Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La Maison de Nazareth 1

La Maison de Nazareth 1884 18 Décembre 1924 Le 18 décembre prochain la Maison de Nazareth à Hongkong va célébrer le 40e anniversaire de sa fondation. Quil nous soit permis, à cette occasion de rappeler le but de cet établissement, les péripéties de sa carrière, les travaux quil a entrepris, les services que, selon les intentions de ses fondateurs, il sest efforcé de rendre à notre chère Société des Missions-Étrangères.
Add this
    La Maison de Nazareth
    1884 18 Décembre 1924


    Le 18 décembre prochain la Maison de Nazareth à Hongkong va célébrer le 40e anniversaire de sa fondation. Quil nous soit permis, à cette occasion de rappeler le but de cet établissement, les péripéties de sa carrière, les travaux quil a entrepris, les services que, selon les intentions de ses fondateurs, il sest efforcé de rendre à notre chère Société des Missions-Étrangères.

    Les fins de luvre. Dans le Compte-rendu annuel de 1883, les Directeurs du Séminaire dé la Rue du Bac communiquaient aux Missionnaires de la. Société leur intention de réaliser un projet depuis longtemps à létude. Ils sexprimaient ainsi : Nous avons chargé M. Rousseille, notre ancien Supérieur, de réaliser un dessein que nous méditions depuis longtemps et sur lequel plusieurs de nos vénérables chefs de Missions avaient souvent appelé notre attention. Nous voulons parler de lérection, à titre dessai, dune maison où pourraient venir se retremper, ou passer le reste de leur vie dans la prière et la retraite spirituelle, ceux dentre nos Confrères quun attrait spécial ou des infirmités corporelles rendraient impropres à continuer un ministère actif et pénible.

    Pour que la vie des membres de la maison projetée fût utile à eux-mêmes et à la Société, il fallait quils eussent une occupation à laquelle ils sadonneraient, et bien vite se fit jour lidée dune sorte de Collégiale, où lon vaquerait, au nom de la Société tout entière, à la louange divine quotidienne par la récitation en commun de lOffice divin, pour attirer les bénédictions de Dieu sur nos Missions.

    La Lettre Commune de 1905, revenant sur le même sujet, le précisait en ces termes : Le but principal de la Maison de Nazareth est de fournir à tous les membres de la Société des Missions-Étrangères, qui en ont le désir et lautorisation, un milieu convenable pour vivre dans le silence, la prière et la méditation, non seulement pendant quelques jours, mais pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, et plus longtemps encore, si la chose est jugée bonne par les Supérieurs.

    Le second but de cette institution est de prier chaque jour plus spécialement pour toutes et chacune de nos Missions. LEglise ne fonde jamais un diocèse sans lui imposer le devoir de la prière publique, par létablissement des chapitres ou des collégiales. Nos Missions nayant pas et ne pouvant pas avoir de semblables institutions, il nous reste du moins la consolation de posséder une Maison dans laquelle on sacquitte chaque jour dune fonction analogue, au nom de toutes et de chacune de nos Missions.

    Mais, en dehors du bréviaire, il restait des heures libres dont la Société pouvait bénéficier si on les consacrait à un travail profitable aux Missions. De là lidée dune imprimerie, uvre secondaire annexée à la Maison, en vue de fournir à nos confrères des livres pour la propagande de la vraie foi ou pour linstruction et la formation des clercs indigènes.

    Telle fut la genèse de létablissement de la Maison de Nazareth, avec ses deux uvres se complétant lune lautre et procurant à ses membres une forme dapostolat indirect, à la fois sanctifiante pour eux-mêmes et féconde pour les Missions. Ce but primordial na pas été changé : il est encore la raison dêtre de la Maison, malgré les vicissitudes par lesquelles il a pin à la Providence de la faire passer.

    Voyons maintenant quel fut le fondateur de luvre et comment il put létablir en Extrême-Orient.

    Le Fondateur. M. Rousseille (1) avait achevé au mois de juillet 1883 son triennat de supériorat : cest à lui que le Conseil de Paris confia la tâche de fonder la Maison projetée.

