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La province de Thanh Hoa et les Hua Phan 1

La Province de Thanh Hoa et les Hua Phan Thang Hok ou commissariat de Samnua. Ces deux provinces, lune annamite, lautre laotienne, viennent dêtre détachées du vicariat apostolique de Phatdiem pour former la nouvelle mission de Thanh-Hoa où les âmes dapôtres pourront plus spécialement se consacrer à la conversion des infidèles. Ayant passé la plus grande partie de ma vie de missionnaire dans ces deux provinces, jai pensé quil ne serait pas sans intérêt den dire quelques mots aux lecteurs du Bulletin.
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    La Province de Thanh Hoa et les Hua Phan
    Thang Hok ou commissariat de Samnua.
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    Ces deux provinces, lune annamite, lautre laotienne, viennent dêtre détachées du vicariat apostolique de Phatdiem pour former la nouvelle mission de Thanh-Hoa où les âmes dapôtres pourront plus spécialement se consacrer à la conversion des infidèles. Ayant passé la plus grande partie de ma vie de missionnaire dans ces deux provinces, jai pensé quil ne serait pas sans intérêt den dire quelques mots aux lecteurs du Bulletin.

    A première vue il semble que la nouvelle mission formera un tout parfaitement homogène, le bassin presque entier du Sông Mã. En réalité rien de plus disparate. A lEst, cest la vaste plaine baignée par les flots du golfe du Tonkin et peuplée exclusivement dAnnamites ; à lOuest, un cahos de montagnes où les races se coudoient sans se mélanger. Promenons-nous un peu à travers cet intéressant pays et essayons de nous faire une idée de son véritable visage.

    La frontière nord qui sépare la province de Ninh-Binh de celle de Thanh-Hoa et délimite lAnnam davec le Tonkin chevauche le 20e degré de latitude nord. Dabord marquée, près du littoral, par un petit arroyo insignifiant dont il ne reste presque plus de trace et une petite rivière du nom de Chính Dai, elle sélance à travers la brousse et atteint bientôt les plateaux herbeux où se dessine le versant des eaux des deux provinces. Ensuite elle savance à travers la chaîne annamitique, longe un instant le Sông Ma et pénètre au Laos où elle suit dès lors régulièrement les crêtes qui marquent le partage des eaux.

    Ce nest pas une simple ligne géographique, elle forme nettement limite climatérique entre le Tonkin et lAnnam qui sont bien, à ce point de vue, deux pays différents.

    Lorsque, suivant le littoral, nous quittons la province de Ninh-Binh pour pénétrer dans celle de Thanh-Hoa, il nous semble dabord que nous navons pas quitté le Tonkin. Mêmes terres de plantureuse alluvion amie des joncs à natte. Quand lapport continu du limon a refoulé les flots amers de lOcéan et que des digues peuvent être construites pour défendre les terres nouvellement conquises contre les attaques de leau salée, cela donne de fertiles rizières. Cest la partie de la province où la population chrétienne est le plus dense. Cette dernière sest presque exclusivement recrutée à Phatdiem et dans les vieilles paroisses des environs. De là sortent, nombreux, prêtres et catéchistes, cest lendroit tout choisi pour permettre au nouveau vicariat de recruter son personnel.

    Dix kilomètres en ligne droite et nous voici à la branche nord par où le Sông-mã verse ses eaux. Lembouchure se trouve en face dun rocher qui dresse encore sa tête en pleine mer, mais attendons seulement quelques années et le limon laura encerclé, nous pourrons nous y rendre à pied sec.

    Franchissons la rivière ; laspect du paysage change subitement. La plage sablonneuse sétend à perte de vue, bordée de villages populeux dont le nombre dhabitants na jamais été connu exactement. Nous sommes au pays des pêcheurs. Les enfants grouillent, se bousculent, sinterpellent, se roulent tout nus dans le sable, se cachent au détour dun sentier et senvolent à notre approche comme une bande de moineaux. Debout et impassibles, comme des chattes surveillant les ébats de leurs petits, les femmes tournent le rouet et filent le chanvre dont seront faits les filets. Il en sera ainsi tout le long de la plage, jusquà la frontière de Vinh que nous rencontrerons au 19e degré de latitude nord.

