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Le mariage au Japon

Le mariage au Japon. La civilisation japonaise est une vieille civilisation et les rites matrimoniaux en honneur parmi les Japonais sont dune antiquité fort respectable. A tort ou à raison, le Japon a la réputation davoir changé beaucoup de choses chez lui pour se mieux européaniser. Quoi quil en soit, il est certain quaujourdhui encore, on continue à sy marier selon les mêmes rites quil y a 500 ans, et rien ne fait prévoir quon se dispose à changer quoi que ce soit dans les coutumes matrimoniales.
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    Le mariage au Japon.

    La civilisation japonaise est une vieille civilisation et les rites matrimoniaux en honneur parmi les Japonais sont dune antiquité fort respectable. A tort ou à raison, le Japon a la réputation davoir changé beaucoup de choses chez lui pour se mieux européaniser. Quoi quil en soit, il est certain quaujourdhui encore, on continue à sy marier selon les mêmes rites quil y a 500 ans, et rien ne fait prévoir quon se dispose à changer quoi que ce soit dans les coutumes matrimoniales.

    Le mariage au Japon nest pas, comme en Occident, une affaire de cur, ni une affaire personnelle avant tout. Cest plutôt, dans la majorité des cas au moins, une affaire, un arrangement conclu entre deux familles, affaire et arrangement où la personne des intéressés na voix que secondairement.

    Pour les garçons lâge nubile, de nos jours, est généralement de 25 à 30 ans et, pour les filles, de 16 à 21 ans. Passé cet âge, une fille ne peut plus guère espérer trouver un parti, sinon pour aller remplacer quelque part une première femme déjà disparue. Au Japon, on trouve très peu de vieilles filles, et pas du tout de vieux garçons. Les murs et les coutumes font du mariage un devoir. Ne pas se marier est un crime contre les aïeux, qui réclament une postérité pour perpétuer le culte aux mânes ancestrales et continuer le nom de la famille. La virginité, entendue comme état de vie, est une chose tellement inconnue que la langue japonaise na même pas de mot pour lexprimer.

    Au Japon, le mariage nest peut-être pas assez pris au sérieux ; cest une affaire qui souvent est bâclée trop vite. Mais, conclu à la hâte ou arrangé à loisir, tout mariage exige lobservation dun certain nombre de rites.

    Un Européen, un Américain choisit sa femme lui-même. Au Japon, la coutume veut que ce choix soit confié à un tiers. Quand leurs enfants ont atteint lage nubile, le devoir des parents est de leur chercher un parti convenable. Sils se mettaient en retard, parents et voisins ne manqueraient pas de leur faire sentir quils manquent à tous leurs devoirs. La coutume veut donc que laffaire soit confiée à un entremetteur, cest-à-dire le plus souvent à quelque ami de la famille, personne dun certain âge, qui non seulement négociera laffaire, mais restera toute sa vie pour le jeune couple un mentor, un arbitre écouté dans les difficultés qui pourront plus tard sélever dans le ménage. Cette institution de lentremetteur est déjà plusieurs fois séculaire. Elle est entrée si avant dans les murs, quon ne serait pas censé se marier en tout bien et tout honneur, si, dans laffaire, une tierce personne navait, de fait ou de nom, rempli cet office dentremetteur.

