Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû 3 (Suite)

La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû II.— A Oshima (Suite)
Add this
    La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû
    II.— A Oshima (Suite)
    Au mois de mars 1892, le P. Ferrié retournait à Oshima accompagné d’un catéchiste. Ils se donnèrent dès lors jour et nuit à l’instruction des catéchumènes, et, à l’Assomption suivante, il comptait 172 personnes régénérées par le baptême. Le nombre des catéchumènes était difficile à déterminer. Ayant visité plusieurs villages environnants, il avait trouvé partout le même empressement et la même soif de vérité. A Naze, il avait loué deux maisons, l’une à Itsubu, l’autre à Hifu. Il habitait celle d’Itsubu, et son catéchiste l’autre. Toujours accompagné de son fidèle chien Poli, il parcourait souvent la montagne qui sépare Naze d’Ariya, pour se rendre à Urakami et Daikuma. A Amakusa ils avaient ensemble fait la guerre aux faisans, de connivence avec le policeman de l’endroit, qui fermait les yeux et même avertissait le Père des villages où il se rendait pour qu’ils ne se rencontrassent point. Souvent, se rendant dans la soirée à Urakami, il avait fait tomber dans la montagne des pigeons, dans les cannes à sucre d’Ariya les joncs d’Urakami des bécasses ou des poules d’eau, que le fidèle Poli rapportait joyeusement. Cela, du reste, ne le détournait pas de son voyage et son amour de la chasse ne lui aurait jamais fait oublier son devoir. Ses exploits cynégétiques avaient l’heureux résultat d’ajouter un peu au menu de ses modestes repas. Combien de fois, ni le domestique ni le maître ne savaient à 11 heures qu’il y aurait pour le repas de midi.

    A Naze, à ce moment-là, on ne trouvait que rarement de viande, peu de poisson, parfois pas même un œuf, et c’était un problème de faire la carte du jour. Les employés du tribunal, a amateurs de chasse, eux aussi, venaient souvent inviter le Père à une battue de sangliers ; mais, leur jour de congé étant ordinairement le dimanche, il ne pouvait accepter. Son adresse à abattre la bécasse au vol lui avait acquis une réputation de Nemrod, et Poli lui-même, pour son habileté à trouver bécasses on poules d’eau sans crainte de prendre un bain dans la rivière, et à les rapporter, devint célèbre dans toute l’île. Les chiens des missionnaires étaie tous appelés Poli.

    En octobre 1892, le P. Marmand quittait son ministère par les vieux chrétiens et arrivait à Oshima. Il s’installait à Daikuma, à deux lieues de Naze, avec un catéchiste plus dévoué qu’instruit, qu’il remplaçait peu après par un ancien maître d’école des îles Gotô. Les espérances étaient magnifiques, l’ardeur des catéchumènes admirable. Dans le village voisin, à Urakami, tous les habitants étaient sur le point de recevoir le baptême. Ariya commençait à s’instruire et on appelait les missionnaires de 8 et 10 lieues de là. L’infatigable P. Ferrié circule entre Naze et les autres villages. Les catéchistes sont admirables de dévouement : des volontaires les aident à instruire et à préparer les catéchumènes à la réception des sacrements. Ces espérances se réalisèrent en partie. A la fin de la première année, Oshima comptait plus de 1.100 chrétiens répartis en 5 villages.

    Après Pâques 1893, le P. Cocherie arrivait à la rescousse et chargeait d’Urakami, Ariya et Nakagatsu.

    Les difficultés devaient surgir. Les bonzes lancèrent les calomnies les plus absurdes : les missionnaires enlevaient le foie aux malades, enfonçaient des clous dans la tête des mourants. Le plus grand nombre méprisèrent ces insanités, mais, dans le fond des campagnes, elles trouvèrent crédit et il en est encore qui y croient.

