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La mission du Sikkim

La mission du Sikkim Un décret de la S. C. de la Propagande vient de confier à la Société des Missions-Étrangères une nouvelle Mission comprenant le royaume ou principauté du Sikkim dont elle prendra le nom, et la Partie du Vicariat actuel du Thibet connue sous le nom de “Thibet Sud” ou “Thibet Indien”. Quelques détails sur ces régions trop ignorées intéresseront, sans doute, les lecteurs du Bulletin (N. D. L. R.). I. — Le Thibet Indien.
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    La mission du Sikkim
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    Un décret de la S. C. de la Propagande vient de confier à la Société des Missions-Étrangères une nouvelle Mission comprenant le royaume ou principauté du Sikkim dont elle prendra le nom, et la Partie du Vicariat actuel du Thibet connue sous le nom de “Thibet Sud” ou “Thibet Indien”.

    Quelques détails sur ces régions trop ignorées intéresseront, sans doute, les lecteurs du Bulletin (N. D. L. R.).

    I. — Le Thibet Indien.

    En 1846 le Pape Grégoire XVI érigeait le Thibet en Mission autonome sous le nom de “Vicariat Apostolique de Lhassa” et donnait à Mgr Pérocheau, Vicaire Apostolique du Setchoan, le pouvoir d’élire le Supérieur de la nouvelle Mission. Cette nomination fut ajournée, mais une tentative fut faite aussitôt pour pénétrer dans le pays si obstinément fermé.

    C’est le P. Renou qui fut chargé de cette aventureuse entreprise et c’est par l’est qu’il résolut de la tenter. Parti de Chengtou en août 1847, il put, déguisé en marchand chinois, gagner Tatsienlou, Bathang, Kiangka, mais il fut arrêté à Tchamouto et ramené à Chengtou, puis de là à Canton.

    L’échec de cette tentative, en montrant les difficultés de la pénétration par le Setchoan, suggéra l’idée d’une autre voie, celle du sud, par l’Inde, celle qu’avaient suivie au XVIIIe siècle les religieux, Capucins et Jésuites, pour se rendre à Lhassa. Les directeurs du Séminaire des M.-E demandèrent au Vicaire Apostolique du Bengale d’autoriser nos missionnaires à se pourvoir d’un pied-à-terre dans la province d’Assam, qu’ils supposaient en relations faciles avec le Thibet. Non content d’accorder l’autorisation demandée, l’Evêque obtint de Rome que l’Assam fut adjoint au Vicariat du Thibet, 1850.

    Le Séminaire envoya alors dans l’Inde trois missionnaires : les PP. Rabin, Krick et Bernard, le premier avec le titre de Préfet Apostolique intérimaire. Après un court séjour à Calcutta, ils s’installèrent à Gowahatty d’où ils rayonnèrent dans les environs, essayant, mais en vain, d’attirer à la religion les indigènes de l’Assam. Le P. Krick se lança alors résolument vers le Thibet en traversant les tribus Michemis. Au mois de janvier 1852 il arrivait à Oualong, le premier village thibétain, puis, à deux journées de là, à Sommeu, où il fut arrêté et reconduit à la frontière de l’Assam. Son excursion n’avait duré que deux mois.

    Pendant que le P. Krick accomplissait cette difficile expédition, les PP. Rabin et Bernard projetaient d’explorer le Boutan, dans l’espoir d’y trouver une voie vers le Thibet. Ils se mirent en route en longeant le Brahmapoutre, mais la maladie les empêcha de mener leur entreprise à bonne fin : ils durent revenir à Gowahatty et le P. Rabin, terrassé par les fièvres, ne tarda pas à s’embarquer pour la France, d’où il ne devait pas revenir.

    Le P. Krick fut alors nommé Supérieur de la Mission et le P. Bourry lui fut envoyé de Paris comme renfort. En attendant l’arrivée de ce jeune confrère, le P. Bernard fit une nouvelle excursion en Assam, tandis que le P. Krick pénétrait chez les sauvages Abors, qui, après quelques semaines, le chassèrent de leur territoire. Sans se décourager, l’intrépide missionnaire voulut tenter le passage par une autre voie. Au commencement de 1854 il s’aventura de nouveau — cette fois avec le P. Bourry, récemment arrivé, — à travers les tribus Michemis. Les deux explorateurs pénétrèrent jusqu’à Sommeu, dans la province de Dzayul, — là-même d’où le P. Krick avait été expulsé deux ans auparavant ; — ils y demeurèrent 4 ou 5 semaines, y rencontrèrent la même hostilité et, en septembre 1854, furent massacrés par les sauvages auxquels ils apportaient la civilisation et le salut.

