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Le bienheureux Urbain Lefèbvre (1725-1792)

Le Bienheureux Urbain Lefèbvre (1725-1792)
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    Le Bienheureux Urbain Lefèbvre (1725-1792)

    Parmi les 191 Confesseurs de la foi massacrés à Paris au mois de septembre 1792 et béatifiés le 17 octobre 1926, il en est un, le Bienheureux Urbain Lefebvre, qui appartint durant 15 années à la Société des Missions-Étrangères. Il sera agréable à nos lecteurs, pensons-nous, de trouver ici quelques détails sur la vie de ce nouveau Bienheureux, particulièrement sur la période de son apostolat en Extrême-Orient. Nous devons espérer que, du haut du ciel, il noublie pas la Société dont il fut membre et quil ne quitta quen raison dun devoir primordial à remplir.

    Urbain Lefebvre, né à Tours le 21 janvier 1725, était âgé de 21 ans lorsquil demanda à être admis au Séminaire des Missions-Étrangères. On lui répondit quil ne serait reçu quaprès son ordination au sous-diaconat. Diacre en 1748, il entra lannée suivante au Séminaire, y fut ordonné prêtre et, le 1er décembre 1749, il sembarquait à Port-Louis sur la Baleine, à destination de la Mission du Setchoan. Au mois de juin 1750 il était à Pondichéry et, à la fin de la même année, à Macao. Là il rencontra Mgr Armand-François Lefebvre, Vicaire apostolique de Cochinchine, alors chassé de sa mission par la persécution, qui lui proposa daller évangéliser le Cambodge. Il ne semble pas que ce projet fut réalisé, car le P. Urbain Lefebvre est mentionné comme ayant résidé à Macao de 1751 à 1753, attendant les courriers du P. André Ly, à qui il avait écrit.

    Désireux de se rendre dans la mission à laquelle il était destiné, il quittait Macao le 6 janvier 1754 et se mettait en route pour le Setchoan par le Kouangtong, le Hounan et le Houkouang.

    Dès le 30 juillet 1751 il avait écrit au prêtre chinois André Ly pour linformer de son voyage ; sa lettre, transmise par Pekin, narriva à destination que le 10 mai 1753. André Ly envoya deux de ses chrétiens, Jacques Ouang et Charles Tchao, pour accueillir à Canton le jeune missionnaire et lui servir de guides durant son long voyage. Le 23 mars 1754 le P. Lefebvre débarquait à Tchongking et écrivait encore au prêtre André Ly, pour lavertir de son prochain passage dans sa chrétienté de Chintsongping, où il arrivait, en effet, le 27 au soir : le Setchoan navait pas alors de Supérieur européen, et le prêtre chinois en était comme le chef provisoire, en attendant un Supérieur envoyé par Rome. (Cf. P. Launay, Setchoan, tome II, pp. 278 sub fine ( ?) ; 279, où Benoît XIII confia définitivement le Setchoan à la société.

    Cette arrivée fut une grande joie pour le prêtre chinois, depuis 20 ans presque seul à évangéliser cette région, au milieu de difficultés inouïes. Les deux apôtres célébrèrent ensemble la fête de Pâques, qui, cette année-là, tombait le 14 avril. Plus de 200 chrétiens assistèrent aux offices de la Semaine-Sainte et 90 dentre eux reçurent la communion pascale.

    Le 1er mai les deux Pères partaient pour Tchengtou, où ils arrivèrent le 26 du même mois. Dans son Journal, le P. André Ly constate avec étonnement et satisfaction que nulle part, durant le voyage, le P. Lefebvre na été reconnu comme Européen. Il mentionne aussi que les dépenses du voyage de Macao à Tchengtou se sont élevées à 147 taëls ou 199 piastres. Le P. Lefebvre, ajoute-t-il, travaille tous les jours à létude de la langue chinoise et jespère que dici à un an il pourra entendre les confessions et adresser des exhortations aux chrétiens.

    Cette espérance ne devait pas se réaliser. Peu après linstallation des deux Pères à Tchengtou, une dénonciation calomnieuse ayant été faite contre les chrétiens du village de Kouangyuen, au nord de la province, les autorités procédèrent à des perquisitions qui amenèrent larrestation du P. Ly et celle du P. Lefebvre. Le 30 juin 1754, les deux missionnaires, la chaîne au cou et les menottes aux mains, furent conduits à la prison de la ville, où ils furent maintenus pendant quinze jours, après quoi ils furent détenus encore pendant trois mois dans le prétoire. Pendant leur emprisonnement, ils souffrirent souvent de la faim, de la soif, sans parler des tortures morales que leur imposait la grossièreté de leurs compagnons de captivité. Nous étions, écrit le P. Lefebvre, au milieu hommes pervers, réduits à partager leur chambre, à entendre leurs horribles conversations, à voir leurs actes plus horribles encore et vraiment dignes de lenfer. Pendant ce temps André Ly eut à subir de longs et fréquents interrogatoires ; au quatrième, il fut frappé de vingt soufflets. Trois fois on changea leurs chaînes pour leur en mettre de plus lourdes.

