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La propagande bouddhiste à létranger 1

La propagande bouddhiste à létranger I. Son échec au Nanyô. (1) A en croire les Soviets, les religions sont en train de seffondrer ; la religion catholique elle-même ne serait plus quune misérable ruine. Cependant, lors de mon récent voyage du Nanyô jai été frappé de létat prospère de lEglise catholique dans ces îles et de son plein épanouissement : jai eu limpression très nette dêtre en face dune sorte de miracle.
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    La propagande bouddhiste à létranger
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    I. Son échec au Nanyô. (1)

    A en croire les Soviets, les religions sont en train de seffondrer ; la religion catholique elle-même ne serait plus quune misérable ruine. Cependant, lors de mon récent voyage du Nanyô jai été frappé de létat prospère de lEglise catholique dans ces îles et de son plein épanouissement : jai eu limpression très nette dêtre en face dune sorte de miracle.

    Ainsi sexprime Mr. le professeur Hirose Ryôgi, un éminent scholar bouddhiste, dans un journal de Kyôto (2) spécialisé dans les questions religieuses.

    Bien que nappartenant pas au champ confié à notre Société, les missions en question nen sont pas pour cela en dehors de lhorizon du Bulletin. Nos lecteurs suivent avec intérêt les luttes de lEglise en quelque partie que ce soit de notre petite planète et les résultats obtenus par les missionnaires catholiques au Nanyô encourageront nos confrères qui travaillent dans des régions plus ingrates (3).

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    (1) Le terme assez vague de Nanyô (caractères chinois) Mers du Sud, également usité en chinois et en japonais, comprend la Malaisie, les îles de la Sonde, les Philippines, etc., pratiquement les terres entre Formose et lAustralie. Il sagit ici des archipels des Mariannes, Carolines et Marshall, comprenant de nombreux îlots éparpillés sur près de 5.000 kil, au nord de lEquateur, entre les 130 et 175 degrés de long. Ces îles, jadis possessions espagnoles, puis allemandes, ont été placées sous mandat japonais par le traité de Versailles. Elles ont une superficie de 2149 km2. et sont peuplées de :
    Indigènes 49.695
    Japonais 19.835
    Etrangers 96
    (daprès la publication (caractères chinois) 1933).
    (2) Le Chû gai nippô (caractères chinois), Nº du 29 septembre 1932.
    (3) Ces missions ne sont pas des inconnues pour Nazareth qui a édité pour elles divers dictionnaires en langues Chamorro, Palau, Canaque, voire même une traduction de la Bible.


    Il est à peine besoin de faire remarquer que, par propagande bouddhiste, il est uniquement question ici de la propagande des sectes japonaises, les seules qui montrent quelques velléités de prosélytisme. Nos informations, également, sont exclusivement puisées dans des publications japonaises, bouddhistes pour la plupart, ce qui expliquera bien des lacunes....

    Le premier missionnaire qui aborda dans ces régions fut un espagnol, le P. de San Vitores, S. J., vers 1622, suivi bientôt de plusieurs confrères quescortait une troupe dofficiers et de soldats. Ils furent dabord bien accueillis par les indigènes qui entrèrent en grand nombre dans léglise catholique. Des froissements se produisirent bientôt entre les naturels et les soldats espagnols et les querelles dégénérèrent en massacres mutuels : les premières victimes furent, bien entendu, les missionnaires, dont une dizaine furent mis à mort. Lapôtre de ces îles, le P. de San Vitores ne fut pas épargné ; on retrouva un jour sa tête bien loin de son corps nous conte naïvement un auteur japonais. La paix ne revint que vers 1680, lorsque les Espagnols purent se rendre maîtres de la sédition, châtier les assassins et relever les églises en ruines. Dans la suite les Chamorro finirent par se laisser apprivoiser, se vêtirent et prirent du goût à la culture de la terre. De nombreux mariages vinrent cimenter la fusion des deux races.

    Ce que les premiers missionnaires dûrent avoir de peine pour civiliser ces populations, on se limaginera sans peine en comparant létat actuel des indigènes convertis avec celui de leurs congénères restés païens. Ces derniers nous sont représentés, par les voyageurs japonais, comme des brutes à face humaine.

    Les premiers prédicants protestants arrivèrent vers 1852, envoyés par une société américaine de Boston. Des allemands suivirent. Ils sont actuellement installés à Truck, Panape, Kusaie et Yaluit. Sur leurs travaux et leurs résultats nous navons aucune donnée.

