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La Léproserie de Biwazaki Kumamoto (Mission de Nagasaki)

LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS La Léproserie de Biwazaki Kumamoto (Mission de Nagasaki) Lorsquon sort de la ville de Kumamoto caractères chinois en longeant le côté oriental du vieux château féodal, on aperçoit au loin sur une colline une agglomération de maisons ressemblant à un village : dabord un édifice assez vaste surmonté dune croix, puis des habitations, maisonnettes, baraques, éparses çà et là : cest Biwazaki, caractères chinois.
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    LES LÉPROSERIES DANS NOS MISSIONS


    La Léproserie de Biwazaki Kumamoto (Mission de Nagasaki)

    Lorsquon sort de la ville de Kumamoto caractères chinois en longeant le côté oriental du vieux château féodal, on aperçoit au loin sur une colline une agglomération de maisons ressemblant à un village : dabord un édifice assez vaste surmonté dune croix, puis des habitations, maisonnettes, baraques, éparses çà et là : cest Biwazaki, caractères chinois.

    La légende rapporte que, vers la fin du IXe siècle, un fils de lempereur Kôtô caractères chinois devenu aveugle et chassé de la Cour, sétablit sur une petite colline située près de la ville de Kumamoto, et que pour se distraire il jouait dun instrument appelé biwa caractères chinois (sorte de luth à 4 cordes) : de là le nom de Biwazaki (saki caractères chinois signifie pointe), car derrière cette colline sétagent des montagnes de plus en plus hautes, couvertes de beaux arbres et peuplées de pagodes.

    Biwazaki semblait donc, dès ses commencements, destiné à devenir un refuge pour les souffrances humaines. La grande maison aperçue est, en effet, un hôpital, et un hôpital de lépreux. Cette partie de létablissement de Biwazaki sappelle Tairô-in (caractères chinois) pour la distinguer des autres uvres qui ont grandi à ses côtés. La signification de ces trois caractères qui composent le mot est une réminiscence de la parole de lEvangile : Venez à moi, vous tous qui portez des fardeaux, et je vous soulagerai, littéralement : asile où Jésus accueille les pauvres affligés.

    Le visiteur sattend sans doute à entrer dans un lieu de tristesse, à entendre des gémissements et des plaintes séchapper de la bouche de ces malheureux êtres condamnés à perdre successivement leur membres dévorés par un mal implacable, ou au moins à traîner péniblement, jusquà la fin, un corps couvert de plaies nauséabondes.

    Et voici que, de divers côtés, pétillent de francs éclats de rire et que se présentent des jeunes gens et des garçonnets dont les visages ulcérés, au nez aplati, sont cependant animés et presque embellis par le sourire espiègle qui se joue sur leurs lèvres. La lèpre, dira-t-on, nest donc pas ce mal affreux qui de tout temps a été dépeint sous des couleurs si lugubres ? Oh ! si, elle lest, et les actes de désespoir ne sont pas rares parmi ceux qui en sont atteints, au Japon plus quailleurs peut-être, en raison des sentiments de fierté naturels à ce peuple.

    Doù vient donc aux lépreux de Biwazaki la résignation et même cette gaîté qui surprend ? La croix qui domine le fronton et lhumble lampe qui luit devant le tabernacle donnent le mot de lénigme : le merveilleux changement qui se manifeste dans ces loques humaines est luvre de notre sainte religion.

    Autrefois rebuts du monde, ils ont entendu la doctrine qui leur ouvre toute grande, dans un prochain avenir, les portes du palais de la gloire éternelle. Devenus chrétiens, ils savent que leurs souffrances ne seront pas vaines ; sans peut-être surabonder de joie avec saint Paul au milieu de leurs tribulations, ils entendent résonner à leurs oreilles la voix de lHôte divin de leurs âmes, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui leur mesure sa grâce et ses consolations au poids des souffrances quils endurent pour lui et avec lui.

    Sachant que la mort sera pour eux un gain, ils sy préparent par loraison et la réception fréquente des sacrements. Le murmure de la prière commune est si habituel ici quun étranger, longeant les murs de leur maison, se demanderait si ce nest pas un monastère, et jose dire quil ne se tromperait pas de beaucoup.

