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La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû 2 (Suite)

La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû II.— A Oshima
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    La Société des Missions-Etrangères dans l’archipel des Ryûkyû
    II.— A Oshima
    L’île d’Oshima, qui appartient au groupe désigné sous le nom de Liou-Keou Nord, est à 100 lieues de Kagoshima, la principale ville du sud du Kyûshû, et à 80 lieues de Naha, capitale de l’île d’Okinawa (Lieou-Keou Sud). Dans sa plus grande longueur, elle a environ 15 lieues ; sa largeur varie de quelques centaines de mètres à cinq lieues. La partie nord forme à Akaogi une presqu’île très étroite, qui fut jadis sur le point d’être coupée pour faciliter la traversée de Naze à Kikai-jima et à la côte est, la pointe de Kasari étant difficile à tourner pour les bateaux de faible tonnage. Ce ne fut que sur les protestations de la population locale que les travaux furent arrêtés.

    Oshima (caractères chinois), comme son nom l’indique, est la “grande île”, la plus grande de toutes celles qui composent l’arrondissement de ce nom. Sa superficie est de 290 kil. carrés : sa population, de 100.000 habitants. Au nord se trouvent, sur une ligne presque directe avec la pointe de Satsuma, dix îles, dont sept dépendent d’Oshima : une autre, Kikai-jima, est située à l’est.

    Kakeroma-jima, longue île et très étroite, tout près d’Oshima au sud, forme avec cette dernière un magnifique détroit de toute sécurité. Long de 7 à 8 lieues et large de quelques centaines de mètres, il est bordé à son entrée ouest par deux langues de terre assez élevées qui le préservent des vents du large. Aussi ce détroit est regardé comme un point stratégique de très grande importance pour la marine de guerre, qui, de plus, peut s’y ravitailler en excellente eau, ce qu’elle ne trouve pas ailleurs dans le sud du Japon. Tout près de l’entrée ouest de ce détroit se trouve, sur la partie de l’île d’Oshima, la magnifique baie de (Yake-uchi), nommés dans les cartes anglaises Alkocq Bay, du nom du Chargé d’affaires anglais qui assista, en 1863, au bombardement de Kagoshima.

    Au sud-ouest d’Oshima se trouvent les îles de Toku-no-shima, Oki-no-erabu-jima et Yoron.jima : cette dernière est située à 7 lieues au nord d’Okinawa. Toutes ces îles réunies renferment 213.578 habitants (recensement de 1917).

    A part la vallée qui réunit le village d’Ura, situé au fond de la baie de Tatsugo, au village de Toguchi, sur la rive opposée, Oshima ne forme qu’une montagne peu large, au centre de l’île, avec des contreforts allant dans la direction de la mer de chaque côté. Cette montagne, couverte de bois, surtout de chênes verts, est à peu près inexploitée par suite du manque de chemins et des accidents du terrain. Elle est, du reste, inhabitée et en grande partie inculte à cause des habu (trigonocéphales), redoutés pour leur piqûre, et des sangliers, qui ravagent les champs de patates et de cannes à sucre. Toute la population est agglomérée dans une centaine de villages situés sur le bord de la mer, à l’aboutissement des vallées étroites qui commencent quelquefois à une lieue de là au pied d’une montagne. Chaque village est, pour ainsi dire confiné dans une vallée. A l’endroit le plus bas il y a ordinairement une rivière ou un torrent, auprès duquel sont quelques rizières, et, sur chaque versant de la montagne, sont les champs de patates et de cannes à sucre.

    Oshima jouit d’un climat tempéré. L’été, le thermomètre monte parfois à 35o C.; l’hiver, il descend rarement à 5o C. La neige y est inconnue. On cite comme un fait extraordinaire qu’il en tomba en 1895 ; les vieillards disaient qu’ils n’en avaient jamais vu. La grêle elle-même est assez rare : mais les pluies y sont très fréquentes. On dit à Oshima qu’il pleut 36 jours par mois ! Aussi l’hiver est-il très humide et plus dur à supporter qu’un froid sec avec de la glace. Les typhons y font assez souvent des dégâts considérables soit aux maisons, soit aux cultures.