    Une personne qui a accepté de chercher pour une famille un parti sortable ne tarde pas longtemps à présenter ce quil faut. Les deux familles, à qui le projet sourit, courent aux informations et procèdent à une rapide enquête. Si, satisfaites, elles se décident à lalliance, alors pour la première fois les intéressés sont mis au courant et on demande leur avis. Pour quils puissent répondre en connaissance de cause, lentremetteur arrange une première rencontre des futurs époux. Cest ce quon appelle mi-ai caractères chinois, cest le premier des rites matrimoniaux. A cette entrevue, où les deux intéressés se voient pour la première fois, ils peuvent se parler et échanger leurs idées sur lavenir où ils vont sengager ; mais le plus souvent ils ne savent faire autre chose que de parler de banalités. Si les deux intéressés vivaient loin lun de lautre et quune rencontre fût chose difficile, un simple échange de photographies, par les soins de lentremetteur, en tiendrait lieu. La plupart du temps, un pique-nique, une partie de théâtre, une promenade à quelque jardin public ou une visite à un temple en fête où lon est censé se rencontrer comme par hasard, sont loccasion de ces entrevues. Le jeune homme y arrive en compagnie de lentremetteur, tandis que la jeune fille est escortée de sa mère ou de quelque autre membre de sa famille. Tout en buvant des tasses de thé et en grignotant des gâteaux, les deux jeunes gens échangent quelques paroles et lon sen va comme on était venu, chacun se retirant de son côté. Il ne sest encore rien dit de définitif. Cest une fois rentrés chez eux que le jeune homme et la jeune fille donnent leur réponse à leurs parents. Il est bien rare quune jeune personne ait quelque objection personnelle à faire au mariage proposé par ses parents. Ceux-ci trouvant le jeune homme comme il faut, comment oserait-elle penser et dire le contraire ? Elle risquerait de passer pour une fille mal élevée. Lavis du jeune homme compte un peu plus. Cest lui, en définitive, qui décide en dernier ressort. Ses parents, même contrariés dans leurs projets, sont bien obligés de sen remettre à lui. Quoique les cas de mariages conclus malgré la répugnance du jeune homme ne soient pas inconnus, plus généralement cest après avis favorable, au retour de sa première rencontre avec sa future, que la conclusion de laffaire est décidée.

    La question du mariage entre alors dans le second stage, les yuinô caractères chinois ou fiançailles. Ce rite consiste essentiellement dans lenvoi, par la famille du futur, dun certain nombre dobjets fixés par la coutume et dans lacceptation de ces cadeaux par la famille de la jeune fille. Cette formalité accomplie, les deux familles des fiancés nont plus le droit de revenir sur leur engagement. De nos jours, il est vrai, on na plus comme autrefois à craindre de se voir condamné à la bastonnade par les tribunaux : 50 coups pour la partie coupable de sêtre dédite après avoir contracté fiançailles. Cela se passait encore ainsi il y a une soixantaine dannées. Mais il en est resté dans les murs quaujourdhui encore on ne brise pas facilement une promesse de mariage quand on a poussé les choses jusquà léchange des cadeaux qui font les fiançailles. Il faudrait des raisons très graves. Les objets qui composent ces cadeaux de fiançailles sont fixés par la coutume. La plupart nont dautre valeur que le sens conventionnel à eux attaché par un usage plusieurs fois séculaire. Ainsi, par exemple, le récipient peint en rouge contenant quelques litres de vin de riz ou sake caractères chinois est regardé comme le symbole des souhaits de bonheur offerts en cette circonstance.

    Aujourdhui que les difficultés de la vie forcent à être pratique, il nest pas rare de voir des fiançailles se nouer sans que la famille du fiancé ait envoyé aucun des objets fixés par lusage. Pour sauver le principe, on se contente den calligraphier somptueusement la liste sur une belle feuille de papier, en y ajoutant une certaine somme en espèces, 50, 100, 200 yen. Cet argent est censé représenter la valeur des objets marqués sur la liste et servira à augmenter le trousseau de la fiancée.

    Dans les familles riches, un personnage, choisi spécialement pour cette mission, est chargé de présenter les cadeaux de fiançailles à la famille de la future. Dans le peuple, plus généralement, ce soin est laissé à lentremetteur. Cette présentation des cadeaux se fait publiquement. Des porteurs, un bâton passé sur lépaule, les apportent deux à deux jusquau seuil de la maison de la fiancée. Lentremetteur les accompagne pour en faire la présentation selon toutes les règles de létiquette.

    Cette formalité remplie, il ne reste plus quà fixer le jour de la célébration du mariage. Le choix du jour est abandonné à la famille du jeune homme. Les Japonais sont extrêmement superstitieux. Ils ont toute une série de jours fastes ou néfastes, de multiples vaines observances quils nosent laisser de côté et qui les embarrassent dans chacun des actes de leur vie. Les charlatans abondent qui exploitent la crédulité publique : bonzes, sorciers, diseurs de bonne aventure ou tireurs dhoroscopes. Les intellectuels eux-mêmes, quon supposerait devoir rire de toutes ces pratiques enfantines ou saugrenues, sy soumettent sans récriminer pour faire comme les autres. Et puis, le monde invisible est si mystérieux ! On ne peut jamais savoir !

