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La Mission de Lanlong : IV Les Pères Alphonse et Aloys Schotter 2 (Suite)

La Mission de Lanlong : IV. Les Pères Alphonse et Aloys Schotter. Leur méthode et les difficultés quils ont à surmonter. (Suite)
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    La Mission de Lanlong : IV. Les Pères Alphonse et Aloys Schotter.
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    Leur méthode et les difficultés quils ont à surmonter. (Suite)

    Les Mariages. Il est frappant combien les néophytes ont de lallant au cours des périodes qui précèdent et suivent leur baptême. Aucun sacrifice alors ne leur coûte, au moins théoriquement, que réclame deux la vie nouvelle quils viennent dembrasser. Mais cette excitation, provoquée par la fréquence des instructions et des exhortations catéchistiques, qui ont pour but de préparer les catéchumènes à recevoir la grâce du baptême dans sa plénitude, sémousse peu à peu dans la suite, quand les néophytes replacés dans leur milieu, sont inévitablement repris par les désirs, les préoccupations, les habitudes ataviques de la région, du village, de la famille.. Le baptême lave lâme de ses péchés, lui infuse les principes dune nouvelle vie avec la force den pratiquer les obligations, mais, à moins dun miracle, il nenlève pas les obstacles qui pourront éventuellement neutraliser ses effets. Cest ainsi que chez la généralité des néophytes le tréfonds païen, dans lequel ils sont nés et ont vécu, subsiste après leur baptême ; il ne satténuera pour eux avec le temps que sils restent fidèles aux promesses quils ont faites lors de leur rénovation baptismale. Bien souvent, en vertu des habitudes sociales et familiales que le paganisme a implantées en eux, les néophytes opposeront, comme inconsciemment, des résistances, soit individuelles soit collectives, à la législation que Dieu et son Église imposent à leurs enfants. De ces oppositions, il en existe dans tous les ordres. Pour nous borner, nous ne parlerons que de celles qui, chez nos Dioy, sattaquent aux lois du mariage chrétien.

    Les déviations parfois monstrueuses que le paganisme, même le plus supérieurement civilisé, a fait subir au mariage, tel quil a été voulu de Dieu, sont si profondément incrustées dans les murs, quelles constituent partout le plus formidable obstacle à létablissement du christianisme parmi les païens. Les races dioy ne font pas exception dans cette aberration générale. Pour nos Dioy, aller en grande pompe chercher une fiancée pour lunir en mariage avec son fiancé nest pas synonyme de contrat de mariage ; pour les nouveaux mariés boire le vin nuptial ou se prosterner ensemble devant les tablettes des ancêtres nest pas se posséder entre époux, car il se passera bien du temps avant que le jeune ménage puisse asseoir définitivement son foyer. Ces coutumes et bien dautres encore sont la résultante des craintes superstitieuses à légard des puissances occultes que sont pour les Dioy les mânes de leurs ancêtres et les génies de tout acabit auxquels ils payent tribut. Nos néophytes, bien quils aient renoncé, par les promesses de leur baptême, aux superstitions sociales et familiales, qui président aux unions matrimoniales dans leur race, et par le fait même implicitement promis de célébrer désormais leurs mariages selon les lois fixées par léglise, comme irrésistiblement poussés par latavisme de leurs coutumes ancestrales, nacceptent pas facilement de sy soustraire pour se conformer à la loi sainte promulguée par Dieu. Si nos filles, disent-ils, apprennent à lire et à réciter les prières, elles écouteront le missionnaire... Impossible de les donner aux amis, aux parents encore dans le paganisme parce quelles seront baptisées... Une fille baptisée est trop difficile à marier, ou bien elle appartient trop tôt à son mari, etc..

    Ces misérables objections ont suffi parfois pour arrêter des villages entiers, où déjà 60 à 80 personnes avaient reçu le baptême, dembrasser la religion chrétienne.

