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Le clergé indigène dans nos Missions des Indes 1

Le clergé indigène dans nos Missions des Indes I. Quelques remarques générales sur lApostolat moderne en Extrême-Orient.
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    Le clergé indigène dans nos Missions des Indes
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    I. Quelques remarques générales
    sur lApostolat moderne en Extrême-Orient.

    En 1904, à loccasion du cinquantenaire de la proclamation du dogme de limmaculée Conception, M. le Chanoine. Léon JoIy, du clergé de Paris, remarqua que, dans la foule des 30 000 pèlerins agenouillés sur les dalles de Saint-Pierre pour recevoir la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ, seule la race blanche était représentée. Il se demanda alors pourquoi, après dix-neuf siècles de prédication évangélique, les jaunes, les Rouges et les Noirs ne se jetaient pas encore en foule aux pieds du divin Crucifié. Le digne Chanoine rumina le problème dans sa vieille tête et, en 1907, nous donna lenfant de ses labeurs sous le nom de Le Christianisme et lExtrême-Orient. Louvrage ayant été discuté, lauteur répondit aux critiques par un autre livre intitulé Les Tribulations dun vieux Chanoine. Ces écrits émurent plus dune âme, tant en Europe que dans les Missions : ils traitaient, en effet, de questions auxquelles tout vrai chrétien ne peut que sintéresser.

    Leur grande thèse était la suivante : lInde, lIndochine, la Chine, le Japon, la Tartarie et le Thibet ont été évangélisés peut-être dès les temps apostoliques, certainement à des époques historiquement déterminées aujourdhui ; et ces immenses régions, qui nourrissent la plus grande partie de lhumanité, ont persévéramment refusé le bienfait de la foi. Pourquoi ? A cette question le digne Chanoine répondait dabord que ce refus de la foi navait certainement pas pour cause le manque de qualités personnelles dans les missionnaires que lEurope envoie en Extrême-Orient : Lhistoire, disait-il, répond que la plupart étaient de vrais apôtres, joignant à un zèle ardent le double prestige des vertus et de la science, et toujours prêts à sceller de leur sang le témoignage quils rendaient de bouche à Jésus-Christ.

    Le refus de la foi nétait pas davantage dû aux défauts personnels des Orientaux. Lorgueil, écrivait-il encore, la cupidité, les préjugés, la haine, la cruauté ont éclaté en Occident comme en Orient ; et cependant lOccident est devenu chrétien, et lOrient na pas voulu le devenir.

    Pourquoi cette différence ? continuait à se demander notre bon Chanoine. Cest ici quil crut avoir fait une vraie découverte : il attribua léchec du Catholicisme en Extrême-Orient à ce que les missionnaires modernes avaient négligé et négligeaient encore systématiquement la formation dun clergé indigène et surtout dun clergé indigène intégral et autonome.

    Le but du présent article nest pas de réfuter la thèse de M. le Chanoine Joly. Cependant, avant de passer à lhistoire du clergé indigène ans les Missions de lInde confiées à la Société des Missions-Étrangères de Paris, il ne sera pas inutile de faire quelques remarques sur le parallèle que le digne Chanoine essaya de faire entre lapostolat moderne des peuples dOrient et lapostolat primitif des peuples dEurope.

    Je nai rien à dire des qualités personnelles des missionnaires. Grâces à Dieu, le charisme de lapostolat na jamais cessé dêtre présent dans lEglise, et Dieu ne len retirera pas tant que la sainte Église naura pas réalisé dans toute sa perfection son titre de Catholique. Mais prions Dieu avec ferveur quil répande ce charisme de plus en plus abondamment, car la moisson est abondante et les ouvriers sont encore relativement peu nombreux.

