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La journée des Missions à Lille

La journée des Missions à Lille le 3 Décembre 1922 La France a eu à Lille, le dimanche 3 Décembre 1922, sa première JOURNÉE DES MISSIONS. Bien que le dernier numéro du Bulletin ait donné déjà quelques détails sur cette importante manifestation en faveur de lapostolat, nous pensons être agréables à nos lecteurs en reproduisant à leur intention : 1º Le Programme de la Journée ; 2º Le Compte-rendu quen a donné la Semaine Religieuse de Lille ; 3º Une Visite à lExposition des Missions, extraite de la Croix du Nord.
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    La journée des Missions à Lille
    le 3 Décembre 1922

    La France a eu à Lille, le dimanche 3 Décembre 1922, sa première JOURNÉE DES MISSIONS.

    Bien que le dernier numéro du Bulletin ait donné déjà quelques détails sur cette importante manifestation en faveur de lapostolat, nous pensons être agréables à nos lecteurs en reproduisant à leur intention :
    1º Le Programme de la Journée ;
    2º Le Compte-rendu quen a donné la Semaine Religieuse de Lille ;
    3º Une Visite à lExposition des Missions, extraite de la Croix du Nord.

    PROGRAMME
    
    I. PRÉDICATIONS
    PAR DES MISSIONNAIRES
    dans toutes les Eglises et à toutes les Messes.

    Eglise Saint-Maurice : Le résultat du labeur apostolique en Chine, par le R. P. MOLLAT, des Missions-Étrangères de Paris.

    Eglise Saint-André : Les Missions, ce quon y fait, ce quon devrait pouvoir y faire, par le R. P. DAPZOL, des Frères Mineurs, missionnaire au Maroc, aumônier militaire.

    Eglise Sainte-Catherine : Les peines et les joies du missionnaire, par le R. P. TRILLES, de la Congrégation du Saint-Esprit.

    Eglise Saint-Etienne : Aux messes de 7 et 8 heures : Croisade de prières pour la Chine, par le R. P. TCHAQ, jésuite chinois. Aux messes de 9 h., 10 h. et midi : Un martyr lillois victime des Boxeurs en 1900, par le R. P. PETIT, Procureur de la Mission des Jésuites en Chine.

    Eglise Saint-Pierre-Saint-Paul : Une Mission à lintérieur pendant et après la guerre, par le R. P. CHARBONNET, de la Compagnie Jésus, ancien missionnaire à Madagascar, aumônier des troupes noires.

    Eglise Sainte-Madeleine : De la barbarie au christianisme, par le R. P. PAICHOUX, des Missions Africaines de Lyon, ancien missionnaire au Dahomey.

    Eglise Saint-Sauveur : Conquêtes de lEglise en Afrique équatoriale, par le R. P. MULLER, Supérieur de la Procure des Pères Blancs, ancien missionnaire dans lOuganda.

    Eglise du Sacré-Cur : LApostolat par léducation au Japon, par le R. P. DEBIL, de la Société de Marie, Procureur de lEcole apostolique dUrakami.

    Eglise Saint-Michel : La vie dun missionnaire en Mésopotamie, par le R. P. WITTNER, des Frères Prêcheurs.

    Eglise Saint-Martin dEsquermes : LApostolat, ses moyens de conquête, ses fruits, par le R. P. GUERIN, des Pères Blancs, ancien missionnaire en Kabylie.

    Eglise Notre-Dame de Consolation : Nos Missions en Orient, par M. CAZOT, Lazariste, ancien missionnaire en Orient.

    Eglise Saint-Maurice-des-Champs: Les Missions polaires, par le R. P. HOUSSAIS, Oblat de Marie Immaculée, missionnaire au Mackenzie.

    Eglise Notre-Dame de Fives : Le clergé indigène en Chine, par M. LEBBE, Lazariste, ancien missionnaire en Chine.

    Eglise Saint-Louis à Fives : Les bienfaits de la foi en pays infidèle, par le R. P. VIELLE, des Frères Mineurs, ancien missionnaire en Chine.

    Collège St-Joseph : Lesprit apostolique, couronnement des vertus chrétiennes, par le R P. Ch. JUBARU, S. J.



    Les quêtes seront toutes faites pour luvre des Missions, et les personnes qui le voudront pourront sinscrire dans luvre de la PROPAGATION DE LA FOI.