    La province de Thanh-Hoa se divise en deux parties bien distinctes, la plaine, parsemée de collines ou de rochers calcaires entourés de verdoyantes rizières, et la montagne, couverte de forêts où se cachent quelques hameaux clairsemés. La plaine varie en profondeur selon les lieux ; au centre on peut compter une soixantaine de kilomètres de la mer jusquà la montagne, au sud, à peine avons-nous fait quatre ou cinq kilomètres que nous nous heurtons déjà aux contreforts de la chaîne annamitique. Nous ne pensons pas nous tromper beaucoup en évaluant sa superficie totale à dix-huit cents ou deux mille kilomètres carrés.

    Périodiquement elle souffre de la sécheresse. LAdministration française y a déjà remédié en partie en captant les eaux du Sông-Su, le principal affluent du Sông-Mã, pour irriguer la plaine. La rivière a été coupée, à soixante-dix kilomètres en amont, par un barrage qui est une véritable uvre dart. Toute la partie sud de la province est ainsi irriguée et deux récoltes par an y sont régulièrement assurées. Des études sont en cours pour faire le même travail sur le Sông-Mã et irriguer la partie nord.

    Les habitants de la plaine sont exclusivement annamites. Ils présentent cependant quelques traits particuliers qui les différencient aussi bien des Tonkinois que des habitants de Vinh.

    Les terres de Thanh-Hoa sont plus légères que celles du Tonkin. Tantôt nettement sablonneuses, tantôt formées dun mélange de sable et dargile, elles sont faciles à cultiver. Les instruments agricoles, herse et araire sont commodes à manier, même par des mains débiles. Aussi nest-il pas rare dy voir des femmes herser et même labourer, ce quon rencontre rarement au Tonkin. Lhomme, du reste, ny est pas très ardent au travail et plutôt avare de sa sueur.

    Le type de lindigène de Thanh-Hoa est déjà plus svelte que celui de Ninh-Binh, on ne saurait cependant trop généraliser car celui du littoral diffère quelque peu de celui qui avoisine la montagne.

    La prononciation, nettement distincte de celle de Vinh, se rapproche du parler tonkinois. On remarque cependant quelques particularités. Certaines régions ont même des expressions qui leur sont propres et se rapprochent plus ou moins du patois muòng.

    Les muòng sont des peuplades qui forment transition entre lannamite et le tay qui vit particulièrement au nord-ouest de la province.

    Le muòng est trapu, a le teint basané, les traits du visage rudes et énergiques. Vêtu de la lévite annamite, mais plus courte, et dun pantalon de cotonnade écrue, large et descendant à peine au-dessous du genou, son inséparable coupe-coupe figé dans son fourreau de bois qui lui bat la cuisse, il paraît, à lorée de la forêt doù il débouche, comme un fauve sortant du bois. Cest le montagnard par excellence.

    La femme, fortement râblée, présente, elle aussi, le type âpre et rude de la forêt, mais les traits frustes sont atténués et lui donnent, surtout quand cest une fille de race, une noblesse qui nest pas sans beauté. Aussi aime-t-on dire dans le pays, dun beau type de femme ; Belle comme une fille de tao (seigneur) . Si le costume de lhomme se rapproche du costume annamite, celui de la femme est, par contre, nettement tranché.

    Son vêtement principal est une jupe-fourreau en coton bleu-indigo, ornée dans le bas de légers dessins en couleur et terminée dans le haut par une bande de cotonnade blanche. Pour sen revêtir on enfile le fourreau du haut en bas, la bande blanche est serrée en un pli sur la poitrine et entortillée en pelote quun vigoureux coup de poing enfonce entre les seins. Ceux-ci forment ainsi un support naturel. Pour plus de sûreté une écharpe serrée à la taille sert de ceinture. Cest dans cette écharpe que la femme muòng met sa coquetterie. Elle sen tisse une plus ample et de couleurs variées pour les jours de fête. Cela forme un gros bourrelet dans lequel disparaît toute la finesse de la taille. La tenue de travail comporte la jupe seule, le buste reste nu. Le costume complet se compose, en plus, dun caraco boutonné sur les épaules et dun long manteau de coton indigo qui tombe jusquaux talons. Sans être élégant, ce costume est propre et décent. Il nous distrait agréablement de la vision de paysans sales et terreux qui nous a obsédés dans la plaine.