    Ancien sous-procureur à Hongkong, il connaissait la région où il espérait pouvoir installer son uvre. Directeur et archiviste du Séminaire pendant longtemps, il était au courant des affaires de nos Missions et il comptait trouver, parmi les missionnaires quil avait connus aspirants, ses premiers collaborateurs. Très au courant de lhistoire de notre Société, il se promettait de publier des travaux propres à la faire mieux connaître ; aussi emporta-t-il de nombreux documents, pris parmi les doubles des Archives de Paris.

    Pour établir la Communauté et installer le matériel de limprimerie, il fallait évidemment des ressources considérables. Dieu y pourvut. Un ancien pharmacien de Bordeaux, tout dévoué aux bonnes uvres, M. Germain Ville, laissa, en mourant, à M. Rousseille une somme importante pour aider à la fondation projetée. Rome, au courant de lentreprise, lencourageait et la bénissait. On pouvait aller de lavant.


    (1) Jean-Joseph Rousseille, né à Bordeaux le 1er août 1832 prêtre le 22 décembre 1855 ; sous-procureur à Hongkong (1856), directeur du Séminaire de Paris (1860) ; procureur général à Rome (1872-1880) ; Supérieur du Séminaire des M.-E. (1880-1883).

    Le 22 octobre 1883, le P. Rousseille sembarquait à Marseille. Quittant le paquebot à Pointe-de-Galle, il visita nos Missions des Indes. Cest lors de son passage au Maïssour quil obtint du Vicaire Apostolique, Mgr Coadou, son premier collaborateur, le P. Monnier, qui devait, comme nous le verrons, créer et développer si heureusement lImprimerie de Nazareth et devenir le troisième Supérieur de la Maison.

    Au commencement de janvier 1884, le P. Rousseille arrivait au Collège de Penang, où il comptait recruter un second auxiliaire, le P. Holhann, qui, après six années dans les Procures, était depuis cinq ans directeur au Collège. Laffaire fut conclue aisément, et même, contre son attente, le P. Rousseille trouva là un troisième collaborateur. Le P. Béal, pro-préfet de la Mission de Canton, prenait alors à Penang un repos de quelques semaines. Entendant parler de luvre projetée, il conçut le dessein de sy consacrer et soffrit lui-même au fondateur, qui accepta avec empressement une si précieuse recrue. Car sa connaissance des dialectes de la Chine méridionale, son expérience en matière de constructions (il avait pendant longtemps surveillé les travaux de la cathédrale de Canton), son activité bien connue, faisaient du P. Béal un auxiliaire de première valeur. Mgr Chausse, préfet apostolique de Canton, ayant donné son consentement, la Communauté naissante compta quatre membres : le P. Rousseille en fut naturellement le Supérieur, le P. Béal en devint léconome, le P. Holhann fut linfirmier en même temps que le collaborateur des ouvrages à éditer ; le P. Monnier enfin devait fonder limprimerie et se procurer le matériel et le personnel nécessaires à son installation.

    Après un rapide voyage en Birmanie, le P. Rousseille débarquait à Hongkong le dimanche des Rameaux, 6 avril 1884. Où allait-il établir son uvre ?

    A Sancian (1884). A quelque 175 kilomètres au sud-ouest de Hongkong se trouve la petite île de Sancian. Cest là que, le 2 décembre 1594, dans la une pauvre cabane de bambou, saint François-Xavier avait rendu sa belle âme à Dieu. Inhumé provisoirement sur une colline voisine, son corps, deux mois et demi plus tard, était transféré à Malacca. En 1869, Mgr Guillemin, préfet apostolique de Canton, avait élevé une chapelle au lieu où avait été le tombeau du Saint et une petite chrétienté se formait peu à peu dans lîle.

    Cest là que le P. Rousseille avait rêvé de fixer sa communauté : il sy rendit aussitôt avec le P. Béal. Sans doute le souvenir du grand Apôtre des Indes avait inspiré cette résolution ; mais lirrégularité des communications, la difficulté de se procurer les objets de première nécessité, le manque de sécurité dans une petite île constamment exposée aux incursions des pirates, ne tardèrent pas à démontrer limpossibilité de lentreprise. De plus, les troubles politiques et le conflit franco-chinois ne firent que rendre plus dangereux le séjour des deux Pères : il fallut se résigner à abandonner la place et chercher un lieu plus tranquille et plus sûr.

