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LAssemblée Générale de Hongkong février-mars 1921

LAssemblée Générale de Hongkong Février-Mars 1921. Lannée 1921 demeurera une date mémorable dans lhistoire de la Société des Missions Étrangères. Pour la première fois depuis 250 ans dexistence, une Assemblée Générale des Supérieurs Majeurs se réunissait à Hongkong pour réformer le Règlement et traiter des intérêts généraux de la Société.
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    LAssemblée Générale de Hongkong Février-Mars 1921.

    Lannée 1921 demeurera une date mémorable dans lhistoire de la Société des Missions Étrangères. Pour la première fois depuis 250 ans dexistence, une Assemblée Générale des Supérieurs Majeurs se réunissait à Hongkong pour réformer le Règlement et traiter des intérêts généraux de la Société.

    La réforme du Règlement, désirée par un grand nombre, était devenue obligatoire par le fait de la promulgation du nouveau Code de Droit Canonique, auquel nos Constitutions devaient nécessairement se conformer.

    Une Conférence fut donc convoquée à Rome en Mai 1920 pour élaborer un Projet de Règlement. Elle était composée dun Délégué de chaque groupe de Missions et du Séminaire de Paris ; à savoir :

    Japon : Mgr Rey, Archevêque de Tôkyô ;
    Mandchourie-Corée : Mgr Demange, Vic. Ap. de Taikou ;
    Chine Occidentale : Mgr de Guébriant, Vic. Ap. de Canton ;
    Chine Méridionale : Mgr de Gorostarzu, Vic. Ap. du Yunnan ;
    Tonkin : Mgr Ramond, Vic. Ap. du Haut.Tonkin ;
    Cochinchine et Cambodge : Mgr Grangeon, Vic. Ap. de la Coch.Orient. ;
    Indochine Occidentale : Mgr Cardot, Vic. Ap. de la Birm. Mérid.;
    Indes : Mgr Chapuis, Evêque de Kumbakônam ;
    Séminaire de Paris : M. Delmas, Supérieur.


    1. Ce groupe avait délégué dabord Mgr Mossard, Vic. Apost. de la Cochinchine Occidentale, qui mourut à Dijon le 11 février 1920, quelques jours seulement après son arrivée en France.


    Mgr de Guébriant fut élu Président de la Conférence ; Mgr Demange, Secrétaire. Le P. Robert, Procureur Général à Hongkong, et le P. Launay, le savant historien de la Société, furent adjoints, à titre consultatif, aux Délégués des Missions.

    Dix Commissions furent nommées, qui, du 7 Mai au 11 Juin, simultanément ou successivement, tinrent plus de 50 réunions, dont les conclusions furent étudiées et discutées en 42 séances générales, auxquelles assistaient les consulteurs.

    Le fruit de ces laborieuses délibérations fut un Projet de Règlement en 286 articles, qui, imprimé immédiatement, fut adressé à tous les membres de la Société, lesquels devaient, avant le 1er février 1921, envoyer leur vote par Oui ou Non sur lensemble, cest-à-dire sur les décisions fondamentales du Projet (institution dun Supérieur du Séminaire et de la Société, séparation du Séminaire-Administration et du Séminaire-formation), leurs desiderata sur les détails et leurs votes pour lélection éventuelle du Supérieur et de ses deux Assistants.

    Cest lAssemblée Générale, convoquée à Hongkong, qui devait dépouiller les votes, examiner les observations des missionnaires et discuter en particulier chaque article du Projet de Règlement pour arriver à une rédaction définitive, sauf lapprobation de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

    Les travaux de lAssemblée commencèrent le9 Février et se prolongèrent jusquau 22 Mars.

    Sur les trente-cinq Evêques de la Société, cinq ne purent prendre part à la réunion : NN. SS. Rey, Archevêque de Tôkyô, et Barillon, Evêque de Malacca, retenus en France par la maladie ; Giraudeau, Vic. Ap. du Thibet ; Allys, Vic. Ap. de la Cochinchine Septentrionale, et Teissier, Evêque de Mysore. De plus la Mission du Laos navait pas alors de Vicaire Apostolique, Mgr Prodhomme étant décédé quelques mois auparavant.

    LAssemblée se composa donc de vingt-neuf Evêques et du Supérieur du Séminaire de Paris, auxquels le P. Robert, Procureur Général, fut adjoint à titre consultatif.

