Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La mission du Laos : Aperçu historique

La mission du Laos : Aperçu historique
Add this
    La mission du Laos :
    Aperçu historique


    La superficie de la Mission du Laos est à peu près égale à celle de la France ; par contre la population, daprès les évaluations communes, nest que de 2.500.000 habitants, ce qui laisse supposer de vastes étendues encore désertes. Et, en effet, lorsquon parcourt le pays, on rencontre dimmenses forêts et, de temps à autre, des villages de 20, 30, 50, quelquefois 100, rarement 200 foyers, et, près de ces agglomérations, des rizières que le Laotien a conquises sur la forêt. Ce que nous décorons ici du nom de ville serait ailleurs tout au plus qualifié de bourg. Ainsi, sauf Luang-Prabang, qui compte 40.000 habitants, Vientiane nen a que 7.000, Oubone 18.000, Khorat 20.000, et ce sont, avec quelques autres, nos villes les plus importantes.

    Depuis 25 ans environ le Tonkin et lAnnam, dont la population augmente rapidement, en déversent une partie au Laos, grâce aux routes ouvertes pas ladministration française. Parmi ces immigrants beaucoup sont catholiques, ce qui oblige les missionnaires à apprendre leur langue. Bien que cet afflux dAnnamites et de Tonkinois commence à faire tache dhuile, principalement dans les centres situés sur les deux rives du Mékong, lélément laotien dominera longtemps encore et il ny a pas lieu de craindre quil soit jamais supplanté.

    Lorsque, en 1881, les PP. Constant Prodhomme et Xavier Guégo arrivèrent à Oubone pour y prêcher lEvangile, le pays était comme fermé à toute communication avec lextérieur : du côté du Siam, par des montagnes et des forêts redoutées ; vers le Cambodge, par les rapides du Mékong ; enfin une triple chaîne de montagnes le séparait du Tonkin et de lAnnam. Depuis lors tous ces obstacles ont été vaincus et le Laos marche aujourdhui à grandes enjambées dans la voie du progrès. Jugez-en par ce détail : le curé actuel de Vientiane a installé lélectricité dans son presbytère. Quantum mutatus ab illo ! doivent sécrier de là-haut les deux fondateurs de la Mission.

    Actuellement tout Laotien est libre. Lorsque les PP. Prodhomme et Guégo arrivèrent à Oubone, ils purent constater quune bonne partie de la population était esclave. Il est vrai quon le devenait facilement : il suffisait que lon ne pût acquitter une dette, même minime, et lon voyait parfois toute une famille réduite en servage pour quelques ticaux quelle navait pu payer. Il est juste dajouter cependant que cet esclavage était, en général, assez bénin. En tout cas il était légal. Mais à celui-là sen était ajouté un autre qui ne létait pas du tout. Profitant de léloignement de lautorité siamoise, des bandes armées de Birmans, soutenues par des Laotiens influents, venaient razzier les villages limitrophes du Tonkin et du Siam, dont les frontières étaient alors assez vagues, et vendaient ensuite leur butin dans les principaux centres du Laos. Les PP. Prodhomme et Guégo se trouvaient à Oubone depuis un mois à peine, lorsquon vit arriver une famille de 18 personnes, que les Birmans avaient enlevées de force et quils cherchaient à vendre au plus haut prix possible. Ces malheureux, qui navaient jamais vu de missionnaires européens, nauraient pas eu la pensée de sadresser à eux pour leur demander protection contre linjustice dont ils étaient victimes ; dun autre côté, les missionnaires, selon toute apparence, ne seraient aucunement intervenus dans cette affaire. Mais voici que les brigands eurent laudace de faire courir le bruit que, en vendant ces esclaves, ils étaient de connivence avec les étrangers nouvellement arrivés dans le pays. Apprenant cela, le P. Prodhomme bondit dindignation : non seulement il exigea des mandarins locaux des sanctions contre ses calomniateurs, mais il obtint en même temps que la famille capturée fût délivrée et, daprès la loi, pût sinstaller où bon lui semblerait. Tout naturellement elle vint se placer sous la protection des missionnaires à qui elle devait la liberté ; peu après elle se déclaraIt catéchumène, et le P. Guégo se chargea, et par sa parole et par ses exemples, den faire une famille chrétienne modèle. Telles furent les prémices de lEglise du Laos.

