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La politique missionnaire de sa Sainteté le pape Pie XI 1

La politique missionnaire de sa Sainteté le pape Pie XI le Pape des Missions Le \ Pensiero Missionario ", organe missionnaire italien, résumait en six principales directives toute la politique missionnaire de Sa Sainteté Pie XI, le Pape des Missions. Comme ces directives sont extrêmement importantes pour nous, missionnaires, nous allons ici les lire et les méditer ensemble. Les voici telles qu'elles sont écrites dans le Pensiero Missionario. 1. L'occupation effective et complète du territoire à évangéliser."
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    La politique missionnaire de sa Sainteté le pape Pie XI

    le Pape des Missions

    Le \ Pensiero Missionario ", organe missionnaire italien, résumait en six principales directives toute la politique missionnaire de Sa Sainteté Pie XI, le Pape des Missions.
    Comme ces directives sont extrêmement importantes pour nous, missionnaires, nous allons ici les lire et les méditer ensemble.
    Les voici telles qu'elles sont écrites dans le Pensiero Missionario.
    1. L'occupation effective et complète du territoire à évangéliser.
    2. L'effort pour arriver à une plus grande collaboration dans l'Eglise elle-même, et l'utilisation de toute coopération extérieure possible, pourvu que ni l'intégrité de la doctrine, ni la hiérarchie n'en soient compromises.
    3. Une confiance des plus optimistes qui tienne entièrement compte des bonnes dispositions et des qualités des races, même les plus méprisées.
    4. Un esprit scientifique d'organisation et de méthode, non seulement dans l'apostolat lui-même, mais aussi dans sa préparation.
    5. La recherche d'une apologétique plus élevée pour le bien de l'Eglise et la défense générale de la foi.
    6. Une merveilleuse stratégie de lumière et d'amour envers les centaines de millions d'âmes égarées par les fausses religions, les schismes, l'Islamisme, le Bouddhisme, etc. ..., basée sur un triple élément : a) une étude approfondie de leur histoire passée, b) une compréhension complète de leur condition présente et c) une préparation étendue et précise (pratique, positive) pour l'avenir.

    I

    " L'occupation effective et complète du territoire à évangéliser ". Connaître parfaitement le territoire de sa mission est le devoir de l'évêque, connaître complètement le territoire de son district est celui du simple missionnaire.
    Pendant la Grande Guerre, l'officier chargé d'un secteur devait le connaître à fond. Pour cela il avait des cartes et les étudiait ; puis, parcourant son secteur en entier, il en fixait l'image dans sa mémoire afin d'être en mesure de l'organiser complètement.
    L'évêque et le missionnaire doivent avoir des cartes l'un la carte de sa mission l'autre la carte de son district.
    S'il n'y a pas de carte dans le commerce, on en fait une, et on la travaille, et on la conserve, car cette carte ne sera pas la carte de tel ou tel missionnaire, mais la carte du poste, et, dès lors, de tous les missionnaires qui seront en charge du district.
    Cette carte, on l'étudiera en parcourant le territoire, on l'annotera, on en complétera les renseignements ecclésiastiques.
    C'est alors qu'un tel s'apercevra combien peu ou pas la lumière de l'Evangile a été répandue sur plusieurs points éloignés de son district. L'occupation n'était donc jusqu'alors " ni effective ni complète ".
    " Occupation effective et complète " veut dire que le missionnaire passe partout dans son district, répandant partout la lumière de l'Evangile. (Occupation toute spirituelle.)
    " Ayez à coeur, dit Pie XI, de répartir les missionnaires de telle sorte que nulle portion de terrain ne soit privée de la prédication évangélique et que son défrichement ne soit pas réservé à un autre temps... " Telle est l'occupation à laquelle l'évêque doit tendre dans sa mission.