    A léglise Saint-Maurice, à 15 heures :

    II. PROCESSION HISTORIQUE

    précédée dune conférence de S. G. Mgr de Guébriant, Archevêque Marcianopolis et Supérieur de la Société des Missions-Étrangères de Paris, sur sa

    VISITE APOSTOLIQUE EN SIBÉRIE

    et suivie dun Salut solennel.

    III. CONFÉRENCES

    Salle paroissiale de Sainte-Catherine, vendredi 1er décembre, à 17 heures : Le rôle de la femme catholique dans les Missions, par la Très Révérende Mère SUPÉRIEURE GÉNÉRALE DES DAMES DE SAINT-MAUR (Réservée aux dames et jeunes filles).

    Grande Salle du Collège Saint-Joseph, dimanche 3 décembre, à 17 heures : Le Liban intellectuel et scientifique, par le R. P. CHEVALIER, S. J., ancien missionnaire en Orient.

    Salle paroissiale de Saint-Etienne, dimanche 3 décembre, à 17 heures ½ : Noirs et Blancs, par le R. P. TRILLES, de la congrégation du Saint-Esprit.

    Cercle Saint-Louis, rue du Marché, dimanche 3 décembre, à 17 heures ½ : Les Iles Sandwich et le P. Damien, apôtre des lépreux, par le R. P. ALAZARD, des Pères des SS. CC. de Picpus.

    Patronage dEsquermes, dimanche, à 17 heures ½ : Quinze ans dans lInde, par le R. P. MICHOTTE, des Missions-Étrangères de Paris.

    Maison des Surs, Fives-Saint-Louis, dimanche, à 17 heures ½ : La nécessité des Religieuses missionnaires, par Sur Saint-Victor, des Surs Blanches de Notre-Dame dAfrique.



    IV. EXPOSITION

    dObjets provenant des Missions ou sy rapportant,

    dans la grande salle de lEvêché, du mercredi 29 novembre au lundi 4 décembre inclus.



    LA JOURNÉE LILLOISE DES MISSIONS

    Lembrasement qui saisit la ville de Jérusalem, il y a dix-neuf siècles, aux premières heures de la Pentecôte, sest emparé de Lille, le dimanche 3 décembre dernier, en cette mémorable Journée des Missions. Nétait-ce pas, en effet, la même tempête de lInspiration, le même souffle de lApostolat, qui jadis ébranlait le Cénacle et prenait possession de lassemblée des Apôtres agenouillés ? Ceux-ci se sont répandus à travers le monde : par eux, le flambeau de la vérité surnaturelle et de lamour divin a embrasé les âmes ; lincendie à partir de ce jour ne sest pas arrêté. Cest lhonneur de lApostolat catholique davoir, avec laide de lEsprit-Saint, renouvelé la face de la terre ; cest la gloire de nos uvres missionnaires dêtre les auxiliaires des travaux et des victoires de lApostolat. Dans une enthousiaste et superbe apothéose, la ville de Lille, par sa triomphale Journée des Missions, vient de mette en relief toutes ces merveilles : en proclamant, au moyen dune prédication générale et dune exposition parfaitement réussie, la catholicité, la fécondité, la charité de lesprit missionnaire, elle a projeté sur cette uvre les trois rayons dont lEglise illumine sa surnaturelle mission.