    En outre, délaisser les coutumes dioy qui président aux mariages, cest priver les chefs de villages de nombreuses occasions de gros ou petits profits. Sestimant lésés dans leurs droits, ils font jouer, pour prévenir le mal ou sen venger, le ressort des génies courroucés, qui ne manqueront pas dexercer sur le village toutes les ressources de leurs instincts malfaisants. Argument à peu près toujours suivi deffet dans cette société chrétienne, encore trop jeune, dont la religion jusquici na été quune religion basée sur la crainte. Citons un exemple. Un jour un missionnaire, le P. K. arrive au village de Oui-Tsiang. Il est reçu à coups de pierres et par les néophytes et par les catéchumènes. Ce missionnaire, sans doute très au courant du tempérament dioy, fait tout simplement demi-tour et sen retourne sans exprimer le moindre mécontentement. Lannée suivante, il se trouvait en visite dans un village voisin. Quel ne fut pas son étonnement (relatif peut-être) de voir inopinément le chef du hameau de Oui-Tsiang en habits de fête se prosterner devant lui et de lentendre dire en même temps : Que le Père pardonne notre folie de lan dernier ! Le génie de la montagne, que nous croyions furieux, a, malgré notre incartade, laissé périr nos buffles.. Nous avons été bien punis.. Dieu seul est grand ! Désormais les mariages se feront à la chrétienne dans le village. Et bon gré mal gré, le P. K. dut gagner Oui-Tsiang, escorté par la musique de ce hameau. Tous les habitants lui firent amende honorable pour se faire pardonner leur folie passagère non moins que collective de lannée précédente. Grands enfants, quelquefois terribles, que les Dioy !

    Les coutumes païennes qui président aux mariages, parce quelles constituent larmature sociale et familiale de la race, sont, avec leur cortège de superstitions, la grande difficulté pour les néophytes dioy de pratiquer intégralement le christianisme et, par voie de conséquence, le principal foyer de résistance que lesprit païen attise pour tenir en échec laction du missionnaire. Elles sont si ancrées dans lâme des néophytes quelles les provoquent à des réactions collectives contre les ouvriers évangéliques, comme le montre lexemple que nous venons de donner. En dautres circonstances, on a vu la totalité des chrétiens dun village être collectivement dominés par la crainte superstitieuse des vengeances de leurs ancêtres quils ont délaissés ; ceux dun autre saffoler de même collectivement à la pensée des vilains tours que pourraient bien leur préparer les génies tutélaires reniés par eux. Cette mentalité païenne disparaîtra un jour, mais il faudra, pour la tuer, plusieurs générations pétries de vie chrétienne.

    Tant que vécut le P. Alphonse, il fut relativement peu question des difficultés concernant les mariages. Le Père, profond psychologue, avait scruté à fond la mentalité dioy tant de lindividu que de la masse ; il semble avoir pressenti le retour offensif de lesprit païen même dans sa forme collective ; aussi, pour ne pas compromettre luvre des conversions, a-t-il pensé à ne pas heurter de front et trop violemment, sans nécessité, lâme dioy au sujet des coutumes locales qui régissent le mariage. En outre, la grande influence personnelle quil avait acquise sur beaucoup de chefs de villages a réduit au minimum les difficultés de ce genre. Du reste, quand la nécessité sen imposait, le P. Alphonse nhésitait pas à appliquer le fer rouge aux abus.

    Les Catéchistes. Le P. Alphonse Schotter, ayant décidé, lors de son arrivée à Hingyfou, daccepter tout le pays dans le giron de lEglise, avait en même temps envisagé, si Dieu bénissait ses aspirations conquérantes, la nécessité de se créer des aides. Il lui faudrait, en effet, des pionniers qui ouvriraient constamment de nouveaux villages à lEvangile, des lieutenants qui encadreraient les catéchumènes, les instruiraient et sefforceraient à assurer leur persévérance. De fait, Dieu consacra laction apostolique du P. Alphonse ; ses désirs furent comblés au-delà même de ses espérances. Décrire les beaux mouvements, qui marquèrent son emprise sur les Dioy, et lentrée de tant de bonnes volontés dans le bercail du Seigneur, nest pas possible ici. Retenons seulement que le P. Alphonse fut vite débordé et que lexcès même du nombre des conversions aurait risqué de les compromettre, sil navait paré de suite au danger par la formation, forcément succincte en loccurrence, dun nombreux personnel enseignant. A cette occasion les critiques ne manquèrent pas à notre héros, qui portaient, les unes sur le danger où il se mettait, par son principe même de tout vouloir convertir à la fois, de risquer de tout perdre ; les autres sur lemploi dun personnel trop succinctement formé et trop hâtivement mis en service, par le fait incapable de faire uvre utile, sil ne lui arrivait pas dêtre nuisible par les mauvais exemples de quelques-uns de ses membres, qui faillirent à leur devoir en sadonnant à lopium et au jeu.

