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La Léproserie de Kumbakônam

Les Léproseries dans nos Missions La Léproserie de Kumbakônam
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    Les Léproseries dans nos Missions


    La Léproserie de Kumbakônam

    Les débuts de la Léproserie de Kumbakônam remontent à la fondation de ce diocèse. Lorsque, en 1900, lhospice des vieillards fut confié aux Surs Catéchistes Missionnaires de Marie Immaculée, il y avait alors une pauvre vieille femme lépreuse, qui chaque jour sen venait à lhospice chercher la nourriture et les soins dont elle avait besoin. Pariate, elle ne pouvait prendre gîte à lintérieur de lhospice : elle passait la nuit tantôt sur une tombe proche de léglise, tantôt dans une petite chapelle de Notre-Dame de Lourdes. Quelques années plus tard, vers 1905, les Surs aménagèrent dans lenclos de leur hospice un terrain de quelques mètres carrés pour y recevoir des lépreux, ou du moins pour y donner des soins à ceux qui se présenteraient. Le premier qui fut reçu était un païen dune quarantaine dannées : son état était horrible et lodeur quexhalait ce cadavre vivant était, épouvantable. Les religieuses, tout en soignant le corps, éclairèrent lâme de ce pauvre moribond : il fut baptisé le 4 janvier 1905 et, la nuit suivante, il sen allait au ciel, près du Consolateur de ceux qui souffrent.

    A partir de ce moment les religieuses eurent toujours quelques lépreux : 5, 6, 9 au plus, le manque de place les empêchant den recevoir davantage. Il fallait attendre. Le bon Dieu, qui envoyait les malades, trouverait bien le moyen de leur procurer un abri. Une léproserie : cest ce que demandaient les Surs ; cétait aussi le désir de Mgr Bottero, le premier évêque de Kumbakônam.

    Le P. Jean Michotte fut linstrument dont Dieu se servit pour fonder luvre dune manière définitive : il sy consacra tout entier. Il fallait des ressources : pour sen procurer il devint quêteur et fit un voyage en France. Il fallait bâtir : il devint architecte, dressa lui même les plans et surveilla les travaux de construction. Il fallait lutter contre les païens, qui voyaient de mauvais il la création dune uvre catholique : il se fit lutteur et tint tête à tous les adversaires.

    En 1914 la construction était achevée : deux pavillons pour les malades, un pour les Surs infirmières, et les dépendances nécessaires ; au-dessus de la porte dentrée, une magnifique statue du Sacré-Cur, le Sauveur invitant à venir à Lui les pauvres, les déshérités de la terre : Lui, qui a voulu se faire lépreux, et nos putavimus eum quasi leprosum, appelait à Lui les lépreux de ce monde : leprosos mundate. La Léproserie du Sacré-Cur était fondée. Située dans un quartier excentrique de la ville, isolée des autres habitations par des rizières qui lentouraient de trois côtés, elle était admirablement placée pour recevoir les malades.

    Le démon allait tenter une dernière offensive. Il faillit remporter la victoire et rendre vains tous les travaux du P. Michotte.

    Cest ici quil faut admirer lintérêt que portent à leurs administrés les édiles de la municipalité de Kumbakônam. Ils sont brahmes en grande majorité, donc sectaires, et sectaires que les Pharisiens de jadis reconnaîtraient certainement comme leurs dignes rejetons.

    Or donc nos édiles, voyant quau sein de leur cité allait souvrir une léproserie, crièrent bien haut que la santé publique était en danger. Quon laisse les lépreux en contact perpétuel avec la population, que dans les trains ils aillent se frotter aux voyageurs, quils soient marchands de lait ou tenanciers de coffee-hotels, quils soient médecins, domestiques ou pêcheurs, quils soient maîtres décole, policemen ou employés dans ladministration publique (car les lépreux sont tout cela, ainsi quen font foi les documents officiels : Cf. Census 1911, p. 151) ; que les lépreux donc soient libres daller et de venir où bon leur semble, nos modernes pharisiens ny trouvent rien à redire ; mais est-il question de réunir ces malheureux, même en nombre assez restreint, dans un endroit excentrique de la ville, les voilà tous en émoi !

    Laffaire fut portée par eux devant le Gouvernement et, comme autrefois, par crainte sans doute, le Gouvernement donna raison aux pharisiens brahmes : défense fut faite douvrir la léproserie.

    Tout était à recommencer : le P. Michotte recommença tout. Bien mieux : puisque cest le Gouvernement qui avait solutionné laffaire au profit des brahmes, il était de toute justice que ce même Gouvernement payât au moins une partie des frais. Cest ce qui eut lieu. Le Père obtint un grant officiel pour lachat dun nouveau terrain, lequel, situé en dehors de la ville, était donc à labri des foudres de nos conseillers municipaux. Et alors linfatigable missionnaire redevint architecte et se remit à construire.

    Le Bulletin du mois doctobre nous a dit ce quil advint de la léproserie primitive, comment elle fut acquise par les Surs et comment elle est devenue le magnifique hôpital Sainte-Anne. Le diable, une fois de plus, avait été pris dans ses propres filets.

    Mais revenons à notre léproserie. Le 30 octobre 1916, Mgr Çhapuis bénissait les nouveaux bâtiments. Les Surs sinstallaient dans le pavillon qui leur était destiné ; les lépreux quittaient pour toujours le petit coin de lhospice qui les avait abrités jusque là et prenaient possession de leur nouveau domaine.

    Telle est lhistoire de la Léproserie du Sacré-Cur de Kumbakônam.

    *
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    Comme on la vu, ladministration de la Léproserie a été confiée par Mgr Chapuis à la Congrégation des Surs Catéchistes missionnaires de Marie Immaculée. En même temps quelles soccupent du soin des malades, les dévouées religieuses ont à trouver les ressources nécessaires à lentretien de luvre ; car, au moment où elles en acceptaient la charge, il ny avait encore que deux fondations de lits. On comptait sur la Providence pour pourvoir au reste.

    Depuis lors le Gouvernement accorde une allocation mensuelle de 4 roupies ½ par malade : cest à peu près la moitié de ce que coûte lentretien dun lépreux.

    Un secours annuel de 1.000 roupies avait été alloué par le District Board sur un fonds spécial : depuis deux ans cette somme nest plus versée.

    Pendant quelques années la Leper Guild de Londres accorda quelques secours ; mais elle a également cessé.

    En résumé, cette uvre, comme beaucoup dautres dans nos Missions, ne peut compter pour vivre que sur la charité des chrétiens dEurope et dAmérique.

    Un petit capital est réservé pour les constructions qui restent encore à édifier ; à savoir, trois pavillons pour les hommes et un pour les femmes.

    Un de ces pavillons vient dêtre élevé, entièrement conforme aux plans du Gouvernement.

    La chapelle, bâtie par le P. J. Michotte, est due tout entière à la générosité du R. P. Seeberger, dAmérique.

    Le nombre des lépreux hospitalisés varie de 50 à 60. Les hommes sont en majorité, ce qui est naturel dans un pays où, pour une femme lépreuse, on compte en moyenne trois hommes atteints de la même maladie (Census 1911).

    H. BAILLEAU,
    Miss. de Kumbakônam.

    1922/648-651
    648-651
    Bailleau
    Inde
    1922
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