    A Naze l’administration était favorable : la police et surtout le tribunal étaient en très bons termes avec le P. Ferrié : les fonctionnaires engageaient la population à s’instruire, mais eux-mêmes pouvaient se contenter de leur bouddhisme ou même de rien : seul le peuple avait besoin d’une religion pour le civiliser et, comme c’était le catholicisme qui semblait avoir la vogue, on lui conseillait l’embrasser. A Daikuma, deux des principaux du village s’étaient convertis et usaient de leur influence pour faire de nouveaux adeptes. Le frère de l’un d’eux se mit à faire de l’opposition. Le sorcier d’Urakami, qui dès l’abord s’était mis parmi les catéchumènes, voyant qu’en devenant chrétien il ne pouvait plus continuer métier, se lança aussi dans l’opposition. Un dimanche matin, vers la fin de septembre 1893, excités par lui et après force rasades d’eau-de-vie, plusieurs individus poursuivirent à coups de pierres le P. Cocherie, qui se rendait d’Urakami à Ariya pour y célébrer la messe. La police, mise au courant, arrêta trois individus, qui furent condamnés à la prison. Laissant alors de côté les calomnies lancées par les bonzes et les moyens violents, les sorciers travaillèrent, en dehors de Naze, à former des partis anti-catholiques dans les villages, réunissant sans peine des mécontents, des têtes légères et des jeunes gens avides d’aventures. Ils firent établir des règlements que chaque païen dut signer et s’engager sous peine d’amende à observer : aucun païen ne laissera ses enfants contracter alliance avec les chrétiens, à moins que la partie chrétienne n’abjure ; pour les mariages déjà contractés, la partie païenne séparera de son conjoint, si le chrétien refuse d’apostasier ; aucun païen ne devra entrer dans une maison de chrétiens ; toute relation de commerce ou de travail devait être rompue ; une amende de 50 yen était infligée à celui qui se ferait chrétien.

    Grâce à l’habileté du P. Marmand, secondé par son catéchiste et ses deux principaux chrétiens, il n’y eut à regretter aucune défection à Daikuma. Les chrétiens se soutinrent mutuellement et n’eurent pas à souffrir de cette persécution. On les comparait à la balle du fusil, qui brise la jarre en terre, figure des païens. Mais il n’en fut pas de même à Urakami, où l’influence du catéchiste de l’endroit était peu considérable. Là, il y eut un certain nombre de défections. Partout le mouvement des conversions fut ralenti.

    Ce fut à ce moment (septembre 1893) qu’arriva à Oshima le P. Halbout. Le P. Ferrié pensait le placer à Urakami et envoyer le P. Cocherie fonder un nouveau poste à Chinaze ; mais, devant l’opposition soulevée récemment contre le P. Cocherie, ce fut le contraire qui arriva. A Chinaze, où il n’y avait que des espérances, avec l’aide d’abord d’un catéchiste de Bungo amené avec lui, et surtout d’un séminariste en séjour de probation, le P. Halbout baptisait 60 catéchumènes en décembre et quelques autres en janvier.

    L’année se terminait avec une gerbe, moins grosse que la première, mais encore bien belle, de 387 baptêmes dont 25 d’enfants de chrétiens. Vu le manque de bons auxiliaires, quelques jeunes gens furent envoyés à cette époque à l’école des catéchistes de Nagasaki et quelques jeunes filles chez les Sœurs. Les missionnaires, en continuant l’évangélisation proprement dite, s’étaient donnés avec plus de soin à l’instruction des nouveaux chrétiens et à l’administration des sacrements. Le manque de personnel, la difficulté de se faire bien comprendre des femmes de la campagne ne comprenant que le patois de l’île, la hâte de grouper le plus de monde possible en vue des oppositions toujours à craindre, furent cause que l’instruction religieuse laissait quelque peu à désirer. Il était même difficile de trouver des maisons assez vastes pour réunir les chrétiens et les faire assister à la sainte messe. Oshima, nous l’avons dit, n’avait pas jusqu’alors de religion proprement dite, mais seulement quelques pratiques envers les ancêtres, aux jours anniversaires, fêtes des morts, soucis des jours fastes et néfastes, et de nombreuses superstitions. Soumettre nos insulaires aux observances du catholicisme : repos du dimanche, assistance à la messe, n’était pas chose facile dès l’abord.

