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Le clergé indigène en Corée

Le clergé indigène en Corée
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    Le clergé indigène en Corée


    La Corée a commencé au XVIIIe siècle seulement à entendre parler de Dieu et de la religion de Jésus-Christ. Les débuts de cette Eglise sont extraordinaires. Des lettrés, accompagnant à Pékin les ambassadeurs que le roi de Corée envoyait annuellement saluer le Fils du Ciel, rapportent chez eux des livres traitant du catholicisme, les lisent, les distribuent. Un lent travail se fait dans leur esprit, plusieurs se convertissent ; lun deux, voulant en connaître davantage, fait le voyage de Pékin (1783), est baptisé sous le nom de Pierre et, plein de zèle, ne pense plus, à son retour cri Corée, quà convertir et baptiser ses compatriotes. Peu à peu le nombre des fidèles augmente et la nécessité dune hiérarchie simpose naturellement à leur esprit. Dailleurs nont-ils pas lu dans les livres quil y a des prêtres, des évêques dans lEglise catholique ? Nont-ils pas entendu dire quil y en a même à Pékin ? Pourquoi ny cri aurait-il pas aussi en Corée ? En appeler dailleurs est chose impossible : le Royaume Ermite est fermé aux étrangers. Quà cela ne tienne ! Nos braves néophytes, dans leur simplicité (ils sont encore si imparfaitement instruits), ne se doutent pas du tout doù peuvent tirer leurs pouvoirs les évêques et les prêtres chargés de lEglise de Dieu ! Aussi, désireux de bien faire, ils choisissent parmi eux un évêque et plusieurs prêtres. Ceux-ci commencent ici et là leur ministère. Bientôt toutefois, un doute naissant sur la légitimité de leurs pouvoirs, ils envoient consulter lEvêque de Pékin, qui les réprimande de cette grave usurpation du pouvoir spirituel, mais pour les consoler leur promet un missionnaire. Humblement soumis, ils abandonnent leurs fonctions et attendent avec impatience larrivée dun pasteur.

    Cest dabord un prêtre chinois, le P. Tjyou, qui leur est envoyé et qui, par son ardente charité, voit bientôt le nombre des catholiques sélever à 10.000. Malheureusement la persécution éclate, le P. Tjyou est martyrisé avec trois cents chrétiens (1801), et la Corée reste sans pasteur pendant trente ans. Ce nest pas que, durant ce temps, les pauvres Coréens naient pas tout tenté pour en obtenir. Mieux instruits, ils sétaient adressés directement à Rome, suppliant à plusieurs reprises le Souverain Pontife davoir pitié de leurs misères et de leur détresse.

    Une première fois, cest à Pie VII que leur lettre parvint. Nous sommes en 1811. Le Pape est prisonnier à Fontainebleau. Que peut-il faire, hélas ! sinon prier pour ces pauvres brebis délaissées ? En 1825, nouvelle lettre plus pressante qui parvient à Rome en 1827. Le Souverain Pontife cette fois exauce la prière de ses enfants et la Corée, érigée en Vicariat apostolique (1831), est confiée à la Société des Missions-Étrangères. Un missionnaire français, M. Maubant, parvient à pénétrer secrètement en Corée en 1836 et sa première pensée est de chercher des jeunes gens quon enverrait en Chine pour être instruits et ordonnés prêtres après une préparation suffisante. Quelques mois à peine après son arrivée, il dirige sur Macao trois jeunes Coréens. Lun deux meurt dans cette ville en 1838. Les deux autres, André Kim et Thomas Tchoi, poursuivent avec ardeur leurs études.

    Pendant ce temps, Mgr Imbert nommé récemment Vicaire Apostolique de Corée, a pu lui aussi y pénétrer en cachette, à la fin de 1827. De suite il a son école épiscopale, composée de trois élèves, auxquels il fait lui-même la classe deux fois par jour, en attendant de pouvoir les envoyer à létranger. Hélas ! bientôt une sanglante persécution éclate : cest le martyre pour lEvêque et les deux missionnaires présents en Corée, cest la dispersion des chrétiens, cest la fin dun beau rêve pour le Séminaire naissant ; tout est à recommencer, et il faut attendre pour cela jusquen 1843.