    I

    La CATHOLICITÉ, tel est bien le privilège que Dieu voulut pour lapostolat : Allez, dit Jésus à ses envoyés, vers toutes les nations. Par eux lEglise a couru au devant des âmes sous tous les climats et sous tous les cieux ; de partout aussi nous sont venus ceux qui se firent entendre dimanche dans toutes les églises de Lille. Dordres et de costumes divers, ils représentaient toutes les parties de lunivers, du pôle à léquateur. Dans la chaire de Saint-Maurice-des-Champs, un Oblat de Marie, le R. P. Houssais, évoque ses souvenirs des Missions polaires du Mackenzie. Cà et là apparaissent les paysages du Levant : un Dominicain, le R. P. Wittner, en léglise Saint-Michel, donne un aperçu de ce quest la vie dun apôtre du Christ en Mésopotamie. En décrivant nos Missions dOrient, M. Cazot, un Lazariste, édifie les paroissiens de N.-D. de Consolation. LExtrême-Orient surtout se dévoile à ceux qui ont le bonheur dentendre, en léglise Saint-Maurice, le R. P. Mollat, des Missions-Étrangères, à Fives Saint-Louis le R. P. Vielle, un Franciscain, ou bien à Fives Notre-Dame, M. Lebbe, prêtre de la Mission, leur parler de la Chine. Alors que le R. P. Ch. Jubaru, S. J., célèbre, au Collège Saint-Joseph, lesprit apostolique, couronnement des vertus chrétiennes, deux autres Pères de la Compagnie de Jésus déroulent devant les paroissiens de Saint-Etienne les curiosités de lEmpire du Milieu : cest un prêtre chinois, le P. Tchao, qui réclame une croisade de prières pour la conversion de ses compatriotes ; cest le R. P. Petit qui retrace la vie dun martyr lillois, le P. Denn, victime des Boxeurs en lannée 1900. Le Japon sort du mystère grâce aux prédications du R. P. Debil, de la Société de Marie, en léglise du Sacré-Cur, et grâce à la passionnante conférence faite en la salle paroissiale de Sainte-Catherine par la Supérieure générale des Dames de Saint-Maur. Les profondes régions de lAfrique séclairent aussi : Madagascar se découvre à nous par les soins du R. P. Charbonnet, jésuite, en léglise Saint-Pierre-Saint-Paul ; à Sainte-Catherine, cest luvre des Pères du Saint-Esprit par le P. Trilles ; à Saint-Martin dEsquermes, la Kabylie, par le R. P. Guérin ; à Saint-Sauveur, lAfrique équatoriale, par le R. P. Müllier, des Pères Blancs, ou encore par lémouvante causerie dune Sur blanche à Fives Saint-Louis. A Sainte-Marie-Madeleine, cest le Dahomey que dépeint le P. Paichoux, des Missions Africaines de Lyon ; à Saint-André, le Maroc fait lobjet de la conférence du P. Dapzol, Frère mineur.

    Jusquaux steppes désolées de la Sibérie nous sommes transportés dimanche après-midi, en léglise Saint-Maurice, par S. G. Mgr de Guébriant, Supérieur des Missions-Étrangères de Paris. En cette grandiose cérémonie, présidée par S. G. Mgr lEvêque de Lille, assisté de Mgr Descamps, son vicaire-général, Président du Conseil Central de la Propagation de la Foi et Directeur pour la France de luvre de Saint-Pierre, la foule vibre au palpitant récit du vaillant archevêque missionnaire. Celui-ci fait passer sous les yeux de ses auditeurs toute lhistoire de lExtrême-Orient russe, le régime du tsarisme, qui étouffa la liberté religieuse, celui du bolchevisme, qui na pu briser lunion des malheureuses populations sibériennes avec léglise de Rome. Il montre la nécessité dy organiser le catholicisme, les difficultés à vaincre, les espoirs aussi quil est permis de fonder sur la générosité des Français.

    Car cest la France, après tout, qui, par ses missionnaires, a fait pénétrer son influence en tous ces divers et lointains pays. Cest elle qui, par leur entremise, sest installée en aimable et bienfaisante souveraine aux quatre coins du monde, au milieu de la reconnaissance et de la vénération des indigènes. Non, lesprit français ne peut se passer de conquêtes morales et pacifiques, daction civilisatrice. Notre génie est bien autrement envahissant que nos armes, et la pensée française, grâce à nos missionnaires, défie toutes les barrières et se joue de toutes les résistances. Fille aînée de lEglise, la France peut profiter de la catholicité de sa mère, comme aussi de son universelle FÉCONDITÉ.

