les adeptes du bonze. La secte disparut, sauf dans les montagnes du Bizen, où elle sest transmise secrètement de père en fils. Son centre est actuellement à Kanagawa, petit village à 5 lieues au nord dOkayama. Depuis 1876, le gouvernement lui a reconnu le droit de vivre en secte séparée. Ce qui distingue ses temples, cest labsence de limmense tronc carré pour recevoir les offrandes des adorateurs, tronc quon voit ailleurs à lentrée de tous les temples.

    Inari-yama (caractères chinois). Les bonzes de la secte Nichiren tiennent un centre de pèlerinage très en vogue dans toute la région, Inari yama, situé à une demi-heure de chemin de fer au nord-ouest dOkayama. Cest un temple shintoïste, entouré dun grand nombre de pagodons, dissimulé dans un pli de terrain au pied de très hautes collines et dépendant du grand temple bouddhique voisin. Le nom ferait croire quon y vénère le dieu du riz, et pourtant il nen est rien. Comme dans tous les temples shintoïstes, le miroir, symbole de la divinité, apparaît seul aux regards. Le dieu est aujourdhui dérobé à la vue des profanes ; cest une de ces pierres féminines-masculines (in-yô-seki caractères chinois) vénérées encore aujourdhui en grand nombre un peu partout au Japon. Ce centre de culte est fréquenté par les gens de murs relâchées et par les paysans, qui viennent sy approvisionner damulettes de toutes sortes.

    Shingon-shû (caractères chinois). Après le Nichiren-shû, la secte bouddhique la plus répandue dans le pays est celle de Shingon. Comparés à ceux de la précédente, ses fidèles sont dhumeur placide ; mais ses temples sont peuplés de divinités aussi peu morales et ses pratiques magiques apparentent ses bonzes aux lamas du Thibet.

    Saidaiji (caractères chinois). Le temple de Saidaiji, fameux dans tout le Japon pour la fête orgiaque qui sy célèbre tous les ans au mois de février, appartient à cette secte. Lendroit comprend un groupe de pagodes où lon adore nombre de divinités, depuis la déesse Kwannon (caractères chinois) jusquau Roi des taureaux (caractères chinois). La solennité est une fête de la fécondité. Ceux qui y prennent part sont complètement nus, en dépit du froid de la saison. La cérémonie commence à minuit. A la fin, le bonze lance au milieu de la foule un bâton sacré dont la possession assure le bonheur à qui sen est emparé. La bataille autour de ce bâton sacré, objet denvie pour des milliers dhommes, est tout ce quon peut imaginer de plus extravagant et de plus sauvage. Il y a trente ans, hommes et femmes mêlés, prenaient part à la bataille. Depuis plusieurs années, la police linterdit au sexe faible.

    Dans la préfecture, il existe une bonne douzaine de temples de la même secte où, à la même saison, se célèbre une fête orgiaque semblable, quoique moins courue. A celle de Saidaiji, on vient de fort loin. Chaque année y compte de 20 à 30 mille pèlerins.

    Temples shintoïstes.Tout ce pays a été un des premiers habités par les peuplades primitives de larchipel japonais. Ces derniers. temps, on y a fait des fouilles fructueuses, qui ont mis au jour des reliques intéressantes des temps préhistoriques.

    Comme il faut sy attendre, la région est riche en légendes ; on y rencontre des temples vénérables par leur antiquité et des croyances populaires transmises directement des lointaines origines. Le bouddhisme sest approprié nombre de vieilles divinités, y découvrant fort à propos autant de manifestations du Bouddha éternel. Le shintoïsme, réduit un peu à la condition de parent pauvre, garde cependant à lui nombre de sanctuaires où sont adorées toutes sortes de divinités. La superstition la plus folle et la magie, avec ses pratiques ridicules ou absurdes, sont la flore vénéneuse qui pullule autour de tous ces dieux.

    Kibitsu-jinja (caractères chinois). Le temple de Kibitsu est le sanctuaire shintoïste le plus ancien et le plus vénéré de toute la région. Il est dédié au héros mythologique Kibitsu Hiko (caractères chinois), à qui la légende attribue le mérite davoir civilisé le pays. En fait, des hautes actions du héros, le peuple se soucie fort peu. La vogue du temple vient de la marmite qui résonne. Cest une vulgaire marmite japonaise à cuire le riz. On ne dit rien de son origine. Mais elle a bien en réalité cette particularité quelle émet un son semblable à celui dune grosse cloche, lorsquon y fait cuire du riz selon des rites appropriés. Suivant le son grave ou aigu quelle produit alors, les prêtres du lieu en tirent une réponse favorable ou non aux demandes des consulteurs de loracle.