    Quant à lévangélisation de ces pays, avouons que le digne Chanoine en a exagéré létendue à travers les âges et les espaces. Dès les temps primitifs de lÉglise, quelques missionnaires pénétrèrent bien dans ces pays, mais ce fut toujours par rares unités et sans continuité : de cet apostolat il nest resté, grâce à sa proximité de lArabie, que la petite église syno-malabare de la côte occidentale du Sud de lInde. Il faut en venir à la découverte du chemin océanique vie lInde et de la Chine par les navigateurs portugais pour trouver un mouvement apostolique assez considérable vers ces pays. Mais, avant que ce mouvement apostolique ait pu pénétrer ces immenses pays dune façon efficace, les influences néfastes du XVIIIe siècle vinrent interrompre ses progrès, si bien quavant le milieu du siècle dernier, lévangélisation de ces peuples na pu être systématique et na procédé, pour ainsi dire, que par efforts sporadiques assez peu étendus. Même aujourdhui nous sommes loin doccuper tous ces pays : il y a encore dimmenses espaces où le missionnaire catholique est parfaitement inconnu ; même dans le Sud de lInde, qui est un des pays les mieux évangélisés, il est encore des villages où le missionnaire, sil vient à les traverser par hasard, est considéré comme quelque chose dextraordinaire, à moins quil ne soit pris pour un fonctionnaire du Gouvernement. Cest que nous avons affaire à des pays immenses dont la population se chiffre par centaines de millions. LInde, à elle seule, a plus de 300 millions dhabitants et la Chine en a 400 millions. Comment donc peut-on les comparer à lEurope soumise aux Romains, qui, avec ses Italiotes, ses Ibères, ses Celtes et ses Germains, navait même pas une centaine de millions ?

    Mais cest surtout au sujet des difficultés de lévangélisation de ces peuples que le bon Chanoine est en défaut : en effet, comme peuvent le certifier tous ceux qui ont résidé dans ces pays, on ne peut avoir une idée exacte du monde païen de lExtrême-Orient tant quon na pas vécu un certain temps dans ce milieu si étrange à nos conceptions européennes.

    Les peuples ont dabord une civilisation et une religion bien développées, vieilles au moins de trente siècles. Alors que les Romains instruits riaient aisément de leurs dieux et de leurs aruspices, nos brahmes indiens et les lettrés chinois ne trouvent rien de comparable à la doctrine de leurs vieux livres sacrés : ils reconnaissent la beauté de lÉvangile, mais leurs préjugés ne leur permettent pas encore den voir la supériorité. Ressemblant un peu aux tribus des forêts de lEspagne, de la Gaule et de la Germanie, nous avons seulement dici de là quelques tribus montagnardes, perdues au milieu des grands peuples qui les entourent. La conversion de ces tribus est presque un jeu à côté de celle de ces peuples : malheureusement les missionnaires ont été jusquici trop peu nombreux pour pouvoir soccuper de ces tribus primitives ; mais, là où la chose a été possible, les résultats ont toujours été excellents.

    Un autre point quil ne faut pas oublier, cest que notre prédication na plus pour objet la simple catéchèse apostolique, mais le Christianisme dans tout son développement dogmatique, moral, disciplinaire et liturgique. Même réduit à ses points les plus importants, ce Christianisme reste encore une religion assez complexe pour les païens, et les conversions en sont diminuées dautant. Mais ce qui affecte encore plus le mouvement des conversions, cest que ce Christianisme complexe lie le missionnaire aux chrétientés déjà existantes et ne lui laisse que peu de loisirs pour soccuper des païens. Pour obvier à cela, il faudrait que le nombre des prêtres augmentât en proportion de laccroissement des chrétientés, ce qui nest pas malheureusement le cas jusquà nos jours ! Il y a des missionnaires qui ont à administrer plus de 3000 chrétiens dispersés en de nombreux villages.

    Ajoutez enfin que, sur le champ du Père de famille, le missionnaire narrive plus seul, mais est suivi dun grand nombre de ministres protestants, qui jettent la confusion, et de compatriotes, soldats ou marchands, qui souvent donnent le mauvais exemple. Un Indien instruit et bien disposé mavouait un jour quil était convaincu de la divinité de Jésus-Christ, mais ne savait quelle secte il devrait joindre pour avoir a vraie doctrine. Telles sont quelques-unes des difficultés que néprouvèrent pas les missionnaires de lÉglise primitive, et qui sont de grandes pierres dachoppement à lapostolat moderne.

