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La Mission du Kouangsi 2 (Suite)

La Mission du Kouangsi
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    La Mission du Kouangsi

    Développement de la Mission ; sa division (1900-1922). Lépiscopat de Mgr Lavest, successeur de Mgr Chouzy, sacré à Hanoi par Mgr Marcou, commença sous les plus heureux auspices. Cétait lannée des Boxeurs ; or Dieu épargna à la mission du Kouangsi les horreurs que tant dautres missions de Chine eurent à souffrir ; il ny eut nulle part dagression contre les missionnaires et leurs chrétiens, si ce nest, en 1901, lattaque des PP. Rué et Dalle près du marché de Tchaicha par une bande de brigands qui navait certainement été affiliée aux Boxeurs. De plus le P. Chapdelaine, béatifié le 27 mai 1900 avec ses deux compagnons de supplice, allait être honoré comme il convenait sur les lieux mêmes de son martyre. Dès 1896, à la suite du succès des négociations de Mgr Chouzy, la Mission était tentée en possession des terrains perdus à Silin et en avait acheté dautres ; deux ans plus tard, le P. Lavest, brisant les obstacles, sétait établi sur place et avait aussitôt, avec laide du P. Labully, commencé la construction de la chapelle expiatoire exigée autrefois par le gouvernement français. Un des premiers actes de ladministration de Mgr Lavest, après létablissement de lévêché et du séminaire dans la ville Nanning, fut donc la bénédiction de cette chapelle, qui eut lieu le 15 décembre 1901, avec le concours des cinq missionnaires de la région, les PP. Labully, Baufreton, Séguret, Epalle et Sifferlen, en présence de M. Cullieret, vice-consul de France à Longtcheou, du lieutenant Francois-Marsal, délégué du gouverneur de lIndochine, de deux mandarins chinois et dune foule de chrétiens.

    Tous les curs étaient alors à lespoir dune prochaine moisson, et cet espoir se continua plusieurs années. Le P. Renault, pro-préfet, venait, en effet, de sinstaller sans difficulté dans la capitale de la province, Kouylin, dont laccès avait été interdit aux premiers supérieurs, le P. Mihières, Mgr Foucard et Mgr Chouzy ; les principales villes avaient aussi ouvert leurs portes aux missionnaires, le P. Labully sétait établi à Setchen, le P. Coste à Taipin, le P. Costenoble à Longtcheou, le P. Crocq à Pingnan, et dautres villes, telles Yunfou, Sieoujen, Yolin, Pese, Halyuen, étaient sur le point daccueillir aussi les ouvriers apostoliques. En 1902, les Surs de Saint Paul de Chartres sinstallaient à Longtcheou et, lannée suivante, à Nanning, pour prendre la direction des dispensaires, orphelinats et couvents de vierges chinoises. En 1902 également, les Petits Frères de Matie ouvraient à Nanning une école de français, puis en 1906 une seconde à Kouylin, quils devaient malheureusement quitter au bout de deux ans. Partout les païens, voyant les bonnes relations des missionnaires avec les autorités chinoises, demandaient en foule à se faire chrétiens. Alors furent créés les postes de Tchongtou, Loyong qui allait devenir le centre dun nouveau district, Eulpai dans le Sieoujen, et un grand nombre dautres stations moins importantes dans les sous-préfectures de Lieoutchen, Loyong, Siangtcheou, Sieoujen, Lipou, Pinglo, Iangso, Pingnan, Kouypin, Kouyhien, etc. Après la mort du P. Bertholet, le P. Rué, qui avait pris la direction du district de Siangtcheou, avait mené à bonne fin à Longniu la construction de léglise de Notre-Dame de Fourvières ; enfin, en 1905-1906, étaient bâties, outre léglise de Nanning, accomplissement du vu de Mgr Chouzy en 1892, deux autres églises plus petites, lune à Longtcheou par le P. Costenoble, lautre à Taipin par le P. Coste.