    Au point de vue civil, l’arrondissement d’Oshima est administré par un tôshi (gouverneur des îles), dont l’autorité est supérieure aux gunchô (sous-préfets) du reste du Japon. L’île d’Oshima était, jusque vers 1910, divisée en 13 hô (districts ou cantons), à la tête desquels était un maire ayant autorité sur une dizaine de hameaux. A cette époque eut lieu une réforme : le nombre des cantons fut réduit à sept, de vrais conseils municipaux furent établis et les conseillers élus par la population ; le maire resta encore au choix de l’administration supérieure, mais sous peu ce dernier sera, lui aussi , nommé à l’élection. De plus, dans chaque village, des petits employés sont les intermédiaires entre la mairie et la population.

    D’où celle-ci tire-t-elle son origine ? Il est difficile de le dire. D’aucuns prétendent qu’elle est venue du sud, de la Malaisie. Il n’y a aucune tradition à ce sujet. Tout près du village de Jowan, dans le nord, on a trouvé dans une caverne des ossements d’individus de plus grande taille que les hommes actuels : dans un autre à Akaogi, on vénère les restes de gens venus du sud : tous seraient les ancêtres des Oshimans. Ce qui semble plus vrai, c’est que la population actuelle est un mélange de plusieurs races ; celle du Midi aurait apporté des usages qui se sont transmis jusqu’à nos jours. La langue est un mélange de patois japonais et de mots du pays.

    Autrefois hommes et femmes portaient la chevelure entière, enroulée et retenue par une épingle souvent en argent. L’administration obligea les hommes à couper leurs cheveux : au commencement tous n’obéirent pas, beaucoup le firent avec peine ; aujourd’hui on en trouve peu qui aient encore l’ancienne épingle dont la tête tombait sur le front. Pour les femmes, elles se sont mises peu à peu à la mode japonaise.

    La nourriture de la population est surtout la patate, puis le riz, le blé, le poisson, la viande : porc, bœuf, chèvre, volaille, légumes et plantes marines. Comme boisson, le thé et l’eau-de-vie de riz. Les gens, à partir de la classe moyenne et au-dessus, ont ordinairement deux maisons, dont l’une sert de cuisine et de demeure ordinaire, l’autre pour les réunions ou les visiteurs. Pour mettre leurs provisions à l’abri des rongeurs, ils ont comme grenier une construction élevée sur 4 ou 6 colonnes très lisses. Les animaux domestiques sont les bœufs, chevaux, porcs et chèvres. Les animaux sauvages sont les sangliers, en très grand nombre dans les montagnes, dont ils sortent assez souvent pour ravager les champs des alentours ; aussi bien des gens vont à l’affût et à la chasse ou creusent des fosses très profondes sur les pistes et les couvrent de branchages. Les habu (trigonocerus ryukyana), dont la piqûre est souvent dangereuse, sont amateurs de rats : ils viennent les chercher jusque dans les maisons. Ces serpents ont quelquefois plus de deux mètres de long : il en est qui ont une belle peau dorée. Leur ennemi est le mattabu, dont le corps est absolument semblable au habu, sauf la tête, qui n’est pas triangulaire : ces derniers n’ont pas de venin : aussi les gens se gardent-ils bien de les détruire. Les montagnes renferment encore des lièvres au pelage rugueux, gris foncé, et aux oreilles très courtes, comme celle des rats : ils habitent dans les troncs et les racines des vieux arbres. Comme oiseaux domestiques, la poule et le canard. Les oiseaux sauvages sont les tourterelles, pigeons verts, nommés ushibato (pigeons-bœufs), à cause de leur chant qui ressemble au beuglement du bœuf : les pigeons noirs, de la grosseur du corbeau : ils n’en diffèrent que par le bec, qui est celui du pigeon ; les geais violets, bécasses, bécassines, poules d’eau ; kôro, oiseau rouge à gros bec, de la grosseur du geai ; akahige, petit oiseau de montagne recherché pour son chant ; étourneau, caille, toutes espèces de hérons, corbeaux ou moineaux. L’hiver amène les cormorans, canards sauvages et mandarins, oies sauvages, vanneaux et beaucoup d’oiseaux de mer et de rivage. La mer abonde en poisson. Pendant deux ou trois ans des baleiniers japonais, sur lesquels étaient montés plusieurs Norvégiens habiles dans la pêche de la baleine, vinrent dans le sud de l’île et, la première année surtout, firent de magnifiques prises : puis ils cessèrent, on ne sait pour quelle raison, probablement parce que leur lieu de ravitaillement et de vente était trop éloigné. Les gens de l’île n’ont guère d’autres bateaux que les kuribune, creusés dans des troncs d’arbres, très lourds, qui ne peuvent aller au large. Comme tous les alentours d’Oshima sont couverts de coraux, les filets ordinaires ne sont d’aucun service et les gens de l’île ne possèdent pas, comme ceux d’Okinawa, des filets spéciaux adaptés à la mer de cette région. Plusieurs villages se procurèrent des bateaux, d’abord à rames, puis à vapeur ou à moteur, pour la pêche au large du katsuo (bonite) ; mais la plupart ne réussirent, faute du poisson appât, qu’à contracter des dettes et à faire saisir leurs bateaux par les créanciers. La pêche rapporte donc peu et n’est pour beaucoup qu’une partie de plaisir.

