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Le clergé indigène dans nos Missions des Indes 2 (Suite et Fin)

Le clergé indigène dans nos Missions des Indes III. Le Clergé Indien dans les Missions de Pondichéry, Mysore, Coïmbatore et Kumbakônam. Cest en 1845 que la Mission malabare fut divisée en trois Missions distinctes, à savoir : Pondichéry, Mysore et Coïmbatore. Depuis, en 1899, de la Mission de Pondichéry on détacha encore la partie sud pour lériger en Mission distincte sous le nom de Kumbakônam.
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    Le clergé indigène dans nos Missions des Indes

    III. Le Clergé Indien dans les
    Missions de Pondichéry, Mysore, Coïmbatore
    et Kumbakônam.

    Cest en 1845 que la Mission malabare fut divisée en trois Missions distinctes, à savoir : Pondichéry, Mysore et Coïmbatore. Depuis, en 1899, de la Mission de Pondichéry on détacha encore la partie sud pour lériger en Mission distincte sous le nom de Kumbakônam.

    Mgr Bonnand, cette grande âme apostolique, dont la correspondance nous rappelle si vivement les écrits des premiers Pères de lÉglise, ne pouvait, en prenant charge de la Mission malabare, se désintéresser de la question du clergé indigène. Avant dobtenir et de réaliser la division de sa Mission, il réunit en 1844 un synode auquel assistèrent tous ses prêtres à lexception dun prêtre indigène et dun missionnaire. Les grandes questions à discuter durant ce synode furent celles que le Règlement de la Société des Missions-Étrangères de Paris assigne comme buts de la Société, à savoir : clergé indigène, soin des païens. Nous ne parlerons que de la première.

    Dès le quatrième jour du synode Monseigneur écrivait aux Directeurs du Séminaire de Paris : Nous mettant sous les yeux lobjet spécial pour lequel le Saint-Siège nous a envoyés chez les nations infidèles, nous parcourons tour à tour avec une grande sollicitude les besoins de notre Mission. Au milieu des joies que font éprouver les succès obtenus sous plus dun rapport, nous ne dissimulerons pas le regret de nos curs, en contemplant les obstacles qui jusquici ont arrêté la production de fruits que chacun doit désirer bien vivement : nous voulons parler de la formation du clergé indigène. Ce sujet a été la matière sérieuse de nos premières délibérations, et nos voix unanimes ont déjà appelé lorganisation dun système solide déducation pour atteindre une fin si désirable. En effet, les décisions prises portèrent sur les points suivants : 1º Entretien et perfectionnement de bonnes écoles primaires pour les enfants, comme première base ; 2º Petit Séminaire pour les études secondaires ; 30 Grand-Séminaire pour les études théologiques.

    Sur le Petit-Séminaire on statua ainsi : Chacun a exprimé un désir ardent de voir dans ces pays idolâtres un Petit-Séminaire aussi parfait que possible, qui pût donner des espérances solides pour la religion. On a décidé que, tout en soccupant à y former le cur des enfants par des instructions religieuses, on chercherait aussi à leur orner lesprit des connaissances les plus utiles. Ces connaissances à enseigner étaient les suivantes : le latin, le tamoul, le français (comme source féconde dinstruction religieuse et classique, et aussi comme devant faciliter les rapports de charité entre prêtres européens et indigènes), langlais (comme nécessaire pour le ministère envers un grand nombre de personnes ne sachant que cette langue, et aussi pour entretenir les rapports nécessaires avec les autorités), éléments dhistoire, de géographie, darithmétique, dastronomie et de physique. Comme personnel, on statua quil y aurait : un prêtre européen comme Supérieur spirituel et temporel de létablissement, un second prêtre européen comme directeur des études et professeur, un prêtre indigène comme surveillant général, le nombre des professeurs laïques et des surveillants secondaires que le besoin des classes rendra nécessaires. De plus, on décida que la Mission accorderait un secours spécial aux missionnaires qui prépareraient des enfants pour létablissement.

    Quant au Grand-Séminaire il fut décidé quon en créerait un séparé du Petit et quon y suivrait le règlement si sage adopté en Europe pour ces établissements.