    Ces quelques années furent les plus beaux jours du Kouangsi, les païens se rapprochaient des missionnaires et, dans les villes, les jeunes gens leur demandaient de leur enseigner le français ou les sciences. Cest ainsi que devinrent instituteurs dans leurs moments libres les PP. Renault et Humbert à Kouylin, Héraud à Kouypin, Costeroble à Longtcheou, Teissier à Outcheou, Bibollet à Pese, Coste à Taipin, Maurice à Changse. Neût été le manque de catéchistes et la pénurie dargent, tous les missionnaires auraient pu croire quallait bientôt sonner lheure de récolter à pleines mains sur cette terre aride, mais arrosée du sang de leurs fières. Mgr Lavest, qui avait eu la consolation dordonner 4 prêtres indigènes en 1902 et 1903, songeait à pourvoir au plus tôt au recrutement des catéchistes ; cest dans ce but il fonda luvre de la Maison de Dieu, sur le modèle de celle du Tonkin, uvre qui malheureusement ne devait pas avoir de lendemain à cause du manque de sujets assez sérieux parmi les chrétiens néophytes du Kouangsi. Le défaut de ressources pécuniaires était une autre difficulté, mais la Providence, qui voulait le maintien des uvres établies, se chargea dy pourvoir en conduisant Mgr Lavest en France.

    A loccasion de la bénédiction de léglise de Nanning en 1906, les missionnaires réunis, voyant leur évêque très anémié, le pressèrent de partir se refaire à Béthanie. Mgr Lavest suivit leurs conseils, mais les docteurs de Hongkong estimèrent que seul lair du pays natal pouvait le remettre. Ayant à cur les intérêts de sa Mission, il se laissa assez facilement convaincre ; mais, à peine arrivé en France, oubliant les soins que demandait sa santé, il se fit évêque-quêteur, avec laide dun aspirant, qui allait bientôt devenir missionnaire du Kouangsi, le P. Besnier, et qui devait aussi suivre de près son évêque dans léternité. Quand il revint en 1908, sil avait la joie de rapporter à peu près le nécessaire pour soutenir ses uvres, Mgr Lavest ne pouvait pas affirmer que son état de santé sétait amélioré. Au bout de quelques semaines, il dut reprendre le chemin de Béthanie, où, après deux années de souffrances, il séteignait le 23 août 1910. Trois de ses missionnaires seulement étaient morts durant ses 10 années dépiscopat : En 1901, le P. Marut (32 ans) à Taoutang (s.-préf. de Yolin) ; en 1908, le P. Rué (34 ans) à Béthanie ; en 1909, le P. Thomas (35 ans) à Nanning.

    La nomination de Mgr Ducur ne se fit pas longtemps attendre ; elle arrivait le 1er janvier 1911 et la consécration épiscopale fut conférée au nouvel évêque à Nanning le 4 juin par Mgr Marcou, le même prélat qui avait déjà consacré Mgr Lavest. Cette même année le P. Albouy créait le district de Oumin et le P. Berthaud construisait une chapelle et une résidence à Pingnan. Les années suivantes, des stations nouvelles étaient ouvertes à Tientcheou et à Pingma, au sud de Pese, par le P. Bibollet. Mais un triste événement, qui fit alors beaucoup bruit, ce fut, en 1912, sur lordre des autorités de Nanning, le massacre général des lépreux dont soccupait la mission catholique depuis 7 ou 8 ans et pour lesquels le P. Héraud venait de construire une petite léproserie en dehors de la ville. Cette année 1912 vit aussi le départ de Nanning des Petits-Frères de Marie. Ceux-ci, dont la persécution religieuse avait entravé le recrutement en France, alors que se développaient leurs écoles dans les grandes villes de Chine, étaient appelés à Shanghai, Hankeou, Pékin, où les Chinois se montraient plus empressés quà Nanning à suivre leurs cours et leurs conseils.