    Au point de vue minéralogique, Oshima est très pauvre. Vers 1895 était en exploitation une mine de manganèse, sur le penchant du Yowan.dake, le plus haut sommet de l’île, à trois lieues au sud de Yamatohama. Le transport du minerai se faisait jusqu’à Yowan, tant à dos d’homme que par fil aérien ; mais les mauvais chemins augmentaient beaucoup le prix de revient et l’entreprise fut abandonnée.

    On trouva ensuite à Yaniyû, puis à Tatsugô et à Sumiyô, à l’est de Yamatohama, des traces de cuivre. Les recherches furent continuées et un expert en la matière, venu de Kagoshima, conseilla l’exploitation. On commença par Yaniyû : le chrétien auquel appartenait le terrain le vendit, et ce fut le plus grand profiteur. L’acheteur, n’ayant pas assez de fonds pour continuer les recherches, ne réussit qu’à faire faillite. Son successeur — c’était une grosse compagnie aux reins solides, — pouvait faire des sacrifices avant d’arriver aux gros bénéfices ; mais ces derniers n’arrivèrent jamais. Il en fut de même pour les mines de Tatsugô et de Sumiyô. On parla aussi de mines d’or à Kise et à Akakina, mais jamais on ne vit commencer l’exploitation. Pendant un certain temps il y eut la fièvre de l’or, mais elle ne réussit qu’à faire le vide dans bien des bourses.

    Les principaux produits de l’île sont la canne à sucre, la patate, le blé, le riz. La patate, s’y plante toute l’année Quand les insulaires en ont besoin pour leur repas, ils vont déterrer une patate, puis ils coupent une partie de la tige, qu’ils replantent à côté. A la saison des pluies surtout, cela se fait sur une vaste échelle.