    Mais déjà le lecteur curieux sest demandé à quelles âmes charitables les hospitalisés de Biwazaki doivent reconnaissance pour la maison qui les abrite, les soins dont ils sont entourés et le bienfait suprême dune bonne mort.

    Le fondateur de la léproserie de Biwazaki est le Père Corre, né à Plougastel, au diocèse de Quimper, le 28 juin 1850.

    Il venait de passer huit ans comme professeur au séminaire de Nagazaki, alorsquen 1889 il fut chargé par Mgr Cousin dentreprendre lévangélisation de la province de Higo. Ne limitant pas son action au chef-lieu Kumamoto, il entreprit la visite de toutes les communes, donnant des conférences et entrant en relation avec les autorités, au prix de bien des fatigues et aussi de bien des déboires. Cest au cours de ces campagnes apostoliques que son attention fut particulièrement attirée par un village de miséreux, qui se trouve au pied de la colline de Hommyôji, à une lieue environ de Kumamoto.

    Ce nest pas le hasard qui a réuni en cet endroit des centaines de pauvres gens, malades pour la plupart et abandonnés à leur triste sort, mais les religions païennes, bouddhiste et shintoïste, qui proposent leurs vaines observances à des multitudes dinfortunés, sans mettre le remède à côté des besoins quelles créent. Là, en effet, le long de la route dabord, puis à côté des grandioses escaliers de pierre qui conduisent à lédifice élevé sur le tombeau dun ancien guerrier, sont bâtis une multitude de temples, dont lensemble constitue un des pèlerinages les plus fréquentés du Japon.

    Le susdit personnage nest autre que le fameux Katô Kiyomasa, un des chefs de lexpédition de Corée de 1592 à 1598 et persécuteur acharné des chrétiens. Il a la réputation, bien établie dans tout le Japon, de guérir la lèpre et les maladies similaires. Affligé lui-même durant sa vie du terrible mal, devenu Kami (dieu, esprit) il doit user de sa puissance en faveur de ceux qui souffrent. Mais le résultat le plus clair de cette dévotion est le maintien dun foyer infectieux à quelques centaines de mètres du vénéré sanctuaire. Nombreux, en effet, sont ceux qui, déçus dans leur espoir de guérison et nignorant point laccueil moins que sympathique qui les attend à leur retour au foyer familial, préfèrent terminer leur misérable existence au milieu dinfortunés comme eux, vivant de mendicité et de rapine, mais, du moins, loin du toit sous lequel leur présence est considérée comme une calamité.

    Nakamaru, tel est le nom de ce foyer de pestilence, était devenu peu à peu le lieu de prédilection du P. Corre. Il résolut de fonder, au pied même de la colline maudite, un asile pour recueillir les malades les plus misérables et leur procurer la grâce du baptême. La Providence bénit ses recherches. Bientôt se présenta loccasion dacheter un terrain suffisamment vaste pour réaliser son projet. Lendroit, à quinze minutes seulement de Nakamaru, est pittoresque, mais en est séparé par des sinuosités de terrain telles quil est impossible de soupçonner même lexistence de ces pauvres masures. Une maison déjà construite dans la propriété fut aussitôt aménagée pour recevoir quelques malheureux. Ceci se passait en 1895. Or deux ans ne sétaient pas écoulés que le P. Corre faisait lacquisition dun autre terrain moins étendu, au milieu même des taudis de Nakamaru, avec une habitation qui servirait de léproserie. En même temps, il bâtissait des salles dhospitalisation qui lui permettraient dattendre plus patiemment louverture de lasile de Biwazaki.

    Durant cette période, abandonnant de plus en plus lapostolat de la ville à son vicaire, le P. Fukahori, il passait souvent des mois dans les maisonnettes de Biwazaki et de Nakamaru et de là, rayonnant aux environs, soulageait dindicibles misères avec le dévoué concours des Surs du Saint Enfant-Jésus de Chauffailles.

    Mais laide de cette Congrégation, à laquelle il voulait confier en ville des uvres éducatrices et charitables, ne pouvait être que temporaire. Il sadressa autre part et, après plusieurs démarches, sa demande fut agréée en 1898 par la Supérieure générale des Franciscaines Missionnaires de Marie, qui, considérant la pénurie des moyens du P. Corre, prit généreusement à sa charge les frais de voyage et dinstallation de ses filles dans la vieille maison japonaise qui devait les recevoir temporairement.