    En 1913, linfatigable P. Renault, pro-préfet depuis 1880, à quatre reprises supérieur intérimaire du Kouangsi, rendait son âme à Dieu.

    Lannée suivante, le Kouangsi cessait dêtre simple préfecture pour devenir vicariat apostolique. Au mois de juin, la résidence et la chapelle du P. Humbert à Loyong étaient détruites par une grande inondation. Puis ce fut la déclaration de guerre : tous les missionnaires, sauf trois, dont un Alsacien, le P. Sifferlen, mort de la peste lannée suivante, furent touchés par lordre de mobilisation. Dieu eut pitié du Kouangsi : quelques-uns seulement furent reconnus aptes à faire campagne : les autres sempressèrent de regagner leurs districts pour empêcher, moyennant la plus stricte économie, leurs uvres de sa sombrer. Les Surs de Saint-Paul de Chartres, établies à Longtcheou et à Nanning, furent, au bout de peu de temps, rappelées par leurs supérieurs, pour aller occuper au Tonkin et à Hongkong des postes plus importants à la place des jeunes religieuses retenues par la guerre en Europe. Par contre Mgr Ducur avait la joie dordonner en 1915 quatre nouveaux prêtres indigènes.

    Les uvres existantes végétèrent, cela va sans dire, cependant elles eurent moins à souffrir quon neût pu le craindre, malgré quelques malheurs, comme lincendie de la résidence-école du P. Rigal à Touiangtsao (montagnes de Yunfou) le jour de Noël 1917, et plusieurs actes de piraterie, parmi lesquels est à signaler en 1915 le pillage du presbytère et de la chapelle du P. Courant à Lieoukiato (région de Silin) avec le meurtre de deux chrétiens. Plusieurs missionnaires eurent même la consolation de voir se dessiner quelques mouvements de conversions : le P. Poulat dans la sous-préfecture de Kouyhien, où il dut ouvrir de petites chapelles dans plusieurs villages, en attendant la construction, en 1921, dune véritable église en ville ; le P. Labully dans le Yolin, et le P. Héraud, débordé dans le Kouypin, où le P. Albouy fut appelé à aller lui prêter son concours,

    Un peu partout les curs étaient à lespérance, quand le néfaste Sun Yat-sen vint jeter sa note dans le concert. Il fut cause que les missionnaires des campagnes et les chrétiens isolés ont revécu les jours douloureux du temps de NN. SS. Foucard et Chouzy : pillages et destructions, meurtres, parmi lesquels celui du P. Louis Tsin, - rapts, viols, abominations de toute sorte. Puisse un avenir prochain nous apporter la paix, car tout fait prévoir que les semences lèveront !

    Le compte-rendu des travaux de 1921, cest à-dire le dernier avant que soient rattachées à la nouvelle mission dioï de Lanlong les sous-préfectures de Silin, Silong et Linyun, marquait 5.119 chrétiens baptisés au Kouangsi. Les progrès, quoique lents, ont cependant été continus : de 508 en 1878, le nombre des chrétiens est successivement monté à 1.110 en 1891, 1.806 en 1901, 4.523 en 1911 pour attendre le chiffre de 5.119 en 1921.

    Une autre division les lecteurs du Bulletin le savent. aura probablement lieu sous peu, les Pères américains de Maryknoll ayant reçu depuis 2 ans la charge de 9 sous-préfectures dans la région de Outchéou, où, grâce à leur zèle, leur savoir-faire et leurs ressources, ils ne tarderont pas à enregistrer de nombreuses conversions. Quand cette partie du Kouangsi, unie à celle du Kouangtong quils évangélisent également, sera érigée en Mission complètement distincte, il ne nous restera alors plus que les régions de Longtcheou, Nanning, Kouyhien et Kouylin, sans compter les immenses espaces où il ny a jamais eu de chrétiens et où les missionnaires de lavenir pourront exercer leur zèle, cest à-dire les régions comprises à lintérieur dun triangle dont les sommets seraient à peu près aux villes de Kouylin, Nanning et Silin. Pour le moment le petit nombre des missionnaires présents au Kouangsi proprement dit, exactement 14, ajouté aux 8 prêtres indigènes en activité (dont trois ordonnés il y a quelques mois), ne permet guère de songer à des conquêtes trop éloignées des stations actuelles ; la mort et la maladie ont, en effet, fait trop de vides depuis dix ans