    L’année suivante, le P. Bernard, seul survivant du petit groupe apostolique, tenta une expédition chez les Abors, qui refusèrent de le recevoir ; il dut retourner en Assam et s’installa temporairement à Darjeeling. Le 26 mai 1856 venait le rejoindre un nouveau confrère, le P. Desgodins. Toujours dans le but de passer au Thibet, les deux missionnaires demandèrent au Rajah du Sikkim l’autorisation de traverser ses Etats : après plusieurs mois d’attente, la réponse fut une défense formelle de pénétrer dans le pays. Ils s’adressèrent alors au Népal et essuyèrent un nouveau refus. Résolus à essayer un autre passage, ils décident de traverser l’Inde en se dirigeant vers l’ouest ; en janvier 1857 ils partent de Darjeeling et, passant successivement par Patna, Bénarès, Agra, arrivent le 10 novembre à Simla. Ils en repartent après un mois et, s’enfonçant dans les montagnes, parviennent le 6 janvier 1858 jusqu’à Tchini. Là ils apprennent que la Mission du Thibet a un Vicaire Apostolique en la personne de Mgr Thomine-Desmazures et que celui-ci leur demande de quitter l’Inde et de venir le trouver en Chine.

    Le P. Desgodins partit le premier. Le 10 février 1859 il était à Hongkong ; de là il se rendit à Canton et, en traversant le Kouangtong, le Hounan, le Houpé, pénétra au Setchoan par le sud-est ; mais, à peine entré dans cette province, il fut arrêté et emmené à la préfecture de Yeouyang. Le vice-roi ordonna de le reconduire à Canton et, le 30 septembre, il se retrouvait à Hongkong. Deux mois après, muni d’un passeport, il reprenait la route du Setchoan et, suivant le même itinéraire, mais se cachant avec plus de précaution, il arrivait enfin, le 5 juin 1860, à Talinpin, alors résidence de Mgr Thomine-Desmazures.

    Après le départ du P. Desgodins, le P. Bernard continua encore pendant quelque temps sa marche vers les frontières thibétaines. A Chango il reçut une lettre du Séminaire de Paris lui enjoignant de partir pour la Chine aussitôt que possible. Il obéit et le 23 août il était de retour à Simla, mais sa santé ne lui permit pas d’entreprendre le grand voyage à travers la Chine : il demanda alors à être agrégé à la Mission de Birmanie, où il fut accepté et rendit de grands services pendant 25 ans encore.

    Avec l’éloignement de ces deux intrépides missionnaires cessait toute tentative d’évangélisation du Thibet par l’Inde. Neuf années de travaux, de fatigues et de périls courageusement affrontés aboutissaient à cette douloureuse constatation que le Thibet était rigoureusement fermé, que les régions frontières, Boutan, Sikkim, Népal, étaient impénétrables et que l’Angleterre ne ferait rien pour aider les ouvriers apostoliques à pénétrer dans le pays interdit.

    Vingt années devaient s’écouler avant que l’on tentât de nouveau, sinon de s’introduire dans le royaume de Lhassa, du moins d’établir des postes sur les frontières du côté de l’Inde.

    En 1880, le P. Desgodins recevait de Mgr Biet le titre de provicaire et la mission d’explorer la frontière sud du Thibet ; il devait s assurer s’il serait possible de fonder des établissements ou des stations chrétiennes, soit dans le Thibet proprement dit, soit sur les territoires voisins. Parti de Tatsienlou le 31 mai, le missionnaire arrivait le 5 septembre à Calcutta, où, 5 mois plus tard, le rejoignait un jeune confrère arrivant de France, M. Mussot.

