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Le grand pèlerinage de Notre Dame de La-Vang

Le grand pèlerinage de Notre Dame de La-Vang (Mission de Hué) La-Vang, tout petit village situé à six kilomètres environ à louest de Quảng-trị, en pleine brousse, est devenu, en ce commencement du vingtième siècle, célèbre dans toute lIndochine grâce à son sanctuaire marial.
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    Le grand pèlerinage de Notre Dame de La-Vang
    (Mission de Hué)
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    La-Vang, tout petit village situé à six kilomètres environ à louest de Quảng-trị, en pleine brousse, est devenu, en ce commencement du vingtième siècle, célèbre dans toute lIndochine grâce à son sanctuaire marial.

    Sur lorigine de la dévotion à N. D. de La-Vang il ny a aucun monument écrit ; la tradition seule peut nous renseigner. Dans cette tradition quy a-t-il dhistoriquement certain et quels sont les éléments provenant de limagination populaire ? Cest ce quil est impossible de savoir. Voici quelques-unes des données de cette tradition.

    Autrefois la forêt sétendait presque jusquà lendroit où sélève aujourdhui la citadelle de Quảng-trị. Les pauvres gens de la région sen allaient dans les bois pour y ramasser des broutilles, faire du charbon, etc.. Il en est qui défrichèrent une partie du vallon et plantèrent des patates, du manioc, y semèrent du riz et sy construisirent des cabanes quils habitaient plus ou moins longtemps. La nuit ils poussaient de grands cris et faisaient un grand vacarme pour éloigner de leurs demeures et de leurs champs les tigres, les sangliers, les cerfs dont la forêt avoisinante était pleine. Cest là, dit-on, lorigine du nom du lieu : La-Vang, qui en annamite signifie clameur retentissante, nom par lequel il est désigné depuis au moins deux cents ans.

    Il y avait dans ce vallon un grand arbre, à lombre duquel se reposaient les gens qui allaient travailler à la forêt. Les païens y vénéraient le génie de larbre, lui demandant de les préserver de tout danger, surtout du tigre et de la fièvre. Les chrétiens, eux, imploraient la Ste Vierge avec la même intention, récitant le chapelet et des prières. A la suite de craintes superstitieuses les païens abandonnèrent ce lieu. Alors les chrétiens y mirent quelques objets de piété, en particulier une image de la Ste Vierge, et y continuèrent leurs dévotions. Cest pourquoi lors des grandes processions on entend les païens se dire entre eux : Cette Dame est à nous, mais les chrétiens nous lont prise.

    A lépoque des persécutions, (vraisemblablement la persécution des Tây-Sơn à la fin du XVIIIe siècle), des chrétiens de Cổ-Vưu cherchant un refuge sétablirent en ce lieu sauvage dune manière stable. Très pieux, ils se réunissaient chaque soir, non plus au pied du grand arbre, mais dans la pauvre chaumière de lun dentre eux, qui servait doratoire, et là, devant une grossière image de Marie, ils priaient avec ferveur. Un soir, raconte-t-on dans le peuple, au moment où ils se retiraient, une dame dune beauté ravissante leur apparut ; elle était vêtue de blanc et entourée de lumière ; deux charmants enfants, portant chacun un flambeau, se tenaient près delle. La dame passa et repassa plusieurs fois devant les chrétiens ravis (ses pieds touchant le sol comme pour en prendre possession), puis elle sarrêta, et dune voix très douce, prononça ces paroles que tout le monde entendit et que la tradition a pieusement gardées : Mes enfants, ce que vous mavez demandé, je vous laccorde, et désormais tous ceux qui viendront ici me prier, je les exaucerai. Ayant ainsi parlé, elle disparut, et après elle la lumière qui lentourait. (Annales de la Soc. des M.-E., année 1901, p. 274).

    Quy a-t-il dauthentique dans ce récit, ainsi que dans plusieurs autres qui relatent des manifestations miraculeuses de la Mère de Dieu ?... En tout cas, aussi loin que lon remonte en suivant la tradition, on voit les pèlerins accourir à lhumble oratoire de La-Vang et des grâces nombreuses y être répandues sur ceux qui y prient notre bonne Mère du Ciel. La faveur quon lui demande le plus fréquemment, et que Marie se plaît à accorder, cest celle davoir des enfants. Une union stérile, en Annam, est considérée comme un vrai malheur, tandis quune nombreuse famille fait la joie et la fierté des époux.

