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Le lion, Symbole de la primauté

Le lion, Symbole de la primauté.
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    Le lion, Symbole de la primauté.

    Avant-propos. — Les lecteurs du Bulletin s’étonneront peut-être de voir tout un article consacré à un caractère chinois dont ils connaissent déjà l’essentiel, c’est-à-dire, son tracé primitif, son sens premier et son symbolisme originel. Qu’ils veuillent bien m’excuser ; je n’ai pas pu résister à la tentation de reprendre et d’expliquer à fond une lettre qui n’a été traitée qu’en passant. Pour légitimer l’étude que j’entreprends d’écrire, bien des raisons pourraient être invoquées ; il suffira d’en retenir les deux principales. La première est que les formes anciennes du caractère disposées méthodiquement à partir de la figure primitive jusqu’à la lettre actuelle, font comprendre d’une manière lumineuse et convaincante comment les caractères modernes, malgré toute leur complication apparente, ne sont, la plupart du temps, que des déformations de figures primitives extrêmement simples. Il suffit de parcourir d’un seul coup d’œil les tracés successifs du caractère (caractères chinois) sẽ pour voir comment, par une suite de dégradations ininterrompues sans transition brusque, la forme primitive est devenue la lettre actuelle.

    Les commentateurs chinois, et malheureusement les Européens les ont que trop suivis, distinguent dans le caractère (caractères chinois) sẽ jusqu’à trois éléments différents : l’élément — ĩ, un, Premier, l’élément kĩn, bonnet, qu’ils lisent aussi, on ne voit pas trop pourquoi, drapeau ! enfin l’élément (caractères chinois), auquel ils donnent le nom de toui et le sens de ville. En réunissant ces différents sens, ils interprètent : la ville la Première bannière, c’est-à-dire la capitale. C’est là une explication si pauvre qu’il vaut mieux ne pas insister. Que les lecteurs examinent d’un coup d’œil les formes antiques disposées dans le tableau, ils verront qu’il s’est produit là un phénomène manifeste désagrégation : une tête qui peu à peu s’est détachée du corps est tombée par terre. Il fallait, avant tout, que le commentateur se saisît de cette tête et la replaçât sur les épaules du lion ; ce n’était pas malin, mais… il fallait y penser.

    La seconde raison qui milite en faveur de ces pages est que le lion est, dans l’écriture chinoise, le symbole de la primauté, de la prééminence d’honneur et d’autorité et que ce symbolisme se retrouve de la façon la plus évidente dans nos Saintes Ecritures. Si je ne me trompe, il n’avait pas encore été observé ; tout au moins Vigouroux et Crampon n’en parlent pas. Je suis heureux d’avoir pu, grâce à l’étude des caractères chinois, découvrir ce symbolisme et je me fais un devoir de le signaler aux spécialistes en Ecriture-Sainte.

