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Le 2e centenaire de la canonisation de Saint Louis de Gonzague

Mission de Hanoi Le 2e Centenaire de la canonisation de Saint Louis de Gonzague au Séminaire de Hoàng-nguyên
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    Mission de Hanoi

    Le 2e Centenaire de la canonisation de Saint Louis de Gonzague au Séminaire de Hoàng-nguyên

    Par une lourde soirée du dernier été tonkinois jessayais en vain de fixer mon attention sur je ne sais plus quel article du journal La Croix, quand soudain mes yeux tombèrent sur un titre en grosses lettres bien détachées : Deuxième Centenaire de la Canonisation de saint Louis de Gonzague. Lettre de Sa Sainteté Pie XI au R. Père Ledochowski, Général de la Compagnie de Jésus. Bon ! encore un centenaire, pensai-je, et, quelque diable me poussant, jajoutai : Heureusement que ce nest pas pour nous, car par ces temps de canicule je ne me vois pas improvisant les fêtes dun quelconque centenaire, fût-ce en lhonneur de saint Louis de Gonzague. Dailleurs cest un fait, malheureux, je le veux bien, mais cest un fait, mes élèves connaissent peu, très peu Saint Louis de Gonzague.... et je mendormis, la conscience légère.

    Notre vénérable Evêque se chargea de me réveiller. Un beau jour je suis mandé à Hanoi et Sa Grandeur me dit avec son bon sourire : Père, Son Excellence le Délégué apostolique me communique le désir du Saint-Père de voir fêter le deuxième centenaire de la canonisation de saint Louis de Gonzague dans nos écoles. Vous êtes tout désigné au Collège pour cela ; car saint Louis est, je crois, le Patron dune de vos classes. Mais non, Monseigneur, mes élèves connaissent fort peu saint Louis, et cest saint Stanislas qui Cest cela même ; dailleurs ce sera une bonne occasion pour donner à vos élèves un peu de dévotion à saint Louis ; ils en ont besoin.

    Cétait la tuile, la grosse tuile, sans, illusion possible ! Enfin on obéira, sans enthousiasme, mais on obéira et on tâchera de faire quelque chose. Puis.... je me rendormis sur mes positions. Mais un vieil évêque, surtout un vieux routier comme notre bon patriarche, ne se laisse pas endormir, lui ! Il patienta quelques mois et, ne voyant rien venir, menvoya au début de novembre une petite épître dans ce genre : Je vous avais parlé dune fête en lhonneur de saint Louis de Gonzague ; je serais heureux den connaître le programme et de voir fixer cette solennité au 13 novembre, fête de saint Stanislas. Cette fois, jeus honte et de mon peu dempressement à obéir et de mon manque de ferveur. Je proposai donc de suite un triduum pour les 11, 12 et 13 novembre, clôturé par des offices solennels et une petite séance littéraire. Cette fois ce fut pour moi une approbation cum plausu et pour, Mgr Chaize une invitation chaleureuse à venir présider notre petite fête.

    Cela devenait sérieux et il fallait se mettre à luvre. Les poètes accordèrent leur lyre, les artistes firent retentir le séminaire de leur plus beaux accords, et les as de la parole se préparèrent à endiguer les flots tumultueux de leur jeune éloquence.

    Cela commença par un petit accroc. Mgr Chaize arrivait le second jour du triduum ; une barque devait lamener jusquau Collège. La communauté était donc réunie au débarcadère, les drapeaux flottaient au vent.... Le P. Binet, toujours malin, me dit : Patron. Eh bien ? Je suis comme sur Anne : je ne vois rien venir. Jeunesse, vous êtes bien pressé ! Voyons. Les Grandeurs arrivent lentement, posément. Ah ! bien oui ! Un cri : Monseigneur est à la porte du Collège. Et ce fut une débandade générale, comme dune volée de moineaux, pour trouver une Grandeur qui entrait bravement à pied, ayant quitté la barque à lentrée du village. Cela manqua de solennité, mais on se rattrapa par la suite.

    Samedi 13, cétait le grand jour. Je nétais pas sans quelque appréhension. Oh ! pas pour la partie religieuse, qui marcha très bien : messe de communion fervente, messe solennelle, chants, cérémonies, ce fut presque parfait. Cétait la séance littéraire qui me donnait du souci. Mes élèves ne sy étaient jamais essayés, quallait être cette fameuse séance ? Léminent professeur dhumanités, le P. Buttin, se plaît à proclamer que nos élèves nont pas reçu les cinq talents de lEvangile. A peine en ont-ils un, et ils sacharnent encore à lenfouir. Mais enfin, il faut bien un début à tout, nest-ce pas ? Eh bien ! on débuta, et fort honorablement.

    Salué par les cloches, le tambour et une marche entraînante, Monseigneur, escorté des professeurs, fit une entrée solennelle dans la salle des fêtes ornée de plantes vertes et pavoisée comme aux grands jours. Aussitôt un chur fourni entonna une cantate à trois voix dune fort belle tenue musicale. Puis ce fut la partie littéraire : un élève de chaque classe vint tour à tour lire son panégyrique en lhonneur de saint Louis. Latin, français, annamite se succédèrent avec assez de bonheur et à chaque orateur notre distingué Coadjuteur répondait dans la langue employée. Le petit sixième fut loué de sa naïveté fraîche et pimpante ; le cinquième, de sa parfaite élocution ; lélève de quatrième, de son bon latin. Là se plaça un petit intermède, un chant annamite vif et cadencé, fort goûté des auditeurs. La séance reprit et, lorateur de la classe de troisième ayant parlé de lhumilité du Saint servant au réfectoire avec autant dattention que dhumilité, Monseigneur recommanda les mêmes vertus dans le même service, et, comme léconome approuvait, pensant à tant de vaisselle cassée par des mains étourdies, toute la salle partit dun bel éclat de rire. Enfin la seconde se vit féliciter pour le fond et la forme de son excellent discours français. Quant à la rhétorique, elle eut naturellement la palme du discours latin, auquel Monseigneur répondit dailleurs dans une langue si claire, si précise, que nous nous disions : Voilà comme je voudrais mexprimer.

    Il fallait une conclusion à tout cela, ce fut la chorale qui lapporta sur lair si connu de la Marche des Rois. Un poète doccasion avait brodé là-dessus quelques humbles rimes ; le pavillon fit passer la marchandise. Et donc on chanta le beau latin, le français poli, lannamite exquis, qui avaient célébré les mérites de notre Saint, et, pour conclure enfin, on proclama :

    Mais humblement,
    Disons franchement
    Que malgré tout saint Louis est content.

    Il ny avait pas que saint Louis qui fût content. Je crois bien, ma foi, que tout le monde létait, et, en défilant à la reprise de la marche finale, au milieu des acclamations et des bravos, on se disait : Belle fête ! Puisse-t-elle laisser dans le cur de nos élèves un grand désir dimiter saint Louis de Gonzague !


    1927/39-42
    39-42
    anonyme
    Vietnam
    1927
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