    Dès la première séance, lAssemblée élut pour Président Mgr Marcou, Vic. Ap. du Tonkin Maritime ; pour Vice Président, Mgr Bouchut, Vic. Ap. du Cambodge ; pour Secrétaire, Mgr Demange, Vic. Ap. de Taikou (Corée).

    Un travail préliminaire avait été le dépouillement des votes des missionnaires pour le Supérieur de la Société et ses Assistants. La majorité des votants ayant été en faveur de cette importante innovation, le principe en fut admis, mais lélection fut remise à la fin des travaux de lAssemblée.

    Il fallut ensuite dépouiller les observations présentées par les missionnaires et les cataloguer selon leur objet. Or 453 membres de la Société avaient exprimé leurs desiderata, dont le total sélevait au chiffre de 1841. Sur ce nombre, 1756 visaient 253 articles (sur les 286 du Projet de Rome) et 85 portaient sur des questions en dehors du Projet. Chaque document fut analysé et classé selon lordre des articles du Règlement ou des questions auxquels il se rapportait. Cela fait, commença la discussion proprement dite de chaque article, de chaque ligne, presque de chaque mot du Projet de Règlement, en même temps que des observations présentées par les Confrères.

    Les membres de lAssemblée se partagèrent en huit Commissions, dont chacune fut chargée de la révision dun ou deux chapitres du Règlement et dune ou plusieurs questions en dehors du Règlement. Après discussion minutieuse, le Secrétaire de chaque Commission rédigeait un Rapport, qui, lu ensuite en séance plénière, était lobjet dune nouvelle délibération et recevait parfois de notables modifications.

    Ce simple exposé peut donner une idée de la somme de travail que simposa lAssemblée en vue darriver à une rédaction qui sauvegarde à la fois et les prescriptions du Droit Canonique, et les vénérables traditions de la Société, et lautorité des Supérieurs, et les desiderata légitimes des missionnaires. Il permet de comprendre aussi pourquoi les délibérations se sont prolongées pendant près de deux mois.

    Au reste, pour résumer les travaux de lAssemblée et lesprit dans lequel ils ont été conduits, nous ne saurions mieux faire que de reproduire la Lettre-circulaire adressée aux missionnaires par NN. SS. les Evêques après la clôture de la réunion. Bien quelle soit entre les mains de tous, cest un document trop important pour que le Bulletin ne tienne pas à honneur de lui donner place dans son premier numéro..

    Hongkong, le 25 Mars 1921.

    Messieurs et chers Confrères,

    Les Supérieurs de notre Société désiraient depuis longtemps se réunir pour traiter de lintérêt commun. Décidée en principe dès 1915, cette réunion est devenue une nécessité quand, à la date du 26 Juin 1918, le Saint-Siège a fait savoir que toutes les Associations religieuses étaient tenues de mettre leurs Constitutions en harmonie avec la nouvelle Législation ecclésiastique dont le Code venait dêtre promulgué.

    La réunion sest tenue dabord à Rome, par délégués ; et a élaboré un Projet dont un exemplaire a été envoyé à chacun de vous.

    Un mois après la fin de cette Conférence, le 15 Juillet 1920, la S. C. de la Propagande a adressé à tous les Membres de notre Société une lettre qui a été imprimée in extenso en tête du même Projet. Il y est dit notamment quaprès que tous auront donné sur les modifications proposées leurs votes et leurs observations, une Assemblée Générale se tiendra au printemps pour examiner le tout et discuter en particulier chaque article du Règlement.

    LAssemblée Générale en question sest ouverte le 9 Février, à notre maison de Nazareth de Hongkong, huit jours après que notre Procureur général à Rome avait obtenu pour elle la bénédiction du Saint-Père. Elle a duré jusquau Mardi Saint, 22 Mars.

    Convoquée sous le régime du Règlement en vigueur, qui réserve aux Supérieurs de la Société linitiative des questions dintérêt général (Art. 27) et qui soumet ensuite au referendum de tous les Membres du Corps les modifications à introduire au Règlement (Art. 31), cette première Assemblée ne pouvait encore admettre aucun Membre qui ne fût compris dans lénumération de larticle 26.