    II. OBSTACLES À LÉVANGÉLISATION.

    Inutile de parler des obstacles communs à toutes les missions, surtout aux missions à créer de toutes pièces. Nous nénumérerons donc ici que ceux qui sont particuliers au Kouangsi, ceux qui ont retardé spécialement le développement du catholicisme dans la province.

    Un des principaux est certainement celui que constituaient les conditions mêmes dans lesquelles a commencé lapostolat au Kouangsi. Nous avons vu que le Bx Chapdelaine avait pénétré au Nord-Ouest et que, après son martyre, les missionnaires sétaient empressés daller continuer son uvre. Or le N.-O. nétait pas précisément le chemin direct pour entrer dans la province, puisquil fallait passer par le Kouytchéou. Les premiers supérieurs cherchèrent donc à sétablir dans le sud, à proximité du Kouangtong, et ainsi fut créé le poste de Changse, qui fut lembryon de la région actuelle de Longtcheou. De plus un pied-à-terre était fort utile à Outchéou, qui est la porte du Kouangsi du côté de Canton ; doù nécessité de sétablir dans cette ville ; divers postes furent ensuite créés peu à peu entre ces deux points, Changse et Outcheou. Nanning, à cause de sa position centrale, au confluent de trois cours deau importants, attirait aussi nos prédécesseurs, qui ne prévoyaient cependant pas alors que cette ville deviendrait capitale : à défaut de Kouylin, elle était tout indiquée comme futur siège épiscopal. Restait Kouylin, au N..E., sur la frontière du Hounan, poste éloigné des autres centres, mais bien nécessaire pour le règlement des affaires avec le gouverneur ; la Mission sy établit donc dès quelle le put. Tout cela avait malheureusement eu linconvénient de disperser, les forces des missionnaires, de les isoler les uns des autres ainsi que leurs chrétiens, inconvénient motivé par les circonstances, mais qui empêcha la religion catholique de faire tache dhuile et de se développer normalement.

    Un deuxième obstacle à lévangélisation est dû à la situation géographique du Kouangsi, à sa proximité du Tonkin. La défaite de la Chine en 1885 a eu, en effet, comme conséquence, dans le pays des Pavillons-Noirs, une haine profonde du nom français et de tout ce qui est ou paraît français ; aussi les lettrés et demi-lettrés du Kouangsi avaient gardé, sous une étiquette de convention, un esprit de revanche et de rancune qui persévéra, même dans les plus beaux jours de la mission, jusquà la victoire de la France sur lAllemagne. Dans ces conditions, on comprend facilement que les missionnaires français et la religion quils propageaient devaient être fort mal jugés, quand même extérieurement les relations semblaient les plus cordiales avec les autorités chinoises. Certainement bon nombre de conversions espérées, spécialement dans la partie sud du Kouangsi, nont pas eu de lendemain par crainte du quen dira-t-on, du mépris attaché à ceux qui devenaient adeptes de la religion française.