    Pour se rendre leur juge favorable, ils offrent des présents au préfet du prétoire : laiguière et le bassin en cuivre blanc qui avaient servi à Mgr de Martiliat, 8 bâtons de cire dEspagne, 2 candélabres en cuivre blanc, 2 vitraux représentant lun le roi Louis XIV, lautre Siu Kolai, premier ministre du temps des Ming, etc.

    Enfin le 8 octobre, le P. Lefebvre fut libéré, mais il devait quitter le Setchoan et être reconduit à Canton. Le sauf-conduit qui lui fut délivré portait quil serait nourri pendant tout le voyage par les autorités locales ; il lui était interdit de loger dans les hôtelleries, mais seulement dans les prétoires, etc. Le préfet de Tchengtou lui fit remettre, pour ses frais de route, une somme de 80 taëls, que le missionnaire partagea aussitôt avec son compagnon de captivité, André Ly, lequel fut aussi rendu à la liberté quelques jours plus tard.

    Le 12 octobre le P. Lefebvre, après de touchants adieux à son confrère, quittait Tchengtou et se dirigeait vers Canton. Il était accompagné dun pouya (officier subalterne) et de deux satellites ; un cheval pour lui servir de monture et un pour porter les bagages.

    Le P. Ly avait désiré vivement trouver un chrétien qui accompagne le Père dans son long et pénible voyage et lui tienne lieu de serviteur ; il ne le put en temps voulu. Ce nest que le 21 octobre quil dépêcha après lui un jeune homme, Basile Tching, lequel se proposait, après avoir conduit le P. Lefebvre à destination, de faire, soit à Macao, soit à Siam, les études préparatoires au sacerdoce. Il remplit, en effet, sa mission auprès du missionnaire, mais ne fut pas jugé apte à être admis au séminaire. Le 18 août 1756 il était de retour chez le P. Ly et 4 mois après, épousait une païenne de localité.

    Arrivé à Canton au commencement de 1755, le P. Lefebvre fut remis aux autorités et emprisonné pendant quelque temps ; puis il obtint sa liberté, moyennant quil quitterait la Chine, et se rendit à Macao. Là il reçut lhospitalité de la Procure de la Société, administrée alors par le P. Le Bon. Celui-ci, qui avait été durant dix ans missionnaire au Siam et qui devait plus tard y retourner comme Coadjuteur de Mgr Brigot, puis Vicaire apostolique, engagea le missionnaire chassé de la Chine à aller évangéliser les Siamois. Le Père y consentit et, après un arrêt à Pondichéry, auprès du P. Mathon, en même temps Procureur de la Société et Provicaire pour le Siam, il arrivait à Juthia. Dès quil posséda suffisamment la langue du pays il exerça le saint ministère en diverses fonctions. En 1758 il était à la fois procureur du séminaire de Mahaphram et curé de la paroisse, lorsquune lettre de lArchevêque de Tours le rappela en France pour prendre soin de sa mère, qui navait dautre soutien que lui. A la fin de cette même année, il quittait Juthia et se rendait au port de Mergui, du district de Tenasserim, où il pensait pouvoir sembarquer pour lEurope. Il attendit longtemps loccasion favorable. Il y était encore au commencement de 1760 lorsque les Birmans firent irruption dans le pays. Avec le P. Andrieux, curé de Mergui, il dut senfuir de la ville menacée et les deux missionnaires furent recueillis par un bateau français qui les débarqua sur la côte de Coromandel. De Pondichéry le P. Lefebvre trouva aisément le moyen de regagner la France.

    Ce retour rompait le lien qui lavait attaché à la Société des Missions-Étrangères : il cessa den faire partie en 1763.

    On na que peu de renseignements sur la suite de sa vie. Il demeura à Paris, où il fut attaché au clergé de la paroisse Saint-Eustache. En 1792, il était chapelain des Hospitalières de la Merci. Arrêté comme suspect, il fut massacré aux Carmes le 2 septembre 1792, recevant ainsi dans sa propre patrie la couronne du martyre, quil navait fait quentrevoir en Extrême-Orient.

    Bienheureux Urbain, priez pour nous et pour les peuples que vous avez évangélisés autrefois, ut infideles universi ad Evangelii lumen perducantur !

    1927/35-39
    35-39
    anonyme
    France
    1927
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