    Quant à la grande question de létablissement dun clergé indigène, il nest aucun missionnaire qui ne voie quun clergé indigène zélé et nombreux serait le grand remède au manque de missionnaires et par là accroîtrait grandement les succès du Christianisme en ces pays. Mais est-il vrai que les missionnaires, pour une raison ou une autre aient négligé ou négligent encore systématiquement ce grand moyen ? La meilleure preuve quil nen est pas ainsi, cest la controverse queurent entre eux les missionnaires dès le XVIe siècle, à savoir si, vu la nature, le passé, les murs et les coutumes des peuples dExtrême-Orient, on pourrait établir un clergé indigène, de manière à voir un jour parmi eux lÉvangile entrer comme en Europe dans la vie sociale de ces peuples. Dans cette controverse, plusieurs missionnaires, sétant exagéré les défauts des indigènes, furent pour la négative. Mais ces pessimistes durent céder devant la majorité de leurs confrères, qui, se rappelant que Dieu veut le salut de tous les peuples, ne doutèrent pas que Dieu accorderait aux Chinois et aux Indiens les grâces nécessaires non seulement pour devenir chrétiens, mais encore pour avoir leur propre clergé lorsque le Christianisme aurait pénétré leur pays assez profondément. En effet, il en est du Christianisme dans un pays comme de tout ce qui est destiné à vivre : les premiers temps, lêtre nouveau a besoin de la vie dun autre ; mais, arrivé à un développement suffisant, lêtre nouveau est appelé à se suffire à lui-même et à vivre sa propre vie.

    Convaincus de ce principe, les Jésuites de Chine, dès 1615, déléguèrent un de leurs membres, le P. Nicolas Trigault, pour aller plaider à Rome la cause du clergé chinois. Trente ans plus tard, un autre Jésuite de lIndochine, le P. Alexandre de Rhodes, tout en allant demander quon limitât le patronage des Portugais et Espagnols, qui devenait un obstacle à lexpansion des Missions en Extrême-Orient, de manda aussi que les Évêques et missionnaires envoyés directement par le Saint-Siège reçussent des instructions spéciales pour travailler à la formation dun clergé indigène. A quelque temps de là fut établie la Société des Missions-Étrangères de Paris, dont le premier but, dès sa fondation, fut la formation et létablissement dun clergé indigène dans les Missions que le Saint-Siège lui confierait. Ce furent donc les missionnaires eux-mêmes qui mirent en avant la grande question et provoquèrent les belles Instructions de la Propagande, tant pour mettre fin aux hésitations de quelques missionnaires un peu pessimistes que pour encourager les autres à mettre tout leur cur à cette uvre si importante. Que luvre ait progressé lentement, nous lavouons volontiers et nous ne devons pas en être surpris. Il fallait, en effet, faire dabord des chrétiens et trouver ensuite des familles assez chrétiennes pour consentir à donner leurs enfants à Dieu : chose bien difficile et bien rare, vu les murs et les préjugés de ces pays.

    Un volume ne suffirait pas pour donner toute lhistoire du clergé indigène dans les Missions dExtrême-Orient. Quant aux résultats obtenus jusquici, quil me suffise de dire quen 1905, au moment où M. le Chanoine Joly préparait son livre, la Société des Missions-Étrangères de Paris avait, dans ses 32 Missions, 710 prêtres indigènes pour 1297 missionnaires, et que, dans ces mêmes Missions, elle a, daprès le dernier compte-rendu de lannée 1921, 1161 prêtres indigènes pour 1180 missionnaires. Je puis ajouter que les autres Sociétés offrent à peu près le même progrès.

    Ces remarques générales seront confirmées par lhistoire abrégée du clergé indigène dans les quatre Missions que la Société des Missions-Étrangères de Paris possède dans le Sud de lInde, à savoir les Missions de Pondichéry, Mysore (Maïssour), Coïmbatore et Kumbakônam.

    II. Le Clergé Indien dans
    la Mission malabare.

    Ces quatre Missions, qui doivent leur origine aux Jésuites des Missions du Maduré et du Carnate, ne sont quune partie de ces dernières Missions et furent dabord connues sous le nom de Mission malabare, à larrivée des Missions-Étrangères de Paris.

    Cest en 1608 que le P. Robert de Nobili, neveu du Cardinal Bellarmin, créa la Mission du Maduré ; et cest en 1689 quarrivèrent à Pondichéry les Jésuites français, expulsés du Siam, qui peu après fondèrent la Mission du Carnate. En quittant la côte occidentale de la Péninsule indienne, le P. de Nobili saperçut vite que, si lautorité du Portugal pouvait aider la propagande religieuse autour des comptoirs et des forts portugais, partout ailleurs cette autorité naccréditait aucunement et même desservait les missionnaires auprès des Indiens. Pour se faire écouter deux, le bon Père embrassa et pratiqua fidèlement la vie de prière, détude et daustérité effrayante que Manou impose aux brahmes sangassis (ascètes). Puis, pour rendre lévangélisation acceptable à toutes les castes, quelques années plus tard, il compléta son système en divisant les missionnaires en deux classes : les missionnaires brahmes-sangassis pour les hautes castes et les missionnaires pandara-siramis (maîtres spirituels) pour les castes inférieures ou parias. Les exigences de la caste étaient alors si fortes que les missionnaires ainsi divisés ne pouvaient se voir que la nuit et en cachette.