    A Macao (1884-85). On songea alors à Macao, où lon trouva à louer une propriété ou villa portugaise appelée Santa Sancha. Située sur le bord de la mer, à lextrémité orientale de la grande Praya et près de léglise Saint-Laurent, elle comportait le local nécessaire à une installation au moins provisoire : chapelle, réfectoire, chambres pour les Pères, salle pour limprimerie, alors bien modeste comme personnel et comme matériel.

    Les travaux daménagement furent terminés au milieu du mois de décembre, et, le 17, à 4 heures de laprès-midi, la récitation en commun de lOffice divin commençait par les premières Vêpres de lExpectatio Partus B. V. M., et dès ce moment le règlement entra en vigueur. La fête du lendemain fut célébrée aussi solennellement que possible. Aux quatre membres de la Communauté naissante étaient venus se joindre un Père de la Procure de Hongkong et quelques confrères du Sanatorium de Béthanie. Nazareth inaugurait ce jour-là sa vie de prière et de travail, et il fut décidé que chaque année, à pareil jour, un salut solennel avec chant du Te Deum en commémorerait le souvenir : ce qui aura lieu pour la 40e fois le 18 décembre prochain.

    Le travail de limprimerie commença aussitôt, et le premier opuscule sorti des presses fut, sur le désir du Supérieur, un ouvrage éminemment sacerdotal, le Mensis Eucharisticus du P. Lercari, S. J.

    Il ne semblait pas que la population portugaise de Macao vît de mauvais il la petite colonie de missionnaires français, qui ne manifestait dautres intentions que celles de prier et de travailler pour le bien et le service des Missions. Mais il nen fut pas de même de la part des autorités civiles, dont lesprit ombrageux conçut des doutes et crut devoir considérer Santa Sancha comme une demeure à surveiller. Aussi, lorsque le P. Rousseille, désireux dune installation définitive, entama les démarches nécessaires pour lachat dun immeuble plus en rapport avec ses projets davenir, il se heurta à de telles difficultés, à de telles tracasseries, quil se rendit bientôt compte que la situation deviendrait impossible. Il fallut se résoudre à abandonner Macao, après un séjour de quatre mois seulement.

    Le déménagement se fit, lentement, péniblement, par jonque chinoise, dans laquelle prirent place, comme passagers, les deux membres de la petite Communauté, les PP. Béal et Holhann, le P. Rousseille étant parti en avance pour Hongkong. Or ils étaient déjà si bien pénétrés de lesprit de luvre naissante que, durant la traversée, ils récitèrent loffice et firent tous les exercices de règle en commun, aux heures fixées, comme ils leussent fait dans le calme de leur petite chapelle.

    A Hongkong (1885-91). La vieille colonie portugaise de Macao ne sétant pas montrée hospitalière, on jugea que Hongkong, jeune colonie anglaise, déjà puissante et prospère, offrirait à luvre de Nazareth un asile où elle pourrait se développer librement. Il se trouvait alors, à proximité du Sanatorium de Béthanie, une propriété, Clanmore, avec maison européenne et dépendances, appartenant à une Compagnie anglaise disposée, disait-on, à sen défaire. Le P. Rousseille entra aussitôt en pourparlers et, le 15 avril, laffaire était conclue. Dix jours plus tard avait lieu la bénédiction de la maison, et le lendemain, 26 avril, en la fête du Patronage de S. joseph, on y célébrait la première messe, dans le grand salon, qui devait jusquà nouvel ordre servir de chapelle.

    Ce fut un beau et grand jour que celui-là. Deux évêques, Mgr Raimondi, de Hongkong, et Mgr Foucard, du Kouangsi ; tous les-confrères de la Procure et du Sanatorium, et, en plus, les missionnaires du Kouangtong, chassés de leur Mission par la persécution et alors réfugiés à Hongkong, assistèrent à la fête.

    Et aussitôt après cette nouvelle installation, Nazareth reprit sa vie de prière et de travail.