    Le bananier sauvage se reproduit de lui-même : ses fruits ne sont pas comestibles ; de la tige on tire un fil qui sert à faire les vêtements très légers de l’été. Le bananier à fruits comestibles fut introduit dans l’île par le P. Halbout, qui, dans un voyage à Okinawa, en avait reçu quelques pieds du professeur d’agriculture de l’endroit. Il se répandit très vite et devint un objet de commerce ; mais un ver se mit dans la tige et presque tous en furent atteints. En 1917 le P. Ferrié, à son retour de France, en rapporta de Saigon et les envoya au missionnaire de Naze : ceux-là, jusqu’ici sont indemnes de la maladie. Los cycas sont très répandus. Il y a trente ans et plus, des Allemands venaient chaque année de Kôbé à Oshima et achetaient des plants qu’ils destinaient à l’exportation : mais, comme beaucoup séchaient en route, ils cessèrent ce commerce pour se livrer à celui des feuilles, qui fut très florissant jusqu’à la guerre européenne. Les feuilles, bien séchées étaient expédiées à Hambourg, où, en les plongeant dans un bain on leur rendait leur couleur verte et alors elles servaient à faire des couronnes mortuaires. Les fruits du cycas sont comestibles : on enlève leur amertume en les laissant dans l’eau. En temps de disette le tronc lui-même sert de nourriture. Après avoir enlevé la peau, on le coupe par tranches, qu’on laisse tremper une quinzaine de jours dans l’eau, souvent dans un ruisseau ; puis on le réduit en farine, que l’on fait bouillir pour la manger. Mais cette nourriture est peu goûtée et seuls les gens tout à fait pauvres en usent. Quelquefois il s’en trouve qui, ne pouvant attendre les 15 jours de macération, les mangent plus tôt et s’empoisonnent.

    Pendant plusieurs années la population recherchait les oignons des lis, qui poussent à l’état sauvage : à force d’engrais, ces oignons devenaient très gros et pouvaient donner jusqu’à trente fleurs sur la même tige. Cette exportation pour l’Europe et l’Amérique était d’un gros bénéfice et se faisait sur une vaste échelle. Avec les feuilles du pandanus, plante grasse dont les fruits rappellent ceux de l’ananas, on fait les chapeaux dits “Japan panama”. Il y faut une très longue préparation pour en tirer les fibres et les rendre absolument blanches. A Oshima cette préparation revenait très cher : on l’a abandonnée et elle ne se fait plus qu’à Okinawa.

    Pendant la guerre, vu le manque d’ingrédients pour la teinture, avec les feuilles d’un arbre très commun dans les montagnes, on obtint pendant quelque temps un produit qui donnait de la teinture noire ; mais là encore la main-d’œuvre et la grande quantité de bois qu’il fallait pour bouillir ces feuilles jusqu’à évaporation de l’eau revenaient trop cher, et l’on dut cesser. Depuis une trentaine d’années Oshima est renommé dans tout le Japon pour l’étoffe appelée Oshima-tsumugi. La raison de ce renom vient de sa teinture inimitable. Il existe dans les montagnes un petit arbuste dont on fait bouillir les racines pendant plusieurs heures. Le fil de soie est plongé dans ce liquide : on va ensuite le laver dans la boue de certaines rizières, puis dans la rivière voisine. On le laisse sécher, et l’on recommence trois fois la même opération. On obtient ainsi une couleur qu’aucun autre ingrédient ne peut donner : d’où la valeur de cette étoffe, dont le tissage occupe des milliers de jeunes filles. Vers 1920, à Naze, où doit passer ce produit pour avoir l’estampille officielle, on disait que chaque jour il s’en produisait à peu près 1.000 pièces de 60 pieds de long sur un de large. Selon les dessins le prix était fixé. L’étoffe a la qualité d’être très légère et en même temps très chaude. Le prix d’une pièce variait de 40 à plusieurs centaines de yen. Ce travail rapportait donc beaucoup : une bonne ouvrière pouvait se faire jusqu’à 10 yen par jour. C’était là, il faut le dire, un salaire exceptionnel, mais une petite fille sortant de l’école arrivait très vite à gagner plus d’un yen. Vers 1920 il se produisit une baisse considérable : cependant ce tissage est encore aujourd’hui le plus grand revenu de l’île. Avec les produits de l’agriculture et le tissage du tsumugi, la population pourrait être à l’aise, mais elle s’est à mise à vivre largement ; si elle gagne beaucoup, elle dépense aussi beaucoup, et le résultat est le même à peu près que lorsque le sucre de canne était son seul gagne-pain. Une raison de la pauvreté des gens est leur peu d’ardeur pour le travail, les fêtes multipliées et les dépenses qu’elles causent. Mariages et funérailles sont l’occasion de nombreux et longs festins.