    Aux premières critiques, le P. Alphonse répondait quil ne lui appartenait pas de poser des limites à limpulsion du bon Dieu, qui lui envoyait tant denfants et les commettait à ses soins. Cette affluence, du reste, lui permettait dadministrer de nombreux baptêmes à larticle de la mort et denvoyer ainsi un plus grand nombre dâmes en paradis. Quant à lautre espèce de critiques, celles qui mettaient en avant les défections de quelques catéchistes, ne tenaient pas debout devant le détestable exemple de Judas le traître, qui déflora le collège apostolique, choisi pourtant par Jésus lui-même ; celles portant sur la formation incomplète du personnel et son emploi trop hâtif navaient pratiquement aucune valeur, car ce défaut satténuerait dabord et disparaîtrait ensuite avec le temps. On est allé au plus pressé : jeter les bases de luvre, se réservant de la consolider et de lorganiser ensuite. Cest ce qui fut fait.

    Le P. Alphonse a créé un petit bataillon des meilleures volontés qui ont répondu à son appel ; ils sont près de 150 qui, par groupes de 10, 15, tantôt le suivent dans ses randonnées, sexerçant sous sa direction à linstruction des catéchumènes ; tantôt vivent avec lui à la résidence développant leur formation de catéchistes. Par groupes le P. Alphonse les éduque, les assouplit au travail dinstructeurs et les envoie ensuite transmettre à dautres ce quils ont appris. Vrais béotiens en doctrine, dira-t-on. Oui, au début, capables seulement denseigner aux moribonds adultes les vérités nécessaires au salut de les baptiser. Mais ensuite le Père les rappelle, les interroge sur la manière dont ils ont enseigné, les remet de nouveau sur les bancs de lécole pour développer leur instruction. Dans des retraites fermées ou des réunions plénières il leur inculque ses directives. A ce régime, le zèle de tous ces serviteurs de lEglise se réchauffe, devient effectif, leur mentalité sépure, et bientôt ils sont à même de constituer un état-major de valeur, capable de faire de bonne besogne, état-major composé de catéchistes, hommes et femmes, de chrétiens influents, comme les chefs de villages, et de maîtres décole éclairés et savants.

    Lappellation de maître décole éveille ici lidée dun homme imbu de littérature, cest-à-dire, didées philosophiques, sociales, religieuses, etc., chinoises qui, colportées à travers ces pays, en ont pris la rudesse, et que la mentalité dioy a faites siennes en les adaptant à létonnante bizarrerie de ses légendes ou de ses récits merveilleux ; en un mot, le Dioy a acclimaté la littérature chinoise à sa façon. Cest ainsi que les théories de la norme et de lélément matériel de Tchou-Hi, Ki et Li, sont devenues dans le rituel du sorcier de Ouang-Mou des divinités secondaires quil faut louer pour que le mort, conduit chez les Sien, sache se modeler sur leur sagesse.

    Le P. Alphonse Schotter faisait distribuer à profusion, dès les premières années de son séjour à Hingyfou, toutes les bonnes petites brochures, éditées par les imprimeries chrétiennes chinoises réfutant le Bouddhisme et le Taoïsme. Sa prédication par les tracts resta toujours dans son programme ; car il avait constaté de très bonne heure que chaque village important dioy avait son magistère, le plus souvent un sorcier officiel qui interprétait à la population les productions des librairies chinoises. Ce sont encore maintenant ces deux personnages qui acclimatent les idées chinoises dans le pays ; ce sont encore eux qui conservent et agrémentent les légendes, croyances, traditions des anciens Dioy. Il nest pas jusquaux femmes qui ne puissent chanter de mémoire, pendant toute une nuit, les vieilles histoires des Dioy. Jeus loccasion lan dernier dentendre, non sans un certain charme, la Mei-La de La Pian ; elle nous disait les luttes épiques des Diang contre les Seigneurs Lo, qui régnèrent 900 ans dans ces pays, et leur libération définitive par le massacre des Seigneurs Sam (Tsen caractères chinois). Cette mei-la chantait tout cela pour évoquer le souvenir de deux princesses Tsen ou Sam Nangfong et Nangan, les pourvoyeuses denfants de ces pays et guérisseuses du mal damour. Les jours de représentations données par ces personnages sont de vraies journées de gala, car le Dioy senivre de belles phrases autant que de bon vin.

    Bagatelles que tout cela, dira-t-on. Si lon veut. Mais bagatelles sur lesquelles reposent, si elles ne le forment pas, le fond de la mentalité dioy, et quil est important de connaître pour mieux pénétrer lâme de cette race, la capter et laiguiller plus sûrement vers le christianisme. Deux prêtres chinois, ayant parfaitement saisi ce côté fondamental de la mentalité du Dioy, et pressenti la possibilité de faire vibrer son âme en faveur de notre sainte foi, font, depuis quelques années, chanter notre sainte religion par de vieux bardes. Jentendis lan dernier, aux fêtes de Pâques, le plus renommé de tous, narrer en une prenante psalmodie, la persécution, en 1902-03, de Pepi Loyang. Dans un passage à lemporte-pièce, il jeta le ridicule sur ces mandarins, buveurs du sang chrétien, qui persécutaient la religion à cause des principes de justice quelle prêche à tous. Après la séance un chef païen nous fit cette réflexion : Il ny a que le Dieu des chrétiens qui puisse sauver notre race !