    En février 1894, le P. Halbout, remplaçant en cette circonstance le P. Ferrié, partait pour Sekirube, à 5 lieues au nord de Naze avec un catéchiste et sa lanterne à projections. Celle-ci produisit son effet et la meilleure partie du village réclama quelqu’un pour s’instruire. Mais le P. Cocherie venait de partir pour Hongkong, laissant trois missionnaires seulement à Oshima. Mgr Cousin y envoya deux de ses nouveaux prêtres japonais, les PP. Tagawa et Yamaguchi, qui y arrivèrent en avril. Le P. Tagawa remplaçait le P. Cocherie à Urakami et Ariya, avec mission surtout de parfaire l’instruction des néophytes et de leur donner le véritable esprit chrétien par la réception fréquente des sacrements ; le P. Yamaguchi s’installait à Sekirube et commençait l’évangélisation de ce village et de ceux de Yaniyu, Ogatsu et Tatsugo, où il fit de nombreux baptêmes.

    Jusqu’ici, à peu près partout, l’installation des missionnaires était des plus sommaires : un seul appartement servait tour à tour de chambre de travail, de salle à manger, de dortoir et souvent de chapelle. Il fallait procurer au prêtre une résidence qui ne fût pas soumise à tous les inconvénients d’une maison de location, dont les aménagements ne répondent pas aux exigences de la vie sacerdotale. Ce fut le P. Marmand qui commença. Le 15 août 1894, une église, avec résidence à l’arrière, était solennellement bénite à Daikuma. En décembre suivant, c’est Chinaze qui est doté d’une maison avec étage : le plus grand appartement du bas devait provisoirement servir de chapelle, et le reste d’habitation pour le Père. A Naze, le P. Ferrié achetait des rizières presque au centre de la ville et commençait la vaste maison qui a servi longtemps d’église provisoire et de résidence. Ce fut à cette époque qu’il contracta les infirmités qui devaient lui rendre impossible tout travail. Comptant trop sur ses forces, il était le premier au travail pour tirer les pierres de la mer ou pour transporter les bois de construction. Tout en sueur il allait se plonger dans de l’eau glacée. Là il ressentait un bien-être : mais cette imprudence devait lui coûter cher. Pour se procurer des ressources, il était entré en relations avec M. Oberthur de Rennes et lui expédiait de nombreux coléoptères. Il envoyait des chercheurs de petites bêtes jusqu’aux dernières îles des Ryûkyû. M. Oberthur était heureux d’avoir pu par lui enrichir ses collections d’insectes jusqu’ici absolument inconnus. Aussi il le récompensait largement et même il donna le nom de notre confrère à plusieurs insectes rares.

    L’année 1895 promettait une belle moisson, surtout du côté de Sekirube et ses environs. Les deux prêtres japonais étaient allés, début de juillet, à Nagasaki, pour la retraite annuelle. A leur tour le petit vapeur qu’ils montaient était près de tourner Nomazaki, au sud de Satsuma, lorsqu’il rencontra un typhon. Il fut bientôt le jouet des vents sur une mer démontée. Par un brouillard intense, la côte voisine était invisible. Croyant avancer il reculait et vint jeter sur les rochers de l’île de Kijiki : au premier choc, il se brisa. Six hommes de l’équipage et un seul passager échappèrent à la mort. On ne retrouva jamais les corps des deux prêtres.