    Limprimerie fut installée dans un bâtiment spécial, les presses-au rez-de-chaussée, la composition à létage. Le P. Monnier put alors donner libre cours à son intelligente initiative et porta peu à peu son uvre à un haut degré de perfection. Toujours encouragé et soutenu par son Supérieur, il népargnait aucune peine pour développer et perfectionner ses travaux. Cest ainsi quil se rendit successivement à Shanghai pour enrichir son imprimerie des caractères chinois, au Japon pour étudier le procédé chimique de la confection des matrices de caractères, et jusquen France pour se procurer un moteur à pétrole, inconnu encore en Extrême-Orient.

    Longue serait la liste des ouvrages de tout genre sortis dès lors des presses de Nazareth : depuis lOctiduum sacrum de Bellecius, le de Deificatione Justorum de Mgr Laneau, les Epistol S. Francisci Xaverii, jusquau monumental collectanea Decretorum, combien de travaux furent publiés en latin, en français, en langues indigènes : chinois, annamite, thibétain, laotien, etc.!

    Le P. Rousseille, avec son érudition et son amour des Missions, prit sa large part de travail, soit comme éditeur, soit comme auteur. Cest à lui que lon doit le Mémorial de la Société des M.-E., la Rubricarum triplex expositio, etc.

    Tout semblait donc marcher à souhait et lavenir de Nazareth paraissait assuré, lorsquune nouvelle épreuve vint fondre sur la petite Communauté.

    Une épreuve : la fièvre Cétait chose connue que Clanmore (en chinois Taikulao caractères chinois) laissait à désirer sous le rapport de la salubrité ; mais, en sy établissant, on avait pris des mesures dassainissement : nettoyage, écoulement des eaux, abattage darbres, coupe de fourrés, plantation deucalyptus et de camphriers, grâce auxquelles sans parler de la médaille de saint Benoît, semée un peu partout, on espérait que la situation saméliorerait et que la fièvre disparaîtrait peu à peu. Malheureusement il nen fut rien, et en dépit des doses quotidiennes de quinine quabsorbaient courageusement les hôtes de Nazareth, ils ne réussirent pas à chasser la fièvre ; ce fut la lièvre qui les chassa.

    Le lutte cependant fut longue : elle devait durer cinq ans. En 1886 on avait ajouté à la maison un corps de bâtiment qui donnait, au rez-de-chaussée, quelques chambres pour les missionnaires et, à létage, une chapelle qui pût recevoir six autels latéraux avec les prie-dieu et chaises pour une vingtaine de confrères, plus encore lespace réservé aux Chinois chrétiens employés dans la maison. Le Saint-Sacrement y fut transporté le jour de la Fête-Dieu (24 juin 1886) ; la salle qui jusque là avait servi de chapelle devint la bibliothèque. Et lon continua un peu plus aisément la vie quasi monacale inaugurée lannée précédente : messe conventuelle, office divin psalmodié aux jours ordinaires, chanté en tout ou en partie aux jours de fête, etc.

    Eu égard au climat tropical de Hongkong et à linsalubrité particulière de lendroit, il y eut, sans doute, quelque exagération dans cette multiplicité de longs offices chantés par un chur trop souvent insuffisant. Il en résultait une plus grande fatigue des membres de la maison, et de cette fatigue une moindre résistance aux attaques de la fièvre, laquelle finit par triompher des plus énergiques travailleurs. Ils ne mouraient pas tous, aucun même, heureusement, ne succomba à ses atteintes, mais tous étaient frappés, ou le furent successivement. Lorsque le P. Rousseille vit ses deux principaux auxiliaires, le P. Monnier, la cheville ouvrière de limprimerie, et le P. Gaztelu, infirmier de la maison depuis que le P. Holhann était devenu Supérieur intérimaire de Béthanie, atteints à leur tour et obligés de se retirer au Sanatorium, où pendant longtemps aucun remède ne parvint à les délivrer de leur fièvte, il comprit que résister plus longtemps était impossible et quil fallait chercher un autre domicile. En attendant quil fût trouvé, on dut suspendre certains exercices : la messe conventuelle, la récitation du bréviaire en commun.

    Pour comble, dépreuve, le P. Rousseille tomba malade à son tour : une broncho-pneumonie le força à saliter et à demander, lui aussi, lhospitalité du Sanatorium, où il passa tout le Carême de 1890.