    Ce Synode reçut les plus grands éloges des Directeurs du Séminaire de Paris et de la Sacrée Congrégation de la Propagande, si bien que cette Congrégation en profita pour adresser à toutes les Missions sa belle Instruction du 23 novembre 1845. Ce Synode neut pas lieu cependant sans quelques difficultés. Le secret des discussions nayant pas été très bien gardé, quelques chrétiens interprétèrent mal certaines idées échangées sur le clergé indigène, sur le traitement des castes, etc., et accusèrent les missionnaires de vouloir tout parianiser. Leur mécontentement alla si loin quils en écrivirent à Rome pour accuser les missionnaires de ne pas vouloir se conformer aux usages des castes nobles, de toucher les parias, de ne pas vouloir établir dans les églises un mur de séparation entre parias et gens de caste, etc., etc. Heureusement Mgr Bonnand sut donner les explications nécessaires et le Synode put se terminer sans autre révolte.

    Cependant le recrutement et la formation du clergé indigène ne furent pas les seuls points dont Mgr Bonnand soccupa. Il étudia encore profondément les moyens de son entretien. Dès 1849, dans le plan dadministration, quil prépara avec la collaboration de Mgr Charbonnaux 1, Supérieur du Mysore, de Mgr de Brésillac 2, Supérieur de Coïmbatore, et de plusieurs missionnaires expérimentés, il écrivait : En formant et organisant un clergé indigène, il est aussi de toute nécessité de lui préparer des moyens dexistence : Quis militat suis stipendiis ? dit lApôtre. Ce ne seront pas, sans doute, les jeunes élèves du sanctuaire, que lon forme et qui pour la plupart sont trop dénués des secours de la fortune et de lassistance de leurs parents pour pouvoir jamais le faire. Que deviendra donc un nombreux clergé que lon aura formé ? Il serait contre toutes les règles de lÉglise, de la religion et de la prudence, de le laisser manquer du nécessaire. Puis, passant en revue les différents moyens à employer, il assigne comme une nécessité de promouvoir des bénéfices ecclésiastiques et le casuel en faisant appel aux ressources locales, de manière à établir ou au moins à préparer autant que possible des églises et des uvres qui se suffisent à elles-mêmes. Il voyait parfaitement que les églises ou uvres dénuées dune vie propre et maintenues de lextérieur seraient toujours en danger de tomber et que la foi ne serait jamais bien implantée dans le pays tant que ces églises ou uvres dépendraient des secours étrangers.

    Cependant, ajoutait-il, nous ne devons pas nous dissimuler les grandes difficultés que nous rencontrerons dans la fondation des uvres susdites : il est même impossible dattendre ce résultat de nos premiers efforts.


    1. Etienne-Louis Charbonnaux, né en 1806 dans le diocèse de Rennes ; missionnaire en 1830 ; Coadjuteur en 1844 ; premier Vic. Apost. du Maïssour en 1850 ; mort à Bangalore en 1873.
    2. Melchior-Marie-Joseph de Marion-Brésillac, né en 1816 au diocèse de Versailles ; missionnaire en 1842 ; provicaire en 1845 : Vic. Apost du Coïmbatour en 1850. Cinq ans après il donna sa démission et fonda à Lyon la Société des Missions Africaines. Mort en 1859 à Freetown (Sierra-Leone).