    Ce fut une véritable catastrophe pour les chrétientés d’Oshima. Les deux jeunes prêtres avaient déjà passé 15 mois dans le pays ; pieux et zélés, ils étaient connus et appréciés : le bien qu’ils avaient déjà fait en si peu de temps promettait beaucoup pour l’avenir. Dieu en avait disposé autrement. Le P. Richard fut alors envoyé à Oshima pour aider le P. Ferrié dans l’administration de ses trois centres de Naze, Urakami et Sekirube. Le pauvre Père avait perdu en même temps et une somme d’argent, que lui apportaient les prêtres japonais, et un chargement de sucre, qui devait être échangé pour des tuiles. Malgré cela, il construisit l’église d’Urakami, entre ce village et celui d’Ariya, et supprima par là même les maison qu’il avait louées dans ces deux villages. Après quoi, exténué, il partit pour Hongkong en septembre. Il en revenait en février 1896, mais sans avoir obtenu les résultats désirables. A son retour il avait formé le projet de prêcher une retraite à tous les catéchistes et aides-catéchistes travaillant avec les missionnaires, retraite dont il espérait le plus grand bien. Mais il fallait auparavant préparer les chrétiens à la réception du sacrement de confirmation.

    En effet, en mai 1896, Mgr Cousin venait pour la première fois visiter l’île. Sa Grandeur put constater de visu le travail fait et ce que l’on pouvait encore espérer. Sa visite fit un grand bien à ces jeunes chrétientés, non seulement par le sacrement que beaucoup d’entre eux reçurent à cette occasion, mais encore parce qu’elle leur montrait, à eux, pauvres et éloignés, que l’Evêque leur portait le même intérêt qu’à ses chrétiens de vieille date, plus rapprochés et plus avancés dans la pratique de la religion. Ce qui empêcha la retraite des catéchistes arrêta aussi brusquement la visite pastorale : ce fut une épidémie de petite vérole qui éclata à Naze. Toutes les communications entre les villages furent interrompues pendant plusieurs semaines. Force fut à Mgr Cousin de rentrer sans avoir visité en détail cette chrétienté naissante

    Il n’est pas d’effet sans cause, disaient les insulaires. La cause de l’épidémie, c’est le diable. Il s’agit donc de le chasser. La maison où avait commencé l’épidémie fut incendiée (on raconte même qu’on y oublia le malade). Les chiens, les poules, dont les cris arrêtent le diable, furent condamnés à mort. Interdiction générale de tout travail. Chaque jour, et surtout chaque nuit, ce fut un bruit infernal de tam-tam, de boîtes à pétrole que l’on frappait à tour de bras. Des processions s’organisent : elles partent de la partie du village la plus éloignée pour aboutir au rivage, en y poussant le diable à force de tapage. Les policemen, à peu près tous gens de l’île, avaient assuré au commissaire de police qu’il serait dangereux d’empêcher ces manifestations. Celui-ci le fit savoir à Kagoshima ; quelques gendarmes arrivèrent par le premier bateau, se portèrent à la rencontre de la procession et immédiatement ce fut un sauvequi-peut général. Le commissaire y perdit sa place. Bientôt après tout s’arrêtait, et l’épidémie aussi. A Chinaze les chrétiens avaient fini par imiter les païens et n’allaient plus à l’église. Abandonné de tous, le P. Halbout, passant par le chemin des montagnes, était parti pour Naze et Nagasaki, laissant son catéchiste comme gardien. Une fois le calme rétabli partout, ses chrétiens, tout honteux de leur conduite, se rendirent près du P. Ferrié à Naze pour demander pardon de leur égarement.

