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La Société des M.-E. de Paris aux Fêtes du 3e Centenaire de la Naissance du vénérable Mgr. de MontmorencyLaval

La Société des M.-E. de Paris aux Fêtes du 3e Centenaire de la Naissance du vénérable Mgr. de MontmorencyLaval
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    La Société des M.-E. de Paris aux Fêtes du 3e Centenaire de la Naissance du vénérable Mgr. de MontmorencyLaval

    Le Bulletin du mois dernier a communiqué à ses lecteurs la très aimable lettre adressée par le Séminaire de Québec au Séminaire de Paris pour linviter à célébrer avec lui le 3e centenaire de la naissance (30 Avril 1623) du Vénérable François de Montmorency-Laval, premier Evêque de Québec. Evidemment, dans le cours dune année scolaire, il eût été difficile à MM. Les Directeurs de répondre à cette fraternelle invitation ; mais il se trouva que providentiellement, Mgr Berlioz était alors aux Etats-Unis : Mgr le Supérieur pria le vénérable évêque de Hakodate de représenter à ces solennités la Société des M.-E. Aucun choix neût pu être plus heureux : le digne Délégué de Paris reçut un accueil vraiment cordial et prononça un discours dans lequel il sut joindre à la délicatesse des remerciements lémotion des souvenirs personnels.

    Voici dabord comment Mgr de Hakodate rend compte de la réception qui lui fut faite.

    Pendant le trajet de Montréal à Québec (5 heures dexpress), jai eu le plaisir de la compagnie du Supérieur des Sulpiciens de Montréal, qui me donna dintéressants détails sur le Canada. A larrivée en gare, il me fit violence pour se charger lui-même de mes assez lourds impedimenta de voyage. Nous discutions encore lorsque survint le vénéré Mgr Gariépy, recteur de lUniversité Laval, lequel, pour nous mettre daccord, sempara de ma valise japonaise : il fallut se résigner à ce surcroît de confusion. Mais quelle cordialité dans laccueil ! On eût dit de deux frères se retrouvant après une longue séparation. Voyez, me dit-il en arrivant au portail du Séminaire, et de la main il me montrait le chiffre bien aimé S. M.-E., encore plus en évidence que celui de la rue du Bac. Il me conduit dans la chambre qui métait destinée, et, au beau milieu de la courtepointe qui recouvre le lit, cest encore le chiffre S. M.-E.. Au réfectoire, cuillères et fourchettes portent la même empreinte. Nous la conservons avec un respect religieux en mémoire du Vénérable de Laval, me dit Mgr Gariépy. En, vérité, defunctus adhuc loquitur : il reste lâme de Québec, la Ville sainte, le roc sur lequel sont bâties toutes ses institutions religieuses et civiles. Les murs de forteresse de ce vieux Séminaire, construit en 1662, ont subi sans faiblir les épreuves du feu, du temps et des éléments. Mgr Mathieu, archevêque de Regina, me les faisait remarquer avec une sainte fierté. Lui-même, du reste, avant daller fonder cette nouvelle province ecclésiastique, avait, pour ainsi dire, passé toute sa vie dans cette maison si pleine de souvenirs. Maintenant encore : Je vais chez nous, dit-il. Et chaque fois que, pendant mon séjour à Québec, il abordait lhumble représentant des M.-E., que ne faisait-il pas pour que je me sente vraiment at home ! Quelle bonté débordante ! Aussi combien il est aimé et obéi ! Je dois reconnaître, dailleurs, que jai trouvé la même cordialité, la même sympathie chez les autres évêques venus à la fête... Le programme a été réalisé in tranquillitate ordinis... Tous ont paru enchantés.

    Voici maintenant le discours prononcé à la cérémonie du Centenaire par Mgr de Hakodate.

