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La fin dune crise

La fin dune crise.
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    La fin dune crise.
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    Lannée que nous enterrons aujourdhui sen va chargée de la malédiction publique : tous les ans nous assistons à pareille démonstration, mais cette année les griefs sont particulièrement fondés. La crise économique qui sévit sur le monde entier sest lourdement fait sentir au Japon : laissons les docteurs en chercher les causes et en prescrire les remèdes. Ici, la cause est toute trouvée, pas besoin de tâter le pouls du patient : nous étions dans lannée du singe, néfaste sil en fut, et la guigne qui nous a poursuivis jusquau 31 décembre va finir ce soir même. Nous entrons dans lannée du coq et demain, premier janvier, la presse quotidienne va nous inonder darticles illustrés sur les coqs et toute la gent gallinacée : on nous démontrera péremptoirement que la nouvelle année sera faste au possible.

    Parmi les bienfaits de la civilisation chinoise, il faut compter le calendrier et les différentes manières de supputer les années, toutes plus ingénieuses les unes que les autres. Ladoption du calendrier solaire a relégué au rayon des antiquités plusieurs de ces vénérables méthodes, mais la superstition populaire na pu encore se résigner à les abandonner complètement. Cest ainsi que lannée 1932 a été une année de crise pour les affaires matrimoniales : tel temple shintoïste de Kyôto a vu diminuer de 30 % le nombre des mariages célébrés devant le kannushi et le phénomène nest pas isolé.

    On sait que, depuis quelques dizaines dannées, bonzes et hannushi (ministres des temples shintoïstes) se sont mis à imiter certaines cérémonies catholiques : ils ont, entre autres, introduit lhabitude de marier leurs fidèles au temple, et cela, non pas tant pour augmenter leur casuel que pour donner quelque lustre à leur culte et essayer de ressaisir auprès de leurs fidèles une partie de linfluence quils sentent, malgré tout, leur échapper.

    Lannée 1932 est à marquer dune boule noire au point de vue matrimonial. Le temple gouvernemental de 1ère classe, dit Hai-an jin-gû (caractères chinois), à Kyôto, livre au public ses comptes de fin dannée : on y constate une diminution sensible du chiffre des mariages célébrés dans son enceinte. Et les dirigeants du temple font mieux que de nous donner des chiffres arides : ils les interprètent et nous indiquent eux-mêmes la cause de la crise. Oyons plutôt : Lannée 1932 a été lannée du singe, lequel se dit saru en japonais. Mais il y a également un mot saru qui signifie quitter, séparer, divorcer. Se marier dans le courant dune pareille année est évidemment dangereux et de nombreux couples ont préféré différer la cérémonie et attendre lannée 1933 pour demander aux kannushi et aux bonzes la bénédiction nuptiale. Lannée prochaine, en effet, sera éminemment faste, et pourquoi ? Coq se dit tori ; or il y a un verbe tori, toru, qui signifie prendre, recevoir, obtenir. Cela suffit pour que les mariages célébrés lannée du coq soient regardés comme avantageux. Prévoyant donc une affluence extraordinaire, le temple dIzumo, dans la préfecture de Shimane, prend des dispositions en conséquence. Ce temple, en effet, est spécialisé dans les affaires matrimoniales et les gens de la vieille école regardent comme particulièrement favorable un mariage célébré dans ce temple.

    A ce propos, on nous permettra de donner une idée du casuel perçu à loccasion dun mariage, dans les temples shintoïstes, ou du moins dans les plus courus dentre eux. On compte cinq classes, tarifées comme suit :

    1ère cl. Tsuru (caractères chinois) (grue) 75 Yen
    2ème cl. Kame (caractères chinois) (tortue) 50
    3ème cl. Matsu (caractères chinois) (pin) 35
    4ème cl. Take (caractères chinois) (bambou ) 30
    5ème cl. Ume (caractères chinois) (prune) 25

    Le temple de Kyôto dont nous avons parlé plus haut a perçu en 1932 un casuel moyen de 31 yen par mariage.

    31 décembre 1932.


    1933/113-115
    113-115
    Anonyme
    Chine
    1933
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