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La Léproserie Saint-Jean Mandalay (Birmanie Septentrionale)

Les Léproseries dans nos Missions I. La Léproserie Saint-Jean Mandalay (Birmanie Septentrionale) Le Fondateur. Né le 28 novembre 1864, à Danbin, dans le Tyrol, le Père Jean Wehinger entra laïque au Séminaire de la rue du Bac le 28 octobre 1885. Ordonné prêtre le 21 septembre 1889, il partait pour la Birmanie du Nord le 27 novembre suivant.
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    Les Léproseries dans nos Missions


    I. La Léproserie Saint-Jean Mandalay (Birmanie Septentrionale)
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    Le Fondateur. Né le 28 novembre 1864, à Danbin, dans le Tyrol, le Père Jean Wehinger entra laïque au Séminaire de la rue du Bac le 28 octobre 1885. Ordonné prêtre le 21 septembre 1889, il partait pour la Birmanie du Nord le 27 novembre suivant.

    Mgr Simon, lévêque aux décisions rapides, lenvoie immédiatement au village de Chanthagon, alors en formation, situé dans le district de Kiauksé. Tout en surveillant les travaux de construction dune église, don dun riche chrétien de Mandalay, il apprend les premiers éléments de la langue birmane avec un prêtre indigène et visite, selon les besoins du saint ministère, la petite ville de Kiauksé. Cest là que pour la première fois il rencontre des lépreux, mendiant le jour, passant la nuit dans des abris appelés zayats, abris que lon trouve un peu partout.

    Une grande pitié sempare de son âme, la grande pitié des lépreux, dirait Maurice Barrès. Il faut secourir ces malheureux rebuts de lhumanité, il faut sauver leurs âmes. Il sintéresse à eux, les réunit, panse leurs plaies. Il leur parle du divin Crucifié : et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum. A ces victimes de la pire des maladies, il ouvre des horizons nouveaux, larges, sauveurs. Sa vocation de missionnaire se double de celle dun Camille de Lellis. Un désir insatiable de se sacrifier pour les lépreux, de les soigner lui-même, saccroît tous les jours. Oui, il sera leur père, eux seront ses enfants.

    Mais, pour une uvre de ce genre, la petite ville de Kiauksé nest pas le lieu favorable. Il vient à Mandalay, souvre de son projet à son évêque, qui laccueille avec bienveillance et, de concert, ils font auprès des autorités civiles, les démarches nécessaires pour le faire aboutir. A 3 milles à lest de la ville sont de vastes terrains incultes, anciens jardins royaux, manaw-yaman. En novembre 1891, ils en obtiennent une partie.

    Avec lassistance du gouvernement local et du généreux public de la ville, des cabanes temporaires assez confortables surgissent rapidement de ce sol abandonné et, le premier janvier 1892, avec quelques lépreux amenés de Kiauksé, le Père Wehinger prenait possession de son petit royaume tant désiré : la Léproserie Saint-Jean était fondée. Un mois après, 65 lépreux étaient hospitalisés ; à la fin de lannée, ils étaient 150.

    Cest alors que le P. Wehinger donne libre cours à tout son dévouement et se dépense saris compter. Sa boîte de pansements à la main, on le voit passer de cabane en cabane, de malade à malade, se pencher sur leur lit de souffrance : à celui-ci il panse une affreuse plaie ; à celui-là il coupe un bout de membre rongé par le mal ; à tous il donne une parole de consolation. Et cela tous les jours, par une température quelquefois de 45º dans une atmosphère viciée, une odeur sui generis que seuls connaissent ceux qui ont visité des lépreux. Le temps libre que lui laisse son travail de médecin, dinfirmier, de garde-malade, il le passe à quêter en ville pour ses chers enfants lépreux. En 1894, une brave fille du diocèse de Laval, Melle Anna Jégu, vient partager sa tâche dinfirmier et donner ses soins aux femmes lépreuses. Invalide, elle vit encore à la Léproserie St-Jean.

    Le Quêteur. Mais là ne sarrête pas la noble ambition de ce nouveau Père Damien. Il y a en Birmanie, sur une population de 12 millions dhabitants, 30,000 lépreux, dont 4.000 à Mandalay. Il conçoit le plan dun grand établissement. Ce nest quun germe quil a jeté en terre, il en veut le plein développement, lentier épanouissement. A son uvre, il veut intéresser lEurope entière et, en février 1896, il part pour son grand tour de mendiant des lépreux.

    De Rome viennent force et lumière. Cest Léon XIII qui lencourage et le bénit ; cest le patriarche de Venise, le Cardinal Sarto (plus tard Pie X) qui lui donne sa généreuse obole. Cest lAutriche, sa patrie, qui le reçoit à bras ouverts ; cest la France, cest lAllemagne, cest lAngleterre, quil parcourt. Pour ses lépreux, il frappe à toutes les portes ; pour eux, les palais des têtes couronnées et des princes souvrent devant lui, et de partout il reçoit ce fameux nerf de la guerre qui permet de tout entreprendre.

