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La Léproserie de Gotemba

LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS La Léproserie de Gotemba Mission de Tôkyô (Japon)
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    LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS


    La Léproserie de Gotemba
    Mission de Tôkyô (Japon)

    Au pied du mont Fuji caractères chinois, dont les lignes harmonieuses revêtent de grâce la majesté, au milieu de la plaine qui descend en pente douce vers des rivages que la poésie du temps passé peupla de féeries, le voyageur aperçoit à gauche de la route un groupe dhabitations japonaises qui lui donnent limpression de quelque exploitation agricole établie dans un site délicieux. Cet établissement nest autre quune léproserie, la léproserie de Gotemba caractères chinois, ou, dune façon plus précise, la léproserie de Kôyama caractères chinois, du nom du village auquel elle se rattache, desservi par la station de chemin de fer de Gotemba, à deux lieues en amont de la plaine. Si vous franchissez le pont jeté sur le torrent qui la borde à louest et que vous pénétriez sur le terrain de la léproserie, les idées quauraient pu vous suggérer vos vieilles réminiscences des lazarets du moyen-âge seront vite dissipées. Au lieu des cliquettes des infortunés signifiant jadis aux passants de ne pas sapprocher, vous entendrez ici et là fuser des rires joyeux, et les plus ou moins défigurés par lhorrible mal vous accueilleront en souriant. Dans ce séjour, que vous auriez imaginé comme une sombre antichambre de la mort, vous voyez régner la vie avec le va-et-vient du travail.

    Ainsi que vous le constatez, les uns reviennent de la montagne avec les chevaux chargés de fagots ; les autres, des champs voisins, où ils sont allés cultiver les légumes ou faucher lherbe pour les bestiaux ; ceux-ci débitent le bois pour la cuisine ou les bains ; sous cet abri, des aveugles tressent des cordes, font des sandales ou des manteaux de paille ; dautres plus loin fabriquent du charbon de bois. A lintérieur vous apercevez, par les baies ouvertes, des femmes qui cousent, font des habits, les réparent. Il y a les cuisiniers et les cuisinières, les chauffeurs des bains quotidiens ; un tel prend soin des vaches ou des chevaux, un autre surveille le moulin à décortiquer le riz. Tous les lépreux valides ont ainsi leur emploi, celui qui convient à leurs aptitudes et est mesuré à leurs forces. La distribution du travail se fait dun commun accord. Chacun y met son cur, heureux de contribuer à lutilité commune. Dailleurs le travail nest point imposé ; il est suggéré et adopté comme un dérivatif à la monotonie des journées qui se passeraient à ne rien faire, et chacun se repose à son gré. Le travail au grand air est particulièrement hygiénique pour les lépreux ; ceux dentre eux qui ne sont plus en état de sy livrer voient, dordinaire, leur mal faire des progrès rapides.

    Les lépreux qui ne peuvent plus travailler sont, en effet, les plus à plaindre. Sans doute, lâme japonaise, assez naturellement disposée à loptimisme et façonnée à la résignation, tant par les divers cataclysmes qui visitent inopinément le pays que par les vicissitudes de lexistence et les misères individuelles dont nos malades ont eu leur large part, semble avoir moins de peine à prendre son mal en patience. Néanmoins, pour ces infortunés, condamnés pour la plupart à voir saccomplir en leur être vivant comme une décomposition anticipée de la tombe, il faut autre chose quun heureux naturel pour surmonter les tristesses et le désespoir dans lesquels la maladie tend par elle-même à les plonger. La consolation, lacceptation même joyeuse de leurs maux, les lépreux la trouvent dans la religion du divin Crucifié, quIsaïe dépeignait sous les apparences dun lépreux. La liberté la plus grande de ladopter ou non leur est laissée. Mais ce quils en apprennent et ce quils en expérimentent autour deux suffit à la plupart pour y rechercher et y trouver la véritable voie du bonheur et de la paix. Nest-ce pas cette religion qui transforme leur asile de souffrances en un purgatoire où lespoir rayonne, en un vestibule du Paradis ? Nest-ce pas elle qui stimule et surnaturalise cette heureuse disposition à lentraide, qui forme un des beaux traits du caractère japonais ? Cest en effet, les lépreux qui se soignent entre eux. Bien entendu, un médecin du voisinage les visite plusieurs fois par mois et est appelé pour tous les cas urgents ; mais ce sont deux lépreux, choisis parmi les plus intelligents, qui tiennent la pharmacie et remplissent loffice dinfirmiers.

