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Le cataclysme du Japon

Le cataclysme du Japon Cest le lundi 3 Septembre au matin seulement que fut connue à Hongkong la catastrophe qui désola le Japon central le premier jour du mois, et, songeant à lépouvantable malheur de nos confrères, nous ne pouvions retenir un frisson en lisant au 1er Psaume des Vêpres du lundi ces paroles si pleines de sens dans le malheur actuel : circumdederunt me dolores mortis : et pericula inferni invenerunt me !
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    Le cataclysme du Japon

    Cest le lundi 3 Septembre au matin seulement que fut connue à Hongkong la catastrophe qui désola le Japon central le premier jour du mois, et, songeant à lépouvantable malheur de nos confrères, nous ne pouvions retenir un frisson en lisant au 1er Psaume des Vêpres du lundi ces paroles si pleines de sens dans le malheur actuel : circumdederunt me dolores mortis : et pericula inferni invenerunt me !

    Le lundi 1er Septembre à 11 h. 58 se produisit la grande secousse sismique qui en quelques instants ne fit de Yokohama quun monceau de ruines. Un typhon avait précédé. Le fond de la mer secoué par le tremblement de terre, les flots se précipitèrent en raz-de-marée dans la baie de Tôkyô. Enfin laccident se produisant juste à lheure du repas du milieu du jour, au moment où partout le feu était allumé pour préparer les aliments, lincendie se déclara aussitôt et, attisées par le vent soufflant en sens différents successivement, comme cela arrive en temps de typhons, les flammes se propagèrent rapidement. Puis ce furent les réservoirs de pétrole qui se brisèrent et prirent feu ; mazout se répandit sur le port à la surface des flots, mettant gravement en danger les bateaux, consumant comme des brûlots les petites embarcations et les appontements.

    Le tremblement de terre seul neût pas fait un nombre si considérable de victimes. Le feu irrésistible fut la consommation de la catastrophe. Quantité de personnes retenues prisonnières sous les débris de leurs habitations eussent pu être sauvées, neût été lincendie qui se propagea sans laisser le temps de dégager les malheureuses victimes. Nombre de personnes échappées au tremblement de terre périrent dans les flammes ; la chaleur causée par lembrasement général de la ville était atroce ; on cherchait de leau pour se rafraîchir la figure et les mains, mais la force du brasier tourna bientôt leau bienfaisante en un nouvel élément de mort. Certains moururent brûlés par leau surchauffée et devenue bouillante ; dautres, qui avaient espéré échapper au danger en se jetant à la mer, se trouvèrent aux prises avec le pétrole et moururent dans les flammes.

    Le paquebot André Lebon, qui avait échappé le 18 août au typhon de Hongkong grâce à lhabile manuvre de son commandant, se trouva à Yokohama de nouveau exposé à toute la fureur des éléments. A son retour à Hongkong nous avons pu avoir les premières nouvelles circonstanciées du triste sort qui fut celui de nos confrères pendant ces mortels instants. Nous avons eu le plaisir de saluer à son passage M. labbé Desbois, du diocèse de Nantes, échappé à la catastrophe de Yokohama, où il était précepteur des enfants du Prince de Béarn et de Chalais, Conseiller dambassade. Voici les premiers détails apportés par les réfugiés.

    A Tôkyô, nous navons à déplorer la mort daucun confrère ; seul le P. Cherel, curé de Kanda, fut blessé, mais rien de grave.

    Tsukiji est détruit, ainsi que Kanda, Asakusa et Honjo.

    A Sekiguchi, léglise est endommagée ; mais la grotte de N. D. de Lourdes est intacte. Les nouvelles bâtisses érigées au commencement de lannée par le P. Flaujac ont pu supporter la tourmente et on les employa pour abriter les réchappés.

    La seule paroisse qui soit absolument intacte est Azabu, résidence du P. Tulpin.

    Quant aux Institutions religieuses de Tôkyô, leurs pertes sont très lourdes. Voici les quelques détails que nous avons pu recueillir.

    1º A lUniversité des Pères Jésuites, pas de perte de vie à enregistrer, mais les bâtiments sont à moitié démolis. Les anciennes constructions ont souffert beaucoup. Un nouveau bâtiment en ciment armé a bien résisté. Cest là que, pour le moment, S E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique du Japon, a dû chercher refuge.

    2º Non loin de lUniversité se trouve lInstitution des Dames de St. Maur, à Yotsuya ; les constructions sont fortement abîmées.