    Il sagissait maintenant dexécuter les décisions prises aux deux synodes. La Mission de Pondichéry, déjà assez bien organisée, fut la première à se mettre en action. Dès novembre 1844 Mgr Bonnand avait fait jeter les fondations du Petit-Séminaire. Les bâtiments en furent achevés en février 1846, au prix de 9000 roupies, sans que les chrétiens y eussent contribué par la moindre obole. Jusquà cette époque les missionnaires avaient conservé vis-à-vis des prêtres indigènes, et plus encore des séminaristes, certains usages voulus par les règles de la caste, entre autres celui de jamais manger ensemble dans le même réfectoire : malgré tout, les Indiens, même chrétiens, considéraient les missionnaires, sinon comme des parias, au moins comme des étrangers, avec qui on ne pouvait communiquer et manger sans contracter une certaine souillure sociale. Quelques missionnaires crurent que, pour lhonneur de la fraternité chrétienne, le moment était venu de se mêler davantage avec les prêtres et séminaristes indiens. Encouragés par un prêtre indigène, le P. Arlanda, qui plus tard se rétracta et les désavoua, et ayant aussi demandé lassentiment des élèves, les trois missionnaires chargés du séminaire se décidèrent à prendre leurs repas dans le réfectoire en même temps que les séminaristes et, un peu plus tard, demandèrent à quatre de leurs élèves, qui servaient denfants de chur, dôter leur talapa (turban indien) pendant les vêpres et les processions. Ce fut assez pour mettre le feu aux poudres : les chrétiens tamoulères renouvelèrent aussitôt les accusations quils avaient mises en avant contre les missionnaires durant le Synode de 1844. La révolte alla si loin quon fut obligé de dissoudre le séminaire sous couleur de vacances illimitées. Ce ne fut quau bout de cinq mois et demi que Mgr Bonnand réussit par son grand tact à apaiser les esprits : la révolte ne cessa que lorsquil eut donné aux notables un document par lequel il certifiait quon ne voulait pas confondre les castes, ni intervenir dans les us et coutumes que ne condamnaient pas absolument les principes de la religion chrétienne.

    Tout cela nétait pas pour encourager, mais Monseigneur nétait pas homme à sarrêter devant pareilles difficultés. A peine la révolte apaisée, il se mit à travailler à la réorganisation du Petit-Séminaire suivant les décisions du Synode et fit également construire le Grand Séminaire. Ses efforts, dignes de meilleurs résultats, ne furent pas pourtant sans quelque récompense. De 1850 à 1861, lannée de sa mort, il eut la consolation dordonner neuf prêtres et de laisser son séminaire en assez bon état pour permettre à Mgr Godelle 1, son successeur, dordonner, entre 1861 et 1867, dix autres prêtres.

    Mgr Laouënan 2 dans son long et fructueux épiscopat de 1868 à 1892, continua sur les traces de ses prédécesseurs et eut même pour ses séminaristes des soins tout à fait spéciaux. En 1874 il rebâtit le Grand-Séminaire dans de meilleures conditions, et, lorsque ses autres occupations ne le retenaient pas, il navait pas de plus grand plaisir que denseigner lui-même la philosophie et la théologie. Il eut le bonheur de voir lordination de vingt-six prêtres indigènes durant son épiscopat, et pendant un temps son clergé indien fut le plus nombreux de toutes les Missions de lInde, à lexception de celui des Missions syro-malabares et des Missions portugaises


    1. Joseph Isidore Godelle, du diocèse de Metz, né en 1806. missionnaire de Pondichéry en 1840, Coadjuteur en 1857 ; Vic. Apost, en 1861 ; mort en 1867.
    2. François-Jean-Marie Laouënan, né en 1822 dans le diocèse de Saint-Brieuc ; missionnaire de Pondichéry en 1846, Vic. Apost, en 1868 ; mort en 1892.


    Depuis la mort de Mgr Laouënan, trente-quatre prêtres indigènes ont été ordonnés par Mgr Gandy 1 ou Mgr Morel 2. Cela porte à quatre-vingt deux le nombre des prêtres indigènes ordonnés dans la Mission de Pondichéry depuis sa division en 1845.


    1. Coadjuteur de Mgr Laouënan en 1883 ; archevêque de Pondichéry de 1892 à 1909.
    2. Archevêque de Pondichéry en 1909.