    II

    " L'effort pour arriver à une plus grande collaboration dans l'Eglise elle-même, et l'utilisation de toute coopération extérieure possible, pourvu que ni l'intégrité de la doctrine, ni la hiérarchie n'en soient compromises ".
    D'abord, une plus grande collaboration dans l'intérêt de l'Eglise. Notre Saint Père le Pape demande un travail d'ensemble un mouvement d'ensemble en un mot le travail fait " en liaison " (expression militaire comprise des lecteurs).
    C'est la liaison entre les divisions de l'armée française, c'est la liaison entre l'armée française et l'armée anglaise, qui fut un des facteurs de la victoire pendant la Grande Guerre.
    Travaillons en liaison : le missionnaire de district avec ses voisins la Mission avec les Missions voisines l'Eglise entière avec le Pape. Monseigneur Retord n'a-t-il pas écrit : " Il faut adopter un système de mission parfaitement en harmonie avec les méthodes des confrères, afin qu'entre tous les ouvriers il y ait union d'efforts, identité de vues et uniformité d'action. Alors on agit comme une armée rangée en bataille, avec un ordre imperturbable et un courage invincible " (1). Et l'on sait les résultats obtenus par Mgr Retord.
    Le travail en liaison, loin de supprimer l'initiative, la suppose. Un missionnaire découvre-t-il une " voie nouvelle d'évangélisation ", il l'étudie et l'expérimente, puis en fait part à son chef de Mission qui donnera les ordres nécessaires, s'il le juge opportun, pour étendre le même mouvement de district en district.
    L'Evêque, de son côté, ayant informé les chefs des missions voisines, ceux-là, s'ils le jugent utile, uniront leur action à celle de la mission voisine. Et ce mouvement d'ensemble de plusieurs missions, force réelle, sera très favorable à l'action de la grâce.
    Ne pas isoler l'effort, c'est le décupler.
    Notre St Père demande un effort.
    L'effort pour unir vers un but bien défini tous les éléments des Missions (missionnaires, religieux et religieuses paroisses et écoles, dispensaires et orphelinats).
    L'effort pour unir, dans le même travail d'évangélisation, les missionnaires et les chrétiens (c'est l'Action Catholique en Mission). On arrive ainsi à avoir des chrétiens convertisseurs et baptiseurs, apportant chaque année aux missionnaires leur gerbe de païens instruits pour le baptême, et une gerbe, non moins intéressante, de baptêmes d'adultes et d'enfants donnés à l'heure de la mort.
    L'effort pour arriver à " l'utilisation de toute coopération extérieure possible, pourvu que ni l'intégrité de la doctrine, ni la hiérarchie n'en soient compromises".
    Pour cela il faut que le missionnaire soit sociable et ne s'isole pas, comme dans une tour d'ivoire, accessible à ses seuls chrétiens.
    Que de païens cultivés, quoique élevés dans la religion de leurs ancêtres, admirent l'Eglise catholique et, s'ils en ont l'occasion, sont heureux de l'aider (2).
    Il n'est pas jusqu'aux Musulmans éduqués et haut placés dans l'Etat, qui ne prennent plaisir à aider l'Eglise catholique. (Faveurs, dons de terrains, permission d'ouvrir des écoles, exemptions d'impôts, reconnaissance légale des mariages catholiques, délivrance de prisonniers sur demande du missionnaire, le prêtre reçu officiellement comme représentant de l'Eglise catholique, et intimement à titre d'amitié, etc....)

    (1) Vie de Monseigneur Retord, par Adrien Launay, p. 197.
    (2) En Malaisie, un païen de ce genre a donné un terrain et bâti une chapelle pour l'Eglise catholique.

    Toute coopération extérieure qui nous est offerte, rappelons-le nous, est une grâce grâce venant par une voie choisie par Dieu. Ne repoussons pas cette grâce et utilisons toute coopération extérieure possible, pourvu que ni l'intégrité de la doctrine, (prudence avant d'accepter la coopération extérieure rejeter les éléments dangereux, surtout les éléments modernistes et protestants), ni la hiérarchie n'en soient compromises (faire attention de manoeuvrer les coopérateurs pour ne pas être manoeuvré par eux).

    III

    " Une confiance des plus optimistes qui tienne entièrement compte des bonnes dispositions et des qualités des races, même les plus méprisées ".
    Notre St Père le Pape demande une confiance optimiste, absolue, mais ayant une base.
    Cette base est à étudier, surtout par l'observation. Cette base est formée des bonnes dispositions et qualités des races et non des individus. C'est donc une étude générale de la Mission plutôt qu'une étude particulière de tel ou tel point de la Mission qu'il faudra faire. (Exception faite s'il y a plusieurs races dans la Mission).
    Quelle est la race qui n'a pas de qualités ? Quelle est la race qui n'ait aucune disposition à entendre la parole de Dieu ? On ne trouvera peut-être qu'une seule qualité dans un peuple, mais ce sera justement de cette qualité base qu'il faudra partir, c'est sur cette qualité base qu'il faudra bâtir.
    Prenons un exemple : la qualité base étant un amour peu commun des parents pour leurs enfants (qualité que l'on rencontre très développée chez certaines races indiennes), on partira de cette qualité base en s'occupant tout d'abord des oeuvres pour enfants (dispensaires, écoles...) avant d'entreprendre les oeuvres pour adultes.
    Notre Saint Père le Pape Pie XI écrivait : " Certaines contrées.... tiennent de leur naturel une disposition à l'amour de la solitude, à la prière et à la contemplation "... Cette disposition est une qualité base à utiliser (appuyer toutes les oeuvres de la Mission sur les monastères).
    Nous avons souvent le bonheur de trouver, dans notre cher Bulletin de la Société des Missions Etrangères, d'excellentes études sur les races évangélisées par nos confrères. Ces études doivent être une source de documentation pour les futurs missionnaires qui viendront relever leurs anciens décimés par la maladie ou par la mort.
    Terminons par cette parole de Mgr de Guébriant dans la lettre circulaire N° 59 que Son Excellence nous adressait : " ... Confiance optimiste en l'avenir de nos Missions, autrement dit de l'Eglise elle-même, de cette Eglise d'Extrême-Orient dont elles sont l'ébauche, et qui, j'en ai la sensation très nette, a pris décidément racine dans ce sol riche, même là où il s'est montré jusqu'ici le plus ingrat ". (6-1-33).