    Quant au referendum, dune pratique si difficile quand il sagit dun nombre considérable darticles, la Sacrée Congrégation avait bien voulu nous indiquer, dans la même lettre, de quelle manière il convenait, pour cette fois, dappliquer larticle 31 du Règlement.

    Tous les Supérieurs de la Société quun empêchement de force majeure ne retenait pas à leur poste ont montré par leur empressement à venir à Hongkong, malgré la longueur et la difficulté des voyages, limmense intérêt quils prennent au bien de notre Société, le désir quils ont de contribuer, chacun pour sa part, à son affermissement et à son développement.

    LAssemblée a suivi rigoureusement le programme indiqué dans la lettre déjà citée, commençant par dépouiller le vote densemble, ou dapprobation ou de réprobation, sur les modifications proposées, ou examinant les observations présentées par les Membres de la Société, et discutant en particulier chaque article du Règlement.

    Un peu plus de 1000 de nos Confrères ont envoyé leurs votes sur lensemble ; 453 y ont joint des observations, quelques-unes très courtes, un plus grand nombre assez développées, plusieurs même formant de véritables mémoires sérieusement travaillés.

    Sur lensemble, 660 ont voté OUI, 240 NON ; environ 80 ont émis un vote conditionnel ou lont exprimé dans des termes qui laissent un doute sur le fond de leur pensée. Si lon réfléchit à lextrême difficulté quil y a à éviter les malentendus entre personnes dispersées, comme nous le sommes, à tous les coins de lEurope et de lAsie et vivant dans des localités souvent perdues et mal accessibles, on est en droit dadmirer lesprit général de la famille des Missions-Étrangères.

    Le vu qui saffirme, avant tout autre, dans les remarques et desiderata de nos Confrères, est celui de garder à notre Société la forme dune Association de prêtres séculiers. Malgré les affirmations si nettes du Projet de Rome, plusieurs missionnaires avaient craint que le fait dêtre classé, au point du vue canonique, dans la même catégorie que certaines Congrégations à vux simples nentraînât un changement de notre statut et ne fit de nous, à un degré quelconque, des religieux. A quel point cette inquiétude est peu fondée, la Sacrée Congrégation prend la peine de nous laffirmer elle-même dans une lettre du 18 Décembre 1920, adressée à Mgr lArchevêque de Pondichéry : Nul changement de nature, dit elle, nest
    impliqué par la déclaration que la Société des Missions-Étrangères est comprise parmi les Sociétés dont traite le Titre XVII du Code Tout cela nempêche pas que les Membres de la bien méritante Société des Missions-Étrangères de Paris soient et restent prêtres séculiers. Tout, dans le nouveau Règlement, part de cette notion et tend à la confirmer.

    Après ce vu, chez nous vraiment unanime, de rester ce que nous sommes et avons toujours été, des prêtres séculiers, aucune préoccupation ne se manifeste plus clairement, dans les observations de nos Confrères, que celle dun renforcement de lautorité centrale dans la Société, renforcement que presque tous conçoivent sous la forme dune substitution depuis très longtemps en question dans la Société, celle dune personne à une collectivité. Non seulement les 660 bulletins affirmatifs sont à compter comme caractéristiques de cette tendance, mais, parmi les votes conditionnels et les bulletins négatifs, 50 % au moins sy rattachent, plusieurs même très explicitement. Sils ont voté NON sur lensemble du projet, cest quà aucun prix ils ne voulaient être assimilés à des religieux, ou bien parce que, linstitution du Supérieur entraînant celle des Assemblés Générales, ils trouvaient ces Assemblées, telles que les proposait le Projet de Rome, trop exclusivement épiscopales, trop peu représentatives de la Société dans son ensemble et, en conséquence, inacceptables, Neût été ce scrupule, eux aussi auraient voté OUI.

    Tout cela était fort légitime. Sur le premier motif dhésitation, la Sacrée Congrégation elle-même, dans sa lettre déjà citée, se chargeait de répondre : Nulle difficulté ne provient de ce que la Société doive avoir un Supérieur, dautant plus que cest chose voulue par les saints Canons et que cest chose obvie quune Société, quelle quelle soit, ait une tête. Sur le second point également, aucune objection de principe nempêche de faire droit au désir si largement répandu parmi nous dadmettre aux Assemblées des Délégués missionnaires, ainsi que lavait dabord envisagé la Conférence de Rome (Voir Préface du Projet, page 6). Il est donc manifeste que lidée davoir un Supérieur de la Société était en faveur parmi nous dans une proportion tout à fait prépondérante.