    Quant à la Mission de Mysore, elle marcha plus lentement que celle de Pondichéry dans la formation dun clergé indigène. La raison en est facile à donner : sa population chrétienne était beaucoup moindre et a toujours offert peu déléments pour le sacerdoce ; elle est, en effet, composée en très grande majorité de parias, que les coutumes du pays nont pas encore permis délever au sacerdoce. Ce nest quen faisant appel aux belles chrétientés concanies de Mangalore et aux deux petits groupes de cette race dans le Mysore, que lon a pu ajouter aux quelques prêtres canaras fournis par le Mysore. Mgr Charbonnaux ne se laissa pas débouter par cette difficulté : ayant assisté dune manière active aux synodes de 1844 et 1849 lui aussi navait pas de plus grand désir que davoir un clergé indigène dans sa Mission. Dès la séparation du Mysore du reste de la Mission malabare, il permit au P. Chevalier et au P. Gailhot de réunir quelques enfants, les uns Indiens de caste et les autres descendants dEuropéens, en vue de les diriger vers létat ecclésiastique ; et deux ans après il fit bâtir son premier séminaire. La même année (1846) arriva de Mangalore un jeune homme concani, du nom de Bonaventure Coelho, sachant déjà le latin ; Monseigneur le confia aussitôt à deux missionnaires pour ses études philosophiques et théologiques, et, en 1851 il eut le bonheur de lélever à la prêtrise : ce fut ainsi le premier prêtre de la Mission de Mysore. Le second prêtre fut le P. Gemma (aliàs Ignace), originaire dun petit village près de Bangalore et de caste pally, qui fut ordonné en 1857. Ce ne fut cependant quen 1859 que le programme des études fut fixé, rehaussant un peu linstruction donnée jusqualors. On décida aussi que les enfants canaras de familles pauvres, mais en qui le missionnaire remarquer il des dispositions, devraient être admis au séminaire gratuitement. Malgré cela, le séminaire ne donne que peu de résultats ; car, comme lécrivait Monseigneur lui-même, les chrétiens canaras de caste ne sont que des laboureurs ou des marchands, qui ne pensent quà leur profession et ne comprennent pas que leurs fils puissent jamais atteindre à la vertu et à la dignité du sacerdoce. Au fait, tant sous Mgr Charbonnaux que sous ses successeurs, de nombreux enfants canaras furent admis au séminaire ; mais dès quils avaient un peu dinstruction, ils en étaient retirés par leurs parents et mariés au plus vite. Mgr Charbonnaux ne se découragea pas pour cela ; il maintint toujours son séminaire, et, lorsquil avait des théologiens, il les prenait parfois avec lui dans ses tournées pastorales, tant pour les instruire et les éprouver que pour les montrer aux chrétiens, de manière à convaincre ceux-ci que le sacerdoce était ouvert à leurs enfants. Grâce à cette persévérance, il eut la consolation dordonner encore six autres prêtres : en 1860, le P. Pedro Ménézes, concani de Mangalore ; en 1864, le P. Bastian Noronha, concani du Mysore : en 1868, le P. John Noronha et le P. Shantappa (ou Clément), lun concani et lautre canara du Mysore ; en 1869, le P. Ignacy Emmanuel Corréa, concani du Mysore ; et en 1872 le P. Marie David DSouza, concani du Mysore.

    Les successeurs de Mgr Charbonnaux marchèrent sur ses traces et depuis 1872 ont ordonné vingt-six prêtres, dont deux descendants dEuropéens, quatre dorigine canara ou tamoule, et les vingt autres dorigine concanie, soit du Mysore, soit de Mangalore, et lun même de Goa. Cette diversité dorigine prouve au moins que les Évêques de Mysore ont eu à cur davoir un clergé diocésain en plus des missionnaires français.

    La Mission de Coïmbatore na pas fait moins defforts que ses deux surs de Pondichéry et de Mysore pour promouvoir le clergé indien. Dès 1836, son administrateur provisoire, le P. Jarrige, établit un séminaire à Karumatampatty, alors le poste central de la Mission, et y admit quatre enfants, qui tous devinrent prêtres. Lannée suivante, Mgr de Brésillac, devenu son provicaire apostolique, donna la tonsure aux deux plus âgés, et dautres petits séminaristes ayant été admis, il donna la tonsure chaque année à quelques-uns dentre eux. Cette méthode de donner la tonsure dès la fin de la première année du petit-séminaire, pratiquée dans certains pays, ne fut pas approuvée de bon nombre de missionnaires, soit quelle fût contraire à notre coutume française, soit quelle ne fût pas jugée bonne pour ces nouvelles Missions, où il faut calculer bon nombre dentrées au séminaire pour arriver à avoir un seul prêtre. Mais Mgr de Brésillac croyait que, par ce moyen, il encouragerait les vocations et que même il diminuerait les défections. Quoi quil en soit, cette méthode fut vite abandonnée ; mais on emploi pendant quelques années dans le Coïmbatore prouve quaux Indes la Société des Missions-Étrangères de Paris était disposée à tout enter pour avoir un clergé indigène.