    II

    Que vont-ils donc chercher au loin, ces vaillants fils de notre France, quand ils abandonnent la mère-patrie ? Que leur manque-t-il chez nous, pour satisfaire la sainte ambition de leur zèle ? Que dintelligences éclairer, que de curs à renouveler, en un mot que dâmes à sauver ! Voyez donc, leur dit encore et toujours Jésus-Christ, les moissons blanchissent, elles nattendent que la faux du moissonneur. Et les ouvriers sen vont de chez nous sans cesse aux champs lointains du Père de famille, à cette immense et toujours renaissante moisson des âmes. Avec quelle force victorieuse lEXPOSITION, organisée par le R. P. Desmarquet, S. J., dans la grande salle de lEvêché, a mis en évidence cette merveilleuse fécondité ! Que dire de cette captivante vision qui a fait voir, en un saisissant résumé, les efforts héroïques, les durs obstacles et les consolants succès de nos Missions catholiques ? Il avait là plus de mille pièces à conviction, qui attirèrent, pendant ces huit jours, une affluence énorme de visiteurs et des groupes denfants de toutes les écoles. Si la cité lilloise, avec sa diffusion de missionnaires allant prendre possession de toutes les chaires, évoqua dimanche le spectacle des Apôtres prêchant, au matin de la Pentecôte, dans tous les quartiers de Jérusalem, elle rappela, par dautres côtés, la récente Exposition coloniale de Marseille et déroula, en un incomparable raccourci, tout le tableau de lexpansion catholique et française dans le monde entier. Eglises, crèches, ouvroirs, classes, orphelinats, y revivent à distance par lun ou lautre de leurs envois : ornements et vases sacrés, uvres dart, travaux de tous genres, dessins, cartes postales, photographies...

    Luvre religieuse, sociale et nationale des Pères Jésuites ressort de la liste particulièrement éloquente de leurs léproseries, pharmacies, hôpitaux et maternités. Les riches collections qui ornent leur stand proviennent de leurs trois grandes missions : Chine, Ceylan, Madagascar. Ils sont de chez nous, ce Mgr Lécroart, ce Mgr Givelet, ces Pères Jubaru, Morel, Desreumaux, qui de là-bas pour leurs chrétientés réclament des apôtres. Il est de chez nous ce vaillant P. J. Bernard, qui naguère portait ce manteau de fourrure au sein des neiges de lAlaska.

    Voilà les souvenirs dAbyssinie et les travaux artistiques chinoises exposés par les Prêtres de la Mission. Admirez surtout cet autel fabriqué à Pékin, enrichi de superbes émaux cloisonnés en pâte polie et incrustée de cuivre, Mais quelle émotion étreint le cur devant le stand des Missions-Étrangères ! Répandue en 37 diocèses de lExtrême-Orient, cette Société donne linstruction à 210.000 enfants, recueille 22.000 orphelins, donne du travail à plus de 3.000 apprentis, entretient 637 hôpitaux. Fondée au dix-septième siècle, elle essaie détendre son emprise sur une population de 250 millions dâmes et déjà ses missionnaires atteignirent en ce dernier siècle presque le chiffre de trois mille. Vingt-six dentre eux ont versé leur sang pour la foi ; treize ont été placés par lEglise sur les autels. Cest un frisson de gloire et de fierté qui vous saisit devant ces reliques, ces instruments de torture, ces trophées sanglants que le Séminaire de la rue du Bac a bien voulu détacher de sa Salle des Martyrs .

    Voici représentée la part des Oblats de Marie Immaculée, qui possède aux portes de Lille, à Mons-en-Barul, un séminaire florissant : lévangélisation des Peaux-Rouges de lAmérique du Nord, celle des Cares de lAmérique du Sud, celle de Jaffna et de lîle de Ceylan ; de vastes missions dans les glaces polaires et luvre des Oblates au Brésil.

    Vient ensuite le pavillon des Missionnaires du Sacré-Cur dIssoudun, répandus dans la Nouvelle-Guinée et dans toute lOcéanie ; celle des Marianistes, avec leur fructueux apostolat du Japon ; celui des Frères Mineurs, dont laction civilisatrice, avec celle des Surs Franciscaines, se prodigue en Chine, au Japon, au Maroc où ils sont les bons pionniers de linfluence française, en Terre-Sainte où ils gardent les sanctuaires historiques de Bethléem, Nazareth et Jérusalem.

    Arrêtons-nous un instant devant les états de service des Surs de Saint-Joseph de Cluny, qui se dévouent à Madagascar, aux Nouvelles-Hébrides, au Sénégal. Admirons le zèle des Auxiliatrices du Purgatoire, qui sèment leurs bienfaits dans le Tché-li et le Kiang-sou et sy adonnent, avec leurs apprenties, à la cueillette et à lindustrie du coton.