    Lévénement eut un grand retentissement dans tout le pays, où les familles ainsi vendues se comptaient par centaines. Dès quils apprirent que, par lintervention des missionnaires, ils pourraient recouvrer leur liberté, ces prétendus esclaves quittaient ceux qui sétaient constitués leurs maîtres et accouraient se mettre sous la protection des Pères. Ceux-ci navaient quà faire constater par lautorité locale la légitimité des droits de leurs protégés, qui étaient immédiatement déclarés libres de toute servitude. Pour échapper à de nouvelles embûches, les libérés se fixaient définitivement près de leurs sauveurs, et cest ainsi que fut fondée la première station catholique du Laos, celle dOubone.

    Une seconde catégorie de malheureux tombés injustement en esclavage devait venir, elle aussi, demander la protection des missionnaires. Comme il a été dit plus haut, la loi siamoise admettait, à cette époque, lesclavage ; mais de nombreux abus sétaient glissés dans linterprétation de la loi. Devenait esclave de son créancier toute personne qui ne pouvait rembourser la somme à lui due ; or, par une application abusive, on faisait entrer dans la catégorie des esclaves toute la parenté du débiteur insolvable. Ainsi un chef de famille se trouvait-il dans limpossibilité dacquitter une dette, non seulement lui-même, mais sa femme et ses enfants devenaient esclaves. Cétait un abus révoltant. Daprès le texte de la loi, lui seul était condamné à lesclavage, et, à sa mort, le créancier ne pouvait avoir aucun recours contre la femme et les enfants, ni, à plus forte raison, contre les parents plus éloignés. Or cest précisément le contraire qui avait lieu. Aussi un grand nombre de personnes étaient ainsi injustement détenues en esclavage, et parmi celles-là beaucoup vinrent demander aide et protection aux missionnaires. Grâce à cet afflux, cinq nouveaux postes furent fondés en quatre ans. Le Laos, si longtemps plongé dans les ténèbres de lerreur, allait recevoir la lumière : les premiers catéchumènes furent ainsi des esclaves affranchis, mais bientôt après ce furent des villages entiers de Laotiens, bien libres ceux-là, qui demandèrent à entrer dans la sainte Eglise. -

    Voici, du reste, lordre chronologique des fondations de postes chrétiens :

    1º Oubone ;
    2º Amnat, qui devint ensuite Bandun ;
    3º Lakhon, transporté plus tard à Khamkom ;
    4º Sakon, qui devint Thare.

    Ces quatre postes furent fondés de 1881 à 1884 : ils étaient surtout composés de familles délivrées de lesclavage.

    En 1885-87 les esclaves continuèrent à venir chercher refuge auprès des missionnaires, et cest alors que furent établies les chrétientés de Dondôn, Siengjun, Non gseng, Songkon et Khamthao.

    En 1887 le nombre des chrétiens du Laos était de 1.400 ; deux ans après ce chiffre était plus que doublé. Mais les postes ainsi fondés se trouvaient à des distances considérables 50 à 100 kilomètres les uns des autres et les six missionnaires de la région étaient loin de pouvoir suffire au travail dévangélisation. Cependant, grâce à de nouveaux renforts envoyés par Siam, les chrétientés de Napô, Chanphen, Xangminh, Nabua, Sithan, purent être fondées.

    Cest à cette époque (1889-91) quun mouvement extraordinaire de conversions se produisit en plusieurs centres laotiens. De nombreux villages envoyaient délégations sur délégations auprès des missionnaires pour les supplier de venir sinstaller chez eux, toute la population désirant sinstruire dans la religion chrétienne.