    En 1859 furent ordonnés les deux premiers prêtres indiens de Coïmbatore, les PP. Arulnader (Jean) et Saverinader (Xavier). Lannée suivante Mgr Godelle, administrateur de la Mission, ayant trouvé que le centre de la Mission avait été graduellement déplacé de Karumatampatty à Coïmbatore, transporta le séminaire dans cette dernière ville, où il est resté depuis. En 1860, il avait quinze petits séminaristes et quatre grands séminaristes, dont trois au moins devinrent prêtres, les PP. Ragappanader (Pierre), Gnanapragasanader (Aloysius) et Antoninader (Antoine).

    Les bâtiments du séminaire furent rebâtis en 1874, et les études furent renforcées sous Mgr Bardou 1. Malgré cela le nombre de vocations naugmentait guère : la raison en était que la Mission était composée en majorité non de parias, mais de chrétiens de la caste des vanniers, qui étaient considérés comme trop inférieurs dans léchelle sociale indienne pour être admis dans le sanctuaire. Mgr Bardou cependant, voulant augmenter son clergé, fit admettre en 1884 quelques enfants vanniers au séminaire. Mal lui en prit, car aussitôt les parents des séminaristes de caste supérieure retirèrent leurs enfants, et il ne resta au séminaire que quelques grands séminaristes déjà dans les ordres. Trois ans furent nécessaires pour calmer les esprits et permettre de rouvrir le Petit-Séminaire. Ce nest quen ces dernières années quon a pu enfin faire accepter les vanniers au séminaire et avoir le premier prêtre de cette caste. Malgré ces difficultés, Mgr Bardou et Mgr Roy 2 ont pu depuis 1883 jusquà lannée présente ordonner vingt-quatre prêtres.

    La Mission de Kumbakônam, détachée de la Mission de Pondichéry en 1899, eut tout de suite son clergé indigène, car on lui laissa seize prêtres indiens. Elle na eu quà continuer les traditions de Pondichéry, autant plus quelle est composée surtout de vieilles chrétientés avec bon nombre de gens de caste. Malheureusement ses finances ne lui ont pas encore permis davoir un séminaire à elle, et jusquà maintenant elle est obligée de faire appel aux Missions voisines pour former ses séminaristes. Malgré cette difficulté, elle a réussi à avoir huit nouveaux prêtres indigènes.


    1. Vicaire Apostolique, puis Evêque de Coïmbatore de 1874 à 1903.
    2. Evêque de Coïmbatore en 1903.


    IV. Conclusion.

    Cest donc cent soixante prêtres indigènes que la Société des Missions-Étrangères de Paris a formés dans ses quatre Missions de lInde depuis 1776. (Actuellement vivants, ils sont 28 à Pondichéry, 20 à Mysore, 23 à Coïmbatore, et 14 à Kumbakônam). Ce chiffre ne paraîtra faible quà ceux qui ne connaissent ni lExtrême-Orient en général, ni lInde en particulier. Les causes principales qui ont empêché de faire davantage sont : les difficultés de la caste, qui ne permet délever au sacerdoce que les gens de certaines castes ; le nombre relativement faible des chrétiens appartenant à ces castes ; les préjugés des chrétiens de ces castes, qui font que les parents se résignent difficilement à laisser leurs enfants sans mariage pour les consacrer à Dieu : le petit nombre denfants qui répondent aux efforts des missionnaires pour acquérir les vertus essentielles au sacerdoce (suivant les années nous comptons de six à neuf entrées au Petit-Séminaire pour avoir en définitive un prêtre) ; enfin la pauvreté des Missions qui ne permet pas davoir un clergé indigène plus nombreux, ni de dépasser un certain nombre pour les petits et grands séminaristes.