    La case muòng ressemble, à quelques variantes près, à toutes les cases des montagnards de la chaîne annamitique. Elle est faite de poteaux de bois coiffés dun toit de chaume et portant à mi-hauteur un plancher de bambous. Malgré la fragilité des cloisons faites aussi de nattes de bambous, les habitants sy trouvent à labri des fauves, trop peureux pour se hasarder à monter léchelle abrupte qui conduit dans les appartements. On sy défend aussi mieux de lhumidité et cela évite aux paresseux enfants de la forêt le travail de faire des étables, le dessous de la case servant à loger le bétail.

    Lhabitat ordinaire des peuplades muòng est une lisière qui sétend au bord de la grande forêt sur une largeur de vingt-cinq à trente kilomètres environ. Le terrain est mamelonné mais les grandes montagnes y sont rares. Parfois la forêt y pousse encore drue sur de larges espaces, dautres fois elle a presque disparu sous les coups des ravageurs qui lont pillée sans souci du lendemain. Les cours deau y sont plus calmes que dans les montagnes tay où nous pénétrerons tout à lheure, et on y voit rarement ces cascades qui tombent en écumant du haut dun rocher. Les villages sy serrent nombreux autour de riches plateaux soigneusement irrigués. En retour il est des endroits où lon marche à travers une brousse impénétrable au milieu de laquelle lon est étonné de rencontrer lemplacement danciennes rizières et les traces de hameaux : cest luvre du tigre plus nombreux et plus dangereux en ces régions limitrophes du delta que dans la haute montagne.

    A quelle race rattacher le muòng ? Est-ce un mélange de négroïde et de mongol ? Serait-ce, comme certains le prétendent, la race aborigène refoulée par linvasion chinoise et rejetée dans la forêt ?

    Peut-être. Il est cependant un fait qui semble contredire cette hypothèse. Tout le monde sait que les anciens habitants du Âu-Lac, devenu ensuite pays des Giao-chi, puis Viêt-nam et enfin Annam, présentaient cette spécialité davoir les gros orteils opposés, doù leur nom de Giao-chi (doigts, orteils qui se croisent). Or, si on rencontre encore quelques spécimens de ces individus dans les campagnes de lAnnam et du Tonkin, on nen voit point chez les muòng. Il est vrai que ces derniers pourraient représenter les descendants dune population antérieure refoulée dans la montagne par les Giao-chi eux-mêmes. Nous laissons à de plus doctes que nous le soin darracher aux ténèbres lointaines de lhistoire le secret de cet intéressant problème.

    Le parler muòng nest pas une langue proprement dite, cest un pur patois annamite.
    Au point de vue social nous retrouvons ici quelque chose du régime féodal du moyen âge. Quelque peu entamé déjà par linfluence française, on peut prévoir le jour où il seffritera et tombera de lui-même, mais tel quon le voit aujourdhui on ne peut nier quil ne plonge encore dans le pays de profondes racines.

    A la tête de chaque tribu ou muòng se trouve un ông muòng Monsieur de la Tribu. Il est un peu comme la reine dans une ruche. Autour de lui rayonne toute la vie de la région. Maître tout-puissant et absolu, il dispose des habitants comme de ses serviteurs, presque ses esclaves. Il ny a pas longtemps encore il usait même du pouvoir de vie et de mort. Lindigène est tellement habitué à ce régime quil sy plie volontiers, il y trouve même quelques avantages ; si le ông muòng est un seigneur exigeant cest aussi une manière de patriarche.

    Ladministration française sefforce damener un peu plus de justice et de liberté en ce pays retardataire, mais sans y réussir toujours. Aussi na-t-elle encore osé sattaquer ouvertement au régime, parfois même elle le consacre. Le quan châu, mandarin officiel placé par elle à la tête du châu ou marche, nest-il pas, en somme, un ông muòng plus puissant que les autres ? Son titre, en effet, est héréditaire et ne sort jamais de la famille, ce qui est le trait caractéristique de la féodalité. Or jusquici ladministration française a dû se plier à cette coutume. Il y a quelques années un Résident de Thanh-Hoa tenta dy déroger et de faire nommer quan châu un annamite ; après deux ou trois mois dessai il dut se résigner à renoncer à son projet et nommer celui qui était le successeur légitime.