    Les Surs envoyées étaient au nombre de cinq, sous la direction de Mère Colombe de Jésus, vrai type de fondatrice, âme fortement trempée, au cur dor, qui se dépensait sans compter, et pour qui le mot impossible nexistait pas quand il sagissait de mener à bonne fin luvre qui lui était confiée. Vite, elles se mirent à luvre. Il fallait aller au devant de pauvres brebis perdues. Une catéchiste indigène faisait la visite des maisons ; de leur côté, les Surs, comme leurs devancières, allaient soigner les lépreux blottis dans des abris que la police ne tolérerait plus aujourdhui, huttes de branchages dans les taillis, trous creusés dans les anfractuosités des rochers, ou tout simplement attendant la mort sur le bord des chemins. On pansait sur place ces malheureux aux plaies rongées de vers et on leur donnait des médicaments. On invitait les moins invalides à venir tous les jours à Nakamaru pour se faire soigner. Les Surs passaient toute la journée à ce travail et, le soir, laissaient la maison sous la garde de la catéchiste. Lexiguïté du local ne permettant de recevoir quun nombre infime de malades, on nadmettait que les plus impotents et ceux qui navaient plus que peu de temps à vivre.

    Pendant ce temps le P. Corre et les Surs cherchaient à lenvi des aumônes dans le monde entier. Au bout de trois ans leur rêve était en réalisé et, en 1905, le Tairô-in sortait de terre, ouvrant ses portes aux hospitalisés de Nakamaru, et à dautres, hélas ! en tout petit nombre, car dès lors, la lèpre dûment constatée devint la seule et obligatoire condition dadmission.

    Je ne sais ce quil en est en dautres pays, mais au Japon la longévité de beaucoup de lépreux est vraiment extraordinaire. Sur les 50 que nous abritons en 1923, 15 ont passé plus de 7 ans à lhôpital. Les plus anciens y ont vécu respectivement 21, 15, 14 et 13 ans. Les décès dépassent rarement la moyenne de 5 ou 6 par an.

    Il y a au Japon 30.000 lépreux déclarés et un million de personnes qui ont dans le sang le germe de la maladie.

    Pour toute cette foule il y a une dizaine dhôpitaux, tant officiels que privés, pouvant contenir au plus 1.500 malades. Le P. Corre avait été précédé de quelques années par une dame dorigine écossaise, appartenant à la religion anglicane. Un peu plus tard les départements du Kyûshû jetaient aussi leur dévolu sur les environs de Kumamoto pour y établir la léproserie du sud du Japon.

    Cest là quémigrent parfois ceux de nos hospitalisés qui redoutent dassumer les devoirs de la vie chrétienne, ou qui, ayant reçu le baptême, trouvent trop austère la vie réglée du Tairô-in. Nous gardons dailleurs le contact avec eux et, plusieurs fois par an, leur facilitons la pratique des devoirs essentiels de la religion. Le vicaire du P. Corre, le P. Fukahori, prématurément décédé, allait chaque mois donner une conférence à laquelle assistait la presque totalité des pensionnaires, attirée par la limpidité de son élocution et lappât de quelques friandises ; mais le succès ne répondit pas à ses efforts. Des murs corrompues, favorisées par une dangereuse promiscuité, sont un obstacle presque insurmontable à la conversion.

    Quoiquil en soit, nous entretenons avec la direction de cet hôpital des rapports qui dépassent la simple courtoisie.

    Notre léproserie sest accrue dune annexe récente. Cest un orphelinat sui generis pour les pauvres petits indésirables qui ont le malheur de naître dans ce milieu doublement malsain.

    Nakamaru est resté un dispensaire. Après des hauts et des bas, il est maintenant en pleine floraison. Outre les malades ordinaires, de nombreux lépreux des environs viennent sy faire panser.

    Quelques années avant sa mort, le P. Corre, sans se désintéresser toutefois de sa fondation, se déchargea de la responsabilité et des soucis du matériel sur la Supérieure des Surs. Il sétait même réservé une chambre à lhôpital et, jusquà la fin, il prodigua à ces infortunés les trésors de son cur. Le P. Fukahori, qui lui succéda, contait quun lépreux quil avait instruit, lui dit, le jour de son baptême : Ce nest pas vous qui mavez converti, mais la charité du P. Corre, qui venait tous les jours nettoyer ma chambre et me rendre les plus humbles services.