    Je regrette que Mgr de Guébriant, Supérieur du Séminaire et de la Société des Missions-Étrangères, nait, pour le représenter ici, que le pauvre évêque dune des plus petites Missions de sa Société. A lui peut bien sappliquer ce que disaient les détracteurs de saint Paul : Prsentia corporis infirma et sermo contemptibilis. Mais, du moins, est-il en mesure de vous assurer de la parfaite sincérité de son cur, quelque imparfaite que soit lexpression de ses sentiments.

    Merci dabord au vénéré Supérieur du Séminaire, lorganisateur de cette grande et belle fête de famille, célébrée sous le haut patronage de S. E. le Cardinal.

    Merci à Mgr lArchevêque de Regina et aux autres Evêques du Canada ici présents pour leur accueil si cordial. Leurs Grandeurs se sont montrées, vis-à-vis du pauvre délégué des Missions-Étrangères de Paris, grandeurs de bienveillance, de sympathique condescendance, de noble simplicité. A eux tous, ainsi quaux nombreux représentants du clergé qui remplissent cette immense salle, lhommage dune profonde gratitude, dune joie intime, qui me font dire : Quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum, en ce mémorable centenaire du grand et saint Evêque qui fut et reste votre Père, en même temps quil fut un des fondateurs de notre Société des Missions-Étrangères de Paris.

    Il était un de ces Evêques et ecclésiastiques français signalée à lArt. 1 de notre Règlement, qui se réunirent en société au milieu du XVIVe siècle pour travailler à la conversion des infidèles dans les pays étrangers... surtout en préparant par les meilleurs moyens possibles et élevant à létat ecclésiastique ceux... qui seraient jugés propres à ce saint état, afin de former dans chaque pays un clergé et un ordre hiérarchique tel que Jésus-Christ et les Apôtres lont établi dans lEglise. Le clergé national offre, en effet, de plus grandes facilités de se faire tout à tous, suivant la méthode par excellence pratiquée et recommandée par saint Paul. Lexpérience des siècles est là pour nous convaincre que les hommes apostoliques ont tous eu pour devise : Omnibus omnia. Destiné dabord à la Mission du Tonkin, Mgr de Laval ne put sy rendre à cause des intrigues suscitées par le patronage de Portugal. Dautres que lui devaient occuper ce champ dapostolat, devenu plus tard si glorieux par le sang de nos BB. Martyrs, si prospère aussi par la légion de prêtres indigènes, qui sont curés des paroisses et, par conséquent, en contact immédiat et régulier avec les âmes de leurs nationaux.

    A Mgr de Laval était réservé détablir sur les mêmes bases lEglise naissante de la Nouvelle-France. On comprit alors que les premiers colons devaient être choisis parmi les meilleurs Français des provinces de lOuest, et le nouveau Vicaire Apostolique de Pétrée usa de sa haute influence à la Cour pour quon écartât ceux qui nauraient pas fait honneur à la Mère-patrie. Si plus tard lauri sacra fames fit dégénérer ceux qui négligèrent lagriculture pour se livrer à la spéculation, le grand Evêque sy opposa avec une vigueur vraiment apostolique.