    Quant à la réorganisation du Séminaire de Paris, il est presque inutile den parler, tant était générale dans la Société le désir de voir lAdministration centrale divisée en deux sections distinctes, lune formant le centre administratif, lautre vouée exclusivement à la préparation des nouveaux missionnaires.

    Si donc, laissant provisoirement de côté le détail, on cherche à résumer les vux exprimés par les membres de la Société, à une majorité qui, au moins sur certains points, équivaut à lunanimité morale, on peut, semble-t-il, les ramener à quatre principaux : maintien de la forme séculière regardée comme essentielle à notre Société ; renforcement de lautorité centrale par sa concentration aux mains dune personne responsable, reconnue comme Supérieur du Séminaire et de toute la Société ; Assemblées Générales périodiques où les missionnaires aient des représentants ; séparation, au Séminaire de Paris, de ladministration proprement dite et de lenseignement.

    De plus, il faut se hâter de le dire, tout cela est conçu par nos Confrères, non comme une réforme de la Société, moins encore comme un bouleversement, mais comme laboutissement naturel de son évolution séculaire, la mise au point de tout ce que lui a appris une longue expérience. Tous entendent, comme lont entendu nos Délégués de Rome, quaprès ladoption du nouveau Règlement, si Rome lapprouve, comme après le Règlement de 1870, nous serons autant que jamais la vieille Société des Missions-Étrangères, consciente de sa place dans lEglise et du but quelle poursuit, fidèle à son passé, forte de sa tradition.

    Comme on le voit, il était facile de distinguer parmi les votes et les remarques envoyées à Hongkong les idées prédominantes au sein de la Société. A les analyser et à les comparer, on est même frappé du peu de divergences qui sy rencontrent, et limpression qui simpose est celle dun accord très largement réalisé parmi nous sur les points où le Projet de Rome mérite dêtre adopté et ceux sur lesquels il demande à être complété ou retouché.

    Où la difficulté commence, cest lorsquil sagit de fondre en un tout homogène des conceptions qui, chacune prise à part, sont claires et faciles à développer, mais qui, sans parler du Droit Canonique quil faut avant tout respecter, ne peuvent sajuster les unes aux autres quen se faisant des concessions réciproques. Veut-on des exemples ? En voici deux ou trois. Nous sommes séculiers : oui certes, mais nous sommes aussi une Société. Nous voulons une autorité centrale forte : oui certes, mais nos Missions sont autant dEglises autonomes. Nous souhaitons un Supérieur, à qui tous obéissent : oui certes, mais lEglise ne veut pas que lEvêque soit soumis à un autre quau Pape. Et ainsi de suite.

    Si donc on serre de trop près lidée de constitution séculière, on pourra aller jusquà croire injustifiée la classification canonique par laquelle la Sacrée Congrégation elle-même rattache notre Association au Titre XVII du Code. Si, au contraire, on voit surtout les avantages dun Supérieur vraiment Supérieur, on se heurte, en ce qui concerne les Evêques, aux lois fondamentales de lEglise.

    Est-ce à dire que notre Société des Missions-Étrangères repose et reposera toujours sur des antinomies ? Nullement. Les Ordres religieux ont aussi des Missions, gouvernées comme les nôtres par des Evêques missionnaires, et, mis en présence de difficultés plus grandes que les nôtres, ils les résolvent de leur mieux, chacun à sa manière, usant de la liberté que lEglise leur laisse de se gouverner chacun selon ses propres Constitutions (Can. 675).

    Faisons de même. Profitons de la même liberté. Notre Société a vécu deux cent cinquante ans sous un régime qui na été, il est vrai, codifié quaprès beaucoup de temps et de tâtonnements, mais qui, en somme, na jamais cessé de jouir, implicitement ou explicitement, de lapprobation du Saint-Siège. Cherchons donc, dans nos Constitutions écrites et notre pratique traditionnelle, ce qui sy trouve déterminé par les textes ou consacré par le temps. Mettons-le en relief et tirons-en les conséquences en prenant pour guides les prescriptions du Droit, les indications de la Sacrée Congrégation de la Propagande et les tendances prépondérantes, sinon unanimes, des membres de notre Corps. Et, si nos adaptations ne sont pas parfaites, gardons-nous cependant de voir partout des contradictions et des impossibilités ; car ce qui nous différencie des autres sociétés religieuses nest pas nécessairement une anomalie inacceptable, et lEglise naurait pas édicté le Canon 675, sil ne lui plaisait pas de voir régner parmi ses enfants la variété et la liberté dans lunité.