    Pour se procurer de l’argent, ils hypothèquent leur récolte de sucre aux marchands. Ceux-ci sont habiles à prendre de gros intérêts et fixent eux-mêmes à leur convenance le prix du sucre. Les gens se laissent gruger sans rien dire, mais détestent de tout cœur leurs usuriers.

    Les trois premiers jours du nouveau calendrier lunaire, le 7e , le 16e, puis à l’occasion des fêtes des 12e, 13e, 25e, 37e, 49e, 61e, 73e et 85e années, la table est servie à tous pendant plusieurs jours ; le 3 du 3e mois, le 5 du 5e , le 7 du 7e, les 14, 15 et 16 de ce même 7e mois, pour la fête des ancêtres, les 3 périodes des danses du 8e mois, les fêtes du hama ore (“descente à la plage”: ce jour-là on doit faire la cuisine hors de la maison et festoyer au rivage : s’il est trop loin, ce sera sous la construction servant à enfermer les provisions), les fêtes en l’honneur des vers qui rongent riz et blés, des rats, des habu, pour apaiser ces bêtes. Les plus populaire de ces fêtes sont les trois danses du 8e mois, qui se font au jour faste indiqué par des personnes ad hoc. Ces jours-là, ou plutôt ces nuits-là, car c’est la nuit qu’elles commencent, tout le monde est en branle : la danse commence à une extrémité du village, passe par toutes les maisons et ne cesse qu’après les avoir toutes visitées. Au milieu de chaque cour on allume un grand feu, et c’est autour de ce foyer que se fait la danse. Deux ou trois jeunes filles frappent du tambour en chantant ; femmes et hommes séparés forment un grand cercle, bras et jambes remuent en cadence, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Naturellement l’ardeur est entretenue par force rasades d’eau-de-vie. Vieux et vieilles, assis sur la natte, festoient, tandis que les enfants tâchent d’attraper quelques bribes du festin. Il est rare que la danse ne dure pas jusqu’au surlendemain matin sans interruption. Inutile de dire s’il y a des voix enrouées et des jambes qui finissent par refuser leurs services. Au contraire des chants japonais, les chants d’Oshima sont exécutés d’une voix naturelle : les deux chœurs, hommes et femmes, alternent avec régularité ; aussi les écoute-t-on avec plaisir ; peut-être n’en serait-il pas de même si l’on comprenait les paroles du chant, qui sont souvent fort immorales.

    Des fêtes aussi très courues sont les luttes de jeunes gens et les combats de taureaux. Pour y assister les gens vont souvent très loin. Ces luttes ont lieu ordinairement sur le rivage. Pour la lutte des jeunes gens, un terrain circulaire d’environ 3 m. de diamètre est préparé pour que les chutes ne soient pas trop dures ni dangereuses. Vêtu d’un simple langouti, chacun tâche de renverser son partenaire ou de le faire sortir du cercle. Un expert en la matière veille à l’observation des règles de ce sport. Tout autour sont les assistants, qui excitent celui auquel ils prennent intérêt. Voir l’ardeur qu’ils y mettent est souvent ce qu’il y a de plus intéressant.

    Les combats de taureaux sont aussi très courus et passionnent les gens, qui poussent des cris de joie lorsque leur bœuf ou celui de leurs amis ou de leur village a mis l’autre en fuite.