    Explication des formes antiques. — Les deux premières formes, reproduites dans le tableau des “antiques” du caractère (caractères chinois) sẽ, sont des hiéroglyphes égyptiens ; la première est un hiéroglyphe proprement dit et la seconde sa réduction linéaire. La troisième pire est chinoise, elle n’est peut-être pas la forme tout à fait primitive du caractère sẽ, mais, du moins, elle en est très voisine. Si on la compare avec les hiéroglyphes précédents, on sera bien obligé d’admettre que les Egyptiens étaient fort habiles dans l’art du dessin et que, au point de vue du tracé, les formes antiques chinoises ne peuvent lutter avec les hiéroglyphes. Il n’en reste pas moins vrai que la forme primitive chinoise est suffisamment claire par elle-même : une tête faisant suite à un corps filiforme, lequel est terminé par une queue et supporté par quatre pattes. Certains diront peut-être que cette figure est par elle-même apte à représenter n’importe quel quadrupède et qu’on ne voit pas bien en quoi elle ressemble à un lion plutôt qu’à un tigre ou à un chien. Il est assez facile de répondre à cette objection. Il est vrai que notre primitive est d’une forme assez vague, mais, il ne faut pas perdre de vue qu’il est ici question d’écriture et non pas de dessin. Une écriture, même figurative, doit nécessairement être simple et rapide. Notre dessin primitif n’a avec le lion qu’une ressemblance fort éloignée, c’est vrai, mais il faut faire la part des conventions. Tout informe qu’elle est, cette lettre n’en était pas moins très facilement comprise, car il était entendu qu’on la réservait pour représenter le lion. Quant aux autres quadrupèdes, quoique ayant, comme le lion, une tête, une queue et quatre pattes, ils étaient dessinés, je l’ai dit ailleurs, dans une position particulière, qui les faisait distinguer à première vue. D’ailleurs, si on veut lui comparer les formes hiéroglyphiques égyptiennes, ce n’est pas la première figure qu’il faut lui opposer : celle-là a été gravée dans la pierre tout à loisir par un professionnel et non pas par un écrivain. Ce n’est même pas sa réduction linéaire qu’il faut prendre, mais bien le tracé hiératique, et celui-là est bien autrement informe qu’aucune des variantes anciennes de notre caractère (caractères chinois) sẽ. On peut même dire que notre forme primitive, reproduite en troisième place du tableau, est bien moins la figure du lion que son symbole. Quoiqu’il en soit, il n’y a pas ici d’erreur possible, c’est bien le lion que cette forme prétend représenter : le caractère (caractères chinois) sẽ symbolise la primauté et, seul, parmi les quadrupèdes, le lion, en sa qualité de “roi des animaux”, est apte à exprimer ce symbolisme. Par ailleurs le caractère (caractères chinois) sẽ, sous lequel a été trouvé notre primitive, signifie “lion”. Les critiques les plus exigeants seront forcés de se rendre à l’évidence.

    La quatrième forme du tableau peut servir comme de trait d’union entre les “antiques” de et ceux de (caractères chinois) sẽ et ce de (caractères chinois) lông, qui pour les Chinois est un animal fantastique et que les Européens ont traduit par “dragon”. En réalité, dans ce “dragon” il faut voir un lion (radical indo-germanique “lông”; en latin leo, en grec leon, etc., etc..)

    A partir de la cinquième variante, le phénomène de perversion se manifeste : la tête du lion s’est détachée du corps et a changé d’aspect ; le corps lui-même s’est déjeté et l’une des pattes a disparu. La désagrégation ne fait ensuite que s’accentuer et, à partir de la neuvième figure, la tête, complètement séparée du tronc, vient se poser de champ aux pieds de l’animal. Si vermoulu, si délabré, si disloqué soit-il, c’est toujours un lion, et nous sommes loin de la “ville de la première bannière”. En passant, j’attire l’attention des lecteurs sur l’élément droit de la dixième variante : il y a une assez forte probabilité que cet élément, qui ne signifie rien par lui-même, a été usurpé pour constituer un caractère nouveau : le caractère (caractères chinois) “marché”. Il faut ici faire remarquer que le lion, que nous appelons sẽ, s’appelle dans tout le nord de la Chine chẽ (Voir les dictionnaires de Debesse, Wieger, Couvreur, Commercial Press).

    Enfin, à toutes les formes égyptiennes ou chinoises que nous avons reproduites dans un tableau, on aurait pu ajouter le symbole moderne de la constellation du Lion (caractères chinois) et lui comparer les variantes de la lettre (caractères chinois) sé “quatre”, issues, nous l’avons vu ailleurs, du caractère (caractères chinois) sẽ (la tête du lion).