    Que lattrait des fidèles à venir invoquer Marie dans son sanctuaire de La-Vang ait pour origine une apparition miraculeuse ou simplement des circonstances purement naturelles, peu importe. Ce qui est de toute évidence cest que la Ste Vierge a choisi ce vallon solitaire pour son pied à terre en Annam, comme elle en a choisi dautres en divers pays du monde. Cest elle qui y attire les foules, et Elle se plaît à y distribuer abondamment ses grâces spirituelles et temporelles. Aussi le culte de N. D. de La-Vang, dabord purement local na cessé de grandir, et cest maintenant de toute lIndochine que les foules y accourent.

    Lhumble chapelle mariale fut détruite par les païens persécuteurs en 1885, mais les chrétiens purent senfuir à temps dans la forêt. Après la tourmente, les PP. Bonnand, Patinier et Bonin semployèrent à la reconstruire, plus grande et plus belle. En 1901, Mgr Caspar bénissait le nouveau sanctuaire, au cours dun grand pèlerinage (le premier ayant revêtu une telle solennité). S. G. bénit aussi une belle statue de la Ste Vierge, quon avait portée en procession et qui fut placée au-dessus du maître-autel.

    La chapelle bâtie en 1900 nétait plus suffisante pour laffluence des pèlerins et, de plus, elle avait beaucoup souffert des injures du temps. Le P. Morineau, curé de Cổ-Vưu, dont la chrétienté de La-Vang est une annexe, résolut délever en lhonneur de Marie un beau et vaste sanctuaire. M. Parmentier, alors Directeur de lEcole Française dExtrême-Orient, en traça le plan. Il est conçu dans un style nouveau : aux formes classiques des églises dOccident sunissent des réminiscences de larchitecture des anciens peuples de lIndochine. Le tout bien harmonisé est dun très heureux effet.

    Lédifice commencé le 11 février 1924 fut terminé en 1928. Ce furent quatre années de labeur et de soucis pour le zélé architecte de Marie : il fallait trouver les ressources, interpréter le plan, surveiller les ouvriers. Enfin, au mois daoût 1928, à loccasion du grand Triduum périodique, la nouvelle église était solennellement bénite. Notre-Dame de La-Vang avait désormais une demeure digne dElle, et du fond de labside, où Elle trône, Elle jette en souriant des regards maternels sur les pieux visiteurs de son sanctuaire.

    Depuis 1901, le grand pèlerinage avait lieu tous les trois ans, amenant des foules de plus en plus nombreuses et de régions de plus en plus éloignées. Tout dabord il ne durait quun jour ; après la grande guerre de 1914-1918, Mgr Allys le transforma en Triduum. La procession solennelle partait toujours de la chrétienté de Cổ-Vưu pour se terminer à La-Vang ; Mgr Chabanon a décidé quà partir de cette année elle se déroulerait autour du sanctuaire et sur les collines avoisinantes.

    En dehors de ce grand pèlerinage trisannuel, il y a chaque année, après le premier de lan annamite, un pèlerinage régional du district de Dinh-Cát, avec procession. Les jours de fêtes de la Ste Vierge, les pèlerins viennent nombreux aussi assister à la messe et faire leurs dévotions à la chapelle vénérée. Et cest presque tous les jours que de pieux visiteurs viennent rendre leurs hommages à notre Bonne Mère et des prêtres célébrer la messe à son autel.

    Le grand pèlerinage trisannuel nayant pu avoir lieu lan dernier à cause des troubles communistes, avait été fixé à cette année. Il a eu lieu les 17, 18 et 19 août. Favorisé par un temps splendide, il a dépassé en grandiose et en éclat tous ceux qui ont eu lieu jusquici.