    Le shintoïsme est divisé en une douzaine de sectes ayant chacune organisation indépendante. Huit de ces sectes sont répandues dans la préfecture, mais deux dentre elles sont nées dans le pays. Filles du terroir, elles y jouissent dune vogue extraordinaire.

    Kurozumi-kyô (caractères chinois). La première a nom Kurozumi-kyô, ainsi appelée à cause de son fondateur Kurozumi Munetada (1780-1850). La charge de kannushi ou prêtre shintoïste était héréditaire dans sa famille, qui desservait un petit temple shintoïste situé à 3 kilomètres à louest dOkayama. Kurozumi était un intrigant doublé dun illuminé. Un jour de lannée 1814, comme il adorait le soleil levant, il se crut soudain intimement uni à la grande âme de lUnivers. Ce fut là le commencement de la fortune du novateur. Il parvint à se faire des adeptes un peu dans tout le Japon. Le culte du soleil, considéré comme la personnification de la grande âme de lUnivers, sous le nom dAmaterasu (déesse du soleil, ancêtre de la famille impériale du Japon), est la grande dévotion de cette secte. Incantations et amulettes aident le fidèle à se rendre maître de cette âme-là, pour son plus grand profit personnel.

    Konkô-kyô (caractères chinois). La secte précédente est déjà en décadence. Il lui est arrivé linfortune de voir naître, à 7 lieues à louest, une nouvelle religion appelée Konkô-kyô, laquelle a eu vite fait daccaparer toute la popularité pour elle-même. Elle doit son origine à un petit paysan (1853-1883) qui ne savait pas même lire. Tout le long des anciennes routes, dans la province, on rencontre en grand nombre de petites stèles de pierre où sont gravés les deux caractères caractères chinois Konjin (dieu métal), une des divinités de lastrologie chinoise. Vers 1853, notre paysan prétendit avoir reçu des révélations de cette divinité-là et commença à prêcher son culte, promettant à qui lui serait dévot protection contre toutes les calamités. Tout de suite la nouvelle religion compta des milliers dadeptes dans le pays et se propagea rapidement dans le reste du Japon. Tout lengouement dont elle est lobjet de la part des paysans, des petits commerçants, des filles de joie et des agioteurs, na dautre fondement quun quiproquo sur le nom de la divinité, devenue définitivement le dieu de largent. Tous ceux qui sont atteints de la maladie appelés par le poète auri sacra fames espèrent, par leur dévotion, sattirer les faveurs de la divinité incarnée dans ce prestigieux métal.

    Par ce court aperçu de létat religieux du territoire qui forme le district dOkayama, le lecteur se rendra compte des multiples obstacles quy doit nécessairement rencontrer luvre de lévangélisation.

    Sectes chrétiennes Disons un mot de la propagande hérétique, non pas tant à cause des succès quelle a enregistrés, quà cause de la confusion quelle engendre dans les esprits en quête de la vérité.

    Les protestants sont venus sétablir dans la préfecture dOkayama à peu près dans le même temps que lEglise catholique. Le premier ministre arrivé ici appartenait aux Congrégationalistes américains. Depuis les Episcopaliens anglais sont venus, puis les Presbytériens, les Méthodistes, lArmée du Salut, et 2 ou 3 autres sectes américaines plus obscures.

    Les Congrégationalistes disent compter plus de 1.500 adeptes dans préfecture, tandis que chacune des autres sectes ne dépasse pas la centaine. Les Congrégationalistes ont établi une école secondaire de filles qui compte actuellement 600 élèves. Ils entretiennent en outre une école primaire pour les enfants que leur pauvreté empêche daller aux écoles publiques, comptant seulement 24 enfants ; une garderie pour les petits enfants dont les parents passent la journée aux usines, et enfin un dispensaire gratuit pour les pauvres.

    Les Méthodistes ont établi une école maternelle.

    La prédication dans les temples et dans les rues, la diffusion de Bibles et de tracts, mais surtout les leçons danglais aux étudiants forment leurs principaux moyens de propagande.

    Le schisme russe est aussi installé dans une misérable maison, avec un pope japonais. Un moment il eut dassez nombreux adeptes, qui lont quitté depuis pour passer au protestantisme. Il lui en reste actuellement une ou deux dizaines.

    (A suivre) J. B. DUTHU
    Miss. dOsaka.


    1923/672-684
    672-684
    Duthu
    Japon
    1923
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