    Le symbolisme du Lion. — Les Européens disent du lion qu’il est le roi des animaux ; ce titre lui convient, paraît-il, à cause de son port fier et de son regard imposant. Dans l’écriture chinoise ce n’est pas le lion qui est le symbole de la royauté, c’est l’abeille (caractères chinois Kiũn “prince”). Aux yeux des Chinois le lion est bien moins le roi des animaux que leur chef, (caractères chinois) chéou tsõng ; en effet, le deuxième caractère, tout au moins quant à sa phonétique, semble signifier plutôt “sommet, tête, chef”. C’est à ce titre que le lion est devenu dans l’écriture chinoise le symbole de la primauté et de la prééminence d’honneur et d’autorité. Ce symbolisme est absolument certain. Il suffit, pour s’en convaincre, d’étudier à la suite les différents sens que le dictionnaire (classique ou populaire attribue au caractère (caractères chinois) sẽ, en même temps que les nombreuses expressions où il entre en composition. Que les lecteurs non chinois veuillent bien excuser cette leçon d’une langue qui leur est étrangère ; elle est nécessaire, car, sans elle, ce travail n’aurait pas de base scientifique.

    1º — Le qualificatif de “vieux lion”, c’est-à-dire “vieux chef, vieux maître”, se donnait jadis à tous les maîtres d’école ou même, par extension, à toute personne de qualité. L’expression n’est pas encore complètement tombée en désuétude et elle s’emploie toujours dans les campagnes. Quel est le missionnaire qui ne s’est pas entendu appelé (caractères chinois) lào sẽ “vieux lion” ? Autrefois les précepteurs impériaux portaient également le titre de (caractères chinois) sẽ “lion, chef, maître” ; il y avait le (caractères chinois) t’ái sẽ “le grand précepteur”, et le (caractères chinois) cháo sẽ” le précepteur en second”. Enfin, avant la République Chinoise, il existait dans chaque sous-préfecture un petit fonctionnaire qui était chargé de la surveillance des écoles et était comme le chef de la corporation des lettrés. On l’appelait (caractères chinois) Hiõ lào sẽ, litt. “le vieux lion (maître) des écoles”. Aujourd’hui une école normale primaire ou supérieure porte le nom de (caractères chinois) sẽ fán hiõ hiáo, parce qu’on y forme (caractères chinois fán “règle, norme”) les futurs maîtres d’école (caractères chinois sẽ).

    2º — Le (caractères chinois) sẽ fóu est, par rapport à un apprenti, son patron ou plutôt l’ouvrier qui a accepté de le prendre avec lui pour l’initier au métier. “Se jeter au lion”, (caractères chinois) t’êou sẽ, ou encore “saluer le lion” (caractères chinois) pái sẽ, c’est entrer en apprentissage. “Sortir du lion” (caractères chinois) tch’õu sẽ ou encore “remplir le lion (caractères chinois) màn sẽ, c’est finir son apprentissage. Les ouvriers eux-mêmes honorent de ce qualificatif “lion” leur chef d’équipe ; nous avons ainsi le (caractères chinois) mõu tsiáng sẽ le chef d’une équipe de menuisiers, qu’on appelle plus couramment le (caractères chinois) tchàng mẽ sẽ, litt. “le lion qui tient l’encre à la main”, c’est-à-dire le chef qui manie la corde à encrer. L’épouse elle-même participe aux honneurs de son mari et les ouvriers lui donnent du (caractères chinois) sẽ niâng, litt. “la mère lionne”. Nous avons encore le (caractères chinois) kiáo sẽ “le maître d’armes” (expression vieillie) ; le (caractères chinois) Chén sẽ, expression chrétienne qui désigne le Docteur de l’Eglise (litt. le saint lion, le saint maître) ; le (caractères chinois) Kõng tch’ên sẽ, expression moderne qui désigne l’ingénieur, litt. “le chef des travaux”. Le mécanicien-ajusteur ou électricien se nomme (caractères chinois) Kí sẽ, litt. “chef d’adresse” ; le mécanicien d’une machine à vapeur s’appelle (caractères chinois) Sẽ kĩ, litt, “celui qui préside à la machine”, et son chauffeur se nomme (caractères chinois) Fò fõu “l’homme-feu”.

    3º — Les dieux qui présidaient autrefois au vent et à la pluie se désignaient sous les noms de (caractères chinois) fõng sẽ le chef du vent, et de (caractères chinois) Fò fõu sẽ le chef de la pluie.

    4º — La capitale d’une nation est, assez rarement cependant, appelée (caractères chinois) Kin sẽ, parce qu’elle est la métropole et qu’elle l’emporte en dignité et en autorité sur toutes les autres villes.