    Durant ces trois années les missionnaires furent littéralement débordés par le nombre des catéchumènes à préparer au baptême, et si, au lieu de 10, ils eussent été 40 ou 50, la population catholique du Laos serait certainement triple de ce quelle est aujourdhui. Quoiquil en soit, en dépit de labeurs et de fatigues incroyables, les missionnaires ne purent faire face à toutes les demandes, et, là où elles durent être ajournées, les pauvres gens, ne voyant pas venir à eux le prédicateur sur lequel ils avaient compté, finirent par ny plus penser. Cependant cest alors que furent fondés les postes de Sésong, Nathon, Dongmakba, Pongkhiu, Nakham, Namon, Nanai, Kengsadok, Paksan, Phonsung.

    En 1890, le Laos perdait son premier missionnaire, le P. Sallio, emporté par une crise de dysenterie après quatre années seulement dapostolat.

    Lannée suivante, le P. Prodhomme, Supérieur de la Mission., jugea que le temps était venu de fonder un séminaire : il létablit à Dondon, dans une île du Mékong. Chaque missionnaire devait y envoyer les enfants les plus pieux des meilleures familles chrétiennes de son district ; il semblait quainsi tout dût marcher à souhait : il nen fut rien. Les jeunes Laotiens ne purent se plier à une vie réglée et sédentaire ; ils vinrent les uns après les autres demander à rentrer dans leur famille. La tentative était prématurée : il fallut remettre à plus tard un nouvel essai. Celui-là pourtant navait pas été complètement infructueux, puisquil a fourni à la Mission son premier prêtre indigène et de nombreux catéchistes, qui rendent grandement service.

    Pour suppléer à linsuffisance de personnel, les missionnaires se surchargeaient eux-mêmes de travail, faisant jusquà trois ou quatre fois par jour le catéchisme à 50, 100 personnes ; moyennant quoi, cinq ou six fois dans lannée, ils administraient le baptême à de nombreux. catéchumènes. Aussi, en 1895, le chiffre des chrétiens sélevait-il déjà à 7.045.

    Jusquen 1893 le Laos, nous lavons dit, était comme bloqué de toutes parts. Le débouché le moins inaccessible se trouvait du côté du Siam ; aussi, une fois chaque année, un missionnaire partait pour Bangkok à la tête dune caravane de 20 à 30 chars laotiens et, après un voyage de trois mois, en rapportait largent et les provisions, la cire et le vin pour le Saint-Sacrifice, et aussi les nouvelles de la douce et lointaine France.

    Cest en 1893 que linfluence française commença à sétendre jusquau Laos. Bientôt on vit apparaître sur le Mékong des canonnières aux couleurs nationales, puis les chaloupes des Messageries Fluviales : à force de volonté et dénergie le Français avait eu raison des difficiles et dangereux rapides qui sopposaient à la navigation sur le fleuve. Dans le même temps des routes souvraient vers le Tonkin et vers lAnnam ; Siam même prolongeait sa voie ferrée jusquà Khorat. Le Laos était débloqué.

    En 1899, le Laos, détaché de la Mission du Siam, était érigé en Vicariat Apostolique et Mgr Cuaz en fut le premier évêque. Sous son administration trop tôt interrompue par la maladie, la Mission prit un essor plein de promesses, de nouveaux postes furent créés et le nombre des chrétiens ne cessa de saccroître : il est aujourdhui de 14.000. 30 missionnaires, aidés par 6 prêtres indigènes, 40 religieuses et 60 catéchistes, labourent cette intéressante partie du champ du Père de famille ; ils ont établi 42 écoles, dans lesquelles 1.800 enfants apprennent à aimer Dieu et la France ; 2 hôpitaux et 25 dispensaires assurent aux malades des soins dévoués et désintéressés.

    Les temps héroïques sont passés ; la dure période de défrichement est close ; mais le travail ne manque pas. Daigne Dieu nous envoyer de nombreux ouvriers, tout prêts à accepter du même cur les épreuves et les joies de la vie de mission au Laos !

    Un Missionnaire du Laos.

    1922/671-675
    671-675
    Anonyme
    Laos
    1922
    Aucune image