    Cest enfin le tour du Continent noir, spécialement sillonné par les Missions Africaines de Lyon, qui nous font entrevoir la Côte dIvoire et le Dahomey. A côté delles figurent en bonne place les Pères Blancs et les Surs Blanches du Cardinal Lavigerie : par leur exposition, spécialement suggestive, pittoresque et variée, ils nous entrouvrent les régions de la Kabylie et du Soudan, celles surtout de lOuganda illustré par sa légion de jeunes martyrs, les rives des lacs Tanganyika et Victoria Nyanza.

    Magnifique leçon de choses, qui nous fait toucher du doigt le prodigieux essor du catholicisme et aussi du prosélytisme français. Ce don de lactivité fut départi par la Providence à notre génie national et, sil a parfois, chez nous, une action néfaste qui sefforce de corrompre les âmes, il en est une autre qui se voue au triomphe de tout ce qui les sauve et les sanctifie : sublime fécondité qui trouve une précieuse auxiliaire dans la CHARITÉ.

    III

    De la générosité française, en effet, naquit un jour luvre de la Propagation de la Foi. Cest grâce à nos aumônes que lEglise peut embrasser tant dâmes, les plus lointaines, les plus misérables, les plus délaissées. Au cri de leur détresse elle accourt par ses missionnaires et par ses religieuses. Plus près du cur de la France, à qui Jésus-Christ voulut réserver la manifestation de son Cur sacré, ne semble-t-il pas quil lui fasse sentir plus vivement les flammes de sa charité ? Les sauvages du désert et des îles lointaines crient : Au secours ! et la France catholique sémeut plus volontiers que les autres peuples. Tant dapôtres viennent de chez nous ! Et ce sont les meilleurs ouvriers de notre influence à létranger. Pourquoi donc alors ces obstacles qui empêchent trop souvent le recrutement des Congrégations religieuses, louverture et le maintien des noviciats ? Dans ces difficultés, dans cette opposition sourde et sectaire, ny a-t-il pas un danger national ? Puisse la France le mieux comprendre et faciliter la tâche aux porteurs de la Bonne-Nouvelle, quil sagisse des missions lointaines ou des écoles des hôpitaux de chez nous !

    Cette tâche, dailleurs, nest pas le privilège exclusif ries prêtres, des religieuses, des apôtres : il ne dépend que des fidèles dy apporter leur coopération. Voilà précisément la grande leçon qui se dégage de lExposition lilloise et de notre journée des Missions ! Par la prière et par laumône, on peut sassocier au ministère de la parole et de laction, participer à tous les mérites de lapostolat. Par cette charité le zèle de chacun peut avoir sa catholicité et sa fécondité. Dieu ne demande pas à tous dêtre prédicateurs et martyrs de la foi. Sans aller porter au loin lEvangile, qui donc nous défend de le prêcher par les prêtres auxquels notre aumône ouvrira les régions infidèles ? Pourquoi, sans rien changer à notre existence au sein de la famille et de la patrie, nous refuserions-nous à devenir, selon lexpression même de saint Paul, les collaborateurs de lEvangile? Et puisque les uvres missionnaires sont nées, pour la plupart, dinitiatives françaises, nous nhésiterons pas à sauver encore la foi parmi nous, en compensant devant la justice divine lapostolat de lerreur et du mal par lapostolat lointain de la Vérité, indiscutable agent de notre influence nationale dans lunivers entier.

    (Semaine Religieuse de Lille)

    LEXPOSITION DES MISSIONS

    Les religieuses et les religieux de chez nous, qui font aimer dans lunivers entier Dieu et la France, ont magnifiquement collaboré pour offrir au public de nos régions un spectacle unique.

    Dès le mercredi, 29 novembre sest ouverte aux visiteurs la vaste salle de lEvêché, où nos Missionnaires ont organisé une Exposition internationale, dans le grand et beau sens du mot.

    Ici quelques heures suffisent pour prendre une vue densemble du labeur pacifique, mais conquérant, que tous ensemble ils poursuivent à travers le monde, reculant chaque jour davantage la ligne dombre et de mort que na pu dépasser encore le vivifiant soleil de lEvangile, ligne provisoire qui marque aussi les limites morales de la plus grande de France.

    En même temps que les Missionnaires, il convient de remercier Mgr Decamps, Président du Conseil central de la Propagation de la Foi à Paris et le R. P. Desmarquest, Directeur de la Procure de la rue des Stations à Lille, qui, aidés par un Comité de Dames, ont conduit depuis six mois les préparatifs de cette Exposition.