    Les enfants du Seigneur étant appelés un jour à remplacer leur père, la population se réserve le droit de lui choisir sa femme. Il peut, à son gré, prendre des concubines, mais seule légitime et officielle sera celle que lui auront choisie les habitants. Les enfants de cette dernière, à lexclusion de ceux des concubines, auront droit de succession. Si, à la mort de leur père, ils étaient encore trop jeunes pour prendre le pouvoir, leur mère ou ba muòng (Dame du muòng) aurait droit de régence.

    En dehors du quan châu et du ông muòng, les tribus secondaires et les villages ont aussi leurs chefs ou tao, miniature des grands chefs.

    Ces quelques mots montrent combien difficile est la prédication de lévangile en pays muòng. Il faudrait commencer par les chefs, mais tant dobstacles se dressent contre leur conversion ! Sadresser aux inférieurs serait facile, lévangile nest-il pas essentiellement une semence démancipation et de liberté ? Mais alors que de difficultés et de conflits en perspective !

    La religion du muòng consiste uniquement dans le culte des ancêtres, celui des génies et la sorcellerie. Les sorciers muòng sont réputés et redoutés. On les croit doués de pouvoirs mystérieux capables de provoquer la mort. Ce quil y a de plus sûr cest quils sont habiles à confectionner et utiliser les poisons.

    Lannamite superficiel confond indistinctement tous les habitants de la montagne sous le vocable de muòng, très honorable certes dans son origine, mais qui prend dans la bouche de celui qui sen sert le sens de barbare, ignorant, paysan du Danube. Aussi le montagnard regarde-t-il comme une insulte dêtre appelé muòng. Pour être poli avec lui il faut lappeler habitant des maisons sur pilotis.

    Si nous quittons la région muòng et avançons plus avant dans la forêt nous sommes en pays tay. Tout dabord muòng et tay se compénètrent sans toutefois se mélanger. On rencontre des villages tay égarés au milieu des villages muòng et réciproquement. Cependant, à mesure quon avance lélément muòng disparaît complètement et le peuple tay seul subsiste, entremêlé, de loin en loin, de quelques peuplades étrangères, meo ou Khá.

    Le pays semble être à peu près le même, plus sauvage, plus montagneux quoique moins insalubre et cest tout. Les muòng et les tay sont cependant deux races nettement différentes. Langue, mentalité, coutumes ne se ressemblent pas. Un spécialiste pourrait sans doute y trouver des dissemblances ethnologiques, mais cest un point que, faute de connaissances adéquates, nous laisserons de côté.

    Les tay, comme les muòng, sont encore soumis au régime féodal, mais il est plus adouci, plus paternel. Ici les sujets ont des droits généralement respectés. Puis quelques journées de marche, souvent même quelques heures seulement, séparent du Laos où lon est à labri des vexations. Aussi les quan châu tay ont-ils la main relativement légère. Cest nécessaire sils veulent conserver leurs serviteurs. De plus, en beaucoup dendroits, la propriété foncière nexiste pour ainsi dire pas ; on peut quitter le pays en emportant toute sa fortune sur son dos, sûr de trouver ailleurs un bout de terre où lon pourra sinstaller et vivre.

    Le tay (1) de Thanh-Hoa fait partie de la grande famille thay qui sétend encore aujourdhui sur le Siam, le Laos, une partie de la Birmanie, le Sud de la Chine et a même des représentants dun côté sur le bord du Brahmapoutre et, de lautre, dans lîle de Hainan. Jadis ce fut une race puissante ; elle soutint, non sans succès, de rudes combats contre les Tonkinois. Elle déferla sur toute la région montagneuse du Tonkin et de ce que nous appelons aujourdhui le Nord-Annam et sy établit solidement. Alors que les thay du Siam et du Laos, pénétrés par le bouddhisme évoluèrent et développèrent peu à peu leur civilisation dans le sens de cette doctrine nihiliste, ceux de lAnnam et du Tonkin restèrent à létat primitif dans lequel ils se trouvaient au moment où ils envahirent le pays. Ils nont, dès lors, ni bonzes ni pagodes et ignorent tout du bouddhisme dont ils se désintéressent complètement. Ils sont demeurés animistes et fétichistes, ils expliquent toutes les maladies par linfluence néfaste des esprits méchants et ont un recours quotidien au sorcier. Cest la patrie idéale de toutes les superstitions. Le missionnaire ny convertira personne sil nest plus ou moins doublé du médecin. En revanche il ne se heurtera à aucune religion établie et même officiellement approuvée comme cela a lieu au Laos.