    En octobre, un bonze, venu du continent, se mit à parcourir l’île et y faire des conférences. A Chinaze, en particulier, laissant de côté le bouddhisme, que personne ne connaissait, il se lança dans une attaque en règle contre le catholicisme, se faisant fort de tenir tête à quiconque le contredirait : mais il n’attendit pas la contradiction et poursuivit son voyage. Cependant une scission faillit se produire entre chrétiens et païens. Ces derniers parlaient de mettre les fidèles au ban du village, s’ils n’abandonnaient leur religion. Une nuit, la maison du Père est attaquée à coups de pierres. Le lendemain matin, le P. Halbout menace le chef du village de remettre l’affaire entre les mains de la police, si les coupables ne sont pas blâmés. La menace produisit son effet ; mais la crainte des poursuites laissa longtemps tout le monde sous une mauvaise impression. Pour la dissiper, le Père, qui avait déjà le projet d’une église, en prit prétexte pour réunir les bois nécessaires. Cela occupa un grand. nombre de gens du village et, à la fin de l’année, les bonnes relations étaient rétablies.

    A ce moment, le P. Halbout, sortant de son district, fit un essai à Kuji, port magnifique, situé près de l’entrée ouest du détroit qui pare Oshima de Kakeromajima. Il avait entendu dire que le maire de l’endroit était favorable à l’évangélisation. Il trouva chez ce dernier les principaux du village, fit plusieurs conférences et s’installa même quelque temps dans l’endroit. Mais le maire, disciple de Bacchus, ne donna pas longtemps l’exemple, et plusieurs semblaient surtout songer aux avantages financiers qu’ils pourraient retirer de la présence de l’étranger. Vu ces dispositions, le Père retira.

    Le P. Marmand avait quitté Oshima en octobre pour Hongkong et le P. Richard avait pris la direction des postes d’Urakami et Daikuma. C’est alors qu’arriva le P. Brenguier. Placé à Sekirube, il devait s’occuper de Yaniyu, dont la moitié était chrétienne, de Tatsugo et Ogatsu, où quelques familles converties semblaient donner bon espoir. A Akaogi, où il se rendit plusieurs fois quelques-uns manifestaient le désir de s’instruire. Les diverses stations d’Oshima comptaient, à la fin de 1896, un total de 1.60 fidèles.

    En mars 1897 arrivaient à Oshima deux nouveaux prêtres japonais, les PP. Hiramura et Nakamura. Le premier fut chargé dUrakami et des environs. Le second fut placé à Akaogi, où les espérances étaient grandes. Et voici que le village voisin de Tekibu, 2 lieues de là, réclamait, lui aussi, des instructions. A la fin de l’année, 73 adultes s’étaient joints au troupeau déjà existant. Parmi ces nouveaux baptisés se trouvait le possesseur de l’unique temple de Daikuma. Il reçut le baptême le jour de Noël avec sa fille. Le soir du même jour, les deux idoles, vénérées si longtemps, étaient dans le grenier du P. Richard ; quelques jours après le temple lui-même disparaissait, sans que sa suppression soulevât, d’ailleurs, la moindre réclamation de la part des païens.

    A cette époque, l’école d’Urakami eut besoin d’un instituteur. En l’absence du sous-préfet et du maire de Naze, le fonctionnaire délégué aux écoles fit évincer le candidat sorti le premier à l’examen, sous prétexte que sa mère et sa parenté étaient catholiques.. Le bruit se répandit aussitôt qu’un catholique ne pouvait aspirer à un emploi du gouvernement. L’affaire fut portée au sous-préfet, qui cassa purement et simplement le trop zélé fonctionnaire et fit publier partout le résultat de cette affaire, qui tourna ainsi à l’avantage de la religion.

    A la fin de sa première année à Akaogi, où il avait loué une maison, le P. Nakamura administrait 42 baptêmes d’adultes. A Yaniyu la résidence était encore une maison louée, et à Sekirube le missionnaire occupait les deux maisons d’un des principaux chrétiens.

    A Chinaze, le P. Halbout achevait l’église de St-François-Xavier. La bénédiction solennelle en eut lieu le 21 avril 1899 en présence de tous les prêtres résidant à Oshima, de nombreux représentants des chrétientés de l’île et d’une foule de païens du village et des environs. Belle fut la fête et excellente l’impression produite sur l’assistance.