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    Survint la guerre mondiale. Les missionnaires allemands qui avaient pris la succession des jésuites espagnols lors de la cession des îles, dûrent se retirer à larrivée des japonais, en 1914. Cétait, nous dit M. Hirose, loccasion unique de prendre la place des catholiques en lançant dans ces îles nos religieux bouddhistes. Cette occasion, on la laissa passer et dans la suite, les jésuites espagnols vinrent remplacer les missionnaires allemands. Ils ont repris là-bas leur ancienne influence et maintenant que le mal est enraciné, impossible de lextirper. Quatre prédicants protestants Japonais essayèrent vaguement quelque propagande, mais ce fut pour sauver les apparences.

    En réalité loccasion en question ne fut pas négligée et les bonzes suivirent les troupes doccupation et les colons japonais, mais cela se fit plutôt par des initiatives individuelles que par suite dun plan organisé par les sectes. Ils sétablirent çà et là, comme ils font actuellement en Mandchourie, non pour prêcher le bouddhisme aux indigènes, mais comme chapelains des résidents japonais, en majorité bouddhistes. Le gouvernement voit dun bon il cette émigration des bonzes, mais pour prévenir toute querelle, non pas de clocher, mais de pagode, il est entendu quune île ne peut être administrée religieusement que par les bonzes dune seule secte. Il en résulte que les résidents, à quelque secte quils appartiennent, doivent sadresser, pour le service religieux, au bonze de lunique secte autorisée dans lîle. On nous dit même que les résidents japonais chrétiens doivent en passer par là ! ce qui nous laisse parfaitement sceptique si, sous ce terme de chrétiens on comprend les catholiques. Nos catholiques japonais, en effet, ne sont pas hommes à renier ainsi leurs principes religieux.

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    Passons donc en revue les principales fondations bouddhistes du pays. Dans lîle de Tinian (Mariannes), un bonze de la secte Sõdõ (1) sest établi motu proprio et y a ouvert un local pour la propagande. En 1932, on y a commencé les offices, fait la fête des fleurs et célébré un service pour les preta affamés. Les résidents japonais affiliés à dautres sectes désireraient un bonze dune autre nuance, mais leur demande na pas été agréée en haut lieu : une seule secte dans chaque île, voilà la règle.

    A Saipan, toujours dans les Mariannes, les bonzes du Higashi Hongwanji (2) arrivèrent en éclaireurs en 1919. La secte possède actuellement dans lîle un lieu de prédication et un cimetière. A part les services religieux demandés par leurs compatriotes, les bonzes de lîle ne mont paru faire aucune propagande. Le monastère est voisin de la prison ; le supérieur fait fonction de chapelain, et va y faire, une fois par mois, une exhortation aux détenus. Ces derniers font, comme compensation, le nettoyage de la pagode.

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    (1) (caractères chinois) branche de la secte Zen (caractères chinois), Védantistes.
    (2) (caractères chinois) branche de la secte Jod shinshû (caractères chinois).


    Dans lîle de Palau (Carolines) un bonze de la même secte a établi un lieu de prêche et y a joint une école maternelle où sont instruits une trentaine denfants (japonais).

    Lîlot de Kororu (Kolonia ?) (1) dans la même région a ceci de particulier que les bonzes y ont commencé une propagande parmi les naturels du pays. Nous trouvons là le Rév. Takemura, du Higashi Hongwanji, dont les succès, nous dit-on, sont appréciables. Laissons-le nous conter lui-même ses méthodes et leurs résultats, tels quil les confie aux journaux (2) .

    Jai réussi, nous dit-il, à grouper parmi les indigènes, un millier de fidèles. Par fidèles, il faut sentendre. Il est bien évident quil est parfaitement inutile dorienter ces gens-là vers les hautes spéculations du Shinshù (caractères chinois) ; ce serait perdre sa peine que dessayer. Il faut se contenter de leur raconter des histoires concernant le Bouddha : sefforcer de leur inculquer quelques vérités religieuses et morales simples, centrées sur la personne du Bouddha.

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    (1) Ici le texte japonais écrit Korôru. Je suppose quil sagit de lIle de Kolonia, sans toutefois en être certain.
    (2) (caractères chinois) Nos des 19 novembre et 4 décembre 1932.