    A lentrée de la salle, voici le stand des Pères Jésuites. Ils présentent leurs trois Missions de Chine, de Madagascar et de Ceylan, auxquelles nos régions ont fourni tant déminentes recrues.

    Citons, parmi les Lillois, Mgr Lécroart, les Pères Jubaru, Desreumaux et Morel, le Père Denn, naguère domicilié rue du Vert-Bois et martyrisé en 1900, lors de linsurrection des Boxeurs. On aperçoit ici son calice retrouvé dans les cendres de son église.

    Pour nous rendre compte de leffort social accompli par les Jésuites, parcourons la liste de leurs hôpitaux, de leurs maternités, de leurs postes médicaux, de leurs léproseries.

    Après les images émouvantes en voici de pittoresques : scènes de la vie chinoise ; le mandarin surtout est dépeint sur le vif ; collection dobjets qui nous permettent de reconstituer lexistence quotidienne dun Malgache, etc.

    Les Missionnaires Lazaristes exposent un autel confectionné à Pékin par des ouvriers artistes. Les émaux cloisonnés qui le composent sont en pâte tout simplement. On devine quil a fallu patiemment la polir pour lui donner son brillant métallique.

    Le même procédé a été employé pour la fabrication des objets cultuels qui ornent lautel, et du tsikin, ou bonnet de messe, que les prêtres catholiques portaient, pour ladministration des sacrements avant linstitution de la République Chinoise.

    Luvre de la Sainte-Enfance apporte notamment une curieuse collection de cartes postales abyssines. Sur la première page de lalbum figure un religieux qui ouvre une classe de trigonométrie... Non loin, voici la fourrure que revêtait, pour braver les neiges de lAlaska, un missionnaire bien connu des Lillois, le R. P. Joseph Bernard.

    Nous arrivons devant le stand installé par la Société des Missions-Étrangères, rue du Bac, à Paris. Cest lun de ceux qui parlent le plus éloquemment aux yeux et au cur.

    Sur le panneau central sinscrit une statistique dont il nous suffira de donner quelques chiffres : la Société, dans les 37 diocèses quelle dessert pour tout lExtrême-Orient, a baptisé en 1921, plus de 130.000 enfants et adultes. Ses écoles sont fréquentées par 210.000 élèves, maisons charitables ont recueilli 22.000 orphelins, ses ouvroirs sont ouverts à 3.025 apprentis. Et nous ne parlons pas de ses 637 hôpitaux, dispensaires, pharmacies, asiles ou léproseries.

    A quel prix cette charité peut-elle se dépenser ? Voyez : la Salle des Martyrs de la rue du Bac a été démunie de ses reliques les plus émouvantes en faveur de lExposition lilloise. Mais quel contraste ! Avec ces instruments de supplice voisine la plaque de Commandeur de lOrdre du Dragon, remise, cette année même, au Supérieur des Missions-Étrangères par lEmpereur dAnnam.

    Les Oblats de Marie-Immaculée sont des concitoyens pour nous, puisquils ont à Mons-en-Barul un Séminaire pour leurs Missions. Ils nous introduisent chez les Peaux-Rouges de lAmérique du Nord, nous montrent leurs mocassins authentiques en peau de loup-marin, ustensiles de cuisine, plutôt primitifs. Puis ils nous transportent parmi les Cafres, et nous font admirer leurs casse-têtes, leurs bracelets, leurs tabatières, leurs baguettes divinatoires. Encore un pas. Cette fois, nous sommes dans lîle de Ceylan, peu rassurante si lon en juge daprès certains coups de poing , presque américains, et daprès certains bâtons de sorciers.

    Saluons en passant la statue de saint François-Xavier qui préside à lExposition tout entière et arrêtons-nous devant le pavillon organisé par les Missionnaires du Sacré-Cur dIssoudun. Ils nous promènent dans leurs paroisses dOcéanie. La Nouvelle-Guinée nous apparaît avec ses fétiches, avec les pirogues et les filets de ses pêcheurs, avec les haches et les ornements de ses guerriers.