    Guidée par ces vues, aidée par les observations venues de tous les points de la Société, confiante dans le contrôle promis à ses travaux par la Sacrée Congrégation de la Propagande, lAssemblée Générale de Hongkong a entrepris la révision soigneuse du Projet si consciencieusement élaboré par nos Délégués à la Conférence de Rome.

    A la clef de voûte de lédifice, elle a laissé pieusement larticle 23 (ancien 25), relatif au Séminaire de Paris centre et fondement de la Société. Une conclusion avait manqué jusquici à cet article. La Conférence de Rome la lui a donnée en une courte phrase que lAssemblée de Hongkong a ratifiée : Le Séminaire de Paris et la Société des Missions-Étrangères nont quun seul et même Supérieur.

    Dans la personne du Supérieur de Paris, ainsi reconnu comme le Supérieur de la Société, sincarnent donc les pouvoirs que déjà possédait et exerçait le Séminaire des Missions-Étrangères : pouvoirs inscrits çà et là dans les Règlements successifs, et complétés par ce quy ajoutait souvent de fait le bon sens des membres de la Société.

    En fortifiant ces pouvoirs par une reconnaissance explicite, en les interprétant à la lumière des prescriptions du Droit, en y ajoutant tout ce que permettent le caractère séculier de notre Société et lautonomie individuelle des Missions, il semble bien que nous ayons touché au terme dune longue évolution historique et donné au Supérieur de notre Maison-Mère tout ce qui peut rendre légitime, rationnel, utile et efficace son rôle dans lensemble de la Société.

    Reconnu comme le Supérieur de la Société tout entière, le Supérieur de Paris ne peut plus être lélu du seul Séminaire. Tous doivent avoir à son élection la part qui leur revient. Dès lors lAssemblée Générale périodique simpose, et simpose sous une forme qui puisse faire delle un vrai raccourci de la Société. Pour en déterminer la juste composition, une étude approfondie de nos Constitutions était nécessaire ; elle a été faite avec le plus grand soin et a abouti à une constatation très nette : cest quil existe chez nous deux droits auxquels il est impossible de toucher sans altérer foncièrement la nature de notre Institut : le premier est le droit des Evêques à être reconnus comme Supérieurs de la Société ; lautre est le droit des missionnaires à être consultés chaque fois quil sagit dune addition, suppression ou modification à introduire au Règlement. En cet ordre didées, linitiative est aux Supérieurs des Missions (Art. 27 et passim) : aux missionnaires appartient le referendum (Art. 31). Les Supérieurs font les lois et les proposent ; les missionnaires les acceptent ou les refusent. De ce double droit sort naturellement la composition à adopter pour lAssemblée Générale : tous les Supérieurs de Mission, dune part ; de lautre, les Délégués des missionnaires, à raison dun pour chacun des neuf groupes, outre le Supérieur de Paris, évêque ou non, ses deux Assistants et le Procureur général en Extrême-Orient. Et, pour que le droit des missionnaires au referendum soit maintenu intact, tout en sexerçant dune manière plus rationnelle, cest-à-dire pour quaucune prescription ne perde ou nacquière parmi nous force de loi contre leur volonté, il est stipulé (Art. 46) que, sil se trouve à lAssemblée Générale au moins huit membres pour demander quune clause soit soumise à la consultation de tous les membres de la Société, cette consultation devra avoir lieu.

    Ce qui précède étant admis, le reste suivait par voie de conséquence. Cependant, grâce aux mémoires reçus à Hongkong et dont plusieurs, ceux notamment des Directeurs de Paris, sont rédigés avec une grande compétence, lAssemblée de Hongkong a fait au Projet de Rome plusieurs modifications heureuses. Lune delles introduit au Conseil central tous les représentants de groupes, et non plus seulement deux dentre eux. Une autre supprime lespèce de cloison étanche laissée, par inadvertance peut-être, entre le double personnel enseignant des séminaires de Paris et de Bièvres et en fait un seul et même corps. De plus, en évitant de fixer des limites au mandat des représentants de groupes et en établissant que les deux Assistants seront toujours choisis parmi eux, on croit avoir ajouté une garantie sérieuse de continuité dans la marche de lAdministration centrale.