    La vie de famille en pays tay est douce et agréable à vivre. Lenfant y est choyé et nest jamais lobjet de corrections corporelles comme cela arrive encore de temps en temps à lenfant annamite. On ny entend pas ces disputes forcenées, émaillées des injures les plus grossières si fréquentes en pays dAnnam. On ne sy heurte pas à ces procès sans fin, fortune des mandarins voraces. On na pas à se prémunir à chaque instant contre les voleurs et les chapardeurs qui rôdent sans cesse autour de nous dans la plaine. La raison en est peut-être en ce fait que la mendicité y est ignorée. La région, peu peuplée, fournit facilement le nécessaire aux habitants, qui, malgré leur farniente y trouvent sans peine de quoi vivre. Ajoutons à ces qualités naturelles un caractère franc et sympathique; aussi le missionnaire habitué à vivre en pays tay éprouve-t-il les plus grandes difficultés à se faire aux murs annamites.

    (1) Tay et Thay sont un même mot qui diffère seulement par laspiration de lh qui existe au Laos et non en pays tay.


    Malheureusement la médaille a un revers. Tout dabord cest lopium. Cette drogue dévastatrice a mis son emprise sur le pays et y règne en maîtresse incontestée. Le pavot se cultive à quelques kilomètres de là, souvent dans la région même. Toute répression y est impossible. Du reste il nen est pas même tenté. Si bien que la majorité de la population masculine est contaminée. Quelques femmes mêmes sadonnent à la contagieuse passion. Il en résulte un aveulissement peu ordinaire. Portée naturellement à dépérir, la race tay voit encore sa vie tarie dans la source par cet infernal poison. Aussi disparaîtra-t-elle sans doute peu à peu devant lAnnamite envahisseur, surtout dans les régions moins malsaines et plus facilement cultivables.

    En plus de lapathie naturelle à la race, accrue encore par lopiomanie, le missionnaire se heurte à un ennemi redoutable, la malaria. Combien de nos anciens sont tombés prématurément, victimes dun climat meurtrier, uniquement parce quils ne savaient prendre les précautions nécessaires contre le terrible ennemi !

    La partie du Laos qui appartenait au Vicariat apostolique de Phatdiem et dépend maintenant de la nouvelle mission comprend tout le commissariat de Samnua. Cette région est connue des indigènes sous le nom de hua phan thang hok ou les six provinces aux mille inscrits. Cette dénomination nest actuellement plus exacte car, en réalité, il y a sept provinces et le nombre des inscrits dépasse de beaucoup six mille. Ces hua phan sont Muòng Samto, Muòng Sòi, Muòng Et, Samnua, Sieng Kho, Hua Muòng et Muòng Son. La superficie totale de la région peut être évaluée à douze mille kilomètres carrés. La population sen élève à environ cinquante mille habitants. Jusquici, seul le hua phan de muòng Soi a été évangélisé. Les habitants des Hua phan sont des thay núa, mais on les appelle ordinairement laotiens. Un peu partout des villages tay sont mêlés aux villages thay nua. La langue est, du reste, la même, seule la prononciation diffère un peu.

    Ce qui différencie principalement les thay nua, cest le costume et la religion. Le vêtement du thay nua ressemble un peu à celui du Chinois, veste courte et pantalon large. La femme porte la jupe-fourreau mais plus ornée que celle de la muòng ou de la tay. Son chignon monumental est entouré dun gros turban à franges et brodé. Lhomme a les cheveux en brosse et le derrière de la tête rasé. Il aime se couvrir dun chapeau de feutre.

    La religion du thay nua est le bouddhisme ; chaque village a sa bonzerie ; comme celui du Siam et du Cambodge, cest le bouddhisme de la petite voie ou de Ceylan. Il sest superposé aux vieilles superstitions animistes et fétichistes sans les détrôner. Souvent même le bonze joint à ses fonctions celle de sorcier. Tel quil est, ce bouddhisme a une forte emprise sur le pays et la conversion des thay nua est fort difficile. Jusquici nous navons pour ainsi dire pas réussi. Les huit cents baptisés que nous comptons dans le pays et qui habitent tous la province de Muòng Soi sont des tay.

    (A suivre)

    A. BOURLET,
    Miss. apost.
    1932/811-819
    811-819
    Bourlet
    Vietnam
    1932
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