    Le P. Morineau, qui regarde le sanctuaire de La-Vang comme le joyau de sa paroisse et qui a déjà tant fait pour lui dans le passé, avait mis toute sa compétence et tout son cur à préparer ce pèlerinage dans tous ses détails. Il a été secondé par plusieurs prêtres indigènes, notamment par le P. Chuyên, qui est un véritable artiste pour tout ce qui regarde lornementation. A La-Vang, pendant plusieurs semaines, ce prêtre sest dépensé sans compter pour le pavoisement et lorganisation : de lavis de tous il a parfaitement réussi.

    Les autorités françaises et annamites se sont montrées on ne peut plus bienveillantes. Ladministration des chemins de fer a non seulement accordé une diminution de tarif, mais encore elle a mis en circulation plusieurs trains supplémentaires pour la commodité des pèlerins.

    Pendant le triduum, les élèves du grand séminaire de Hué ont assuré toutes les cérémonies avec une dignité, une piété, une précision liturgique très remarquées. Les chants, en pur grégorien, ont été exécutés par la chorale de la paroisse de Cổ-Vưu sous la direction dun grand séminariste, avec une justesse et un sens des nuances parfaits. Le R. P. Gagné, rédemptoriste, dont le talent musical est bien connu, tenait lharmonium.

    Le pavoisement était grandiose et du meilleur goût. A lintérieur du sanctuaire, pour ne pas masquer la beauté des lignes, une décoration sobre : suspendues à la voûte, deux couronnes doù partaient des enfilades de petites oriflammes rejoignant des faisceaux de drapeaux suspendus aux colonnes.

    A lextérieur, au contraire, cétait, selon le goût et la manière annamites : une profusion de drapeaux, de lanternes multicolores, dornements divers en feuillage. Tout le long de lédifice couraient des banderoles formées dinnombrables petits drapeaux aux couleurs françaises et annamites. Au sommet de la tour flottaient le drapeau Pontifical et les drapeaux de la France et de lAnnam. En avant du sanctuaire, un grand arc de triomphe artistement décoré.

    Partout, sur le terre-plein de léglise et sur lavenue qui y conduit, sur une longueur dun kilomètre, dinnombrables drapeaux de toutes couleurs et de toutes dimensions. La nuit, pendant toute la durée des fêtes, le tout se transformait en un immense champ de lumière, tant étaient nombreuses les lanternes multicolores entremêlées de transparents lumineux. Et en avant de la façade, où se reflétait cette illumination, un beau tableau de lImmaculée souriante au milieu des anges. De jour, le coup dil était merveilleux, la nuit, il était féerique.

    Le Triduum eut un prélude. La paroisse de Cổ-Vưu -La-Vang célébra au sanctuaire de Marie la fête de lAssomption : le P. Morineau chanta la messe, puis exposa le St-Sacrement, qui reçut les adorations des fidèles jusquau salut solennel à la fin de la journée.

    Le 16 août commence le défilé des pèlerins. Pendant trois jours on les verra affluer en foules nombreuses, la plupart à pied, les autres à bicyclette, en auto, en pousse, en autobus Cest dun pittoresque achevé. Et de suite les confessionnaux sont assiégés. Ils ont vraiment le sens chrétien, ces bons catholiques annamites : un vrai pèlerinage à Marie ne peut aller sans une bonne confession et une communion au sanctuaire. Dans la soirée arrive S. E. Mgr Chabanon, évêque de Hué, accompagné du P. Morineau et du R. P. Dom Benoît, Prieur de la Trappe de Phước-Sơn. Son Excellence, accueillie au son des cloches, est saluée à son arrivée par la section de miliciens venus pour le service dordre. Mgr Chabanon, à la grande édification générale, resta au milieu des pèlerins les trois jours durant, assistant à tous les exercices et payant de sa personne non seulement pour les cérémonies solennelles mais aussi pour les confessions.

    Après la prière du soir, la bénédiction solennelle du St-Sacrement, donnée par le R. P. Prieur de Phước-Sơn, marqua louverture officielle du Triduum. Le 17, les prêtres étant déjà nombreux, on commence la célébration des messes vers trois heures du matin. Nombreuses communions. A six heures et demie, première procession en lhonneur de la Ste Vierge, avec parcours limité. Cette procession, à laquelle assiste Mgr le Vicaire Apostolique, est présidée par le P. Chapuis. Elle est suivie par près de sept mille fidèles. Après la procession, sermon par le P. Thục. Le prédicateur, en trois discours donnés les premier et second jours du Triduum, exposa comment tous les fidèles, à lexemple de Marie, (Marie et les Missions) doivent travailler à la conversion du monde, à luvre rédemptrice : par la prière, par les secours matériels, par la souffrance. Après le sermon, Monseigneur, revêtu de la cappa magna, fait son entrée solennelle dans le sanctuaire et chante la messe pontificale.