    Mgr Ferréol, le nouveau Vicaire Apostolique de Corée, attend en Mandchourie loccasion propice pour franchir la frontière ; entre temps il donne tous ses soins à former les prémices du clergé indigène ; les deux élèves coréens de Macao sont en effet revenus près de leur Evêque et poursuivent maintenant leurs cours de théologie : ils sont pieux, bien instruits. Dans le courant de lannée 1844 ils reçoivent tous les ordres jusquau diaconat inclusivement. Lun deux, André Kim, essaie plusieurs fois de forcer la consigne sévère des satellites gardant les limites du royaume. Une fois enfin il réussit et peut gagner Seoul. Cest là que cet intrépide jeune homme organise une expédition pour introduire lEvêque et les missionnaires dans son pays. Il ne recule devant rien, achète une barque, prend des matelots de fortune et, confiant en la Providence, il gagne Shanghaï, où Mgr Ferréol lui a donné rendez-vous. Cest là quil est ordonné prêtre. Mais le temps nest pas au repos. Vite le capitaine de vaisseau improvisé prend à son bord le Vicaire Apostolique et un missionnaire, le P. Daveluy, récemment arrivé de France, et puis en route ! Le Saint-Raphaël, cest le nom de la barque, reprend la haute mer, manque plusieurs fois de sombrer dans la tempête et, après mille et mille difficultés, peut enfin aborder en Corée. Les chrétiens coréens ont donc leur Evêque. André Kim est au comble de ses vux, mais il ne considère pas sa tâche comme terminée ; quelques mois de repos, et le jeune et ardent apôtre veut parfaire le travail si bien commencé.

    Sur la demande de Mgr Ferréol il prépare une nouvelle expédition pour tâcher dintroduire dautres missionnaires dans le pays. Il a requis une barque pour saboucher avec des marins chinois. Mais il est tout à coup arrêté, traité cri criminel dEtat, conduit au grand tribunal de Seoul. Sommé de dire qui il est, il se proclame fièrement prêtre de Jésus-Christ. Ses réponses, dignes des martyrs de la primitive Eglise, arrachent à ses juges des cris dadmiration. Son intelligence, sa facilite délocution, sa science, sont sur le point de lui attirer la miséricorde royale, mais Dieu avait décrété pour lui lheure de la récompense. Le parti des violents lemporta dans le conseil de la Cour. André Kim, prêtre, prisonnier de Jésus-Christ (comme il aimait, dans la prison, à signer ses lettres), est condamné à mort et, le 16 septembre 1846, au même lieu où Mgr Imbert, les PP. Maubant et Chastan avaient été martyrisés en 1839, il subit à son tour le martyre sur les bords du fleuve Han-kang à une lieue de la capitale. Il avait vingt-cinq ans, étant né au mois daoût 1821.

    Cest donc son centenaire de naissance qua célébré lannée dernière lEglise de Corée. Espérons que bientôt elle aura aussi le bonheur de célébrer les fêtes de sa béatification ! Mgr Ferréol, annonçant sa mort, ajoutait du vaillant martyr cet éloge : Vous ne sauriez croire combien la perte de ce jeune prêtre indigène ma été cruelle, je laimais comme un père aime son fils. Son bonheur seul peut me consoler de ne lavoir plus. Cest le premier de sa nation et le seul jusquà présent qui ait été élevé au sacerdoce. Il avait puisé dans son éducation cléricale des idées qui le mettaient bien au-dessus de ses compatriotes ; une foi vive, une piété franche et sincère, une facilité délocution étonnante, lui attiraient de prime abord le respect et lamour des chrétiens.

    Dans lexercice du ministère, il avait surpassé toutes nos espérances, et quelques années de pratique en auraient fait un prêtre très capable : à peine eût-on pu sapercevoir de son origine coréenne. On pouvait lui confier toutes sortes daffaires : son caractère, ses manières et ses connaissances en assuraient le succès. Dans létat actuel où se trouve la Mission, sa perte est un malheur immense et presque irréparable. Quel plus bel éloge peut-il être fait de notre premier prêtre indigène ! Quelles espérances pour lavenir aussi, quand un peuple, nouveau dans la foi chrétienne, peut déjà donner de tels hommes à lEglise de Jésus Christ.

    Que devient durant ce temps lami et condisciple du P. André Kim ? Il est toujours en Mandchourie, sefforçant de trouver la voie sûre pour entrer en Corée. Plusieurs fois vains sont ses efforts et démarches. En 1849, il va à Shanghai recevoir la prêtrise, puis revient en Mandchourie se former au saint ministère, jusquà ce que, sept mois après, il puisse, lui aussi, pénétrer dans sa patrie, où durant douze ans il ne cessa dédifier par la pratique la plus exacte de tous les devoirs dun saint prêtre et de travailler avec succès au salut des âmes. Doué de talents peu ordinaires, quelques années détude lui avaient suffi pour parler et écrire très correctement le latin. Sa piété solide, son zèle ardent et son bon esprit lavaient rendu cher à tous. Aussi fut-il pleuré amèrement quand, au mois de juin 1861, il mourut inopinément, alors quon pouvait tant espérer dun pareil sujet.