    Ce système réussit magnifiquement et, vers le milieu du XVIIIe siècle, les deux Missions du Maduré et du Carnate comptaient près de 20.000 chrétiens. Mais ce qui avait si bien servi pour faire des conversions ne pouvait servir pour promouvoir un clergé indigène. En attendant que la caste fût moins rigide dans ses exigences, ces excellents missionnaires se contentèrent dassocier à leur uvre de simples catéchistes indigènes. Ces chrétientés si florissantes furent alors fort éprouvées par les disputes sur les rites malabars, linvasion des Mahrattes, les guerres entre Français et Anglais, les guerres dHaïder-Ali, différentes famines et épidémies, et enfin par la suppression des Jésuites, tant par les gouvernements que par le Pape Clément XIV. Mais Dieu sut tirer le bien du mal, car toutes ces épreuves rendirent enfin la caste un peu moins rigide et préparèrent ainsi la voie à la formation dun clergé indien.

    Dès 1770, la Société des Missions-Étrangères de Paris avait établi dans un petit village près de Pondichéry un séminaire connu sous le nom de Collège général de Virampatnam. Ce séminaire nétait autre que celui de Siam transporté à Pondichéry à cause des persécutions : il était réservé aux Annamites et aux Chinois, qui partageaient avec les Européens lhonneur dêtre estimés par les Indiens à peu près les égaux des parias. Ce ne fut quen 1776 que la Société des Missions-Étrangères de Paris accepta de succéder aux Jésuites pour lévangélisation de ces pays : dailleurs, ce ne fut pas sans hésitation, car on connaissait les difficultés quil y avait dans ces Missions à faire des prêtres indigènes et on se demandait si la Société pourrait ainsi rester fidèle à son premier but.

    Le premier Supérieur de la Mission malabare fut Mgr Brigot, 1 missionnaire déjà fort expérimenté, puisquil était en mission depuis 1741 et avait été Vicaire Apostolique de Siarn depuis 1755. Dès la seconde année de son supériorat de la Mission malabare, il eut son séminaire indien, nayant pu profiter du Collège général de Virampatnam, à cause des préjugés de caste. Il chargea de cette uvre un ancien Jésuite, le P. Basson, un vrai saint, tant par sa vie mortifiée que par son esprit de soumission à son nouveau Supérieur. Monseigneur lui confia tout de suite quinze élèves, qui, de son propre avis, ne savaient presque rien et peu promettaient. Mais Mgr Brigot voulait absolument commencer, coûte que coûte, la grande uvre du clergé indigène.


    1. Pierre Brigot, né en 1713 dans le diocèse dOrléans, missionnaire au Siam en 1741, Vicaire Apostolique du Siam en 1755, supérieur de la Mission malabare en 1776 ; mort à Pondichéry en 1791.


    Grands furent les déboires et les sacrifices quoccasionna ce séminaire ; mais au moins Mgr Brigot eut la consolation de voir ordonner par son coadjuteur, Mgr Champenois, 1 les deux premiers prêtres tamoulères (le P. Thomas, ordonné en 1788, et le P. Philippe, ordonné en 1789) et de prouver expérimentalement que les Tamoulères pouvaient devenir prêtres. Il mourait en 1791 dans sa soixante-dix-septième année, après cinquante ans dapostolat et trente-six ans dépiscopat.

    Mgr Champenois, son successeur, encouragé par ce premier succès, continua luvre et, aidé du dévouement du P. Magny, à qui il lavait confiée, eut le bonheur dordonner durant son épiscopat (1791-1810) sept autres prêtres indigènes : le P. Germain en 1794, le P. Bonat en 1795, les PP. Daniel et Aloysius en 1802, le P. Louis Sandander en 1803, les PP. André et Lazare en 1806. De la carrière de ces neuf premiers prêtres tamoulères nous navons plus grands détails ; nous savions pourtant par une lettre du P. Magny en 1811 quà cette époque deux étaient déjà morts, lun était devenu fou après quelques années de ministère, lun travaillait à Pondichéry et les autres dans les districts, en particulier dans le Mysore et le Coïmbatore, où ils rendaient de réels services pour le bien, quoique les missionnaires, pour se ménager leur amitié, fussent parfois obligés duser à leur égard dune condescendance excessive.

