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Le bienheureux Urbain Lefebvre 1

Le bienheureux Urbain Lefebvre. Son séjour en France - Son martyre.
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    Le bienheureux Urbain Lefebvre.


    Son séjour en France - Son martyre.

    Au second volume du Mémorial de la Société nous lisons que Urbain Lefebvre, voguant vers la France, où il narriva quen 1763, sarrêta en cours de route. En effet, des lettres, écrites par lui et publiées en 1887 dans la Semaine Religieuse de Tours, nous apprennent quil séjourna quelque temps à lîle Maurice. De retour dans sa patrie, il rêva, assure un témoin au procès de Béatification, dy organiser une grande uvre dapostolat. Nayant pu y réussir, il se fixa à Paris et exerça le ministère à la paroisse de St Eustache pendant douze ans, de 1771 à 1783.

    Tout ce que nous lisons de lui, ajoute le même témoin, manifeste un grand zèle pour la véritable foi, une grande fidélité au Siège Apostolique, et le désir du martyre. Parlant dun certain M. Pétard, qui avait été victime de persécuteurs jansénistes, il se prend à lenvier : Il est confesseur de la foi, sécrie-t-il, et moi qui serais plus exposé, je nai pas encore pu en avoir autant.

    1. Bulletin, Nº 61, Janvier 1927.


    En quittant St Eustache, il se retira du ministère, et vint habiter chez un de ses amis, M. Desgourdes, place Royale ; puis, quand celui-ci quitta Paris pour détablir à Athis, il ly suivit. Nous ne voyons nulle part, dans les documents du procès, que notre Bienheureux ait exercé les fonctions de chapelain des Hospitalières de la Miséricorde : ce titre est attribué à un autre des Martyrs des Carmes, nommé Olivier Lefebvre. Sur ce point il ne saurait y avoir aucun doute ; il est donc probable que la similitude de nom a donné lieu ici à une confusion. Nulle part non plus il nest désigné comme chapelain des Hospitalières de la Merci. A la fin du mois daoût 1792, rappelé dAthis à la capitale par ses affaires, il était descendu dans une maison de la rue du Faubourg St Antoine, lorsque le 30, à 5 heures et quart du matin, des émissaires de la Préfecture de police de la section de Montreuil se présentèrent au domicile de son hôte, quils mirent aussitôt en état darrestation pour avoir reçu chez lui un prêtre suspect. Appelé lui-même à comparaître, on lui demande sil avait prêté le serment du clergé, décrété par lAssemblée Constituante. Il répondit que depuis neuf ans il était retiré du ministère, et quayant quitté toute fonction publique, il navait pas été assujetti au serment. On lui fit observer que, quoique retiré du ministère, il aurait dû, en bon citoyen et en bon prêtre, faire le serment civique en tel endroit quil aurait pu être. Le procès-verbal de larrestation du Bienheureux, doù sont extraits les détails précédents, conclut en ces termes : Attendu que, daprès son aveu de navoir prêté aucun serment, il est suspect et réputé mauvais citoyen, nous lavons remis au caporal du poste de la rue de Montreuil pour le conduire à la maison des Carmes.

    Daprès le rapport dun témoin oculaire, nous savons que le 2 septembre au soir, au moment où les assassins se présentèrent, Urbain Lefebvre exhorta ses compagnons au courage, en rappelant tout ce quil avait eu à souffrir dhumiliations, daffronts, de cruauté dans ce pays où il était allé annoncer la foi. Enfin un autre témoin assure quil fut mis à mort dans la deuxième partie du massacre, cest-à-dire dans la tuerie régulière, alors que les prêtres, appelés à tour de rôle devant le Commissaire, déclinaient leurs noms et choisissaient entre le serment ou la mort.

    Lhistoire, en effet, rapporte que les assassins fusillèrent dabord à bout portant plusieurs prêtres, qui se trouvaient dans la chapelle des Carmes, agenouillés au pied de lautel, tandis que dautres se dispersèrent dans le jardin poursuivant, le fusil à la main, les prêtres éparpillés dans lenclos. Pendant cette hideuse chasse, quelques-uns purent séchapper en escaladant les murs, entre autres, rapportent les documents, un diacre du Séminaire des Missions-Étrangères. La tuerie durait depuis environ un quart dheure, lorsquun homme, qui semblait être le chef de cette bande de brigands, accourut et fit cesser le feu en criant : Ce nest pas comme cela quil faut faire, vous vous y prenez mal ; faites ce que je vais vous dire. A ces mots, il ordonna de faire rentrer tous les prêtres dans léglise. Ils étaient encore à peu près une centaine. Alors commença le second acte de cette sanglante tragédie. Ordre fut donné de faire sortir ces prêtres, deux par deux, de léglise dans le jardin ; au pied de lescalier, qui y descendait, des assassins avaient été disposés, prêts à accomplir leur horrible besogne. Avez-vous fait le serment ? leur demanda-t-on. Non, répondirent-ils. Mais, ajouta lun deux, peut-être Urbain Lefebvre, car le cas proposé était bien le sien, il en est parmi nous plusieurs à qui la loi même ne demandait pas ce serment, parce quils nétaient point fonctionnaires publics. Le bourreau eût vite résolu lobjection : Cest égal, reprit-il, ou le serment, ou bien vous mourrez tous. Il ne restait donc plus aucun doute : tous, sans exception, étaient appelés à choisir entre un acte qui les détachait de lEglise et du pape, ou la mort ; ils choisirent la mort. On les appelle par leurs noms, et, à leur passage par la porte fatale, ils tombent sous le fer des assassins. Ce fut parmi ces dernières victimes que succomba notre Bienheureux.
    1927/622-624
    622-624
    Anonyme
    France
    1927
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