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Le dernier des Ming : La captivité de Yung-Li en Birmanie (1658-1662)

Le dernier des Ming La captivité de Yung-Li en Birmanie (1658-1662)
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    Le dernier des Ming
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    La captivité de Yung-Li en Birmanie (1658-1662)
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    Dans son numéro de juin dernier, le Bulletin a donné une intéressante étude du P. Doutreligne sur les derniers jours de la dynastie des Ming, daprès les documents chinois, et particulièrement sur la fuite en Birmanie du dernier empereur Yung-li. Il nétait pas sans intérêt dinterroger lhistoire birmane pour savoir comment elle interprète les mêmes événements. Un de nos confrères de la Mission de Mandalay a bien voulu se charger de ce travail, et cest le résultat de ses recherches que nous publions aujourdhui. Ses renseignements sont extraits principalement de lHistory of Burma, by G.-E. Harvey, Indian Civil Service. 1925.
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    Lorsque fut renversée la dynastie des Ming ( 1644 ), Yung-li, son dernier représentant, dut se réfugier au Yunnan, où pendant quelque temps il put encore tenir tête à ses ennemis. Bientôt à bout de ressources, il lève sur les Etats shans de Hsenwi et de Maing-naw 1 des subsides en hommes et en vivres. Pour se délivrer de ces exactions, les habitants font soudain volte-face et se déclarent les loyaux sujets de Pindalé, roi de Birmanie (1648-1661). Celui-ci envoie aussitôt des troupes pour prendre des otages et empêcher les déprédations de sétendre vers le sud.

    En 1658, près de Tengyüeh larmée des Ming tente un dernier effort. Mis en déroute, Yung-li senfuit à Bhamo, demande protection au gouverneur et le prie dinformer le roi, auquel il envoie 100 viss (165 kg.) dor, de son désir de se réfugier à sa Cour. Pindalé fait répondre que lempereur fugitif peut venir, mais sous bonne garde. Le gouverneur de Bhamo lui transmet les ordres du roi et lembarque pour Ava, lui, sa famille, ainsi que 700 hommes de sa suite, tous désarmés.

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    1. Ces états frontières payaient tribut tantôt à la Chine, tantôt à la Birmanie.


    Arrivé à Ava, Yung-li jure fidélité au roi, qui lui fixe sa résidence à Sagaing, en face de la capitale, sur la rive droite de lIraouaddy. Sa suite ly accompagne pour partager sa captivité, car ils sont bel et bien prisonniers.

    Alors des bandes de larmée des Ming, apprenant la triste condition de lempereur, cherchent à le délivrer. Une avalanche de pillards sabat sur la Birmanie. Ils occupent Moné et Yawnghwé, battent larmée birmane à Wetwin, près de Maymyo, se rendent maîtres de Taungbalu et de Tadau, non loin dAva. Dans leur marche, ils tuent les hommes, enlèvent les femmes, pillent les villages, incendient les monastères. Ils arrivent sous les murs de la capitale, où grande est lalarme ; mais là ils sont arrêtés et refoulés par lartillerie chrétienne 1 et obligés de se retirer dans leur fief de Moné. Yung-li, devant cet insuccès, fait des excuses au roi et lassure quil nest pour rien dans ce qui vient de se passer.

    Cependant le roi Pindalé, qui na rien fait, ou presque rien, pour arrêter les envahisseurs chinois, est devenu très impopulaire. Les Conseillers de la Cour exhortent Pye, son frère, à semparer du pouvoir. Il y consent volontiers et fait aussitôt noyer dans le Chindwin le roi, la reine, leur fils et leur petit-fils ; après quoi, pour étouffer la voix du remords, il fait célébrer par de grandes fêtes son avènement au trône ( 1661 ).

    Les faits darmes de ses troupes ne furent pourtant pas plus brillants quils ne lavaient été du temps de son frère. Les Siamois envahissent Syriam et Pegu. Les Chinois ont repris leurs pillages et leurs tueries. La Cour birmane sémeut et soupçonne Yung-li de complicité. Le roi ordonne aux 700 partisans qui ont accompagné lempereur déchu de se réunir à la pagode de Tupayon à Sagaing pour y prêter le serment de fidélité, après quoi ils seront dispersés par petits groupes en différents villages. Ils refusent de sy rendre, à moins dêtre conduits par le gouverneur de Möngsi, qui a toute leur confiance et leur a promis sa protection. La condition est acceptée, mais, à peine sont-ils arrivés à la pagode, quils sont entourés par les troupes royales. Le gouverneur, se sentant trahi et menacé dêtre arrêté, saisit larme dun des gardes et se met à frapper tout autour de lui ; les Chinois font de même : cest le signal du massacre. La garde birmane, plus nombreuse et mieux armée, a bientôt le dessus : elle fauche ses ennemis par rangées et achève à coups de sabre les blessés qui essaient de senfuir. La cohorte impériale était anéantie.

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    1. Elle se composait surtout de catholiques portugais, descendants des prisonniers de guerre capturés par les Birmans à la prise de Syriam (1613).


    Le roi birman, en vrai monarque oriental, envoya à Yung-li un plantureux repas avec un message plein de bonnes paroles pour lui, mais damers reproches pour ses soldats. Lempereur se contenta de répondre : Ils ont mal agi et ont été punis. Je te dois la vie et ne demande quà être laissé en paix.

    Sur les entrefaites, Sankuei, vice-roi du Yunnan, descend en Birmanie avec une armée de 20.000 hommes. Il sarrête à Aung-binlé, près de Mandalay, à quelques milles seulement dAva. De là il somme le roi davoir à lui livrer Yung-li sur-le-champ. Pye réunit ses conseillers et leur explique que pareille extradition avait déjà eu lieu en 1446, lorsque les Yunnanais réclamèrent Thonganbwa, le chef shan de Maw ; que de même, en 1601, les Chinois avaient rendu aux Birmans le gouverneur de Bhamo, et il conclut quen livrant Yung-li, ils ne feraient que suivre ces précédents. Les ministres se rangèrent à lavis du roi et, sans tenir compte du serment de fidélité que lempereur avait prêté quatre ans auparavant, ils livrèrent leur prisonnier aux mains du plus cruel de ses ennemis, oublieux de toutes les faveurs quil avait reçues de la famille des Ming.

    Quelques mois après, sur la place du marché de Yunnanfu, Yung-li fut étranglé avec la corde dun arc. Il avait 38 ans. Son fils, âgé de 14 ans, subit le même sort.

    Un petit-fils, mort pendant le séjour en Birmanie, repose dans le monastère dune île, en face de Shwégu, district de Bhamo.

    Aug. DARNE,
    Missionnaire de Birmanie Septentrionale.

    1926/548-551
    548-551
    Darne
    Birmanie
    1926
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