    Il faut accommoder la religion à leurs goûts et la mettre à leur portée. Dans ce but, je suis allé à leur maison commune écouter le genre de musique dont ils accompagnent leurs danses, choses dont ils sont extrêmement friands. A titre dexpérience, je leur ai fait entendre des cantiques de facture japonaise en lhonneur du Bouddha, mais cela a été parfaitement inutile. La raison en est, remarque le Révérend lui-même , que ces chants monotones ne plaisent quà demi aux japonais eux-mêmes, a fortiori les indigènes doivent-ils les trouver insupportables. Ce quil nous faudrait, ce sont des chants en plusieurs parties, etc....

    Dans un pays où il fait si chaud, où les gens ignorent la valeur du temps, les méthodes en usage pour la propagande du bouddhisme dans la métropole sont parfaitement inutiles. Les indigènes aiment les prières courtes, et comme ils ne peuvent saccoutumer à la manière japonaise de saccroupir (suwari), impossible de leur faire une lecture sérieuse des sutra.

    Ils ne sont pas les seuls, dailleurs, à trouver fastidieuse la lecture des sutra bouddhiques. Un jour quen qualité de chapelain de service, je présidais les obsèques du gouverneur japonais de lîle, je crus que, pour un aussi haut personnage, il fallait faire les choses en grand et commençai, en présence de tous les fonctionnaires, la récitation de trois séries de sutra. La première série était à peine finie que ces MM. me firent comprendre quils avaient des crampes aux jambes et me demandèrent de lever la séance.

    Ici, les catholiques sont installés partout et leur influence est pernicieuse au possible. En plus de dogmes abstrus, ils prêchent une morale impossible à pratiquer dans un pays pareil...

    Il est dor, notre Révérend : il oublie quil vient de nous dire que les indigènes sont inaccessibles à la prédication du dogme et de la morale, et voici quil nous raconte que les missionnaires catholiques réussissent à leur faire croire lun et observer et pratiquer lautre !

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    Une des raisons, et non des moindres, du peu de succès de la propagande bouddhiste, Mr le professeur Hirose lui-même va nous la fournir. En face, dit-il, des Jésuites qui ont pénétré partout parmi les indigènes Chamorro nous navons, nous autres bouddhistes, comme clients, que nos seuls compatriotes. Et cette situation nous fait mal au cur. Les Jésuites entourent les indigènes de tant de soins, depuis leur baptême quils reçoivent à la naissance jusquà leur mort, que leur influence est incontestée.

    Ainsi donc cest par leur charité inépuisable, leur dévouement de tous les instants que les missionnaires catholiques ont réussi à acquérir sur les indigènes cette influence si enviée. On peut affirmer, sans insinuer même lombre dune réflexion désobligeante, que leur mot dordre : omnibus omnia factus sum ut omnes facerem salvos est la clef qui leur ouvre des curs restés fermés à tant dautres. Nous trouvons par ailleurs, dans une récente publication (1), et cela à propos des indigènes de Saipan, ce témoignage non suspect dun auteur païen en faveur de luvre de lEglise catholique aux Mariannes-Carolines: Tous les Chamorro catholiques sont convenablement vêtus : tous, hommes et femmes, ont des murs irréprochables, ce en quoi ils diffèrent totalement des Canaques fétichistes.

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    (1) (caractères chinois) volume I, p. 390


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    Comme fiche de consolation, les bonzes bouddhistes font remarquer quils ne sont pas les seuls dont la propagande ait fait faillite là-bas. On a construit des jinja en plusieurs endroits ainsi quun temple dIse et de lempereur Meiji : le Tenrikyô (1) a ouvert, en 1929, un lieu de prêche à Palau et adressé ses appels aux indigènes : jusquici il en a été pour ses frais. Le contraire nous eût étonné....

    Les dirigeants de la secte Hongwanji discutent actuellement (fin novembre) un plan à grande envergure dévangélisation, sit venia verbo , des trois archipels en question, plan en faveur auprès des autorités civiles. Trois centres de propagande seraient sous peu créés, doù les religieux rayonneraient partout et pousseraient même au sud de lEquateur, jusquen Nouvelle Guinée. Attendons, sans trop y croire, les résultats de cette nouvelle campagne. Constatons seulement que, jusquici, les missionnaires bouddhistes nont fait que sinstaller dans des pays déjà occupés par leurs compatriotes et avec laide des autorités locales. Constatons encore que leurs adeptes, sils en ont quelques-uns, ils les gagnent et les conservent en nexigeant deux quun minimum defforts, se contentant de leur raconter, comme ils disent, des histoires concernant le Bouddha.

    XXX.

    1933/168-173
    168-173
    Anonyme
    Japon
    1933
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