    On chercha donc un local suffisant pour luvre de Nazareth. Un Anglais, M. Humphreys, consentit à louer pour cinq ans une maison quil possédait à lentrée de la ville de Victoria, au dessus du quartier appelé Kennedy-town, et, le dimanche 19 avril 1891, la communauté fut transférée dans le nouveau local de Richmond Terrace. Ce dimanche, 3e après Pâques, était encore la fête du Patronage de S. Joseph ; mais quelle différence avec celle, si joyeuse, du 26 avril 1885 ! Alors tout était à lespoir, à lallégresse dune installation que lon croyait définitive ; aujourdhui cétait la tristesse dun exil dont on ne pouvait prévoir la durée.

    A Richmond Terrace (1891-95). Après un laborieux déménagement, la communauté quitta le petit village de Pokfulum pour sinstaller en ville. La maison enfiévrée ne fut pas cependant complètement abandonnée ; le P. Béal y resta avec tous les ouvriers de limprimerie, et, pour le distraire de sa solitude, il fut décidé que, tous les mercredis, les confrères de Richmond Terrace monteraient déjeuner à Pokfulum. Mais on saperçut bientôt que cette séparation était désavantageuse pour le travail, et, au mois de septembre, limprimerie, matériel et personnel, se transporta également à Richmond Terrace.

    La Communauté se composait alors des PP. Rousseille, Béal, Gaztelu, Monnier, Guéneau, Largeteau (Kouytcheou), Héry (Coch. Sept.) et Loiselet (Yunnan). Ces trois derniers regagnèrent successivement leur Mission, mais ils furent remplacés par les PP. Desgodins (Thibet), Gourdin (Setch. Mérid.), Artif (Setch. Orient.), Gandon (Birm. Mérid.), etc.

    Et, malgré lexiguïté du local et les incommodités qui en résultaient, limprimerie continuait à fournir un travail de plus en plus considérable. Cest à cette époque que furent publiés deux ouvrages de première valeur : la Triplex Expositio Rubricarum, du P. Rousseille, déjà mentionnée, et lExplication des Evangiles, du P. Thiriet, aujourdhui à sa 5e édition et traduite successivement en latin et en chinois à lintention de nos prêtres indigènes.

    Cependant linstallation de Richmond Terrace ne pouvait être considérée comme définitive : elle comportait trop dinconvénients, parmi lesquels linsuffisance de local nétait pas le moindre. Le Supérieur se préoccupait vivement de cette situation précaire et entretenait à ce sujet une correspondance active avec le Séminaire de Paris. Celui-ci, estimant quun échange didées entièrement satisfaisant ne pourrait avoir lieu que de vive voix, invita le P, Rousseille à faire le voyage dEurope pour venir conférer à Paris même des intérêts de sa Maison. Confiant la direction de Richmond Terrace à son assistant, le P. Béal, le Supérieur sembarquait le 2 mai 1894 pour la France, mais par la voie du Japon et de lAmérique. Parmi les divers projets ébauchés par lui pour lavenir, il y avait celui du transfert possible de Nazareth, sil fallait quitter Hongkong, au Japon, dans les environs du port ouvert de Kôbe, et il voulait se rendre compte sur place des avantages et des inconvénients de la situation.

    Le P. Rousseille débarquait à Paris dans les premiers jours de juin. Son voyage avait été rapide ; mais le télégraphe lavait été plus encore, et, à son grand étonnement, il trouva, en arrivant, résolu le problème qui le préoccupait si vivement et qui lavait ramené en Europe. Voici ce qui sétait passé. Le Procureur général de Hongkong, le P. Martinet, avait, de son côté, cherché une installation pour luvre de Nazareth. Or il apprit quune Compagnie anglaise de navigation possédait, vis-à-vis de notre Sanatorium de Béthanie, dont elle nest séparée que par la route, une propriété quelle serait disposée à céder. Cette propriété consistait en une villa appelée Douglas Castle, avec ses dépendances, et un terrain dune superficie suffisante pour permettre les agrandissements que lon jugerait nécessaires. Le P. Martinet entra aussitôt en pourparlers avec le représentant de la Compagnie et, avant la fin de mai, tandis que le P. Rousseille était en route pour lEurope, le contrat était signé en vertu duquel la Société des M. -E. devenait propriétaire de ce petit domaine. La nouvelle en fut télégraphiée aussitôt à Paris et le bon P. Delpech fut tout heureux de lannoncer au voyageur à son arrivée.