    Le P. Alphonse Schotter, ayant réussi à former des catéchistes instruits et zélés, attachait une grande importance à ce que chaque village fût visité par lun deux plusieurs fois par an ; ils étaient comme des agents de liaison, qui maintenaient le contact entre la troupe des catéchumènes et des néophytes et lui, en attendant quil put lui-même les visiter au cours de ses randonnées.

    Tels furent le savoir-faire judicieux et la méthode pleine de sagacité du P. Alphonse, que ses exemples furent suivis par les missionnaires qui lui furent adjoints et constituent maintenant la tradition de la mission de Lanlong, commencée sous les auspices du Sacré-Cur, à lAmour duquel le P. Aubry avait voué le pays.

    Arrivée de nouveaux missionnaires. Mort du P. Alphonse Schotter. Après environ 10 années de travaux fertiles en succès, mais remportés au prix de bien des ennuis et des misères de toutes sortes, Mgr le Vicaire Apostolique du Koui-Tcheou put enfin envoyer des aides au P. Alphonse. Successivement vinrent se joindre à lui, ouvriers pleins dentrain et dardeur, les PP. Siu, Durr, son frère Aloys, les PP. J. Esquirol, Villiatte, Thirion. Mais au bout de quelques années, le P. Alphonse, usé par les travaux et les maladies, dut de soigner à Tchen-Fong, doù il continua néanmoins à diriger tout son monde, lui inculquant sa manière, dont on ne peut sécarter sous peine de voir péricliter les uvres léguées à la mission de Lanlong. Il mourut, après 20 ans de travaux ininterrompus, de la Malaria. Cest à Ouang-Mou, Che-Ten quil contracta les germes de la maladie qui le conduisit aux portes du ciel ; nous aimons à penser que le grand Aubry le reçut là-haut en lui chantant comme autrefois, lors des joyeuses réunions du Kouy-Tcheou :

    Oui, cest bien toi, mon frère,
    Personne autre que toi....

    Le P. Alphonse Schotter était du nombre de ces missionnaires qui sont aptes à dominer toute situation. Grâce à ses qualités natives de clairvoyance et de volonté réalisatrice, servies par une préparation technique consciencieuse : connaissance approfondie de la langue, des murs et de la mentalité dioy, il simposa naturellement. Mais il faut chercher dans le grand amour quil voua à ces races déchues le secret de son emprise sur les âmes et de son influence sur les masses.

    Conclusion. Ce travail, qui a essayé de dire à grands traits la méthode dévangélisation du P. Alphonse Schotter chez les Dioy, na nullement la prétention davoir épuisé le sujet. Nayant pas connu personnellement ce grand missionnaire, nous navons pu que rapporter les dires, si souvent répétés, des chrétiens et des catéchistes formés par lui, dires que nous a confirmés, en y ajoutant, son frère Aloys.

    Au double titre de la fraternité du sang et de lapostolat en pays dioy, quil nous soit permis dassocier au P. Alphonse dans ces pages, qui lui sont plus spécialement consacrées, le souvenir de son frère Aloys, cet autre grand ami des Dioy, cette aimable et souriante figure que fut lAs de Hingyfou, le troisième de nos anciens.

    Il nous faudrait bien des pages rien que pour faire ressortir sa profonde piété, qui sagrémentait de je ne sais quoi dimprévu et de désinvolte dans la manière quand il sagissait de conquérir une âme pour le bon Dieu. Cet aimable flibustier, comme lappelait la chanson, fut le véritable fondateur de la maison de Hingyfou. Il fut envoyé par Mgr Guichard dans cette ville pour y assumer la direction des uvres rendues nécessaires par les développements de lévangélisation chez les Dioy. Le P. Aloys, en vertu même de son tempérament, devait nécessairement créer un centre. Sa charité était telle quil fut laimant qui attirait à la résidence de Hingyfou, pour sy reposer de leurs fatigues ou sy guérir de leurs indispositions, les ouvriers apostoliques évangélisant les pays dioy trop réputés pour leur climat malsain. A linappréciable avantage dêtre un centre de charité rayonnante, la résidence catholique de Hingyfou, située comme la ville sur une hauteur et bâtie sur le roc, joignait celui doffrir à ses hôtes un climat plus sain.