    5º — Aujourd’hui le mot (caractères chinois) sẽ est très employé pour traduire le mot européen “division” (militaire) ; deux régiments (caractères chinois t’ouân) forment une brigade (lù); deux brigades forment une division (caractères chinois sẽ) ; deux divisions forment un corps d’armée (caractères chinois kiũn); deux ou plusieurs corps d’armée forment un groupe (caractères chinois kiũn t’oûan etc.. Il est inutile de dire que le caractère (caractères chinois sẽ) ; a reçu ici une signification toute nouvelle, Anciennement il signifiait plutôt armée et à ce titre il entre dans une foule d’expressions qui, si anciennes soient-elles, n’en continuent pas moins à être employées dans le style journalistique et même dans la bouche d’un monsieur qui sait parler. Voici quelques-unes de ces expressions : (caractères chinois) ché sẽ “haranguer les troupes” ; (caractères chinois) tch’õu sẽ “lancer son armée en avant” (entrer en guerre) ; (caractères chinois) pãn sẽ “retirer ses troupes” ; (caractères chinois) hoúi sẽ “réunir son armée” ; (caractères chinois tsĩ sẽ “concentrer son armée”. Il ne faut pas perdre de vue que toutes ces expressions ont été empruntées à la littérature ancienne ; pour en bien saisir le sens et la portée étymologique, il faut essayer de nous libérer de l’emprise de nos idées modernes. Quand, dans une de ces expressions, il est question d’armée, n’allons pas aussitôt nous représenter dans notre esprit une armée contemporaine, une armée napoléonienne ou de la 1ère République. Pour rester dans le vrai, il nous faudra plutôt nous figurer une armée européenne du Moyen-Age, une armée du temps des Croisades. Quand un roi de France, comme Philippe-Auguste ou Saint Louis, avait à se plaindre de son cousin le roi d’Angleterre ou s’impatientait contre un comte de Flandre, que pouvait-il faire, puisqu’il n’avait point d’armée permanente ? Il appelait ses vassaux, ses barons, il leur expliquait les causes de la querelle, il leur démontrait les avantages de la campagne et, quand il avait réussi à les convaincre et à s’assurer de leur coopération, il les lançait en avant. Armée ? Oui, si on peut appeler de ce nom une cohue de chefs féodaux, suivis de leurs écuyers et de leurs hommes d’armes et n’en faisant guère qu’à leur tête. C’est ainsi qu’on a pu dire justement qu’à la bataille de Courtrai (1302) les seigneurs français furent vaincus par les bourgeois flamands. Les empereurs de Chine, pas plus que les rois de France du Moyen-Age, n’avaient d’armée régulière. Quand ils avaient à s’opposer aux incursions des Huns, des Mongols, des Tartares, ou encore à punir un feudataire récalcitrant, ils n’avaient d’autre ressource que de faire appel à leurs vassaux, à tous ces chefs féodaux qui, sous leur dépendance nominale, étaient les vrais maîtres du pays. Avant d’entrer en guerre ils faisaient comme les rois de France ; ils réunissaient leurs ducs, marquis, comtes et barons ou, pour mieux dire, leurs (caractères chinois) kõng, leurs heôu, leurs (caractères chinois) pẽ, leurs (caractères chinois) tsè, les (caractères chinois) lân, ils les haranguaient, etc.. On voit par là que sous le nom de (caractères chinois) sẽ, c’est bien moins le sens d’armée permanente ou de troupes régulières qu’il faut entendre que le sens de chefs, de seigneurs. Quand nous disons réunir, concentrer, haranguer, lancer, retirer ses troupes, il faut entendre par là réunir, concentrer, haranguer, lancer, retirer les “lions”, c’est-à-dire “les chef féodaux, les seigneurs”.

    La prophétie de Jacob. — Si je ne me trompe, c’est dans la prophétie de Jacob qu’on rencontre, pour la première fois dans nos Saintes Ecritures, l’application pratique de ce symbolisme du lion, que nous venons de découvrir. Il ne faut pas se faire scrupule de rapporter ici tout le passage qui nous intéresse. Je donne la traduction de ou d’après Crampon (Genèse, chap. XLIX, vers. 1 et suiv.).