    D’après les renseignements qu’il recueillit, le P. Desgodins jugea que la région la plus propre à l’accomplissement de ses projets était la partie du district de Darjeeling située à l’est de la rivière Tista. Sur ses instances, Mgr Biet demanda à Rome que ce territoire fût adjoint à la Mission du Thibet. La S. C. de la Propagande con sentit et annexa au Vicariat non seulement le district proposé, mais aussi la vallée de Chumbi ou Pharizong, entre le Sikkim et le Boutan, et celle de Towang, à l’est du Boutan, toutes deux routes commerciales entre le Thibet et les Indes.

    Le P. Desgodins et son compagnon s’installèrent dans le village de Padong. Le P. Mussot, appelé en Chine par son évêque, fut remplacé par le P. Hervagault, qui arriva de France à Calcutta le 3 août 1883. Un an après, le presbytère de Padong était achevé. Le 25 décembre 1885, les deux premiers néophytes recevaient le baptême. Tels furent les commencements de cette partie de la Mission du Thibet que l’on désignait sous les noms de Thibet indien, Thibet sud ou Himalayas.

    A la fin de 1890 Padong comptait une vingtaine de chrétiens.
    L’année suivante, le P. Hervagault entreprenait le défrichement d’une forêt, à quelque distance de Padong, et y créait un village qu’il appela Maria-basti (le village de Marie).

    Les missionnaires eurent aussi la joie de convertir quelques payens à Kalimpong.

    Ainsi furent fondées les trois stations qui, progressant peu à peu, sont devenues les postes principaux de la nouvelle Mission.

    Kalimpong, résidence du P. Douénel, Supérieur, compte 75 chrétiens. Les Sœurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne de Nevers y dirigent une école secondaire, (Senior Cambridge), dont les débuts sont des plus encourageants. Le P. Monnier, ancien Supérieur de la Maison de Nazareth à Hongkong, s’est attaché à cette intéressante Mission et y exerce les fonctions d’aumônier de la Communauté des Sœurs de Nevers.

    A Maria-basti, le P. Hervagault administre 321 chrétiens ; sa santé, à 70 ans d’âge et après 45 années de laborieux ministère, ne répondant plus à l’ardeur de son zèle, un prêtre indigène, Benjamin Stolke, népalais d’origine, récemment ordonné, lui prête son concours.

    Padong, poste du P. Durel, compte 202 néophytes.

    Enfin 225 chrétiens sont dispersés autour de ces trois centres, ce qui porte à 823 le nombre actuel des fidèles de la nouvelle Mission.

    Ce sont les Népalais qui donnent le plus de consolation aux missionnaires ; les Lepchas et les Thibétains se convertissent plus difficilement.

    La Mission a deux orphelinats de garçons, l’un à Padong, l’autre Maria-basti, et onze écoles pour les garçons, dont une école thibétaine et deux écoles du soir.

    Les langues parlées dans la région sont le népalais, le thibétain, le lepcha et le hindi.

    Nous avons dit que le décret de la Propagande du 3 juillet 1883 adjoint à la Mission du Thibet les vallées de Chumbi et de Towang. Cette dernière, tout à l’est du Boutan, appartient maintenant à la Préfecture Apostolique d’Assam, confiée aux PP. Salésiens de Dom Bosco.

    La vallée de Chumbi, qui, dépendant du Thibet, appartient à la Mission de Tatsienlou, forme le gouvernement ou préfecture de Pharizong. Chumbi est le nom d’un village où jadis, moyennant la permission des autorités anglaises et thibétaines, le roi du Sikkim venait passer les trois mois d’été de la saison des pluies. Cette vallée, entièrement sur le versant sud des monts Himalaya, est enfoncée entre le Sikkim et le Boutan comme un coin dont la tête regardait le Thibet. Mesurant environ 60 km. du sud au nord et Km. de l’est à l’ouest, elle est arrosée par la rivière Amochu, que longe une route reliant Darjeeling au Thibet. “La riche vallée de Chumbi s’étend à 3000 m. d’altitude. Le Chumbi y a jusqu’à 1600 de largeur : il est très poissonneux. La vallée produit en abondance de l’orge, du blé, des fruits, et possède de magnifiques pâturages. La grande ville du Chumbi est Pharizong, élevée sur un plateau de 4000 m. d’altitude et défendue par un grand fort. Elle est reliée avec Gyantzé (Thibet) par une route qui traverse le col de Tang-la (4.500 m). avec Darjeeling par une route qui traverse le col de Jelep-la ( 4.000 m.) (1).