    Au point de vue religieux, on peut dire que les habitants d’Oshima n’avaient aucune religion jusqu’à notre arrivée dans leur île. A Naze il y a un temple bouddhiste, le seul de l’île : mais le bonze qui le dessert n’a comme fidèles que les naichijin (individus venus du Japon). Il y a aussi un temple shintoïste dédié à Takehiko ; mais là encore les insulaires n’assistent aux cérémonies que par curiosité. On a besoin de leurs services à chaque fête annuelle, mais ils ne prêtent pas gratuitement leurs bras pour porter les insignes. Dans quelques villages, comme Daikuma et Urakami, il y a les noro, sortes de prêtresses chez lesquelles se réunissent les femmes : elles sont habillées d’un costume blanc fait avec le fil tiré du bananier sauvage : elles récitent les prières et vont purifier les bateaux avant qu’ils soient lancés à la mer. Presque chaque village a un petit temple, dédié soit à un bienfaiteur de l’endroit, — ainsi à Yamatohama, c’est à l’introducteur de la canne à sucre dans le pays –– soit à d’anciens indigènes venus de l’extérieur et morts dans l’endroit, comme à Akaogi. On célèbre, pour apaiser leurs mânes, une fête annuelle qui consiste surtout en festins où l’on boit force eau-de-vie. Très rares sont les gens qui demandent au bonze son service pour les funérailles de leurs morts. Le cercueil est une caisse plus haute que large, dans laquelle le défunt est accroupi. L’enterrement se fait ordinairement la nuit. De la maison mortuaire au cimetière, de place en place, on plante des piquets sur lesquels sont fixées des chandelles allumées. A l’entrée de chaque maison, sur le passage de la procession mortuaire, deux bambous en forme de croix de saint André sont placés pour fermer le passage à l’esprit du mort. Sur la fosse on a placé un bâton auquel est suspendue une brache verte qui descend dans la tombe. A l’entrée du cimetière on fait tourner la bière deux fois dans un sens et une fois dans l’autre, pour que l’esprit du mort ne puisse connaître le chemin du retour à son ancienne maison. Après quelques années, à une année faste, on déterre les ossements, on les lave, puis on les met dans une jarre, qui n’est qu’en partie enterrée et recouverte d’une pierre tirée de la mer. Pour le mort, point de prières. On s’occupe peu de lui avant l’enterrement ; on le place dans un coin quelconque. Parents et amis viennent visiter la famille, boivent, mangent et font du bruit au point qu’on pourrait croire parfois qu’il s’agit d’une noce. On n’est détrompé qu’en voyant les menuisiers qui, devant la maison même, préparent le cercueil.

    Jusqu’en 1892, le nom même du christianisme était inconnu dans toute l’île d’Oshima, à part le village de Kasari. situé à 8 lieues au nord, d’où était originaire un agent de police devenu protestant à Tôkyô. Généreux et charitable, il avait envoyé des aumônes aux pauvres de son village. A son retour dans le pays, un certain nombre de familles, dociles à ses exhortations, s’étaient converties et se reposaient le dimanche en lisant la Bible. Peu près l’arrivée du missionnaire catholique à Oshima, il avait annoncé que la fin du monde aurait lieu dans trois ans et conseillé à ses coreligionnaires de vendre leurs biens et d’en distribuer le
    prix aux pauvres. Il le firent, et lui entreprit le tour de l’île en distribuant de l’argent aux malheureux. Il ne s’arrêta pas cependant dans les localités où il y avait des catholiques. Certains villages refusèrent ses cadeaux, trouvant sa conduite extraordinaire et se demandant si elle ne cachait pas quelque engagement qu’on leur ferait contracter s’ils acceptaient ses présents. Pour ses coreligionnaires, ce ne fut pas la fin du monde qui arriva, mais une misère noire ; pourtant ils ne l’abandonnèrent pas ; plusieurs se transportèrent à Naze pour y chercher les moyens de vivre : les autres, restés chez eux, finirent par devenir à peu près tous catholiques, lorsque l’Evangile fut prêché dans ce village.