    IV

    " Un esprit scientifique d'organisation et de méthode, non seulement dans l'apostolat lui-même, mais aussi dans sa préparation ".
    Il ne s'agit donc pas d'aller au petit bonheur, entreprenant un mouvement d'apostolat sans préparation, en attendant au jour le jour que les événements " tassent " le tout.
    Tout d'abord, il faut travailler avec " un esprit scientifique " basé sur l'étude et le savoir. On n'improvise pas. Les " méthodes ", on les étudie dans l'histoire. On apprend des grands convertisseurs, des grands missionnaires ce qu'ils ont fait dans telle ou telle circonstance. Les " méthodes ", on les étudie dans les " Monita ad Missionarios ", dans les Guides pastoraux de Mission, dans le Directoire de la Mission, etc.....
    Cela ne veut pas dire : cherchez un modèle, copiez-le exactement ; mais, dégagez de ce modèle des enseignements en rapport avec le temps présent et servez-vous en pour préparer telle ou telle forme d'apostolat.
    " Une armée, disait Napoléon, doit changer de tactique tous les dix ans ". Les méthodes d'évangélisation se renouvellent.
    Nous connaissons le thème général d'apostolat moderne :
    1. Concentration et unification des forces ;
    2. Mouvements d'ensemble ;
    3. Déboucher dans la masse.
    Connaissant cela, nous étudierons l'histoire pour voir comment ce thème d'apostolat a été pratiqué par les Maîtres Missionnaires, puis nous en dégagerons des enseignements pour notre gouverne.
    Nous voyons, par exemple, Monseigneur Puginier (1) parcourant sa Mission avec "plusieurs missionnaires et beaucoup de catéchistes ". Donc concentration de forces : missionnaires et catéchistes. Puis Mgr Puginier donne à tous des ordres identiques à exécuter en même temps (catéchismes aux païens, visite des chrétiens), donc mouvements d'ensemble. Dernier ordre : avec tout cet appareil de missionnaires et de catéchistes, se présenter en même temps devant les païens assemblés et les évangéliser : déboucher dans la masse. Les résultats de cette manoeuvre furent excellents.
    De même Mgr Retord et encore le grand Saint François-Xavier sur la côte Malabar.
    S. Exc. le Cardinal Verdier, dans sa préface à " L'Action missionnaire ", recueil de conférences données en 1930 par Mgr A. Boucher à l'Institut Pie XI (2), a résumé vigoureusement les caractéristiques de cette action pontificale : " ... Mettre la science au service de la Foi dans les Missions comme ailleurs, organiser méthodiquement l'Apostolat pour assurer le maximum de rendement avec le minimum de déperdition de forces.... "
    Nous avons l'exemple de Notre Seigneur lui-même, qui avait organisé sa " Mission " avec méthode, " nous laissant l'exemple ".
    Il n'y a pas lieu ici de discuter si, d'après les Synoptiques, la vie publique de Notre Seigneur a été de deux, trois ou quatre ans. Que voyons-nous en lisant les Synoptiques, carte en main ?
    Pendant la première période, Notre Seigneur chercha à relier deux centres principaux : Capharnaüm et Jérusalem. Pendant la deuxième période, travail principal dans la Galilée, avec Capharnaüm pour centre, et pendant la troisième période, travail principal dans la Judée, avec Jérusalem pour centre.
    Notre Saint Père le Pape Pie XI adapte cet enseignement à notre temps en disant : "C'est pourquoi, par étapes, avancez toujours plus loin : établissez des missionnaires en un endroit comme en un centre qui, de tous côtés, sera entouré de stations " (1929).
    D'autre part, le Grand Saint Paul écrivait à Tite : " Je t'ai laissé en Crète afin que tu achèves de tout organiser et que, selon les instructions que je t'ai données.... " (3) Saint Paul veut une organisation basée sur sa méthode, ses instructions.

    (1) Vie du Père Nempon, p. 373.
    (2) Un vol. Bloud et Gay. Paris.
    (3) Tite, L 5.