    Toute cette journée ainsi que celle du lendemain, léglise ne désemplit pas ; la prière non plus ne cesse ni le jour ni la nuit ; chapelets, litanies, invocations diverses...., ce sont dincessantes supplications sélevant ardentes vers la Bonne Mère. Ce bourdonnement pieux qui remplit léglise est vraiment impressionnant. Les confesseurs non plus ne chôment point, pas plus la nuit que le jour ; ils sont débordés ; les pénitents engagent parfois de véritables luttes entre eux pour avoir accès auprès du prêtre. Sur le soir, récitation du chapelet, chant des litanies, sermon et salut du St-Sacrement donné par le R. P. Ollivier, rédemptoriste. Les prêtres sont au nombre de trente-six. Parmi eux, le P. Lebourdais, de Hanoi, le P. Philippe, de Birmanie, un prêtre indigène de la mission de Vinh et deux prêtres indigènes de la mission de Qui-nhơn. Ces derniers sont accompagnés dun groupe de séminaristes de leur mission.

    Le 18 août, les messes commencent à trois heures ; les communions sont encore plus nombreuses que la veille. Vers les huit heures, après le sermon, la messe solennelle est chantée par le P. Lebourdais, avec assistance au trône de Monseigneur. Laprès-midi, vers trois heures, conférence par le P. Cẩn sur lorigine et le développement du culte de la Ste Vierge à La-Vang. Cette conférence intéresse au plus haut point les chrétiens : beaucoup, en effet, très dévots à N. D. de La-Vang, ignorent complètement lhistorique de ce vénérable sanctuaire. Cette conférence a été éditée en brochure, pour permettre aux chrétiens demporter un souvenir durable de leur pèlerinage.

    Vers les cinq heures et demie, alors que la foule couvre une immense étendue aux abords de léglise, nombreuse et serrée comme une fourmilière en activité selon lexpression annamite, il se produit un grand mouvement accompagné dun bruit confus de voix, et lon voit apparaître une troupe de pèlerins dun nouveau genre : un bataillon de cent quatre-vingts jeunes gens, ayant à leur tête le P. Kinh, tous à bicyclette, en bon ordre, deux par deux, fanion au guidon. Ils portent en sautoir une écharpe bleue avec linscription : Ave Maria, et sur le casque Jeunesse catholique de Hué.

    Ces jeunes gens, partis le matin de Hué, avaient couvert, sous un soleil de feu, les 60 kilomètres qui séparent cette ville de LaVang. Leur bataillon, marchant toujours en bon ordre et avec une tenue irréprochable, avait fait sensation tant au départ de Hué que dans les villages quil traversait le long de la route. Cest le P. Kinh, aumônier de lEcole Pellerin, qui avait organisé cette équipe. Ce prêtre zélé a voulu jeter ainsi, par une randonnée un peu audacieuse, les fondements dun groupe de jeunesse catholique, qui ferait beaucoup de bien à la capitale. Parmi ces jeunes gens un bon nombre est encore païen : aussi est-ce là un groupe de Jeunesse catholique avant la lettre ; mais la Ste Vierge ne peut que bénir tant de bonne volonté. Il faut espérer que lidée si bien lancée fera son chemin. Arrivé devant le sanctuaire, le bataillon cycliste met pied à terre et salue la Bonne Mère dun splendide Ave Maria, puis il se disperse pour prendre un peu de repos avant la procession du Saint-Sacrement.