    Faut-il parler du dévoûment que montrent certains dentre eux pour panser les plaies les plus répugnantes chez ceux que Bossuet nommait des cadavres ambulants, pour faire leur toilette, leur lessive, pour assister à leurs derniers instants ceux dont le visage aux trous béants, remplaçant le nez et les yeux, fourmille déjà de vers ? Faut-il mentionner cette jeune fille qui, après une éducation très soignée, fut amenée à la léproserie par ses oncles et tantes, parce que les médecins lavaient déclarée lépreuse ; reconnue indemne de la maladie par des sommités médicales, prenait la résolution de demeurer comme infirmière au service des lépreux, dût-elle un jour gagner le mal dont elle avait été jugée exempte ? Est-il étonnant, dans cette atmosphère de dévoûment, que ceux qui, ne pouvant plus guère se traîner, sont confinés dans leurs chambres ou doivent garder le lit, le corps livré aux derniers ravages du mal qui les ronge, vous parlent avec un sourire du ciel où ils iront bientôt, et que sur les 298 morts à lhôpital depuis sa fondation, tous, ainsi que lattestent les comptes-rendus, meurent avec sérénité, et plusieurs avec une foi qui rayonne des reflets de lau-delà.

    La religion est donc, pour la vie présente, le principal réconfort des lépreux. Le travail en est un autre, car, ainsi que le fait dire Xavier de Maistre à son lépreux de la cité dAoste, un homme qui travaille nest jamais complètement malheureux. De plus, pour agrémenter la vie de leurs compagnons, deux ou trois fois dans lannée, les plus valides organisent un théâtre, où des scènes tirées de lAncien et du Nouveau Testament, de lhistoire des martyrs japonais, etc., sont jouées avec un brio qui ferait croire que tout Japonais, quel quil soit, a plus ou moins en lui létoffe dun acteur. Toute la famille sintéresse grandement à ces spectacles, non seulement au moment où ils sont donnés, mais deux ou trois mois à lavance, en préparant les costumes et les décors avec cette ingéniosité japonaise qui tire parti de rien. Des centaines de paysans des villages voisins, aux jours de spectacle, accourent à la Léproserie, la curiosité lemportant, en pareilles circonstances, sur lhorreur de la lèpre.

    Les fêtes religieuses offrent à la petite colonie paroissiale des diversions dun autre genre. Parmi ces fêtes, Noël apporte, avec ses joies spirituelles, la distraction dune grande loterie, où lon samuse beaucoup des quiproquos de la fortune, coiffant, par exemple, une lépreuse dune casquette de jockey.

    Un des passe-temps les plus goûtés des jeunes consiste en quelques pique-niques où la petite famille excursionne dans les montagnes voisines, déjeune dans les bois ou aux bords dun torrent. Ce excursions, écrit le Père qui les dirige, sont pour moi loccasion de conversations familières, où véritablement les lépreux se montrent mes enfants.

    Parmi les 72 malades que compte lhôpital, sil en est quon doit sattendre à voir mourir très vite, deux ou trois ans après quils se sont sentis atteints de la lèpre, il en est dautres qui la supportent de longues années ; ainsi lun des malades présents est hospitalisé depuis 32 ans, un autre depuis 31 ans, et 16 depuis 15 ans. Telle est la léproserie actuelle de Gotemba. Maintenant il nous faut à grands traits retracer son histoire,