    Il ne suffit donc pas de prêcher et de baptiser, mais aussi d'organiser. En un mot, rien ne doit être laissé au hasard.
    De plus, il faut une préparation à l'apostolat. On n'improvise pas, si l'on veut faire du solide qui dure.
    Evidemment, l'esprit scientifique au service des Missions englobe l'emploi des moyens surnaturels (prière, pénitence, etc....). Remarquons seulement que la préparation demande quelquefois plus de soins que l'organisation elle-même. Qui ne se rappelle que, pendant la Grande Guerre, la réussite d'une opération dépendait en grande partie de la préparation d'artillerie ?
    La préparation demande parfois beaucoup de temps. Elle doit être suivie sans arrêt et basée sur une méthode.
    Qui n'a vu l'effet désastreux d'une préparation sérieuse, basée sur une étude profonde, menée par un bon missionnaire, puis abandonnée sans examen par son successeur qui ne la comprenait pas, faute de ne l'avoir pas étudiée.
    C'est pourquoi la préparation devra suivre une méthode sanctionnée par une autorité compétente, préparation qui ne devra être abandonnée que sur l'ordre de cette autorité.
    Un exemple éclairera la théorie: Notre Seigneur nous a donné la grande règle d'apostolat à nous missionnaires : " Enseignez toutes les nations ".
    Dans ce mot : " enseignez ", il faut distinguer deux " mouvements spécialisés ", ou bien passez-moi l'expression un mouvement stratégique et un mouvement tactique.
    En quelques mots, rappelons le sens de ces deux expressions militaires.
    La stratégie est l'art d'amener les troupes sur le champ de bataille (mouvements divers d'infanterie, d'artillerie, etc..... ravitaillements en vivres et en munitions, etc....), c'est la préparation à la bataille.
    La tactique, c'est l'art de disposer les troupes sur le champ de bataille, pendant le combat comme avant. (C'est l'ensemble des règles de combat qui se divisent selon les armes : infanterie, artillerie, etc)
    Ces notions étant rappelées, développons, dans un exemple, les deux mouvements compris dans le mot d'ordre donné par Notre Seigneur : " Enseignez ".
    Nous sommes envoyés dans un pays musulman. L'heure de la grande bataille ne semble pas devoir bientôt sonner : pas de mouvement tactique à exécuter. Mais nous sommes dans la période de préparation au combat période stratégique qui demandera vraisemblablement plusieurs vies de missionnaires (1).
    Or le mouvement stratégique à exécuter consistera à amener devant " l'ennemi spirituel " toutes les forces nécessaires pour le corn battre quand l'heure de la grâce sonnera.
    Quelles sont les principales forces de préparation contre les Musulmans ? C'est, pour les enfants, l'instruction par l'école (écoles diverses, primaires, supérieures, industrielles...), c'est l'instruction par les journaux, livres, cinéma pour les adultes.
    Les Musulmans comprennent bien que ce mouvement stratégique est dirigé contre eux : la preuve en est que les gouvernements musulmans ne voient pas avec plaisir les écoles catholiques s'ouvrir et fonctionner dans leur pays (y. g. la Turquie, surtout en 1926-1927, l'Egypte, etc....).
    De l'école, l'esprit chrétien rayonne et pénètre les masses par l'enfant et le jeune homme.
    En 1928, Monseigneur d'Herbigny, dans une conférence sur le problème musulman, disait : " Problème ardu assurément que celui de l'acheminement des âmes musulmanes vers le Christianisme ". Ce mot : " acheminement" précise que la période de préparation, qui se continue, sera longue, très longue encore.
    Enfin, disons que les moyens spirituels " stratégiques " sont si divers qu'il faut, avant de les employer, étudier avec méthode les plus appropriés au but.
    La prière et la pénitence dirigées sont deux moyens très efficaces de préparation. Que d'exemples d'efficacité de la prière et de la pénitence dirigées sur un seul point et sur le même pendant des mois et des années ! " Demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira " : Ordres de Notre Seigneur au sujet de la prière dirigée.
    Ne croyons-nous pas fermement à la victoire des Petits Frères du Sacré Cour du Père de Foucauld, qui dirigent leurs prières et leurs pénitences sur un seul point : la conversion des Musulmans en Afrique ?
    Ayons donc à notre disposition des centres de prière et de pénitence : monastères de trappistes, de clarisses, de carmélites, etc....) et dirigeons leurs prières et leurs sacrifices sur un point déterminé de notre apostolat.

    (à suivre).

    (1) Inutile ici de réfuter l'axiome défaitiste : " Il n'y a rien à faire avec des Musulmans ".


    "
    1935/5-13
    5-13
    Louis Riboud
    France
    1935
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