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La léproserie Saint-Joseph de Shek-Lung (Mission de Canton)

LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS IV. La léproserie Saint-Joseph de Shek-Lung (Mission de Canton). En 1907, arrivait à Canton le fondateur de la léproserie de Shek-Lung, le Père Louis-Lambert Conrardy, à lâge de 65 ans. Dabord missionnaire à Pondichéry en 1872, il avait quitté la Société et sen était allé tenir compagnie au célèbre Père Damien, auquel il ferma les yeux après lavoir soigné durant sa longue maladie. Ce trait suffirait à donner une idée de la charité et de lesprit de foi de ce courageux disciple du Christ.
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    LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS


    IV. La léproserie Saint-Joseph de Shek-Lung (Mission de Canton).

    En 1907, arrivait à Canton le fondateur de la léproserie de Shek-Lung, le Père Louis-Lambert Conrardy, à lâge de 65 ans. Dabord missionnaire à Pondichéry en 1872, il avait quitté la Société et sen était allé tenir compagnie au célèbre Père Damien, auquel il ferma les yeux après lavoir soigné durant sa longue maladie. Ce trait suffirait à donner une idée de la charité et de lesprit de foi de ce courageux disciple du Christ.

    Cest à Molokai quil avait appris le nombre considérable de lépreux vivant en Chine. Voyant sa tâche terminée aux îles Hawaï, il vint à Canton offrir ses services pour les lépreux à Mgr Chausse ; cétait en 1895, lEvêque, heureux de sintéresser à ces malheureux, accepta cette offre, mais demanda au Père de trouver lui-même les fonds nécessaires à la fondation et à lentretien de luvre. Généreusement le Père reprit son bâton de voyageur et pendant douze ans il quêta, sou par sou, largent nécessaire à la réalisation de son rêve. Ceux qui, par expérience, ont fait ce métier de mendiant comprendront ce quil y avait dénergie, dabnégation et de charité dans lâme du Père pour lui permettre de continuer ce rôle ingrat pendant un si long temps.

    Un jour pourtant il entrevit la fin de sa vie dexilé. Le Père Fleureau, Supérieur par intérim de la Mission de Canton, lui écrivait : Venez, le moment est propice, et le Père se hâta daccourir.

    Loccasion, en effet, était venue : il fallait même se presser. Déjà les protestants avaient établi une petite léproserie près de Canton ; et par la suite une station de chrétiens, dorigine lépreuse, se voyait menacée dans sa vie matérielle et religieuse.

    Le Père Conrardy nhésita pas. Il envoya les fonds nécessaires à lachat de terrains et à la construction des premiers bâtiments. Lendroit choisi est situé près de Shek-Lung, sur la voie ferrée qui relie Canton et Hongkong.

    Une île fut acquise en partie, et bientôt sélevèrent quelques constructions : deux maisons pour lépreux, lune pour les hommes, lautre pour les femmes, une chapelle, une résidence pour le Père et une autre pour des Surs. Jamais cette dernière ne fut habitée par celles à qui elle était destinée.

    Luvre commença immédiatement, je ne dirai pas les courses faites chaque matin à Canton par le vaillant vieillard. Il allait, loin de la Mission, dans un taudis, soigner et encourager les malheureux atteints de lèpre. Ils vivaient là, parqués dans des maisons dune saleté repoussante, sans surveillance, livrés à tous leurs mauvais instincts. La visite du prêtre était une lumière pour eux ; hélas ! bien peu la voyaient. Pourtant bien des germes de foi furent semés à cette époque ; mais la moisson ne fut récoltée que plus tard par le successeur du vénérable fondateur.

    La léproserie de Shek-Lung a eu deux phases bien distinctes : de 1907 à 1913 elle demeura luvre personnelle du Père Conrardy, avec un contingent de 60 à 70 malades. Le Père faisait tous les frais dentretien de létablissement et assumait par lui-même le service de ses chers malades. Héroïque fut la vie du saint vieillard pendant six ans, seul au milieu de tous ces déshérités, ignorant la langue, nayant pour le servir quune lépreuse aux doigts congestionnés, vivant daumônes, et passant sa journée à panser et à instruire ses enfants. Cest là, je crois, la marque indélébile dune âme fortement façonnée, qui ne connaissait en ce monde que le mot du Maître : Allez, enseignez faites ce que je vous ai montré. Cest, dailleurs, aux pieds du Maître que le Père, dans toute la simplicité de sa foi, trouvait la force de continuer jusquau bout la réalisation de son rêve.

    A 70 ans, le bon Samaritain rêvait encore ! 60 lépreux ne suffisaient pas à assouvir sa soif de dévouement ; il lui fallait plus ; il ne voyait pas pourquoi il ne soccuperait pas de tous les lépreux de la province du Kouangtong, et ils sont 20.000 !

    En attendant ce jour, il eut la grande consolation de voir son dévouement apprécié par les autorités chinoises issues de la Révolution de 1911. Les nouveaux fonctionnaires, pleins de bonne volonté et comprenant la portée sociale de luvre de Shek-Lung, décidèrent de faire la charité du Père pour développer le noyau déjà existant. Il sagissait de transférer à Shek-Lung tous les lépreux entretenus par le gouvernement et vivant dans la banlieue de Canton.

    Le Père accepta ; mais comme la gestion de luvre dépassait les forces dun seul individu, la Mission de Canton prit laffaire en mains et signa un contrat avec les autorités chinoises.