    Les Marianistes nous conduisent au Japon. Ils nous présentent le portrait de Tokugawa leyasu, le grand persécuteur du XVIIe siècle, assis à lentrée de sa ville et brandissant le hakki de la victoire. Peut-être fut-il emprunté à sa panoplie, ce beau sabre fait en pièces de monnaie... Un coup dil maintenant au dieu japonais de la richesse, aux jolies amulettes destinées à la protection des enfants, aux chapelets qua laissé perdre un bonze solennel, aux broderies sur soie qui représentent le mariage de lEmpereur...

    Après avoir traversé un village nègre spirituellement aménagé, abordons les Missions franciscaines. Elles sétendent dans le monde entier. Depuis le XIIIe siècle elles ont donné au Christ 2.140.000 âmes. Pourtant les fils de saint François dAssise ont prodigué surtout leur zèle en Chine et au Japon, au Maroc français, en Terre-Sainte.

    Ils furent les premiers missionnaires de la Chine. Le P. Jean de Plancarpin y entra dès 1246 et fut suivi bientôt par le P. de Mont-Corvin, premier évêque de Pékin, en 1294. Voici le portrait du P. Victorin, supplicié en Chine : de sa poitrine ouverte le cur est arraché. Au Japon aussi les Franciscains comptent des martyrs : le dernier en date est le P. Michel Fabre.

    Au Maroc français, ils sont les aumôniers de nos troupes depuis 1908.

    En Terre-Sainte, plus de 2.000 dentre eux ont versé leur sang pour la garde des sanctuaires historiques... Admirons cette délicieuse statuette de Jésus-Enfant sculptée par un frère convers de leur couvent de Bethléem.

    Mais les bons religieux ont aussi des artistes dans le Nord : témoin ces vitraux radieux que vient dexécuter le P. Bernardin. Lun deux représentant sainte Claire, est destiné au Séminaire des Missions que les Franciscains ont ouvert à Mons-en-Barul depuis la guerre.

    En pénétrant chez les Pères Blancs, bien connus à Lille, saluons dabord leurs martyrs de 1Ouganda, suppliciés en 1886. Puis parcourons linstructive Exposition que les fils du Cardinal Lavigerie ont consacrée surtout au Soudan et à la Kabylie. Une photographie retient notre attention : celle dun missionnaire qui apprend à un petit Kabyle le maniement de la machine à coudre.

    Les Surs blanches de Notre-Dame dAfrique sattachent particulièrement à décrire les métiers manuels, le travail du tissage par exemple, quelles apprennent aux enfants jusque dans le désert saharien.

    Une tasse de thé ? Les Surs Franciscaines vont vous servir dans leur salon, où voisinent les tentures, meubles et bibelots indiens, chinois, malgaches, marocains, etc De ce dernier pays, voici un tapis dont le général Lyautey en personne a fourni le dessin. Tout là-haut, à la tribune, un Chinois en cire lit attentivement... la Croix du Nord.

    Les Missions Africaines de Lyon exposent les plus belles pièces de leur Musée, notamment une réjouissante série de magots taillés à coups de hache par des artistes noirs du Dahomey.

    Les Religieuses de Saint-Joseph de Cluny présentent leurs Missions du Sénégal, des Nouvelles-Hébrides, de Madagascar. Inclinons-nous devant le portrait de leur fondatrice, la Vénérable Anne-Marie Javouhey (1779-1851). Elle a son buste sur la place de Cayenne, où elle sest tant dévouée au service des lépreux. Retenons aussi le groupe des premiers prêtres sénégalais ordonnés en 1840 par Mgr IEvêque de Carcassonne.

    Voici enfin le stand organisé par les Auxiliatrices du Purgatoire, qui se prodiguent dans les districts du Tché-li Sud-Est et du Kiangsou. Une splendide série de photos nous permet dassister au travail de leur apprenties, spécialisées dans la préparation du coton : séparation de la graine, battage, enroulement, filature et tissage. Cet apostolat social ne fait point tort à lévangélisation proprement dite, contraire : nous en appelons au païen converti qui donna aux religieuses cette idole truculente placée par elles, comme un trophée, au premier plan de leur stand.

    Mais quoi ? Nous perdons notre temps... et celui de nos lecteurs, à prendre par-ci par-là, un fragment dans un tel ensemble. Une Exposition de cette envergure et de ce puissant relief ne se ressemble plus à elle-même quand on la morcelle de la sorte. Il faut la voir, il faut la vivre.

    (Croix du Nord)

    1923/140-152
    140-152
    Anonyme
    France
    1923
    Aucune image