    3º Les Dames du Sacré-Cur. Ici aussi aucune perte de vie à déplorer, les bâtiments sont endommagés, très lézardés ; toutefois les Surs pensent pouvoir faire rentrer leurs élèves en Janvier prochain.

    4º Le grand Collège des Marianistes comprenant plus de 1100 élèves. Grâce à Dieu, tout na pas été détruit, mais les bâtiments qui servaient dEcole Primaire ont été brûlés par lincendie.

    5º Les Surs de Saint-Paul de Chartres. Elles ont eu davantage à souffrir, leurs maisons sont complètement détruites. De plus, elles ont été frappées cruellement par la mort de Sur Joseph, de nationalité anglaise. Sur Joseph se trouvait dans une salle, occupée à faire de la peinture en compagnie dune Sur japonaise et de deux fillettes ; lorsque se produisit la violente commotion, toutes sortirent de la salle ; la Sur japonaise, entraînant les deux enfants, tourna à gauche en franchissant la porte, et sen fut indemne. Sur Joseph tourna à droite, et, quelques pas plus loin, une cheminée lécrasait en tombant. On releva son cadavre et on le transporta dans une partie des bâtiments qui était encore restée debout ; mais bientôt lincendie survint, ne laissant finalement quun monceau de décombres ; de Sur Joseph il ne resta que des cendres mêlées aux ruines de létablissement. Deux des plus anciennes Surs sont descendues à Hongkong : Sur Agathe, 44 ans de mission, dont 16 mois passés à Saigon à son arrivée, et le reste au Japon, et Sur Virginie, chinoise, originaire de Hongkong. Les autres Surs se sont réparties entre les maisons de leur Congrégation à Morioka et Sendai.

    Par ailleurs la colonie française de Tôkyô na eu à porter le deuil daucun de ses membres.

    A Yokohama le désastre fut plus terrible encore, les doigts de la main suffiraient pour compter le nombre des maisons restées debout en ville. Seules quelques maisons japonaises à Nakamura, dans la banlieue Ouest, sont restées intactes.

    Le port de Yokohama. étant le terminus des grandes lignes de paquebots, la Mission de Hakodate y avait établi son procureur, le P. de Noailles. Un télégramme de Mgr Berlioz nous a appris la mort de notre confrère, avec cette triste précision : Tout est perdu. Les flammes ont dévoré tout lavoir de linfortunée Mission de Hakodate. Les coffres-forts ont résisté extérieurement aux chocs et aux flammes, mais la chaleur fut telle que leur contenu fut parcheminé et pour ainsi dire torréfié. On ne cite quun seul coffre fort qui ait résisté dans la ville de Yokohama ; il était au sous-sol dune des firmes de la ville. Partout ailleurs, lorsque les autorités vérifièrent ce qui restait des biens de leurs nationaux, on ne trouva dans les coffres que des monceaux de papiers noircis, calcinés. Le cher P. de Noailles habitait le Nº 80 de Hommura-dôri ; des habitants de cette maison aucun néchappa au sinistre. A 11 h. du matin Mr. Beuf, Directeur de la Section Primaire de lEtoile du Matin, rendait visite au P. de Noailles et le laissait en compagnie de M. Soubitez ; on retrouva et identifia ensuite leurs deux cadavres. Les PP. Pouget et Montagu vinrent chercher la dépouille mortelle du P. de Noailles, lidentifièrent et la firent transporter dans la Mission de Hakodate, pour quil puisse reposer près de ses confrères, auxquels il était si dévoué.

    Dès le 6 septembre les télégrammes Reuter nous annonçaient aussi la mort de notre confrère, le P. Lebarbey, curé de léglise du Sacré-Cur, dans le quartier européen du Bluff, et, bien que la nouvelle officielle ne nous en soit pas encore parvenue, Mr. labbé Desbois nous a confirmé le fait, ajoutant même que linventaire de ses effets fut fait par le Secrétaire de la Chambre de Commerce, lequel ne trouva dans son coffre-fort que quelques vases sacrés abîmés par la chute des briques placées à lintérieur du coffre pour le rendre résistant en cas dincendie.

    Le P. Lemoine, qui habitait avec lui, fut sauvé, après être resté plusieurs heures enseveli sous les décombres.

    Le P. Demangelle résidait habituellement à Yokohama, mais par bonheur il sen trouvait justement absent ce jour-là.