    Nombreux sont, dans les questions de moindre importance, les autres points sur lesquels il a été tenu compte de remarques et desiderata des Membres de la Société : retours en Europe, viatiques, meilleur rendement des Établissements communs (Nazareth, Pinang), organisation judiciaire, changements de missions, études au séminaire. Pour en apprécier les motifs et la convenance, il ne faut rien moins quune étude attentive du Droit Canon dune part, et, de lautre, des formes successives par lesquelles a passé notre Règlement. A ce dernier point de vue, on remarquera même que çà et là lapparente nouveauté dun article ou dun membre de phrase nest quun retour aux formules ou aux sages prévoyances du passé. Tel le 3º de larticle 24, renouvelé du Règlement de 1860 et où nos devanciers semblent avoir entrevu davance les réalisations souhaitées par la Lettre Apostolique Maximum illud.

    Mais le grand espoir auquel nous laissons nos curs souvrir, cest celui du bien à attendre, pour la Société et son uvre immense, des réformes adoptées au Séminaire de Paris dans le fonctionnement désormais distinct et indépendant mutuellement des services de lAdministration centrale et de la formation des Aspirants-missionnaires. La spécialisation des dévouements donnera, nous lespérons, sa valeur aux ressources intellectuelles et morales qui existent parmi nous, et la convergence des efforts sera plus complète sous une direction plus en vue, plus forte et plus sûre delle-même.

    La Conférence de Rome et lAssemblée de Hongkong ont travaillé dans un esprit frappant dentente fraternelle et de zèle désintéressé pour lintérêt commun. La consultation des missionnaires a fait ressortir leur attachement profond à la famille des Missions-Étrangères, leur fidélité aux traditions de bon sens, de simplicité, dentrain, qui sont notre honneur. De lensemble résulte une manifestation pleinement réconfortante et féconde en espoirs.

    Quant à la mise à lessai du nouveau Règlement, elle est réglée par cette réponse de la Propagande dans une lettre du 10 Novembre 1920, adressée à M. Delmas : Cette Sacrée Congrégation, y est-il dit, consent à ce que, après que les divers Délégués 1 de lInstitut se seront réunis en Assemblée Générale à Hongkong pour examiner les modifications proposées, celles-ci puissent être mises à exécution à titre dessai, et quon puisse également, par avance, procéder à lélection du Supérieur et de ses deux Assistants et à lorganisation de lAdministration, et ce avant que cette S. C. concède lapprobation définitive du nouveau Règlement modifié

    Le dépouillement des votes des membres de la Société, fait par neuf scrutateurs assermentés, a eu lieu le 18 Mars. Sur environ 800 votes exprimés au sujet du Supérieur, près de 740 se sont portés sur lun ou lautre de nos Evêques, parmi ceux-ci un nom réunissait 563 suffrages : cest celui que lAssemblée a élu. 2 Pour le choix du 1er Assistant, trois noms se partageaient inégalement 660 suffrages, et, dans lélection du 2e Assistant, les mêmes trois noms groupaient 512 voix.


    1. I Delegati équivalent à i membri, daprès une réponse de la Propagande à une consultation de M. Garnier, notre Procureur général à Rome.
    2. S. G. Monseigneur Jean-Baptiste-Marie DE GUÉBRIANT, Evêque dEurée, Vicaire Apostolique de Canton.


    Cest parmi-ces trois noms que lAssemblée a choisi les deux Assistants. 1

    Lélection du Supérieur et des Assistants eut lieu le 21, après une journée de recueillement devant le Saint-Sacrement exposé. Les Membres de lAssemblée Générale nont commencé à se disperser que le 24 Mars, après avoir consacré solennellement la Société au Sacré-Cur de Jésus.

    Le nouveau Règlement entrera provisoirement en vigueur le 1er Juillet 1921. Il appartiendra à la Sacrée Congrégation de lui donner lapprobation ad experimentum, qui lui permettra de fonctionner jusquà la prochaine Assemblée Générale de 1930.