    Notre organisation actuelle est la suivante. Chacune des quatre Missions, à lexception de Kumbakônam qui fait appel aux Missions voisines, possède un Petit-Séminaire, placé sous la direction dun missionnaire. De ce Petit-Séminaire les élèves vont aux classes du collège de la Mission, mais y reviennent pour létude, les exercices spirituels, le repas et tout ce que comporte linternat. Depuis quelques années, le programme détudes est celui des collèges anglais dans lInde jusquà lexamen appelé Secondary school leaving certificate : cela répond à peu près à lenseignement donné dans nos collèges français jusquà la classe de troisième inclusivement. Cet examen passé, les enfants restent entièrement au Petit-Séminaire, où pendant deux ans ils font du latin et la rhétorique. Alors ils sont envoyés au Grand-Séminaire de Pondichéry, qui depuis une vingtaine dannées est devenu le séminaire provincial avec quatre directeurs, cest-à-dire un de chaque Mission. Dans ce Grand-Séminaire, les études sont exactement celles qui se font en France, et pour tout on suit les prescriptions du Droit Canon.

    Quant à la valeur intellectuelle et morale des prêtres indiens, on peut dire quelle est dune bonne moyenne. Leur intelligence est assez solide et quelques-uns font dexcellentes études. Plusieurs ont composé ou traduit dans leur langue maternelle des ouvrages estimés ; tous parlent fort correctement le français ou langlais, et quelques-uns même les deux langues. Leur conduite aussi fait honneur au sacerdoce catholique. Bien que moins entreprenants que les missionnaires, en général ils travaillent bien, sont ingénieux et parfois très habiles dans la conduite des paroisses. Des défauts de caractère, ils en ont comme tout le monde, soit quils soient personnels, soit quils soient de race. Indiens, ils resteront Indiens, comme les Européens restent toujours Européens : chaque race a ses vertus et ses défauts, que la grâce et leffort peuvent augmenter ou diminuer, mais qui restent greffés sur la nature. Le clergé indien peut donc, comme le clergé de tout autre pays, se perfectionner et devenir plus pieux, plus humble, plus zélé et plus savant ; mais la base posée est solide et, si nous devons travailler à le rendre encore plus nombreux et meilleur, nous navons pas à le modifier dans ses lignes essentielles.

    Avec ce programme, nous navons rien à craindre de son avenir. Sans doute le mouvement nationaliste, qui agite toute lInde, nest pas sans sinfiltrer un peu dans notre clergé indien. Mais ces aspirations sont légitimes, et notre devoir nest pas de les combattre, mais de les diriger dans le droit chemin. Au lieu de nous offenser de quelques remarques malheureuses que des esprits mal équilibrés laissent parfois échapper, nous devons au contraire être contents que lInde sorte enfin de son ornière et de sa torpeur pour prendre conscience delle-même. La caste est peu à peu ébranlée et déjà, entre prêtres européens et indiens, nous avons supprimé toute distinction sociale, sans que les chrétiens de caste en aient pris ombrage. Quel progrès depuis le temps où lentrée de trois missionnaires dans le réfectoire des séminaristes provoquait une révolte ! Il est même permis de croire que le jour nest pas trop lointain où les castes inférieures et les parias pourront enfin offrir leurs enfants au service du bon Dieu.

    Un progrès sérieux a été fait dans les Missions de lInde. Nous nen sommes plus aux jours où lon se demandait si lon pourrait avoir des prêtres indigènes. La question actuelle est : Quand aura-t-on un clergé assez nombreux pour prendre la place des missionnaires ? A ce sujet et comme conclusion, je ne puis mieux faire que de transcrire ici un discours prononcé il y a quelques mois à lAssociation des anciens élèves du Collège Saint-Joseph de Trichinopoly par M. A. Jeganathan Pillai, Président de lAssociation :

    Nous ne pouvons plus douter de la nécessité quil y a de travailler à laccroissement du clergé indien, tant en vue des conversions quen vue du mouvement politique actuel. Les Papes, à plusieurs reprises, et tout récemment notre Saint-Père Benoît XV, ont clairement défini cette nécessité. La question détablir une hiérarchie indienne a donc reçu ou ne peut que recevoir les sympathies des autorités ecclésiastiques, comme on a pu le voir daprès les paroles prononcées récemment au Congrès Marial de Madras par S. G. Mgr lArchevêque de cette vile et par S. E. le Délégué Apostolique, qui, dailleurs, na fait que répéter ce quil avait déjà dit plusieurs fois.