    Le P. Caloin, curé de la paroisse de Wakabachô, est sauvé, lui aussi, il a même pu sauver des flammes quelques objets et sest réfugié ensuite à Omori où tout est intact.

    Le P. Breton, curé de Omori, est venu à Yokohama pour aider et a été dun grand secours aux Français réfugiés à bord de lAndré Lebon.

    Nos collaborateurs religieux ont souffert plus encore que nous. La terrible catastrophe a anéanti le bel établissement des Dames de S.-Maur, et ici la mort a frappé à grands coups. La Communauté de Yokohama comprenait 18 Surs, 12 étaient présentes au moment du tremblement de terre. Toutes furent prises sous les ruines de leur maison. Du Collège S.-Joseph situé non loin de là, deux Marianistes, MM. Jannin et Abramitis, vinrent pour essayer de leur porter secours ; mais ils navaient que leurs deux mains pour déblayer les décombres et, pour ce travail exténuant, ils étaient à jeun. Ils purent sauver deux Surs et une fillette. Les autres Surs restaient là, comme dans un tombeau, causant avec leurs sauveteurs qui narrivaient pas à bout de leur travail surhumain. Alors, ô horreur ! chassées de tous côtés par le vent, arrivent les flammes de lincendie ; cest lembrasement général de Yokohama qui gagne de ce côté ; impossible de délivrer les malheureuses victimes, et, de dessous les ruines, sélève la voix des enfants qui récitent avec ferveur lacte de contrition ! Le feu est venu : ce qui eût pu nêtre quun accident sest transformé en catastrophe. Huit religieuses européennes (3 françaises, 4 anglaises, 1 belge) et 2 Surs japonaises, 6 enfants européennes et 12 japonaises, périrent de cette mort effroyable !

    La Supérieure de la Communauté et quatre autres Surs, qui se trouvaient à Akôbara, ont pu ainsi échapper à la catastrophe et se sont réfugiées dans leur communauté de Shizuoka.

    Les Frères Marianistes ont aussi souffert dans leur Collège St.-Joseph de Yokohama ; cependant ils ont pu conserver une de leurs maisons. Ils avaient inauguré, en juillet dernier, pour la distribution des prix, une nouvelle bâtisse en ciment armé, qui devait servir à la rentrée prochaine pour les salles de classe. Malheureusement les fonds manquèrent pour faire aussi le toit en ciment ; il fut fait en tuiles ordinaires avec charpente en bois. Le quartier étant tout en flammes, une maison voisine saffaissa contre la nouvelle école, le feu prit par le toit et consuma la toiture, le plafond et le plancher de létage supérieur. Là sarrêtèrent les dégâts parce que là commençait, sous le plancher, le ciment armé. Dès le lendemain, cette maison serait de refuge pour les blessés. Dans tout le quartier du Bluff cette maison est la seule qui reste debout.

    Du Père Droüart de Lézey, dans sa Léproserie de Gotemba, on est encore sans nouvelle, mais il sest trouvé dans la zone du tremblement de terre. Plus heureux, les PP. Beuve à Kôfu et Cesselin à Matsumoto, étant à la limite des territoires dévastés, furent à peu près épargnés.

    Les Marianistes possèdent une maison de campagne à Yamakita, à 2 h. de chemin de fer de Tôkyô. Une de leurs maisons fut à moitié remplie de terre par les éboulements de la montagne à laquelle elle était adossée ; leur seconde maison fut renversée, mais le S.-Sacrement put être sauvé. La plupart des Marianistes se trouvaient en vacances à Yamakita et cest sans doute ce qui leur évita une catastrophe semblable à celle quéprouvèrent les Dames de S.-Maur. Voyant leurs habitations détruites, ils crurent quil ne sagissait que dune secousse locale et voulurent rentrer à Yokohama ; mais plus de train, plus de voie ferrée, et des routes défoncées ; ils mirent deux jours pour revenir à pied ; le long du chemin, ils purent constater que des versants de montagnes sétaient éboulés et ne pouvaient en croire les gens quils rencontraient et leur affirmaient que Yokohama était entièrement détruit.

    In omnibus tribulationem patimur, sed non angustiamur ; aporiamur sed non destituimur ;. dejicimur, sed non perimus. Cest le moment de répéter avec lApôtre cette parole quil adressait aux Corinthiens : sed non perimus ! car il faut relever toutes ces ruines pour que ne périclite pas luvre à laquelle Dieu nous a appelés !


    1923/634-639
    634-639
    Anonyme
    Japon
    1923
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