    Mgr Hébert 2 succéda à Mgr Champenois en 1810. A cette époque, létat de la Mission malabare était vraiment pauvre à tout point de vue : les chrétientés avaient été dépeuplées et ruinées par la persécution du Néron indien, Tippu Sahib ; pour évangéliser cette grande Mission malabare il ny avait que six prêtres indigènes et neuf missionnaires, dont cinq brisés par lâge ou les infirmités, et les ressources pécuniaires étaient des plus limitées. Un clergé indigène plus nombreux aurait alors été dun grand secours, mais les vocations étaient rares, difficiles à former à lesprit de sacrifice, et les fonds manquaient pour les entretenir. On parla même de fermer temporairement le séminaire. Ayant appris cela, le P. Dubois, qui à la mort de Tippu Sahib avait été envoyé dans le Mysore pour retrouver et relever les chrétientés de ce pays, soffrit à maintenir de ses propres revenus cette uvre si importante. Son offre fut acceptée avec joie, et le maintien du séminaire dans ces circonstances si difficiles permit à Mgr Hébert dordonner durant son épiscopat (1810-1836) huit nouveaux prêtres indiens, à savoir : un en 1814, trois en 1818, deux en 1823 et deux en 1828. Après cette dernière ordination, le séminaire passa par une nouvelle épreuve. Le P. Bigot, ayant été chargé de sa direction, voulut faire quelques réformes que ne comportaient peut-être pas le climat et le caractère des enfants. Ce fut une débâcle, car les enfants quittèrent un à un et vint le jour où il ne resta plus personne. Mgr Hébert lui-même, un peu déçu dans les espérances quil avait fondées sur le clergé indigène, en vint à ne plus vouloir ordonner dIndiens avant trente-six ou quarante ans, ajoutant de plus quil les fallait toujours placer avec un prêtre européen. Cependant des chrétiens assez riches proposèrent de rétablir eux-mêmes le séminaire, se réservant dy régler lenseignement et la direction selon leur manière de voir. Les Supérieurs de la Mission laissèrent dire, sachant, dune part, que pour lIndien il y a loin des paroles aux actes et, dautre part, quils navaient rien de bon à attendre dune institution où les Indiens, qui fourniraient les fonds, ne manqueraient pas daller à lencontre de celui qui voudrait leur donner des avis contraires à leurs idées, surtout à cette époque où la jeunesse de Pondichéry était fortement imbue des idées du jour.


    1. Nicolas Champenois, né en 1734 dans le diocèse de Reims, missionnaire de Pondichéry en 1777, Coadjuteur en 1785 ; Supérieur de la Mission malabare en 1791 ; mort à Pondichéry en 1810.
    2. Louis-Charles Auguste Hébert, né en 1763 dans le diocèse de Séez ; missionnaire de Pondichéry en 1792 ; Coadjuteur en 1806, Supérieur de la Mission malabare en 1810 ; mort à Pondichéry en 1836.


    Tel était létat de la question du séminaire lorsquen 1836 Mgr Bonnand 1 succéda à Mgr Hébert. Dès lannée précédente cependant, sans que les Indiens eussent essayé daccomplir leur projet, le P. Lehodey, grâce à une allocation du Gouvernement français, avait pu réouvrir le Séminaire. Cela permit à Mgr Bonnand dordonner deux nouveaux prêtres avant le synode de 1844 et la division de la Mission malabare en 1845. Cétait donc dix-neuf prêtres tarmoulères quon avait ordonnés depuis larrivée des Missions Étrangères de Paris dans lInde.


    (A suivre). M. VEYRET,
    Miss. Apost. de Pondichéry.


    1. Clément Bonnand, né en 1796 dans le diocèse de Lyon ; missionnaire de Pondichéry en 1824, Coadjuteur en 1831 ; Vic. Apost. de la côte de Coromandel en 1836 de Pondichéry en 1850 ; mort à Bénarès en 1861.


    1922/410-419
    410-419
    Veyret
    Inde
    1922
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