    Le fondateur de la Léproserie fut le regretté P. Testevuide, qui, enlevé dans sa 42e année à laffection et aux plus belles espérances de sa mission, travailla, quinze années durant, à évangéliser les districts entièrement neufs qui sétendent à lest et surtout au sud de Tôkyô. Au cours de ses voyages apostoliques, il avait remarqué souvent les lépreux qui erraient mendiant le long des routes, se groupaient autour des lieux de pèlerinages, notamment à Minobu caractères chinois, où lon vénère les os et la mémoire de Nichiren caractères chinois, fondateur de la secte bouddhique Hokke-shû caractères chinois, qui passe pour avoir compati particulièrement au sort des lépreux. Le missionnaire savait que plus nombreux encore sont les malheureux séquestrés dans les familles qui sefforcent de les dérober aux regards. Il eut loccasion de baptiser ainsi une femme de trente ans, abandonnée par son mari. Pour échapper à lexistence misérable quelle menait dans un réduit, à peine vêtue et nourrie, elle avait résolu de se suicider. Le bon Dieu avait à temps amené près delle un catéchiste qui linstruisit : cest ainsi que dans son âme, avec la foi, entra lespérance en un monde meilleur. Pour la soustraire à la persécution que rencontra par après la néophyte de la part de ses proches, le P. Testevuide pensa à lui procurer un logement, et en même temps lidée lui vint den faire profiter quatre ou cinq pauvres gens affligés du même mal. Une maison fut louée à Gotemba au commencement de 1888, et cest ainsi que commença luvre des lépreux.

    Mais létablissement était précaire ; le propriétaire avait des dettes et le voisinage se montrait hostile à luvre. Le Père Testevuide avait jeté les yeux sur les vastes terrains à peu près incultes qui sétendent au pied du mont Fuji et pensait que les villageois de la plaine, en considération de luvre humanitaire quil voulait fonder pour leurs compatriotes, consentiraient à lui céder une portion des terrains communaux ils ne récoltaient guère que de lherbe. Mais ses démarches réitérées auprès des autorités des villages, de la sous-préfecture de Numazu et de la préfecture de Shizuoka, aussi bien quauprès des ministères de Tôkyô, furent inutiles. Il reçut en haut lieu des témoignages de sympathie, mais il lui fut déclaré quon ne pouvait rien contre lopposition des villages.

    La Providence lui vint en aide au moment où tout semblait désespéré, par la rencontre fortuite dans un train dun propriétaire qui possédait, à lemplacement actuel de la léproserie, un terrain, en grande partie en friche, dune contenance de 7.000 tsubo (2 hectares 31 ), dont il voulait se défaire. Le Père se porta acquéreur pour 350 yen (1400 frs.) et se mit aussitôt en devoir de bâtir une petite chapelle et les dépendances nécessaires. Pour soutenir son uvre, malgré les soucis de ladministration de ses chrétientés, le Père Testevuide ne cessait de quêter, surtout auprès des résidents européens de Yokohama et de Tôkyô ainsi quà létranger, répétant le mot de saint Jean de Dieu : Faites-vous du bien à vous-mêmes, heureux de constater que la Providence pourvoyait à luvre jour par jour, comme pour loiseau des champs.

    Quant, atteint dun cancer à lestomac, il mourut en 1891 à Hongkong, le P. Vigroux, chargé par Mgr Osouf de continuer son uvre, trouvait à lhôpital 14 lépreux et une caisse vide. Il se mit à agrandir les bâtiments, et dun coup recueillit 50 nouveaux malades. A ceux qui sétonnaient de son audace, il répétait avec sa douceur coutumière : Nayez crainte : il faut mettre le bon Dieu au pied du mur, vous verrez quil marchera. Mais lui-même savait quil fallait aussi marcher à côté du bon Dieu. Dans ses courses apostoliques comme dans ses haltes à larchevêché de Tôkyô, il cherchait sans cesse des ressources et des malades. Luvre vivait toujours sur le fond de la Providence, et la Providence ne faisait point défaut, non plus que la confiance en Dieu chez le missionnaire. Il recueillait les lépreux dignes dintérêt quil trouvait dans les districts quil parcourait. On en voyait sacheminer de cent lieues vers la léproserie ; tel celui qui, un soir de 1892, tomba défaillant au seuil de lhôpital : il arrivait juste à temps pour être instruit, recevoir le baptême et senvoler en Paradis.