    Enfin un troisième et dernier obstacle, qui, celui-là, na pas encore disparu, est la propagande effrénée des protestants. Bien quils ne soient arrivés au Kouangsi que vers 1900, après que les missionnaires catholiques leur eurent frayé les voies, il faut avouer que depuis lors ils nont pas perdu leur temps. Leur religion, sans dogmes précis, est plus connue que le catholicisme dans les hautes classes, et elle pénètre aussi peu à peu dans les classes inférieures. Grâce à leur or, ils ont fondé de nombreuses écoles, qui, mises sur le même pied que celles de lEtat et fort fréquentées à cause de lengouement des Kouangsinais pour la langue anglaise, ont propagé dans la jeunesse des idées qui ne cadrent pas toujours avec la doctrine évangélique. Des hôpitaux dernier confort et de nombreux médecins leur ont attiré une véritable considération, et les journaux locaux, sur lesquels ils ont la haute main, quand ils ne les ont pas fondés eux-mêmes, publient dans tous les numéros au moins une page de réclame protestante. Ils se sont établis non seulement dans les villes, mais encore dans la plupart des marchés de la campagne ; les temples, où il y a prêche chaque jour de marché, ne sont pas toujours remplis de pratiquants, mais les passants y sont attirés par des racoleurs et on leur distribue des brochures, feuilles ou images de propagande. Des affiches à caractères voyants et bien imprimés sont placardées le long des routes et dans les agglomérations tant soit peu importantes pour rappeler aux païens que le protestantisme est la voie unique pour sauver leur âme, pour acquérir le vrai bonheur. Si les ministres européens et américains nattaquent généralement pas trop le catholicisme, il nen est pas de même des indigènes, pasteurs ou catéchistes, qui, peut-être stylés par les premiers, ne manquent guère doccasion de le vilipender. Les païens du Kouangsi connaissent donc mieux les fou in-tâng (temples protestants) que les tien-tchou-tâng (missions catholiques) ; ils en ont une plus haute idée et se figurent quelquefois que celles-ci. dépendent de ceux-là ; aussi nest-il pas rare, en voyage, et même dans les villes où nous sommes établis depuis longtemps, de sentendre appeler mou-se (pasteur), lieu de chên-foú, terme consacré pour désigner le prêtre catholique. Les adeptes affluent nombreux dans les temples ; ils ne sont sans doute tous bien fervents et, quoique ladmission au baptême soit aisée, beaucoup dentre eux sen vont aussi facilement quils sont venus. Cependant il y a, parmi ces nouveaux convertis, de fort honnêtes gens, qui, malheureusement, une fois pris dans lengrenage protestant, naboutissent que bien difficilement au catholicisme 1.


    1. Daprès le Directory of Protestant Missionaries in China, il y a au Kouangsi 6 sectes protestantes avec 57 ministres étrangers, dont plus de 40 Américains. (a) Quant à la statistique des adeptes, ministres et auxiliaires indigènes, nous lavons vainement cherchée dans le China Mission Year Book, dont le dernier paru (1919), bien renseigné cependant sur les catholiques, ne donne même pas le nombre total des protestants de Chine. Des prédicants indigènes affirment quils ont plusieurs dizaines de milliers dadeptes au Kouangsi ; mais. en regard des 367.000 protestants chinois de toutes les provinces, leurs dires paraissent exagérés, à moins quils ne comptent comme chrétiens les nombreux commerçants, notables et étudiants qui, sans aucune conviction, entretiennent des relations avec les pasteurs étrangers.

    (a) Au Kouangsi le nombre total des Américains tant pasteurs protestants que missionnaires catholiques (4 PP. de Maryknoll), employés des douanes, ingénieurs, commerçants, dépasse certainement la centaine, alors quil ny a, en dehors des missionnaires, quun seul Français établi dans la province, le Consul de Longtcheou, qui, daprès les Chinois, garde la frontière du Tonkin. Généralement, mais pas toujours, le Commissaire des Douanes de Longtcheou est aussi un Français : total, deux. Et, en France, on enseigne aux futurs bacheliers que le Kouangsi est une zone dinfluence française !...


    III. ESPÉRANCES. SURSUM CORDA !

    Une note de confiance en lavenir terminait plus haut laperçu historique des travaux dévangélisation du Kouangsi : Tout fait prévoir que les semences lèveront. Cet espoir sappuie sur des raisons sérieuses que les lecteurs du Bulletin seront certainement heureux de voir exposées comme conclusion.