    En janvier 1898, il rejoint enfin sa chère léproserie de Mandalay avec six religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, elles sont 20 aujourdhui, pour laider dans son uvre dabsolu dévouement. Il a la santé, il a largent : il va pouvoir enfin réaliser le rêve tant souhaité. Hélas ! il oublie que lhomme propose et Dieu dispose. Un fâcheux événement léloigne encore pour quelque temps : tant il est vrai que cest au pied de la croix que se jettent les assises profondes et durables de toute uvre divine.

    Le Bâtisseur. Vers 1900, pour de bon cette fois, le P. Wehinger reprend la direction de sa chère Léproserie Saint-Jean. Il demande une plus grande concession de terrain : ne veut il pas la renouveler en entier ? 36 acres (15 hectares) en tout lui sont concédés. Et le voilà à luvre. Les bâtisses surgissent de terre avec une régularité et une continuité de travail remarquables. Ce sont dabord 7 pavillons pouvant loger 350 lépreux, que, le 28 novembre 1901, Lord Curzon, Vice-Roi des Indes, inaugure. Emerveillé de ce quil voit, il décerne au Père le titre de premier mendiant du monde, en même temps quil lui épingle sur la poitrine la médaille du Kaiser-i-Hind.

    Cest ensuite le bâtiment principal, comprenant la chapelle et le couvent ; le 5 mars 1902, il est béni par Mgr Cardot, Administrateur de la Mission, et linauguration en est faite 18 jours après par Sir Frederic Fryer, Lieutenant-Gouverneur de la Birmane.

    Le Père veut mieux encore : un laboratoire complet pour études sur la lèpre, un médecin spécialiste correspondant avec les sommités médicales des grandes cliniques, des recherches pour un remède, sil est trouvable, contre ce terrible fléau. Il veut rester mendiant jusquà ce quil ait réuni tous les lépreux de Birmane dans un Asile Saint-Jean plus vaste encore et mieux organisé. Il se prépare à visiter cette fois lAmérique, quand, le 6 septembre 1903, le bon Dieu lappelle à Lui : il avait 39 ans !

    LEtablissement. La Léproserie est divisée en trois sections : est, centre et ouest. Celle de lest, réservée aux hommes, comprend 4 pavillons pouvant hospitaliser 200 malades ; celle de louest, pour les femmes, a 3 pavillons pour 150 malades.

    Au centre, la chapelle et le couvent sont contigus et, derrière, au sud, se trouvent les cuisines, la buanderie, etc. La chapelle est une reproduction, en petit, du Brompton Oratory de Londres. Le couvent a trois étages et possède toutes les commodités requises pour la vie de communauté. Tous les pavillons sont reliés par un passage couvert et un Decauville distribue la nourriture à chaque salle dhôpital.

    Les pavillons, tous bâtis sur un plan uniforme, mesurent 140 pieds (42m) de long sur 24 (7m 20) de large, à la distance de 100 pieds (30m) les uns des autres. Les murs sont en cloisons de briques, les toits en zinc. Les salles sont divisées en deux appartements, avec, au milieu, un dispensaire pour faire les pansements. Chaque salle peut contenir 40 lits.

    Depuis ont été construits, aux frais du Gouvernement, une maison pour le médecin attaché à létablissement et un grand pavillon pour les lépreux vagabonds arrêtés et confiés à lAsile par les soins de la police. Les Européens et Eurasiens victimes de la terrible maladie ont leur hôpital à part.

    2262 lépreux ont été hospitalisés à la Léproserie depuis sa fondation ; 1168 y sont morts ; 1867 y ont été régénérés dans les eaux du baptême. Le nombre total des lépreux présents est aujourdhui de 236.

    Les ressources proviennent de donations faites par le Gouvernement, dallocations de quelques municipalités et des revenus de fondations faites par le P. Wehinger.

    A deux reprises, durant labsence du fondateur, le P. J. Bazin fut mis à la tête de la Léproserie. A la mort du P. Wehinger, le P. L. Lafon en prit ladministration, tout en soccupant de sa mission chinoise. Les directeurs attitrés, à partir de 1906, ont été les suivants :

    1906 - 1912 : P. R. Bouffanais.
    1912 - 1916: P. L. Allard.
    1916 - 1921: P. C. Roche.
    Le Directeur actuel, depuis le 1er juillet 1921, est le vaillant P. Marcel Collard, Croix de guerre.

    AUG. DARNE,
    Miss. de Birmanie Septentrionale,


    1922/519-524
    519-524
    Darne
    Birmanie
    1922
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