    Les vides, naturellement, se faisaient assez rapidement, mais la sollicitude du P. Vigroux avait vite fait de les combler. Parfois il se trouvait débordé par les demandes. Ainsi le fut-il notamment à Kusatsu, un gros village dans les montagnes (à 50 lieues au nord de la capitale), dont les eaux thermales sulfureuses attiraient chaque année de 80 à 100 lépreux, qui venaient y chercher du soulagement, jusquà ce que leurs ressources fussent épuisées. Pour procurer à ces infortunés au moins le bienfait de la foi, en attendant celui de ladmission à 1hôpital, le missionnaire installa à Kusatsu un catéchiste, qui enseignait chaque jour la religion à une vingtaine dadultes. Quatre avaient été baptisés, lorsque le Père apprit quune quinzaine de ses catéchumènes, à bout de leur pécule, avaient repris leur vie errante. Son cur fut navré, il les fit rechercher aussitôt pour les envoyer à la léproserie : Jaurais cru, disait-il ensuite, manquer de confiance en la Providence en nacceptant pas ces malheureux sans asile et désireux de sauver leur âme.

    Lorsquen 1897, le P. Vigroux, souffrant dune grave maladie, dut rentrer en France, où il devait mourir en 1909, il laissait au P. Bertrand le soin dentretenir 80 lépreux. Le P. Bertrand était à pied duvre depuis ses premières années de mission, car dès 1892, revenu convalescent de Hongkong, il avait été placé à la léproserie de Gotemba pour administrer, sous la direction du P. Vigroux, le temporel et le spirituel de lhôpital. Sa vie devait sécouler désormais tout entière à la léproserie ; cest là quil sest dépensé sans compter, jusquà ce quun mal quon na jamais bien diagnostiqué, cancer à lestomac ou autre maladie infectieuse, eût terrassé sa robuste constitution. Il mourut en avril 1916, après trois années de souffrances.

    Ce fut sous son administration que la propriété de la léproserie sagrandit, malgré des difficultés dont il serait trop long de raconter lhistoire. Actuellement elle comprend deux terrains : lun de dix hectares, autour de la léproserie même, lautre, à quelque distance vers les pentes du Fuji, qui avec le premier fournit un total de 25 hectares environ. Il organisa la petite exploitation agricole et surtout la culture maraîchère, bâtit des écuries, acheta chevaux et vaches, construisit le moulin à décortiquer le riz. Pour fournir deau la léproserie, en dehors de la pompe amenant leau du torrent, ordinairement pure, mais sujette à contamination du fait des rizières limitrophes, il fit perforer la roche volcanique du sous-sol et, nayant pu obtenir la hauteur deau voulue de son puits artésien, il y fit installer un moulin à aéromoteur quil avait commandé en France. Toujours à laffût des meilleurs remèdes pour soulager ses lépreux, il les essaya tour à tour, depuis le hoang-nan, remède annamite préconisé par le Père Lesserteur, jusquau tebrod-toxin, autour duquel on avait fait des réclames bruyantes. Mais en fin de compte, il usa surtout de lhuile de chaulmoogra qui, à défaut du remède radical quon cherche encore, a du moins lavantage de dessécher les plaies purulentes et de retarder plus ou moins les progrès du mal. Le P. Bertrand ne craignait pas de panser lui-même les plaies de ses lépreux, de faire les petites opérations chirurgicales urgentes, ainsi que les injections de chaulmoogra. Au spirituel, il avait la consolation de voir à peu près tous les lépreux hospitalisés se faire catholiques : Seuls, disait-il dans un rapport, restent en dehors du mouvement les nomades qui naspirent quà reprendre la vie errante des grands chemins. Le nombre des malades soignés pendant sa longue administration se maintint entre 70 et 80. Les ressources étaient toujours alimentées chaque année par la charité des étrangers, et le coût de la vie augmentait sensiblement.