    Les païens navaient pas été sans remarquer la générosité et le dévouement du P. Corre à la cause des lépreux et des déshérités de ce monde. Leurs dispositions envers lui saméliorèrent si bien que le gouvernement japonais lui conféra, le 10 février 1906, lordre du Phénix (Ranjûshô caractères chinois). Notons aussi que le souci de ses multiples fondations ne lempêcha pas de mettre en valeur les études de ses années de professorat par la rédaction dun ouvrage intitulé Not addititi ad P. Gury.

    Au commencement de 1911, le vénéré fondateur, dont la santé depuis un an avait beaucoup décliné, salita pour ne plus se relever. Sa fin fut le digne couronnement dune vie de zèle, de privations et de sacrifices.

    Les derniers jours se passèrent en des entretiens continuels avec Dieu, et, le 9 février 1911, à 10 heures du soir, il séteignit pieusement et doucement entre les bras du P. Bonne, nommé archevêque de Tokyo. Le surlendemain, sa dépouille mortelle fut conduite à lun des cimetières de Kumamoto, accompagnée par de nombreux missionnaires, les communautés religieuses et une foule considérable de chrétiens et de païens.

    Depuis ce temps un cimetière catholique a été établi à Kumamoto et, le 6 novembre 1922, un nouvel hommage était rendu aux restes mortels du saint missionnaire, admirablement conservés. On les transporta solennellement à sa demeure définitive. La longue théorie des religieuses, des élèves des écoles, des enfants des orphelinats et des pensionnaires des hôpitaux, attestaient, onze ans après son retour à Dieu, la vitalité des uvres fondées par lui et la reconnaissance de ceux qui continuent à en bénéficier. De lui, en vérité, on peut dire avec le livre de lEcclésiastique : Non recedet memoria ejus, et nomen ejus requiretur a generatione in generationem.

    En dépit de la cherté de la vie, on na pas renoncé à augmenter le nombre des hospitalisés. Aux derniers mois de lannée 1922, grâce en grande partie à la générosité dune famille du diocèse de Luçon, on a bâti une vaste salle, qui servira de chapelle. Lancienne est devenue une nouvelle salle de lhôpital.

    Les Surs et leurs agrégées, dans leurs courses et leurs visites, trouvaient de petits enfants abandonnés, des parents moins inhumains leur apportaient eux-mêmes ceux dont ils voulaient se débarrasser. Comment avoir le courage de les refuser ? Cest lorigine de luvre de la Sainte-Enfance de Biwazaki. Il y a toujours une vingtaine de ces frêles créatures. Quand elles ont deux ou trois ans, on les fait adopter par des familles danciens chrétiens, où leur avenir religieux est assuré.

    Ces anciens chrétiens ! Cest une fortune pour le Tairô-in que de se trouver à proximité de leurs paroisses. Elles ont été pour lui une pépinière de dévouées jeunes filles, qui, par leur travail et leur piété, ont contribué pour une part notable au succès de luvre. Un bon nombre même ne se contente pas de cette coopération déjà si méritoire, mais vise encore plus haut. De ferventes recrues, sorties de leur milieu, ont, à plusieurs reprises, alimenté le noviciat tout voisin, et dautres se disposent à demander leur admission. Cest leur présence qui rend possible ladoration quotidienne du Saint-Sacrement, palladium de létablissement et du diocèse tout entier.

    Les aumôniers de la léproserie ont été successivement les PP. Dominique Ariyasu (1898-1903) du diocèse de Nagasaki, et Emile Lebel (1903-1913). Laumônier actuel est M. Hippolyte Bulteau, du diocèse de Lille.

    Trois filles de France, trois fleurs de notre race ont donné leurs couleurs à notre drapeau : Jeanne la Lorraine, cest la rose empourprée de sang ; Marguerite Marie, la blanche fleur sur laquelle se détache le Sacré-Cur ; lhumble pervenche des Pyrénées, Bernadette, fournit le bleu.

    P. Goutorbe, S. J.

    Avant dêtre bon prêtre, il faut être bon chrétien ; avant dêtre bon chrétien, il faut être honnête homme.

    Mgr Borderies


    1923/283-291
    283-291
    Anonyme
    Japon
    1923
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