    Beaucoup de païens de toutes les classes de la société se sont rapprochés de nous pendant les deux années qui viennent de sécouler : les notables, mandarins, lettrés et gros commerçants, pour chercher protection dans nos établissements des villes et demander aux missionnaires de se prêter au rôle dintermédiaires entre les différents partis militaires ; ceux de la classe moyenne, propriétaires, cultivateur et petits commerçants, pour essayer déchapper dans les campagnes aux pillages des brigands et aux exactions des soldats ; ceux des basses classes enfin, qui vivent au service des autres, ont vu de près que laction des missionnaires avait de bons résultats. Dans un certain nombre de postes se sont fait sentir de suite les conséquences des services rendus : les conversions sont venues immédiatement en nombre satisfaisant. Il est donc incontestable que, lorsque la paix sera complètement rétablie, les semences jetées depuis 50 ans par les 60 missionnaires qui ont travaillé au Kouangsi depuis la fondation de la mission produiront leurs fruits. Sans doute, il ne sera pas encore question de conversions en masse, de baptêmes par milliers, car il est, semble-t-il, dans lordre de la Providence que partout le bien se fasse péniblement et lentement ; mais les ouvriers apostoliques du Kouangsi espèrent fermement que, mieux connus et plus estimés des païen auront à lavenir plus de prise sur eux.

    Dun autre côte, nous avons les yeux fixés sur Paris, doù pourraient nous venir chaque année des recrues que notre Mission nest plu accoutumée à recevoir depuis 1913 ; le nombre consolant de 140 aspirants missionnaires, qui ira certainement encore en augmentant, nous donne cette confiance. Nous pourrons alors être groupés dune façon plus compacte et voir les quatre régions du Kouangsi catholique reliées entre elles ; ainsi nos chrétiens se sentiront davantage les coudes, et les catéchumènes, se sachant moins isolés, seront plus persévérants que par le passé.

    Nos fidèles viennent de passer par de fortes épreuves, quils ont généralement endurées en bons chrétiens ; ils se sont montrés courageux en face de misérables qui voulaient les faire tomber ; ils sont donc aguerris et leurs pasteurs pourront trouver parmi eux des catéchistes, sinon bien savants, du moins dignes de confiance. Dautre part nos vierges chinoises, une trentaine, qui ont toutes reçu leur formation religieuse au centre de la mission, à Nanning, ne demandent quà se dévouer à linstruction des femmes et des petites filles.

    Lavenir sannonce donc sous un jour favorable.
    Et si, par hasard, lheure des consolations spirituelles se faisait encore longtemps attendre, les missionnaires du Kouangsi continueraient à vivre despérance, in spem contra spem, assurés quun jour viendra où dautres cueilleront la moisson à pleines mains, comme au Tonkin ou dans les belles missions du Nord de la Chine ; car, de même que leurs aînés, ils savent que,

    Lorsque sur cette terre
    On na pas ce quon veut,
    Il faut savoir se faire
    Au bon plaisir de Dieu !

    Il nest pas question pour eux de songer à abandonner à dautres leur portion dhéritage pour se joindre à ceux de leurs frères qui récoltent sur des terres labourées depuis de longues années : ils ne seraient plus dignes alors du titre de missionnaires des Missions-Étrangères ; ils continuent tous à avoir lil fixé sur leur sillon et, avec laide den-haut, ils ne failliront pas à leur tâche !

    Il espèrent, dailleurs, que leurs confrères et tous les lecteurs du Bulletin de la Société voudront bien lair réserver une petite prière, qui les aidera à rester toujours ce quils ont promis dêtre en quittant la douce France, des missionnaires vraiment apostoliques !

    JOSEPH CUENOT,
    Missionnaire du Kouangsi.


    1923/541-550
    541-550
    Cuenot
    Chine
    1923
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