    “Jacob appela ses fils et leur dit: “Rassemblez-vous et je vous annoncerai ce qui vous arrivera à la fin des jours”.

    “Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob ;
    Ecoutez Israël, votre père.
    Ruben, toi, mon premier-né
    Ma force, et le premier fruit de ma vigueur,
    Supérieur en dignité et supérieur en puissance,
    Tu as bouillonné comme l’eau ; tu n’auras pas la prééminence,
    Car tu es monté sur la couche de ton père.

    Le texte est on ne peut plus clair. A Ruben, en sa qualité d’aîné, revenait avec toutes les prérogatives du droit d’aînesse, la primauté d’honneur et d’autorité. A cause d’un crime honteux (Gen. XXXV, 22) il en est privé ; il n’aura pas la prééminence. De fait la tribu de Ruben fut sans importance en Israël.

    “Siméon et Levi sont frères ;
    Leurs glaives sont des instruments de violence.
    Que mon âme n’entre point dans leur conseil !
    Que mon âme ne s’unisse pas à leur assemblée !
    Car, dans leur colère, ils ont égorgé des hommes,
    Et, dans leur emportement, ils ont coupé les jarrets des taureaux.
    Maudite soit leur colère, car elle a été violente ;
    Maudite leur fureur, car elle a été cruelle !
    Je les diviserai en Jacob,
    Je les disperserai en Israël”.

    Siméon et Lévi, étant après Ruben les plus âgés parmi les fils de Jacob, pouvaient espérer, après l’exclusion de leur aîné, être investis des droits d’aînesse, c’est-à-dire, dans le cas présent, en plus de la prééminence, de la dignité messianique, des fonctions sacerdotales et du droit à la double portion. A cause d’un meurtre horrible (Gen. XXXIV, 28) le patriarche les exclut.

    “Mais toi, Juda (gloire), tes frères te glorifieront ;
    (Vigouroux)
    Ta main sera sur le cou de tes ennemis ;
    Les fils de ton père se prosterneront devant toi.
    Juda est un jeune lion.
    Tu es remonté du carnage, mon fils !
    Il a ployé les genoux, il s’est couché comme un lion,
    Comme une lionne : qui le fera lever ?
    Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda,
    Ni le bâton de commandement d’entre ses pieds,
    Jusqu’à ce que vienne le Pacifique ; etc..”

    Juda n’était que le quatrième fils de Jacob. Cependant, à cause des crimes de ses aînés, le patriarche lui accorde la prééminence : il sera le chef de ses frères. Tous les commentateurs l’ont compris ainsi. Ce qu’ils n’ont pas saisi, c’est le symbolisme du lionceau, du lion, de la lionne ; ils ignoraient que le lion est le symbole, l’emblème de la primauté. Crampon n’en parle pas et Vigouroux en parle mal. Ce dernier met en note : “Comme un lion, comme une lionne, répétition qui a pour but de donner plus de force à la comparaison. La lionne est plus particulièrement farouche pour défendre ses petits. — Juda vécut dans ses montagnes comme un lion dans son repaire”. Non, il ne s’agit ici ni de repaire ni de lionne farouche. Dans les trois premiers vers du texte sacré, Jacob institue Juda le chef de ses frères. Dans les vers suivants il lui donne l’emblème et le symbole de sa dignité, de sa primauté, et cela par une triple et poétique affirmation : “Juda est un jeune lion,... comme un lion,.. comme une lionne,... Le sceptre... etc..

    Deux passages d’Ezéchiel. — Il est deux endroits d’Ezéchiel où le lion symbolise d’une façon évidente la primauté et la prééminence. Le premier se trouve au Chap. XIX.