    En effet, par une heureuse innovation due à la pieuse initiative de Mgr Chabanon, au culte de Marie se joindra cette année le culte de Jésus-Eucharistie. Cétait logique : Marie conduit à son Fils. Voyez à Lourdes. Ad Jesum per Mariam. Cette procession nocturne du Saint-Sacrement fut une pure merveille. Vers les huit heures, alors que le vallon de La-Vang et les collines environnantes resplendissaient de mille feux, la procession se met en marche, dans lordre le plus parfait malgré la foule immense qui forme le cortège et celle plus grande encore qui est massée le long du parcours

    Derrière la croix, une fanfare : cest un groupe de musiciens volontaires de la garde indigène, en civils. Puis léquipe de bicyclistes, chacun tenant à la main sa machine ornée de lanternes vénitiennes et doriflammes. Ensuite les différentes chrétientés du district de Đinh-cát, (district auquel appartient La-Vang) venues en corps : les notables, les jeunes gens, les jeunes filles, chaque groupe portant un costume différent et arborant des drapeaux de toute grandeur, des bannières lumineuses, des lanternes multicolores. Lensemble produit le plus joli effet. Voici le clergé, un cierge à la main : les prêtres sont au nombre de soixante-quinze, dont une vingtaine en ornements sacerdotaux,

    Sous le dais, S. E. Mgr Chabanon porte le St-Sacrement ; tout autour de nombreux séminaristes forment une garde dhonneur.

    La théorie de fidèles précédant le Saint-Sacrement compte plus de six mille personnes et se déroule sur lespace dun kilomètre environ. Ceux qui le suivent sont plus nombreux encore : à sa tête, immédiatement derrière le dais, S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Président du Conseil des Ministres de la Cour dAnnam.

    Quant au nombre des spectateurs rangés des deux côtés au passage de la procession, il est impossible de lévaluer : faut-il dire dix mille ? ils étaient peut-être davantage. Il était difficile aussi de distinguer les chrétiens des païens (ces derniers étaient accourus très nombreux à ce spectacle unique) : tous en effet avaient la même attitude respectueuse, se découvrant, baissant la tête, sagenouillant au passage de lostensoir.

    La disposition des lieux permettant de contempler dun seul coup dil lensemble de la procession, cétait un spectacle féerique que cette longue théorie lumineuse savançant par rangs de deux, de quatre, de six, lentement, en bon ordre, pieusement, chantant des prières en latin, en annamite, récitant le chapelet.... Elle parcourt le vallon, remonte la colline en faisant un grand arc de cercle, et se masse autour du reposoir élevé au sommet. Aussitôt le groupe cycliste entoure le monument, formant une haie infranchissable à la foule : le clergé peut ainsi se grouper autour de lautel et les cérémonies liturgiques saccomplir aisément. Puis la procession reprend sur le côté opposé de la colline et redescend dans le vallon pour retourner au sanctuaire. Elle avait duré deux bonnes heures et parcouru près de trois kilomètres.

    Après la procession, sermon du P. Cẩn sur la Ste Vierge et lEucharistie et salut solennel donné par le P. Linh. Ensuite le Saint-Sacrement est exposé pour ladoration nocturne : les chrétientés viennent tour à tour, en corps et solennellement, adorer Jésus-Hostie, tandis que la foule des pèlerins lui rend ses hommages en particulier tant à lintérieur quà lextérieur de léglise. Toute la nuit les confessions continuent, mais les prêtres narrivent pas à satisfaire la foule toujours renouvelée des pénitents.

    Le 19 août, à trois heures, les messes commencent et en même temps la distribution de la sainte communion, qui ne discontinue plus dans léglise et au dehors. Au soleil levant commence la deuxième procession en lhonneur de la Ste Vierge, présidée par le P. Thế. Elle a la même organisation que celle du St-Sacrement et les fidèles qui y prennent part sont aussi nombreux, mais la foule des spectateurs est moins dense, et le parcours est abrégé à cause de la fatigue générale. S. E. Mgr Chabanon et S. E. M. Bài étaient les premiers dans lescorte de la B. V. Marie. La procession revenue au sanctuaire, sermon du P. Thục sur le rôle de Marie dans lEglise. Mgr le Vicaire Apostolique chante ensuite la messe pontificale et donne la bénédiction solennelle du St-Sacrement. Le Triduum Marial est terminé. Chose curieuse et qui montre bien que la piété seule avait amené ces foules : à lissue du salut de clôture on vit le sanctuaire et les alentours se vider en un instant ; une demi-heure plus tard, il ne restait plus que quelques très rares attardés obligés dattendre les trains du lendemain et quelques personnes du Tonkin et de la Cochinchine arrivées le matin même et qui désiraient se confesser et communier.