    Le P. Richard, qui avait fait 17 baptêmes avant de partir pour se soigner à Hongkong, en revint vers la fin de l’année, résolu sagement à mieux traiter son estomac. Pendant son absence le P. Raoult l’avait remplacé.

    Le P. Gracy, venu à Oshima à l’automne 1898, resta quelque temps à Naze pour aider le P. Ferrié, dont la santé laissait fort à désirer, puis alla à Akaogi secourir le P. Nakamura, occupé à l’évangélisation des villages de Tekibu et Taira.

    Au mois de janvier 1900, le P. Ferrié se voyait obligé d’aller demander au pays natal le moyen de rétablir sa santé. Le P. Gracy fut chargé de s’occuper de Naze pendant son absence. Le P. Richard avait pour sa part Daikuma, Urakami, Ariga et Nakagatsu. A Sekirube était le P. Kataoka Kôshun, qui avait remplacé le P. Brenguier, rentré sur le continent ; à Akaogi et Tekibu était le P. Nakamura. Le P. Halbout était au sud de Naze, à Chinaze, où il essayait de nouer des relations avec les hameaux voisins de Koshiku et de Nesebu. Il alla aussi à Yamatohama, où habitait une chrétienne de Daikuma mariée à un des principaux de l’endroit, et à Kawa-uchi, sur l’autre côte, où il fut très bien accueilli.

    Le P. Richard, voyant qu’il n’y avait pas d’espoir pour le moment de faire de nouvelles conversions dans son district, jeta les yeux sur l’île de Kikaijima, à 7 lieues d’Oshima. Affrontant la haute mer sur une petite pirogue, il entreprit plusieurs voyages pour y porter la bonne nouvelle : mais il dut reconnaître que l’heure de la grâce n’avait pas encore sonné. Déçu dans cette première tentative, il tourna ses regards vers la grande île d’Okinawa, où, grâce à un insulaire qu’il avait converti, il espérait quelque succès : mais, là encore, ses prédications tombèrent sur une terre ingrate. Par ailleurs son zèle infatigable le poussait sans cesse à chercher un nouveau terrain à cultiver. Ses désirs furent enfin exaucés. Dieu lui ouvrit les portes de Kado, petit village païen à deux lieues de Daikuma. Durant plusieurs mois il consacra une partie de ses nuits à instruire les catéchumènes, et il eut la consolation de présenter au compte-rendu annuel la splendide gerbe de 135 baptêmes d’adultes.

    Dans les autres postes, l’année 1900 ne se signala par aucun fait spécial : le nombre des chrétiens augmentait peu à peu et la grande occupation des Pères était de perfectionner leur instruction. A certaines époques cependant ce ministère devient absolument impossible. Lorsque les gens sont occupés à la fabrication du sucre, ils abandonnent leur village et s’installent dans des paillotes construites sur le champ même des cannes à sucre. A d’autres époques, occupés activement à la culture, il est impossible de les rassembler pendant le jour. Seuls les enfants peuvent être instruits après la sortie des écoles.

    L’année 1901 ressembla beaucoup à la précédente. Le P. Ferrié était rentré de France sans espoir de guérison. Pour lui l’air marin était pernicieux et il aurait dû rester toujours au pays natal, s’il avait désiré absolument son rétablissement : mais il n’avait pas voulu abandonner définitivement ce qu il avait si bien commencé. Il revenait avec un nouveau courage mais hélas ! ses forces ne lui permirent que peu de nouveaux travaux.