    “Et toi, prononce une lamentation sur les princes d’Israël et dis :
    Pourquoi ta mère s’est-elle couchée
    Comme une lionne entre les lions ?
    C’est au milieu des lionceaux qu’elle a nourri
    Ses nombreux petits.
    Elle éleva un de ses petits.
    Et ce fut un jeune lion.
    Il apprit à déchirer sa proie,
    Il dévorait des hommes.
    Les nations entendirent parler de lui ;
    L’ayant pris dans leur fosse,
    Elles le conduisirent avec des crochets aux mâchoires
    Au pays de l’Egypte”.

    Dans ce passage, la lionne, c’est la nation juive, qui parmi ses nombreux enfants en choisit un, pour l’élever et l’établir “lion”, c’est-à-dire chef de tout le peuple. Mais les nations payennes s’emparent de lui et le conduisent en captivité en Egypte. Il s’agit ici du roi Joachaz.

    “Quand la lionne vit qu’il n’y avait plus d’espoir
    Et que son attente était vaine,
    Elle prit un autre de ses fils
    Et en fit un lion”.

    C’est-à-dire que la nation se donna un nouveau roi. Il s’agit ici de Joakin, roi de Juda, qui fut emmené captif à Babylone. Dans ce chapitre d’Ezéchiel, le symbolisme du lion est on ne peut plus évident.

    Le second endroit se trouve au Chapitre XXXII, où le prophète annonce la ruine de la puissance égyptienne :

    “Lion des nations, tu es anéanti !
    Tu étais semblable au crocodile dans les mers, etc..”

    Crampon met ici en note : “Lion (prop. jeune lion) des nations, toi qui dévorais les peuples par la guerre et les conquêtes”. Evidemment le commentateur s’est ici laissé influencer par le souvenir du fameux lion quœrens, qui rôde, au Capitule des Complies, en quête d’une proie. En réalité le lion est encore ici symbole de la suprématie de l’Egypte sur les autres nations, et les mots “lion des nations” ont le même sens que cette autre expression biblique domina gentium, maîtresse des nations.

    Ce n’est pas seulement dans nos Saintes Ecritures que le lion symbolise la prééminence. Voyez le drapeau persan : sur fond blanc encadré de vert, un soleil et un lion tenant un yatagan. Cela veut dire que la nation perse doit éclairer le monde, commander à tout l’univers et être le justicier de tous les peuples. Examinez encore le pavillon abyssin, vous y verrez le lion et, qui plus est, le lion de Juda ; il exprime cette idée que l’Abyssinie est la reine des nations.

    Le lion de Juda est par-dessus tout l’emblème du père commun de la Catholicité, le symbole du Souverain Pontificat. En effet, le Souverain Pontife est le chef effectif du monde chrétien ; il n’est pas de diocèse dont il ne soit le premier évêque, pas de paroisse dont il ne soit le vrai curé, pas de chrétienté dont il ne soit le seul et vrai père spirituel ; évêques et prêtres ne sont que ses intendants et ses délégués. A lui surtout conviennent ces belles paroles de la prophétie de Jacob :

    “Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda,
    Ni le bâton de commandement d’entre ses pieds,
    Jusqu’à ce que vienne le Pacifique”.

    C’est-à-dire jusqu’à ce que se réalisent ces magnifiques promesses de l’Apocalypse (XXI, 2-7, et XXII, 3-5) :

    “Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, une Jérusalem nouvelle, vêtue comme une nouvelle mariée parée pour son époux. Et j’entendis une voix forte qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ; il habitera avec eux; il sera leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu”.

    Et Celui qui était assis sur le trône dit : “Voici que je fais toutes choses nouvelles”. Et il ajouta : “Ecris, car ces paroles sont sûres et véritables”. Puis il me dit : “C’est fait ! Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai gratuitement de l’eau de la vie. Celui qui vaincra possédera ces choses ; je serai son Dieu et il sera mon fils…”

    “Il n’y aura plus aucun anathème ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville ; ses serviteurs le serviront, et ils verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit, et ils n’auront besoin ni de la lumière de la lampe, ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera ; et ils régneront aux siècles des siècles”.

    HERCEY.


    1929/132-142
    132-142
    Hercey
    Chine
    1929
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