    Celles-ci sengageaient à aider à lentretien des malades à raison de trois piastres par mois et par tête. Elles construisaient de vastes maisons pour les malades et cela sur le terrain acheté par le Père Conrardy.

    On fit lacquisition dune nouvelle île pour loger les femmes. La Mission fournissait le personnel.

    Le 20 septembre 1923 arriva le premier contingent venu de Canton, et au mois de novembre on comptait 702 malades.

    Organisation. Tout ne fut pas rose en commençant. Les lépreux ne saisissaient pas le pourquoi de notre intervention dans leur vie. Ces pauvres malheureux, à qui lexistence a été si dure, ne pouvaient concevoir ce quil y a de charité dans le cur dun prêtre catholique et ils attribuaient à un motif humain le zèle que le missionnaire montrait à leur égard. Le bon Père Conrardy souffrit beaucoup de se voir incompris de ceux mêmes à qui il avait donné le meilleur de sa vie, et cette tristesse peut bien avoir abrégé son séjour parmi nous. A peine luvre fondée avec tant de peines commençait-elle à laisser prévoir un résultat, que le bon Père sen allait vers le Dieu de toute charité recevoir la récompense quil avait si bien méritée.

    Pour arriver, non seulement à nous faire accepter des malades, mais à nous faire aimer deux, il fallut du temps, de la patience, et surtout la grâce du bon Dieu.

    La léproserie de Shek-Lung nest pas un hôpital où lon cherche la guérison, pas même, hélas ! une amélioration du terrible mal ; non, la chose est impossible au point de vue financier. Cest seulement un immense lazaret, où lon donne au malade, avec les soins que réclame sa situation, tout le confort matériel et moral compatible avec nos ressources. Il y trouve, en effet, un bien-être quil na jamais connu dans sa vie vagabonde et une affection quon lui refuse dans la société ; celle-ci, à son tour, bénéficie de lisolement dans lequel vit le lépreux à Shek-Lung.

    Il est difficile de dire dans un court article tous les moyens employés pour rendre à ce déshérité un peu de la part de bonheur à laquelle il peut prétendre sur cette terre.

    Le principe de ladministration consiste à laisser à chaque individu toute la liberté compatible avec un certain ordre. En dautres termes, nous essayons dattacher ces malheureux à la léproserie : les chaînes qui les y retiennent sont toutes morales, car la prison est ouverte de tous côtés. Lintérêt est une de ces chaînes. Chaque individu peut posséder ce quil veut, faire le commerce, cuire ce que bon lui semble, travailler, si cela lui plaît, et moyennant un salaire ; bref, il vit là, peu sen faut, comme il vivrait dans son village, et il saffectionne à sa nouvelle maison.

    Pour subvenir à lentretien dun pareil établissement, nous devons compter sur la fidélité des Chinois à leur parole. Les 3 dollars par mois et par malade sont la base essentielle de la vie à Shek-Lung. Seuls ceux qui ont vu notre lazaret (et ils sont nombreux, grâce au voisinage de Hongkong,) peuvent avoir une idée de létat de misère dans lequel on y vit. Je suis heureux de dire que notre confiance dans la fidélité chinoise à la parole donnée na pas été trompée. Jusquau mois de juin 1922, nous avons toujours été payés régulièrement et si, depuis ce moment, il y a eu arrêt dans la régularité des paiements, cela ne tient pas à la volonté des gouvernants, mais aux difficultés financières dans lesquelles ils se débattent à Canton. Nous espérons, dailleurs, voir cette situation prendre fin à bref délai.

    Résultats. Du 20 décembre 19l3 au 20 décembre 1922, la léproserie a reçu 2.746 hommes et 769 femmes.

    La moyenne des présents durant lannée 1922 a été denviron 1.000 malades.
    Au point de vue surnaturel, nous navons que des actions de grâces à rendre à Dieu. Les temps difficiles sont loin, bien loin : et nous ne pouvons que nous féliciter de la présence du prêtre au milieu de ces déshérités. Tous meurent baptisés et nous avons actuellement une population chrétienne de 500 fidèles, qui vivent dune vie très régulière et même édifiante.

    Je nen veux quun exemple. Pour soccuper de ces mille malades, ladministration se compose dun prêtre chinois, de deux religieuses Missionnaires de lImmaculée-Conception (dOutremont, Canada), dune vierge chinoise et du directeur. Le zèle de nos néophytes a suppléé à notre insuffisance ; ils ont formé de concert une petite Société de la Croix-Rouge, vingt hommes et dix femmes, qui ont pris à charge tous les pansements quotidiens, qui lavent les bandages, donne aux grands malades tous les soins nécessaires, ensevelissent les morts, et
    Cela pour Dieu.

    Je ne veux pas lasser les lecteurs du Bulletin, mais je ne tarirais pas, si je voulais dire tout le bien obtenu à Shek-Lung. Je najouterai quune remarque : cest la constatation quavec des moyens humains infimes et grâce aux allocations du gouvernement chinois, Dieu nous a permis de cueillir les fruits les plus beaux et les plus consolants pour un cur de missionnaire.

    Depuis la mort du P. Conrardy, en 1914, cest le P. Deswazières qui est chargé de la Léproserie : il sy dépense sans compter. Puissent ses forces être toujours à la hauteur de son dévouement !


    1923/231-235
    231-235
    Anonyme
    Chine
    1923
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