    Le P. Aloys prit à cur de faire de sa résidence la maison-mère des pays dioy. A cet effet, il la dota de biens-fonds dont les revenus lui permettaient détendre et daméliorer ses largesses tant envers les apôtres des Dioy quenvers ces derniers. Sinformant discrètement de létat de santé de ses Confrères, de leurs ennuis, son charitable savoir-faire forçait irrésistiblement les hésitants à se rendre auprès de lui pour se remettre de leurs fatigues, et puiser dans un bienfaisant repos de quelques jours de nouvelles forces pour de nouveaux travaux. Il nous souvient dune chambrette, celle quil réservait aux plus atteints, où lon pouvait lire cette inscription : Ecce quem amas infirmatur. Celui que vous aimez est malade. Témoignage explicite du grand esprit de charité qui lanimait et quil aimait à faire rayonner.

    Mais tout en faisant de So, nom indigène de la ville de. Hingyfou, le rendez-vous des missionnaires, le P. Aloys navait garde de négliger le bon fonctionnement et le développement des uvres qui lui avaient été confiées, principalement du personnel enseignant. Plus tard le probatorium séminaire, fondé par le P. Villiatte, vint se mettre sous sa protection. Cest ainsi que petit à petit, sous laction du P. Aloys, vicaire forain de la région, prenait forme le centre de la future mission de Lanlong, au développement duquel il présida jusquà la fin de 1919. Fatigué et usé à son tour par 20 ans de bons et loyaux services, il passa la main en 1920 au P. L. Esquirol. A linstar de son frère, il se retira à Tchen-Fong où il mourut en 1922. Les restes des deux frères reposent côte à côte.

    Les Schotter ont jeté les bases de la Mission dioy de Lanlong. Le recul du temps manque encore qui permettra de porter sur leur uvre un jugement définitif ; toutefois il est à présumer que leur méthode, basée sur leur connaissance profonde de la mentalité dioy, savèrera, à lépreuve du temps, comme elle sest avérée jusquici la plus pratique et la meilleure. De cette méthode, en effet, sont nées des uvres viables dès le début, et fécondes ensuite en bons résultats.

    Nos héros se sont montrés à nous sous des couleurs assez belles, pour que nous nous permettions, par pur souci, du reste, dimpartialité, de signaler ce quon est convenu dappeler les ombres du tableau, en lespèce les défectuosités dont toute uvre humaine, si parfaite quon la veuille, est inévitablement entachée. Une rigidité trop intransigeante dans lapplication des meilleures idées peut faire naître des inconvénients qui à la longue sont susceptibles de se transformer en obstacles. Cest ainsi que les frères Schotter, ayant manqué de souplesse dans lapplication dune méthode que lexpérience a démontrée excellente, ont parfois rebuté des collaborations de valeur. Plus de délié, plus de jeu dans la réalisation de leurs conceptions aurait, croyons-nous, groupé autour deux une délite plus nombreuse douvriers apostoliques. Cette élite, distribuée aux points stratégiques des pays à évangéliser, aurait à coup sûr formé les centres modèles dont ne peut se passer, pour être féconde, la vie liturgique de léglise, ce puissant facteur de vie chrétienne. Faute de quoi, il y eut entre Hingyfou et les campagnes un léger flottement qui était de nature à retarder létablissement des bases de la future mission. Vint enfin le moment où NN. SS. Guichard et Seguin jugèrent nécessaire une réunion des missionnaires de la région. Cette réunion, que vint présider Mgr Seguin, eut pour résultat de marquer une frontière entre les pays dioy et le reste de la province. Dès lors les grandes lignes de la future mission apparurent plus nettes, division, on peut le dire maintenant, qui était au fond des désirs de chacun et était le but visé par tous. Depuis Rome a parlé, en vertu de quoi Lanlong a été érigée en Préfecture Apostolique.

    Espérons que du haut du ciel nos prédécesseurs continueront, par les grâces de lumière et de force quils nous obtiendront, à accentuer le mouvement dorganisation quils avaient si bien amorcé. Neuf mille baptisés, près de cinquante séminaristes, voilà deux chiffres qui dans leur brève éloquence, permettent tous les espoirs à la jeune mission qui a pris pour devise : In humilitate crescere.

    D. DOUTRELIGNE,
    Missionnaire de Lanlong.


    1927/543-552
    543-552
    Doutreligne
    Chine
    1927
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