    Essayer de décrire létonnement et la joie du P. Rousseille serait inutile, mais son séjour en France en fut grandement abrégé, et, après avoir traité dautres affaires moins importantes, toujours relatives à son uvre de Nazareth, il reprenait la mer et était de retour à Hongkong le 3 octobre.

    Le bail de location de Richmond Terrace ne se terminait quen 1896. On avait donc lannée 1895 entière pour aménager Douglas Castle et y faire les agrandissements voulus. On se mit à luvre sans retard. Il sagissait dabord dagrandir le Castle pour la résidence des Pères ; puis, un peu à gauche, à cause de la configuration du terrain, délever la chapelle ; enfin, au chevet de la chapelle, de construire le grand bâtiment destiné à limprimerie.

    Le Douglas Castle était bien un vrai castel . Du genre anglais désigné sous le nom de style Tudor , il avait fort bonne apparence avec ses tourelles dangle, ses créneaux, ses arcatures. Larchitecte chargé de lagrandir jugea de son devoir professionnel et de sa réputation dharmoniser la partie nouvelle avec lancienne en lui donnant le même style. Tout au plus put-on obtenir quil consentît à simplifier certains détails dornementation ; mais lensemble nen demeura pas moins plus monumental quon ne leût désiré, et plus dune fois le P. Rousseille eut le désagrément de sentendre dire : Mais cest un palais que vous avez bâti là ! Aussi lorsque, quelques années plus tard, il fallut relever le Castle primitif qui menaçait ruine, on fit une construction plus sévère, privée de tout ornement de pure fantaisie.

    Le 2 janvier 1895 on commençait à bâtir limprimerie et la maison destinée aux employés chinois.

    Le 3 juin le P. Rousseille posait et bénissait la première pierre de la chapelle, dédiée à la Sainte-Famille. Les confrères vinrent naturellement de Richmond Terrace pour assister à cette cérémonie, à laquelle prirent part également les Pères du Sanatorium.

    Les travaux de construction sont poussés avec activité : les années dexil vont prendre fin. Au commencement de décembre, la Communauté quitte définitivement Richmond Terrace, et, la nouvelle résidence nétant pas encore achevée, sinstalle provisoirement à Lucia Villa, propriété voisine de Douglas Castle.

    Enfin voici lannée bénie 1896, pendant laquelle vont se succéder les événements heureux et qui verra reprendre les exercices de la vie conventuelle selon les intentions du pieux et zélé fondateur.

    Le 24 mai, en la fête de la Pentecôte, le P. Rousseille bénissait solennellement la nouvelle maison et la cloche qui devait donner le signal des exercices de la Communauté.

    Le 27, les confrères quittaient Lucia Villa et prenaient possession de leur nouvelle demeure.

    Le 31, fête de la Sainte Trinité, on reprenait la célébration de la grandmesse dominicale, du salut du Saint-Sacrement, et la récitation intégrale de lOffice divin, qui na plus été interrompue depuis lors.

    Il fallut cependant attendre jusquà la fin doctobre linauguration de la chapelle. Le 27 de ce mois, par délégation de Mgr Piazzoli, Vicaire Apostolique de Hongkong, le P. Rousseille procédait à la bénédiction du nouveau sanctuaire, et, le lendemain, les confrères célébraient pour la première fois la sainte messe aux douze autels de la crypte.

    Le 29, Mgr Piazzoli honorait de sa visite le nouveau Nazareth, bénissait la cloche de la chapelle et présidait ensuite les fraternelles agapes qui, pour la première fois aussi, réunissaient tout le clergé de Hongkong.

    La Communauté se composait alors des PP. Rousseille, Supérieur, Béal, Gaztelu, Monnier et Guéneau, membres titulaires ; puis des PP. Desgodins (Thibet), Artif (Setchoan Oriental), Tessier (Tonkin Mérid.), Grosborne (Pondichéry), Desseaume (Coch. Occid.) et Combettes (Tonk. Mérid.).

    Une ère nouvelle souvrait pour Nazareth.

    (A suivre)

    

    1924/711-721
    711-721
    Anonyme
    Chine
    1924
    Aucune image