    1. M. Léon-Gustave ROBERT, Procureur Général à Hongkong, 1er Assistant.
    M. François-Casimir DELMAS, Supérieur du Séminaire de Paris, 2e Assistant.


    Veuillez agréer, Messieurs et chers Confrères, en union de prières et saints Sacrifices, lexpression de notre bien sincère et affectueux dévouement en Notre-Seigneur.

    E. MOREL, Archevêque de Pondichéry ;
    P.-M. GENDREAU, Vic. apost. du Tonkin Occidental ;
    G. MUTEL, Vic. apost. de Seoul ;
    A. BERLIOZ, Evêque de Hakodate;
    C-J. CHOUVELLON, Vic. apost. du Sutchuen Oriental ;
    A. CARDOT, Vic. apost. de la Birmanie Méridionale ;
    P. RAMOND, Vic. apost. du Haut-Tonkin ;
    A. MARCOU, Vic. apost. du Tonkin Maritime ;
    M.-F. CHOULET, Vic. apost. de la Mandchourie Méridionale ;
    D. GRANGEON, Vic. apost. de la Cochinchine Orientale ;
    J.-C. BOUCHOT, Vic, apost. du Cambodge ;
    A. ROY, Evêque de Coimbatore ;
    E.-C. FOULQUIER, Vic. Apost. de la Birmanie Septentrionale ;
    C. DE GOROSTARZU, Vic. apost. du Yunnan ;
    F. SEGUIN, Vic. apost. du Kouytcheou;
    P.-M. FAYOLLE, Vic. apost. du Sutchuen Méridional ;
    R. PERROS, Vic. apost. du Siam ;
    J.-B. DE GUÉBRIANT, Vic. apost. de Canton ;
    M.-F. DUCUR, Vic. apost du Kouangsi ;
    M.-A. CHAPUIS, Evêque de Kumbakônam ;
    F. DEMANGE, Vic. apost. de Taikou ;
    J.-C. COMBAZ, Evêque de Nagasaki ;
    A.-L. ELOY, Vic. apost. du Tonkin Méridional ;
    V. QUINTON, Vic. apost. de la Cochinchine Occidentale ;
    A. RAYS5AC, Vic. apost de Swatow ;
    J.-V. ROUCHOUSE, Vic. apost. du Sutchuen Occidental ;
    J. BOURGAIN, Vic. apost. du Kientchang ;
    J.-B. CASTANIER, Evêque dOsaka ;
    A. GASPAIS, Coadjuteur de la Mandchourie Septentrionale ;
    F. DELMAS, Supérieur du Séminaire de Paris.

    Les élections terminées, le résultat en fut aussitôt transmis à Rome par une dépêche adressée à la S. C. de la Propagande : la réponse fut un télégramme disant que le Saint-Père agréait la nomination de Mgr de Guébriant comme Supérieur de la Société, mais quil devrait procéder à la Visite Apostolique de la Sibérie avant de rentrer en Europe.

    Peu après arrivait à Canton une lettre du Cardinal-Préfet de la Propagande, datée du 15 Avril, au nouveau Supérieur :

    . Deux télégrammes, lun de Mgr Marcou, lautre des Evêques de la Société des Missions-Étrangères réunis à Hongkong, ont été remis à la S. C. par votre Procureur général à Rome. Ces télégrammes nous expriment le commun désir des Evêques de voir le Saint-Siège autoriser la nomination de Votre Seigneurie comme nouveau Supérieur du Séminaire et de la Société

    La S. C. de la Propagande, qui vous a en grande estime, et à juste titre, regrette vivement et très sincèrement que Votre Seigneurie quitte les Missions de Chine, où elle aurait pu continuer à opérer un bien immense. Cependant, au cas où vous auriez accepté lélection unanime de vos Collègues, la S. C. et le Saint-Père sont disposés, comme on vous la télégraphié, à faire un sacrifice pour le bien général de la Société des Missions-Étrangères en vous permettant den accepter la charge de Supérieur

    De plus le 1er Juin, Notre Saint-Père le Pape Benoît XV daignait adresser lui-même à notre Supérieur la lettre suivante :

    Venerabili Fratri
    Joanni-Baptistae M. DE GUÉBRIANT,
    Episcopo tit. Euraeensi, Vicario Apostolico de Canton,
    eidemque Moderatori Generali Societatis Parisiensis Missionum
    ad Exteros,

    BENEDICTUS PP. XV
    Venerabilis Frater
    Salutem et apostolicam benedictionem.