    Le principe pourtant qui doit nous guider en cette matière nest as également bien compris par le grand nombre de ceux qui voudraient en voir la réalisation immédiate. La formation et laptitude doivent en effet précéder la responsabilité. Une espèce de dogme politique se répand de plus en plus, à savoir, que la responsabilité une fois donnée, laptitude se développera delle-même et quune société nouvelle na quà gagner à faire quelques bévues. Cette affirmation, qui est devenue comme un dogme des Indiens politiciens, a naturellement eu quelques approbations dans la société chrétienne. An fait, on ne peut nier que le sentiment de la responsabilité ne soit un grand motif à se rendre apte à ses différents devoirs. Cependant il ne faut pas pousser les choses à lextrême et vouloir, comme certains extrémistes que jai rencontrés, débarrasser lÉglise catholique de lInde des missionnaires européens.

    Pour ma part, lexpérience que jai ne me permet pas dapprouver cette opinion, et jespère que tous vous êtes de mon avis. Je suis convaincu que dans ladministration séculière du pays nous ne pourrons pas encore de longtemps nous passer des Anglais, et que de même aussi, pour le progrès et laccroissement de lÉglise, les missionnaires seront encore nécessaires de longues années, bien quils ne doivent rester parmi nous quen admettant le principe de société et égalité parfaite avec le clergé indigène. Le bien de la véritable Église ne doit pas être exposé à des aventures périlleuses, et lon doit insister à ce que la tâche de la gouverner ne soit confiée quà des mains sûres. Vouloir forcer le pas ne peut mener quà un désastre, et Rome nagit jamais à la hâte. Nous pouvons compter quun jour viendra où lÉglise catholique sera parfaitement indienne ; mais cela narrivera ni plus tôt ni plus tard que le jour où elle sera capable de vivre par elle-même. Ce nest pas en faisant de lagitation que nous y arriverons, mais bien par un tranquille travail de sacrifices personnels.

    Si, dans le passé, le formation du clergé na pas été tout ce quelle aurait dû être, il ny a aucun profit à blâmer quelquun pour cela. Mais cest à nous, catholiques instruits et loyaux, à encourager les vocations et à pourvoir à leur plus haute éducation possible. Nous ne devons épargner ni talents ni argent pour stimuler la formation ecclésiastique et remplir les séminaires actuellement existants de jeunes gens bien éduqués et appartenant aux meilleures familles catholiques.

    En même temps, nous ne devons pas oublier que la meilleure preuve que nous pourrons donner de notre aptitude, cest de nous débarrasser des barrières de la caste, qui cause tant de désavantages au catholicisme du Sud de lInde : cest un des grands problèmes à résoudre si nous voulons progresser. Nous sommes de plusieurs décades en retard sur le reste de lInde, au sujet de la liberté des relations sociales entre les différentes sections de la communauté catholique. A grands cris nous réclamons la liberté, légalité, la fraternité et labolition complète des différences et de la supériorité accordée à certaines races, tant dans le service du Gouvernement que dans ladministration de lÉglise ; et cependant personne nest plus attaché que nous à la domination de notre caste.

    Un Cingalais de mes amis, passant par Trichinopoly à son retour du Congrès Marial, me disait être renversé de voir encore tous les stratagèmes que lon a dans nos églises pour marquer la place réservée aux Européens, aux gens de caste et aux parias, et cela dans une ville de progrès comme Trichinopoly où par ailleurs le catholicisme se montre si sincère. LÉglise de Ceylan, au contraire, a depuis longtemps abandonné tous ces préjugés de caste ; cest là sans doute la raison qui, avec la divine Providence, explique sa grande prospérité et son influence dans tout le pays. Ces excellents résultats, nous, Indiens catholiques, nous pourrions aussi les obtenir grâce à notre catholicisme et à notre éducation. Mais pourquoi permettons-nous à nos malheureux préjugés de caste de sattacher encore à notre sang ? Le Congrès Marial nous a ouvert les yeux et a créé dans les esprits réfléchis un désir sincère de solutionner ce grand problème

    Cest aussi le désir de tous les missionnaires et nous applaudissons de tout cur à ces belles aspirations.

    M. VEYRET,
    Miss, de Mysore,
    Directeur au Grand-Séminaire
    de Pondichéry.



    1922/467-478
    467-478
    Veyret
    Inde
    1922
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