    Naze, la capitale de l’île d’Oshima et de l’arrondissement, est situé au fond d’une petite baie d’entrée assez difficile pour les gros bateaux, qui n’y peuvent manœuvrer à marée basse sans risquer de s’ensabler. Principal débouché de l’île, Naze se divise en deux parties bien distinctes : Kaneku, la ville marchande, habitée par les Japonais du continent, surtout de Kagoshima et d’Osaka, presque tous adonnés au commerce ; — là toutes les maisons sont couvertes en tuiles, — et la ville indigène, Hifu, dont les maisons sont couvertes en chaume. Entre les deux se trouve Itsubu, qui tient de l’une et de l’autre et renferme une quantité de petites boutiques.

    Séparé de toutes les habitations, de l’autre côté de la rivière ordinairement à sec, le tôchô (gouvernement des îles) est grandement installé. Les écoles sont entre la ville et le palais du gouverneur. Le temple bouddhique se trouve entre Kaneku et Itsubu, à l’opposé du rivage ; le temple shintoïste ( Takachiho-jinja ) est au pied de la montagne, à peu de distance du temple bouddhique. Entre les deux temples, dans une partie des rizières comblées à cet effet, a été bâti l’hôpital de l’arrondissement. La ville, qui ne comptait guère que 2.000 habitants en 1892, a aujourd’hui une population de plus de 10.000 âmes.

    Le P. Ferrié était installé depuis peu de temps à Kagoshima, où il avait comme auxiliaire le P. Shimada. Il était encore chargé d’Amakusa, son ancien poste, et de Sarayama-Sendai, où était alors le P. Delmas. Au mois de novembre 1891, un ouvrier menuisier, Usui Kumakichi, qui avait reçu le baptême à Kagoshima, fut appelé par son travail à Oshima. Il y parla de la religion catholique, et les habitants manifestèrent le désir de la connaître. Le P. Ferrié fut invité à aller y prêcher l’Evangile, mais la distance était grande, les communications si rares et si difficiles qu’il ne put répondre à ce premier appel. Au commencement de décembre, il reçut une seconde lettre plus pressante. Une personne vint même d’Oshima et lui donna de vive voix des détails si précis sur les dispositions des habitants que le Père se crut obligé de faire le voyage. Le 31 décembre il arrivait à Naze. Des auxiliaires inattendus vinrent lui faciliter la tâche du début. C’est d’abord un instituteur protestant, qui lui remet un registre avec les noms d’une cinquantaine de familles. Le Bon Pasteur récompensa son geste en l’appelant au vrai bercail. Le 3 janvier 1892, le P. Ferrié reçoit la visite du maire, qui se déclare enchanté de voir un missionnaire établir dans l’île et se fera un plaisir de travailler au succès de son œuvre. Il s’offre à réunir tous les habitants en vue d’une conférence ; mais, pour ne pas influencer les consciences, il n’embrassera lui-même le christianisme que lorsque la majorité aura fait le pas. De plus, il offrait au missionnaire la chaire d’anglais à l’école primaire de Naze. Fait providentiel, pendant ce premier séjour un ministre protestant débarquait à Naze dans l’intention de faire de la propagande. Voyant les dispositions des gens en faveur du catholicisme, il continua sa route sur Okinawa.

    Pendant dix jours, le P. Ferrié donna des instructions, auxquelles assistèrent presque tous les habitants de la ville et beaucoup des villages voisins, Daikuma et Urakami. Quand il eut fini d’expliquer les points les plus importants, il pria ceux qui désiraient se faire catholiques de lui donner leurs noms par écrit. Deux jours après, on lui apportait une liste de près de 500 familles. Il se rendit immédiatement à Nagasaki pour consulter Mgr Cousin sur ce qu’il convenait de faire. Il fut décidé de marcher de l’avant.

    (A suivre) A. HALBOUT,
    Miss. de Nagasaki



    1925/319-333
    319-333
    Halbout
    Japon
    1925
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