    Le gouvernement avait en 1901 octroyé à la léproserie la personnalité civile. Sous la poussée de lopinion publique, représentant au gouvernement que les missionnaires chrétiens étaient les seuls à soccuper des lépreux, que cétait une honte pour un pays civilisé de ne prendre aucune mesure contre la lèpre, la Diète japonaise en 1906 vota létablissement de cinq léproseries dEtat, qui furent ouvertes les années qui suivirent et abritent actuellement 1312 lépreux. Notoirement insuffisantes, vu le chiffre de 24.000 lépreux accusé par les statistiques officielles (chiffre qui serait, daprès diverses autorités compétentes, de 4/5 au moins au dessous de la réalité), ces léproseries peuvent donner à leurs hôtes tous les soins matériels requis, mais les soins spirituels qu!elles leur offrent, sous forme de conférences de religion, lorsque quelque pasteur ou bonze se présente pour les faire, sont généralement peu goûtés des lépreux qui, ainsi que le notait le Père Bertrand bien renseigné, cherchent trop souvent leurs consolations à lopposé des pratiques religieuses. Un médecin de ces hôpitaux de lEtat, qui visitait celui de Gotemba, fit de lui-même au directeur cette remarque : Au moins vos malades ont un air humain que les nôtres nont pas. Dautres visiteurs, officiels ou non, avaient été également frappés de latmosphère de paix morale qui régnait à la léproserie catholique, ainsi que des résultats obtenus avec le minimum de ressources. Le gouvernement informé du bien qui sy faisait lui octroya chaque année quelques secours, et lImpératrice elle-même, qui, dans sa villégiature de Numazu, avait entendu léloge de la léproserie voisine, lui faisait parvenir indirectement son offrande, témoignage de sa sympathie. Le Ministère de lIntérieur, qui avait organisé un Bureau des uvres philanthropiques, sintéressa de plus en plus à la Léproserie, et en 1910, le P. Bertrand recevait, en reconnaissance de ses services, la décoration du Trésor-Sacré.

    La maladie vint entraver luvre du dévoué Directeur juste au moment où, du fait de la grande guerre, les ressources diminuaient et la vie se faisait de plus en plus chère. La mobilisation ayant réduit du tiers personnel de la Mission, lArchevêque de Tôkyô, Mgr Rey, se trouva fort embarrassé pour remplacer le Père Bertrand, qui touchait au terme de sa carrière. Un jeune missionnaire, le P. Andrieu, fut envoyé à Gotemba pour y remplir lintérim ; il sacquitta de ses fonctions avec tout le dévoûment dont il était capable. Au commencement de 1918 le P. Droüart de Lézey, bien quil approchât de sa 70e année, accepta la direction de la Léproserie, quil a gardée depuis.

    Nous avons retracé, au début de ces pages, la physionomie actuelle de lhôpital. Il faudrait ajouter ici les transformations matérielles qui ont été opérées ces temps-ci : la construction de chambres à part pour les malades des deux sexes les plus avancés, la réfection des salles de bain et buanderies, laménagement de magasins et dune salle mortuaire, linstallation dune pompe électrique, spontanément offerte par un industriel catholique de passage, pour remplacer laéromoteur hors dusage. Mais ce quil importe de noter, cest la façon dont la Providence a pourvu ces dernières années aux ressources matérielles de luvre.