    Entre le village de Chumbi et la passe de Jelep-la se trouve la petite ville de Yatong, ouverte au commerce étranger en 1897, mais qui n’a répondu à l’attente ni des Chinois ni des Anglais.

    Le col de Tang-la, passage du Chumbi au Thibet, fut, en 1904 ,le théâtre d’une bataille, dans laquelle les troupes thibétaines furent défaites par le général anglais Sir James Macdonal et laissèrent 300 des leurs sur le terrain.

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    (1) L. Richard, S. J. Géographie de l’Empire de Chine, 1905.


    II . – Le Sikkim.

    Le petit royaume du Sikkim, sous le rapport de la superficie, devient la partie la plus importante de la nouvelle Mission qui lui emprunte son nom. Situé au nord du district de Darjeeling, il mesure 110 km. du nord au sud et 70 km. de l’est à l’ouest, soit une superficie d’environ 7500 km2. Il est séparé du Chumbi par la chaîne de montagnes nommée Dongkya, d’une hauteur moyenne de 4500 mètres. C’est un pays très montagneux, coupé de vallées profondes qu’arrosent de nombreux torrents et deux rivières principales : la Tista et le Rangit, coulant du nord au sud.

    Le royaume du Sikkim, fondé par les lamas thibétains vers le XVIe siècle, resta tributaire du Thibet, puis de la Chine jusqu’en 1816 ; l’Angleterre le prit alors sous sa protection. En 1835 le roi céda au gouvernement des Indes une partie du territoire de Darjeeling, une autre partie, à l’ouest de la rivière Tista, lui fut enlevée en 1859. Depuis lors, le royaume du Sikkim est entièrement sous l’influence anglaise, bien que jouissant extérieurement d’une certaine indépendance.

    La population autochtone, ou du moins la plus ancienne, se composait de Lepchas et de Limbous. Les Thibétains, conquérants et fondateurs du royaume, y pénétrèrent il y a quelque 400 ans ; ils occupent surtout la partie orientale du pays, les autres peuplant la partie occidentale. Enfin, depuis une cinquantaine d’années, de nombreux Népalais sont venus se fixer dans le sud, principalement sur les rives de la Tista ; ils s’y montrent actifs, entreprenants, industrieux, et savent se créer un bien-être qu’ils ne trouveraient pas dans leur propre pays.

    Quant au chiffre de la population, il est difficile de le préciser. Selon les données les plus récentes ce chiffre serait de 90.000 habitants.

    La religion dominante du Sikkim est le bouddhisme thibétain, le lamaïsme. La formule sacrée : Om mani padmé houm (salut, perle enfermée dans le lotus !) résonne dans tous les villages comme sur l’autre versant de l’Himalaya ; on la trouve gravée sur les pierres au bord des sentiers. Une vingtaine de grandes lamaseries s’élèvent dans les plus beaux sites et nombreuses sont, parmi les jeunes gens, les vocations à la vie paresseuse et tranquille des lamas. L’un des monastères les plus célèbres du Sikkim est celui de Pemiongchi, situé à une altitude d’environ 2000 mètres et jouissant d’une vue splendide, d’un côté sur le massif du Kinchinjung, de l’autre sur la verdoyante vallée de Rangit. C’était autrefois la résidence du rajah ; actuellement ce prince a son palais à Tumlong, à 1600 m. d’altitude, sur un escarpement que contourne un affluent de la Tista.

    La fréquence des pluies et des brouillards rend le climat extrêmement humide et la végétation des plus exubérantes. Les plantes e la zone tempérée s’y mêlent à la flore tropicale : les noyers croissent à côté des palmiers, les rhododendrons près des fougères arborescentes, des orchidées s’attachent aux branches des chênes ; les pins occupent les hauteurs.

    Tel est le nouveau champ d’apostolat que le Saint-Père vient de confier à la Société des Missions-Étrangères. Le travail de défrichement sera dur. Daigne la grâce de Dieu, venant en aide au zèle de nos confrères, conduire ces peuples déshérités vers la pleine lumière de l’éternelle Vérité !

    La Mission du Sikkim est érigée en Préfecture Apostolique et le P. Jules Douénel est nommé Préfet Apostolique.

    1929/389-395
    389-395
    Anonyme
    Inde
    1929
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