    Communes litteras quas Episcopi ac Moderatores Soeietatis Parisiensis Missionurn ad Exteros una tecum, e con ventu nuper habito discessuri, ad Nos dederunt, laeti lubentesque accepimus; ipsae enim filialis venerationis erga Vicarium Jesu Christi clarum testimonium praebebant plenumque in hanc Petri Cathedram obsequium confirmabant. Nihil profecto, uti bene nostis, antiquius vel jucundius Nobis esse potest, quam ut fldeles in primisque eorum duces ac pastores conspicere valeamus Apostolicae Sedi penitus adhaerere, doctrinas ejus sedulo profiteri, diligenter praescriptionibus obtemperare, illam denique omni pietate omnique de votione amplecti. Quae cum per litteras vestras nunc etiam confirmata habuerimus, ratio est cur et animo nostro laetemur et vehementer gratulemur vobis. De oblato igitur officio quam plurimas tibi ceterisque Episcopis et Moderatoribus istius Societatis gratias agimus, vobisque caelestia munera precamur, ut quos in remotis infidelium regionibus ad Evangelium praedicandum fidemque propagandam labores exantlatis, eos Deus fecundos reddere benigne velit, ad majorem suam gloriam atque ad animarum salutem quibus nondum fidei splendor illuxit. Hunc autem in finem tibi, venerabilis Frater, ceterisque Episcopis ac Moderatoribus iisque omnibus qui ad Societatem pertinent vel eam quomodocumque fovere nituntur, Apostolicam Benedictionem peramanter in Domino impertimus.

    Datum Romae, apud S. Petrum, die I mensis Junii, arma MCMXXI, Pontificatus Nostri septimo.

    BENEDICTUS PP. XV

    Enfin, à la suite de lenvoi de son rapport sur sa Visite Apostolique en Sibérie, Monseigneur a reçu du Cardinal-Préfet de la Propagande une nouvelle lettre.

    Rome, 31 Octobre 1921.

    Révérendissime Seigneur,

    Jai reçu le très intéressant rapport sur la Visite apostolique en Sibérie que Votre Seigneurie a pu conduire à bonne fin, malgré les nombreuses et graves difficultés quelle a dû surmonter, et de grand cur je vous remercie.

    Une fois de plus vous avez rendu un grand service à lEglise catholique et jespère que vous pourrez encore voir dans un avenir peu éloigné les fruits de votre zèle.

    La S. Congrégation de la Propagande sempressera dexaminer toutes choses avec soin ; elle ne peut néanmoins tarder davantage à vous exprimer sa reconnaissance pour la contribution efficace que votre travail apportera à la solution du grave problème de lévangélisation de la Sibérie.

    Que le Seigneur vous bénisse et récompense, comme lui seul sait le faire, de ses célestes faveurs, lamour que vous avez, les faits le démontrent, pour les âmes ! Quil vous assiste dans les nouvelles fonctions que vous allez assumer de Supérieur du Séminaire et de la Société des Missions-Étrangères de Paris !

    Sous votre direction éclairée, je suis certain que lesprit apostolique, tout de zèle et de sacrifice, fleurira encore davantage dans cette pépinière choisie dApôtres et dOuvriers, de telle sorte que lInstitut bien méritant que vous êtes appelé à gouverner continue à rendre à lEglise des services signalés.

    Avec mes meilleurs vux et remerciements, je termine en priant Dieu de vous conserver longtemps en prospérité.

    Votre très dévoué serviteur
    G. M. Card. VAN ROSSUM, Préfet.
    P. FUMASONI.BIONDI, Arch. de Dioclée, Secrétaire.

    Ces documents constituent le plus beau témoignage de confiance dont puisse shonorer notre Supérieur. Ils consacrent très opportunément le suffrage que lui ont donné nos Confrères et qua ratifié lAssemblée Générale de Hongkong.

    Le Bulletin naissant ose donc se faire linterprète de la Société tout entière pour offrir à notre vénéré Supérieur lhommage de notre filial respect, et demande pour lui-même une bénédiction qui lui portera bonheur.


    1922/2a-14a
    2a-14a
    Anonyme
    Chine
    1922
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