    Pendant 28 ans les secours offerts par les Japonais à la Léproserie avaient été insignifiants. Or, depuis 3 ou 4 ans, un véritable élan de générosité sest manifesté en faveur de lhôpital de Gotemba. Citons, entre autres, lAssociation sympathique Dôjô-kwai (caractères chinois), formée par des Dames de la haute société de Tôkyô, qui, sur linstigation dun catholique, professeur à lUniversité Impériale de médecine, le Dr Nagai, commença à organiser au profit de la Léproserie, en février 1919, un concert damateurs qui rapporta 2.000 yen. Depuis sa fondation, cette Association, présidée par Madame Koyama, fille du baron Megata, sest montrée en toutes circonstances prête à venir en aide à lhôpital et lui a déjà fourni 2.500 yen. Dans la sous-préfecture de Numazu, dont dépend Kôyama, sest organisée, à lautomne 1921, une Société de support (Kôen-kwai caractères chinois) dont les membres à luvre une cotisation de 10 yen par an : la somme globale de ses cotisations se monte à 2.000 yen. Lancien préfet de Shizuoka, M. Sukiya, organisa, en 1920, une souscription qui fut lancée dans la ville et le département et séleva à 13.480 yen. Ce préfet, devenu depuis haut fonctionnaire de la Cour, devait particulièrement recommander luvre à lImpératrice, qui personnellement, en 1921 et 1922, lui octroya 1.000 yen et fit présent aux lépreux de gâteaux portant la marque de la Maison Impériale.

    Les journaux ayant parlé. à diverses reprises de la Léproserie, un certain nombre de personnes lui témoignèrent de lintérêt, notamment la directrice dune maison de danseuses à Shimbashi (Tôkyô), qui organisa, au profit de lhôpital, une soirée de musique et de danses dont le bénéfice net séleva à 1.600 yen.

    Sil est de généreux bienfaiteurs dont les noms sont connus, comme celui du comte Mutsu, ancien ambassadeur en Belgique, qui préside une association de bienfaisance générale et envoie à Gotemba une contribution annuelle de 1.000 yen, il en est dautres qui se dérobent sous le voile de lanonymat : tel ce donateur japonais qui fit remettre, il y a quelque temps, un millier de yen à la Léproserie sans vouloir se faire connaître.

    Les allocations officielles ont également augmenté ces dernières années, ainsi, en 1922, la Maison Impériale attribuait à lhôpital de Gotemba 500 yen, la préfecture de Shizuoka 627 yen en janvier et 2.500 yen en juillet, et le Ministère de lIntérieur 4.280 yen, en stipulant toutefois certaines conditions à remplir concernant le personnel médical et infirmier de la Léproserie

    Luvre qui vivait au jour le jour, alimentée surtout par la charité des étrangers, qui nest pas dailleurs tarie,1 pourra-t-elle compter désormais sur des ressources japonaises assez abondantes pour lui permettre non seulement de subsister, mais de se constituer un capital suffisant pour assurer son avenir ? La confiance que ses fondateurs et directeurs nont cessé de mettre en la Providence, et à laquelle la Providence a toujours répondu, nous le fait espérer ; dautre part, les protecteurs, quelle sest acquis auprès de Dieu, le dévoûment dépensé et les mérites recueillis autorisent à penser que la Léproserie de Gotemba se maintiendra et prospérera pour le soulagement des pauvres lépreux, le salut de leurs âmes, lédification commune des chrétiens et des païens, et quelle continuera dêtre pour la Mission de Tôkyô une source de bénédictions.

    CL. LEMOINE,
    Miss. de Tôkyô.

    La France est la terre eucharistique par excellence, parce quelle est la terre du blé et de la vigne, la terre des cathédrales, qui sont les ostensoirs de pierre, et la terre des missionnaires, qui sont les ostensoirs vivants de la divine Hostie.

    L. Mercier.

    On ne sauvera rien que si lon agit sans relâche et sans verser sur le passé des larmes stériles. Vit-on jamais récolter des fruits sur un saule pleureur ?

    Mgr Mermillod.


    1. Pour les années 1921 et 1922 le Leper Guild de Londres a fourni 624 yen, les Etats-Unis 1.058, les étrangers de Kôbe 2.359, et un bienfaiteur de vieille date de Yokohama 900 yen. Il fallait avant la guerre, daprès les budgets établis par le P. Bertrand, une somme de 4.530 yen environ pour subvenir aux dépenses annuelles ; à lheure actuelle il faudrait de 10 à 12.000 yen.

    1923/353-364
    353-364
    Lemoine
    Japon
    1923
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