    A 40 lieues au sud de Naze se trouve l’île de Toku-no-shima. On y compte près de 40.000 habitants, répartis en 43 villages. Un petit bateau à vapeur fait le service une ou deux fois par mois, suivant l’état de la mer, entre cette île et celle d’Oshima. En 1893 douze délégués des habitants de Toku-no-shima étaient venus prier le P. Ferrié de se rendre chez eux, l’assurant que toute la population était disposée à embrasser le christianisme. Le P. Ferrié venait alors d’entreprendre l’évangélisation d’Oshima et était trop occupé pour répondre immédiatement à l’invitation qui lui était faite. Les envoyés eux-mêmes le comprirent et s’en retournèrent. Depuis cette époque, le Père eut maintes fois l’occasion de voir des habitants de cette île, des maires de village, des notables, et, à chaque rencontre, ils lui exprimaient le désir de se faire chrétiens. En décembre 1901, il reçut à Naze une pétition signée des habitants les plus influents de Toku-no shima. On disait, dans cet écrit, que l’île était en retard sur tout le reste de l’Empire au point de vue de la civilisation et de l’instruction : que l’ignorance y engendrait toutes sortes de crimes parmi le peuple et que, pour relever la moralité, il fallait une religion. Or la religion catholique, après une sérieuse enquête, leur avait paru la meilleure de toutes : c’est pourquoi on le suppliait de ne pas tarder davantage à se rendre à Toku-no-shima pour l’enseigner. Il partit donc à la fin de janvier et visita deux des plus grands villages de l’île, surtout celui d’Omonawa, où il demeura toute une semaine prêchant chaque jour, voire même plusieurs fois par jour : partout il rencontra la même assiduité aux instructions et le même enthousiasme pour la religion. Il comprit immédiatement qu’il ne pouvait seul suffire à la tâche. D’ailleurs, le moment n’était pas favorable : on récoltait la canne à sucre et le temps de planter le riz allait arriver. Il retourna donc à Naze pour trouver les auxiliaires dont il avait besoin et, au mois de juillet, il abordait de nouveau à Toku-no-shima avec les PP. Bouige et Gracy. Il installa ce dernier à Kametsu, ville de 4000 habitants, et lui, en compagnie du P. Bouige, se rendit au village d’Omonawa, situé à trois lieues environ de Kametsu. Le lendemain de leur arrivée, ils instituèrent les catéchismes, qui furent très suivis dès le principe, par les enfants dans l’après-midi au sortir de l’école, et par les grandes personnes le soir. La matinée était consacrée à instruire quelques hommes plus intelligents qui, dans la pensée du P. Ferrié, devaient servir plus tard de catéchistes pour enseigner les prière et la doctrine. Entre temps, ils faisaient des excursions dans les bourgades voisines d’Omonawa et bientôt le P. Bouige se chargea lui-même des deux petits villages de Furusato et Kembuku. On venait les chercher de tous les points de l’île et le P. Ferrié pensait ne point se tromper en affirmant qu’il n’y avait pas un seul endroit à Toku-no-shima où les païens ne désirassent s’instruire de la religion ; 246 familles d’Omonawa sur 254, s’étaient fait inscrire au catéchuménat ; à Furusato et à Kembuke, tous les païens sans exception voulaient embrasser le catholicisme. A Kametsu, le P. Gracy avait, comme auditeurs assidus, le maire, les conseillers municipaux, tous les employés et les personnes les plus influentes.

    Le temps pressait néanmoins, car jamais les dispositions des habitants de Toku-no-shima ne furent meilleures qu’à ce moment. Les maîtres d’école de l’île s’étaient réunis, au mois de juillet, à Isen pour examiner ensemble la question religieuse : à l’unanimité des voix ils avaient reconnu qu’une religion est nécessaire et que le catholicisme est la première de toutes les religions. Hélas ! à la demande de renfort que lui adressait l’apôtre de Toku-no-shima, Mgr de Nagasaki dut, à son grand regret, faire la réponse suivante : “Cher Père, je ne puis vous donner personne en dehors des deux confrères qui vous ont accompagné dans votre première expédition”

    (A suivre) A. HALBOUT,
    Miss. de Nagasaki.



    1925/381-393
    381-393
    Halbout
    Japon
    1925
    Aucune image