    La veille du jour fixé, on porte chez le futur tout le trousseau de la fiancée. Cela se fait en grande pompe, sous la conduite de lentremetteur. Sil sagit de familles à laise, cest une procession assez longue : car toute famille se pique de faire montre de sa richesse à loccasion du mariage des filles de la maison. Ce nest pas que le trousseau de la fiancée soit étalé à la vue du public. On a trop de goût dans ce pays pour ne savoir pas faire les choses avec une discrétion de bon aloi. Le nombre des effets et la longueur du cortège seuls disent limportance des maisons qui vont sallier.

    Au Japon, quoiquon ne parle pas de dot dans les pourparlers de mariage, une fille à marier est toujours une charge pour ses parents. Dans le menu peuple, on estime 4 à 500 yen absolument nécessaires. Pourtant aujourdhui, dans le peuple comme dans la petite bourgeoisie, on cherche à dépenser le moins possible le jour même du mariage, afin de permettre à la jeune femme dapporter dans le ménage une plus grosse somme dargent. Dans le monde des nouveaux riches, des gros industriels ou des millionnaire, on dépense par dix mille et dix mille yen.

    Le mariage se contracte définitivement par lintroduction solennelle de la fiancée dans la maison de son futur, et par la cérémonie dite San san ku do caractères chinois, cest-à-dire le rite des époux buvant, 3 fois à tour de rôle dans 3 mêmes coupes, en présence de lentremetteur et de quelques autres personnes. Cest le troisième stage.

    Au Japon, une très vieille coutume veut que les mariages soient toujours célébrés à la tombée de la nuit. Au jour fixé, la jeune fille est conduite chez son futur par lentremetteur et sa femme avec un cérémonial particulier. Aujourdhui lautomobile, ou plus simplement la petite voiture pousse-pousse, servent généralement à cet effet ; mais, dans les provinces où lon observe encore les vieux usages, la mariée monte en palanquin. Avant de quitter la maison paternelle, la jeune fille revêt un costume spécial. Elle shabille de blanc, ce qui est la couleur du deuil, signifiant par là quelle meurt à sa propre famille et ne quittera la maison de son époux quà létat de cadavre. Elle est également coiffée dun morceau détoffe de soie de couleur blanche. Cette étoffe blanche figure lantique bonnet de filoselle, autrefois coiffure obligée des dames dans toutes les cérémonies auxquelles elles prenaient part.

    Cest en cette sobre et pâle toilette que la jeune fiancée quitte la maison paternelle. Dans certaines provinces, toute la famille réunie à la porte de la maison lui fait ses adieux en lui criant : Ne reviens pas ta vie durant ! Dans dautres, cest la jeune fille seule qui sécrie mélancoliquement : La prochaine fois que je reviendrai ici, ce sera comme étrangère. Après son départ de la maison paternelle, celle-ci est balayée de fond en comble et purifiée par les mêmes rites ou observances en usage après les enterrements.

    Dès que le cortège de la mariée arrive chez le futur, la jeune fille est introduite par quelque dame de sa parenté, plus souvent par la femme de lentremetteur. Le futur ne parait pas ; seuls quelques membres de la famille viennent la recevoir à lentrée. On la conduit aussitôt dans la salle de mariage, où on lui fait les honneurs de la première place.

    Dans les familles riches, où lon observe tous les détails du rite, une cérémonie de mariage est chose compliquée. A lorigine du mariage au Japon, on trouve un acte religieux, mais purement domestique. Ce côté religieux du rite a disparu déjà depuis plusieurs siècles et le mariage nest plus aujourdhui quune simple cérémonie familiale. Dans les classes aisées, cette cérémonie garde encore un certain caractère solennel, quelque chose de grave et de sérieux, tandis que dans le peuple ce nest plus quune vaine observance, une formalité traditionnelle expédiée en toute hâte.

    En bonne règle, une salle de mariage doit être ornée selon des principes fixés par la tradition. Les ornements ont tous un sens symbolique. Ils expriment aux nouveaux époux ou des souhaits de bonheur, ou des vux de longue vie, ou une nombreuse postérité. Car les Japonais ne conçoivent un mariage heureux que sil amène à la vie un grand nombre denfants, dont les parents puissent jouir jusque dans, lextrême vieillesse. Les principaux ornements dune salle de mariage sont un bouquet composé de quelques branches de sapin, de bambou et de prunier, ou un kakemono caractères chinois représentant ces arbres dont lassemblage symbolise la joie et le bonheur. Des figurines représentant le Philémon et la Baucis du pays, avec des cigognes et des tortues, signifient une très longue vie. Deux vases, contenant le sake ou vin de riz nécessaire à la célébration du rite, sont surmontés de papillons artificiels : ce sont les papillons du ver à soie, symbole de la fécondité.