    Nous pouvons maintenant nous rendre compte combien les missionnaires de Corée avaient heureusement réussi dans les débuts de cette uvre du clergé indigène. Aussi ces succès ne pouvaient que les engager à poursuivre leurs efforts. Déjà après le martyre du P. André Kim Mgr Ferréol, aidé du P. Daveluy, avait institué à son tour une école épiscopale, composée de cinq élèves. En 1854, trois dentre eux sont envoyés au Séminaire général de la Société, à Pinang, pour parfaire leurs études, tandis que lannée suivante un séminaire est fondé dans les montagnes, à une vingtaine de lieues de la capitale, pour assurer peu à peu lavenir de la Mission. Lexistence que menaient professeurs et élèves était semée de tribulations. Des alertes continuelles interrompaient les cours, obligeant à cacher sous terre livres et mobilier. On vivait toujours sur le qui vive, Malgré tout, plusieurs années se passent. Nous sommes en 1861. Le P. Thomas Tchoi vient de mourir, mais de Pinang, où le climat est trop chaud pour les Coréens, reviennent les trois élèves envoyés précédemment. En 1864-65, tandis que lun deux renonce au sacerdoce, le second reçoit la tonsure et le troisième les ordres mineurs. Va-t-on pouvoir enfin donner des successeurs aux PP. André Kim et Thomas Tchoi ? Les missionnaires en ont le ferme espoir. Mais hélas ! en 1866, éclate la grande persécution. Il y avait alors en Corée deux Evêques, dix missionnaires, plusieurs séminaristes, lespoir du Vicariat. Bientôt il ne reste plus que trois missionnaires, qui ne doivent leur salut quà labandon momentané, espèrent-ils, de ce pays inhospitalier. Tous les autres ont été mis à mort. Du séminaire rien ne reste. Tout sera à recommencer de nouveau quand la Corée pourra retrouver des prêtres et un Evêque. Hélas ! dix ans durant, lEglise de Corée est sans pasteurs. En 1876 seulement, de nouveaux missionnaires remettent les pieds sur le sol coréen et de suite font choix délèves pour le sacerdoce. Mais le pays nest pas encore assez sûr, on les envoie secrètement à Nagasaki, puis de là à Pinang. Bientôt ils sont vingt-et-un Coréens, sinitiant à létude du latin. Sur ce nombre, six moururent, cinq rentrèrent dans le monde et dix parvinrent à la prêtrise.

    Là ne se bornent pas les efforts de nos missionnaires. Non contents den envoyer à létranger, ils veulent peu à peu avoir de nouveau un séminaire à eux. Aussi après quelques tâtonnements et grâce au traité franco-coréen de 1886, la Mission sortant enfin des catacombes, le séminaire est installé dans la banlieue de Seoul, à Ryong-san, sur les bords du fleuve Han-kang, non loin du champ des Martyrs, où le premier prêtre indigène et les missionnaires français avaient versé leur sang. Lère du progrès commence en 1890 avec Mgr Mutel, actuellement encore Vicaire Apostolique de Seoul. Lhumble maison coréenne qui servait jusqualors de séminaire fait place à une bâtisse européenne plus confortable. Les séminaristes de Pinang peuvent venir ici finir leurs études au milieu dautres élèves plus jeunes, que lexemple de leurs aînés, bientôt ordonnés prêtres, ne fait quexciter davantage au travail. En 1900 une chapelle est construite et le corps du P. André Kim peut enfin y reposer, rappelant à ses futurs frères dans le sacerdoce combien il est grand et beau de donner sa vie pour le Christ.

    En 1911, la Corée étant divisée en deux vicariats (Seoul et Taikou) une partie de nos élèves vont peu après former dans le Sud le noyau dun nouveau séminaire coréen ; mais cela sans nuire aucunement à la prospérité de lancien, puisquà la rentrée doctobre 1920, celui-ci comprenait une centaine de séminaristes. Aujourdhui la seule Mission de Seoul se fait gloire de posséder 26 prêtres coréens ; celle de Taikou, 7.

    Ces chiffres disent suffisamment le travail accompli quotidiennement depuis trente ans et plus par ceux qui se sont donnés tout entiers à linstruction et à léducation du clergé coréen. Seuls ceux qui soccupent directement de cette question peuvent se faire une idée exacte de ce que ce travail comporte de soucis, de peines, de déboires parfois, à côté de bien grandes consolations.

    Ah ! que navons-nous le personnel et les ressources nécessaires pour faire de nos séminaires de missions de véritables séminaires comme ceux de France ! La solution de cette grave question du clergé indigène est là, et ne peut être que là.

    E. D,


    1922/552-557
    552-557
    Anonyme
    Corée du Sud
    1922
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