    Quel fut le nombre des pèlerins pendant ces trois jours ? Il est bien difficile de le dire, même approximativement ; mais daprès lestimation de plusieurs personnes dignes de foi il semble que les chiffres suivants ne seraient pas exagérés. A la procession inaugurale du premier jour prirent part près de sept mille personnes. Le soir, ce nombre était presque doublé. Puis le chiffre monta jusquà environ vingt mille et sy maintint jusquà la fin. Mais pendant la procession du St-Sacrement il dépassa sûrement vingt-cinq mille.

    Un certain nombre de païens se trouvaient parmi cette foule (on en voyait plus dun se prosterner de loin vers le sanctuaire, le front dans la poussière), car les païens, eux aussi, ont une grande confiance en N. D. de La-Vang, et, comme les chrétiens, ils lui adressent des requêtes : Ce lieu, disent-ils, est linh, cest-à-dire, le surnaturel, le divin sy manifeste dune manière efficace. Et, chose très remarquée, et qui a beaucoup frappé les païens, dans cette foule immense, pendant ces trois jours et ces trois nuits, sous la surveillance seulement de quelques miliciens paternes, pas le moindre désordre, pas le moindre tumulte, pas la moindre dispute, même dans les nombreuses auberges de fortune établies tout autour. On entendait seulement le bruit des chants et des prières, note un pèlerin de Hanoi qui a consigné ses impressions dans un bel article publié par lAvenir du Tonkin.

    Le calme, le recueillement, la ferveur, tel a été le cachet distinctif de ces trois jours de pèlerinage. Léglise ne désemplissait pas ; cétait un va-et-vient continuel de fidèles entrant dun côté, puis, leurs dévotions faites, sortant par le côté opposé afin de laisser la place à de nouveaux arrivants. A quelque distance de léglise, étendus à même le sol, ou abrités sous des hangars de fortune, des groupes, familles, chrétientés, paroisses, se reposaient, mangeaient, dormaient. La nuit, on aurait dit, tant le silence était complet, un champ de bataille jonché de morts. Dautres pèlerins, français et annamites, ont été vivement impressionnés par lesprit religieux de la foule : Nous avons assisté, disaient-ils, à une manifestation au caractère nettement catholique.

    Que de grâces obtenues pendant ces trois jours où Jésus et Marie ouvrirent le trésor de leurs curs, faveurs temporelles et surtout grâces spirituelles ! Cest le secret des âmes. Mais il faut noter les résultats extérieurs ; ils sont magnifiques : les confessions entendues pendant ce Triduum se sont élevées au chiffre de quatre mille sept cent trente-cinq et les communions ont dépassé neuf mille trois cents.

    Nous conclurons avec le pieux pèlerin déjà cité : Nous le répétons, ce furent trois journées magnifiques. Elles Sont tout à lhonneur des organisateurs du pèlerinage et de ceux qui contribuèrent à son succès. Elles sont à lhonneur de nos chers catholiques annamites, qui manifestèrent une fois de plus leur discipline, leur union fraternelle, leur sincère et vibrante piété. Elles sont surtout à lhonneur de la Sainte Vierge, Notre Dame de La-Vang, dont le nom, durant ces jours bénis, ne cessa dêtre exalté, invoqué par des milliers de voix, par des milliers de curs.

    Des grâces furent obtenues, des miracles sans doute opérés par son intercession maternelle. Au ciel seulement nous en connaîtrons le nombre et la nature ; mais nen avions-nous pas déjà de sûrs témoignages dans la joie dont rayonnaient maints visages, dans les inscriptions des ex-voto, et dans lallégresse reconnaissante des prières ? Il faut que, du nord au sud de lIndochine, le culte de Notre Dame Auxiliatrice de La-Vang sétende et se développe encore, il faut quau prochain pèlerinage, nous allions cinquante mille au moins la vénérer et linvoquer dans son sanctuaire.

    J. B. Roux,
    Miss. de Hué.

    1932/832-842
    832-842
    Roux
    Vietnam
    1932
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