    Bref, il voulut dabord un séminaire et, en attendant que le personnel pût conquérir ses titres à lautonomie, ce séminaire fut placé sous la tutelle du Séminaire des Missions-Étrangères de Paris, à cause, sans doute, du principe qui formait sa caractéristique, cest-à-dire celui du clergé national. Avec lélite de la population du Canada, il faut avouer quil avait plus beau jeu que ses anciens confrères travaillant dans le monde asiatique. Aussi quels prodigieux succès nobtint pas lhomme que la Providence avait réservé pour poser les bases des églises de la Nouvelle-France ! La Nouvelle-France devait avoir pour père le plus saint descendant dun des braves de Clovis, régénéré avec lui au baptistère de Reims et qui avait pour devise : Dieu ayde au premier Baron de France ! Aide prodigieusement féconde dans limmense diocèse de Mgr de Laval : lAnnuaire catholique de 1923 nenregistre pas moins de 125 circonscriptions ecclésiastiques créées sur son territoire. Il comprenait non seulement le Canada et Terre-Neuve, mais de nombreuses provinces des Etats-Unis. 125 circonscriptions, dit lAnnuaire. On ma fait remarquer à Québec quil manquait deux unités à ce beau chiffre. Et je suis heureux de saluer ici, en la personne de S. G. Mgr Ross, fondateur du diocèse de Gaspé, le 127e enfant, le Benjamin de la grande famille du Vénérable François de Montmorency Laval. Ce nest pas moi qui ai à vous apprendre les innombrables bienfaits dus à sa paternelle initiative, à sa haute prévoyance, non seulement dans lordre religieux, mais dans lordre social, et cela avec une sagesse telle que, malgré les troubles et les changements de la politique, les hauts fonctionnaires civils, aujourdhui encore, se font un honneur et un devoir de mettre leur dévouement sincère, parce que filial, au service de la sainte Eglise. En cela, me disait un de Nosseigneurs du Canada, ils ne font que continuer la tradition inaugurée par Mgr de Laval.

    Si le passé et le présent sont si beaux, que ne peut-on espérer de lavenir ? Déjà la bienfaisante influence du Canada se fait sentir dans la grande République. On dirait que votre noble pays y a une mission à remplir : celle dy prêcher votre fidélité à la formule évangélique pratiquée jusquà lhéroïsme par Mgr de Laval, labneget semetipsum, tollat crucem suam, qui est la note authentique du vrai christianisme : cli et terra transibunt, mais cette parole de Notre-Seigneur ne passera pas. Le grand Cardinal Pie a dénoncé pendant toute sa vie les dangers du naturalisme sinfiltrant de plus en plus dans le christianisme de nos jours. Naturalisme, égoïsme et leurs conséquences, envahissent, en effet, et de plus en plus, lhumanité actuelle assoiffée de jouissances matérielles. Où trouver, en dehors du Canada, un remède et un exemple plus autorisé, plus encourageant aussi, puisque sa fidélité au si quis vulf post me venire est le secret de ses éminentes qualités ?

    Et voici que le troisième centenaire de la naissance de Mgr de Laval, marque la naissance dun Séminaire canadien des Missions Etrangères ! Combien, du haut des cieux, ne doit-il pas sourire à cette glorieuse institution, due, sans doute, à la puissance de son intercession ! Quil me soit permis de vous en féliciter, Messeigneurs et Messieurs, et de vous dire toute la joie que nous en éprouvons. Jusquici, dans tous les instituts religieux du monde catholique, on comptait, fervents et nombreux, des membres recrutés dans votre noble pays. Mais cette fois, ce ne sont plus des individus disséminés ici et là, cest une légion qui se forme, et avec un entrain et un élan que jai vraiment admirés chez les aspirants qui se préparent à peupler la nouvelle construction de Montréal. Plusieurs sont venus me dire leur grand secret, inspiré, tout me le fait croire, par le souffle du Saint-Esprit. Puisse la grande âme du Vénérable de Laval planer sur cette jeunesse privilégiée, qui forme un des plus beaux bouquets de son centenaire ! Quelle apprenne de lui labneget semetipsum, qui ma paru à moi, humble pèlerin, lui avoir tenu le cur toujours grand ouvert à toutes les effusions des dons du Saint-Esprit, et partant les a rendus éminemment fructueux et permanents. Nul doute que ceux de ses enfants qui vont reprendre sa vie de missionnaire in partilus infidelium ne continuent de le suivre dans la voie de labnégation personnelle et du sacrifice, et cela, dans une mesure qui leur permette de dire avec saint Paul : Vivo, jam non ego, vivit vero in me Christus, le Christ, sans lequel on ne peut rien faire dans lordre du salut.

    Et maintenant, Messeigneurs et Messieurs, laissez-moi vous faire part de quelques impressions personnelles.