    Le rite essentiel de la cérémonie du mariage, le San san ku do comme on lappelle, consiste en ce que les deux jeunes époux échangent une série de 3 fois 3 coupes du vin de riz contenu dans les deux vases ornés de papillons artificiels. Ce vin de riz leur est versé par une jeune fille spécialement chargée de ce rôle, ou encore assez souvent par une fillette accompagnée dun petit garçon. La cérémonie le se fait dans lordre suivant :

    a) On remplit de vin de riz deux petits vases surmontés dun emblème en papier représentant lun un papillon mâle, lautre un papillon femelle.
    b) On prend le papillon femelle et on le fixe à la renverse, puis on place sur lui le papillon mâle posé sur ses pattes.
    c) On mélange dans un troisième vase le vin de riz contenu dans les deux petits vases.
    d) Un plateau avec 3 coupes superposées est placé devant lépoux.
    e) Dans la coupe supérieure, la jeune fille ou la fillette lui verse par 3 fois quelques gouttes de vin de riz et par 3 fois le jeune homme la vide.
    f) Vient ensuite le tour de lépouse qui se soumet au même cérémonial.
    g) Cette même coupe est passée à lentremetteur et à sa femme ou à une remplaçante.
    h) Même cérémonial avec la seconde coupe. La différence consiste en ce que lépouse y boit la première, et le mari seulement en second lieu.
    i) La troisième coupe est passée dans le même ordre que la première.

    Lobservation de ce cérémonial du San san ku do est regardée comme essentielle à la célébration régulière du mariage. Cest par ce rite que les époux expriment leur consentement mutuel et que les entremetteurs témoignent que le contrat a été conclu légitimement et en toute honnêteté. Dès que cette cérémonie est accomplie, les nouveaux époux changent de costume pour prendre part au repas de noces. Ils sont ensuite présentés par lentremetteur aux parents et invités, qui les attendent, et chacun échange avec eux une petite coupe de vin de riz. Puis le festin commence, festin plus ou moins plantureux, où la gaieté est le condiment obligé de tous les mets. Au Japon, plutôt que les viandes, le poisson forme le fond de tout festin. Ainsi en est-il au repas de noces : poisson cuit, poisson à toutes les sauces. Le tout est arrosé de nombreuses petites tasses de vin de riz, et les têtes séchauffent vite. Pourtant le festin ne dure au plus que quelques heures. Vers la fin, la femme de lentremetteur conduit les époux à la chambre nuptiale, où, avant de les laisser seuls, elle leur verse encore une dernière coupe de vin.

    Dès le lendemain des noces, la nouvelle mariée commence à exercer son rôle de maîtresse de maison. De bon matin, elle doit faire toilette et être prête à recevoir les compliments et les cadeaux. Car la politesse fait un devoir aux familles de la parenté denvoyer prendre des nouvelles de la jeune femme, et comme, au Japon plus quailleurs, les petits cadeaux entretiennent lamitié, se présenter les mains vides serait manquer de savoir-vivre.

    Enfin le troisième jour après le mariage, le cinquième en certaines provinces, la jeune femme doit faire à la maison paternelle sa première visite de nouvelle mariée. La coutume, qui règle tant de choses au Japon, lui accorde un séjour de 6 jours auprès de ses parents, si sa visite a lieu le troisième jour, de 10 jours, si elle a lieu le cinquième. Elle rentre ensuite définitivement auprès de son mari.

    Ainsi se terminent les divers rites dont lensemble compose le mariage au Japon.

    Une nouveauté, qui depuis quelques années jouit dune certaine vogue, ce sont les mariages religieux, célébrés dans les temples shintoïstes. Sous linfluence du renouveau de la vieille religion nationale, les Japonais, désireux dimiter les mariage chrétiens, ont inventé ce genre de mariages. Le rite essentiel en est la cérémonie du San san ku do accomplie en présence des prêtres shintoïstes dans certains temples dédiés à des divinités qui nouent les alliances. Dans le bouddhisme, les bonzes ont aussi essayé dinstaurer une cérémonie de mariage, mais jusquici le succès a été à peu près nul.

    J.-B. DUTHU,
    Missionnaire dOsaka.

    1926/146-154
    146-154
    Duthu
    Japon
    1926
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