    Peu de temps après mon admission au Séminaire de Paris, en 1872, le père Dallet, un de nos confrères, était de retour du Canada, où il avait été envoyé pour y exposer la malheureuse situation quavait créée à notre Société la guerre de 1870. Il nous donna une série de conférences dont je garde fidèlement le souvenir. Ce quil nous dit alors de laccuei1 si fraternel, si généreux, dont il avait été lobjet à Québec, excita dans son jeune auditoire une sympathie quun demi-siècle na pu refroidir, et le bonheur que jéprouve de me trouver au milieu de vous a ses racines dans ce lointain souvenir.

    Peu de temps après les conférences du Père Dallet (en 1873, je crois), Mgr Taschereau, accompagné de M. Paquet, daigna honorer de sa visite le Séminaire de la rue du Bac et resserrer les liens qui le rattachent à la Maison-sur de Québec. A cette occasion, on lui offrit la chaîne dun de nos Martyrs, symbole sacré de notre Union fraternelle, et le vénéré Mgr Gosselin ma appris que cette chaîne était religieusement conservée dans un reliquaire de la chapelle du Séminaire : meminisse juvabit !

    En 1896, lorsque les Pères Trappistes vinrent fonder un monastère sans ma Mission, cest avec une joie bien spéciale que je trouvai parmi eux un enfant du Canada, que, un an après, javais la consolation dordonner à la prêtrise.

    Même joie en 1907, à larrivée dans le diocèse de Hakodate des PP. Franciscains, en souhaitant la bienvenue à deux religieux canadiens, qui furent suivis de deux autres en 1909 et en 1915.

    Arrivé-je dans la capitale des Etats-Unis, pour que ma pauvre Mission y fût lobjet de ce que saint Paul nomme repromissam benedictionem, cest encore vers la chère colonie canadienne des très pieux Pères du S.-Sacrement que la bonne Providence guide mes pas. Ils ont été, et sont encore, à légard de mon humble personne, comme une bienfaisante effusion des dons du Saint-Esprit : repos dans mes fatigues, salut et soulagement dans la maladie, in fletu solatium également, pendant cet exil qui me tient éloigné de ma bien-aimée Mission. Quils soient bénis et remerciés, ces bons Pères, qui mapparaissent comme une vision incarnant toutes les vertus de votre noble pays !

    Si, à ces souvenirs, à ces impressions profondes, je joins lémotion que jai éprouvée en voyant à lentrée du Séminaire de Québec, le vieux chiffre de la Société des Missions-Étrangères, S. M. + E., vous devinerez les sentiments inexprimables qui remplissent mon cur. Dans ce chiffre de convention, il y a autre chose pour mon cur que des lettres juxtaposées : il y sent surtout la douce consonance du verbe aimer, M. +E, aimer la croix la croix, symbole de la véritable charité, du cor unum et anima una qui rattache le présent aux temps héroïques de notre Vénérable François de Laval.

    Cest un pèlerinage que je suis venu faire à son tombeau. Avec quel religieux respect jai élevé son calice au saint autel ! Cest un encouragement que jattends aussi de ses exemples. Comme lui, sur ses vieux jours,

    Et Si parva licet componere magnis,

    celui qui vous parle a vu deux fois le centre de sa Mission détruit par les flammes, et, arrivé au terme de sa carrière, il doit travailler à relever les ruines de sa cathédrale.

    Puissé-je minspirer de son énergie, de son indomptable confiance pour remplir de mon mieux le devoir qui mest imposé !

    Et maintenant, Messeigneurs et Messieurs, pas nest besoin dajouter que je munis à vous de tout cur, pour que le jugement de la sainte Eglise mette le comble à nos vux, en faisant bientôt épanouir dans la gloire de la béatification la cause du Vénérable François de Montmorency-Laval, membre de la Société des Missions-Étrangères, Evêque de Pétrée, Vicaire Apostolique de la Nouvelle-France et premier Evêque de Québec.

    1923/498-504
    498-504
    Anonyme
    France
    1923
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