Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La condition des ouvrières de filatures au Sheuntak, Kwangtong, Chine 2 (Suite et Fin)

La condition des ouvrières de filatures au Sheuntak, Kwangtong, Chine. (Fin) VIII. La subsistance de louvrière.
Add this
    La condition des ouvrières de filatures au Sheuntak, Kwangtong, Chine.
    (Fin)
    ____


    VIII. La subsistance de louvrière.

    En bon nombre dusines, graves sont les difficultés qui surgissent en matière de cuisine. Cest en cette matière surtout que le chinois est réfractaire à la communauté. Quot capita, tot sensus, disait la vieille grammaire ; quot capita, tot oll, autant de marmites que de têtes, faudrait-il dire en Chine. Il y a quelques années encore on en était au régime des petits paquets. Quatre, cinq ouvrières pour un fourneau et cuisine au bois. Cela nallait pas sans désordre. La direction a fait le possible pour unifier et, par là-même, économiser. Fourneau unique, de plus en plus, chauffé le plus souvent à la balle de riz. Sur ce fourneau commun, par terrines empilées, contenant la ration dune ou deux personnes, les ouvrières ont chacune leurs six onces de riz cuit à létuvée. Elles le disent mal cuit, indigeste, collant à la bouche, agglutinant ; mêmes récriminations contre leau pour le thé, chauffée non pas au bois, mais à la houille.

    Lusine fournit le combustible, leau, le thé (de dernière qualité ! ! ) et une cuisinière à 40 cents par jour pour un groupe de 60 ouvrières. Celles qui sont près de leur domicile vont généralement dun galop y prendre leur repas de 10 h. ½ et regagnent aussitôt lusine. Elles sont la minorité.

    Ainsi voit-on louvrière se lever dès le point du jour. La démarche hiératique, toujours modestement et décemment mise, toujours soigneusement peignée, on la voit se diriger dun pas pressé vers lusine ; à la main la marmite émaillée où se trouvent la ration de riz à cuire pour le repas du matin, le peu de légumes, de fromage de haricots, lonce de poisson frais ou salé, reste de la veille au soir, quelle fera vite réchauffer sur le fourneau commun, (plus aisément une terrine ad hoc plongeant un instant dans leau bouillante dune bassine vacante) et qui formeront le menu du repas dont le riz sera le fond.

    Le travail commence dès 6 h., parfois avant. Sur les sept heures les abords de lusine sont ouverts aux marchands ambulants qui vendent soupe, fruits ou gâteaux. Pour trois sous, louvrière se paye un petit bol de soupe de riz accompagné dun beignet frit dans lhuile. Une fois le mois peut-être, elle soffrira le luxe dun bol de soupe au riz et viande de porc : coût 10 cents. Et sans cesser le travail elle absorbera sa modeste collation.

    A 10 h. ½ , relâche maximum de 50 minutes. Elle prend à la hâte le repas prévu dès le matin et vraiment peu substantiel. A peine le temps de respirer, dessuyer la sueur inondante, et elle reprend son travail à 11 h. 20, même dès 10 h. 40 pour un supplément de salaire, la marche des machines ne demeurant suspendue que pendant 20 minutes.

    Parfois hasarde-t-elle encore un ou deux cents pour lachat dun fruit vers 2 h. et la voilà à louvrage jusquà 6 h. ½ en été.

    Le travail cesse enfin : et encore, par dix, à tour de rôle, lune a-t-elle un supplément de travail ; achever le dévidage des cocons nageant encore dans les bassines, et qui le lendemain seraient perdus. Sur ses habits de travail trempés de sueur, louvrière revêt son impeccable habit noir ; elle enlève de sa chevelure les flocons de soie témoins du labeur, et reprend le chemin du logis. Le temps de changer enfin de vêtements, de faire toilette, de préparer et dabsorber le modeste repas du soir, et cest déjà neuf heures, le temps du repos pour préparer le labeur du lendemain.


    IX. Le budget des dépenses : nourriture, vêtements...

    Dinterrogatoires répétés il ressort que les frais ordinaires de nourriture dune ouvrière des filatures oscillent entre 15 et 20 cents par jour dont moitié pour le riz, moitié pour autres mets. Le poisson frais et la viande fraîche surtout, sils paraissent, cest tout au plus quelques onces par semaine, 20 onces de celui-là, 10 onces de celle-ci tous les mois sont une normale approchante. Tout compté, le budget de table de louvrière, combustible compris, oscille de 54 à 72 piastres par an (de 270 à 360 francs). Inscrivons aussi 5 piastres pour ustensiles, réparations ou indemnité de logement.

    Ajoutons 4 piastres de tabac, 8 pour frais de toilette, savon, eaux de senteur et 20 à 25 pour lhabillement. Louvrière des filatures est toujours scrupuleusement mise. Elle porte toujours sa natte magnifique, quels que soient les accidents graves quelle puisse amener si, pendant imprudemment à la dérive, elle se trouve happée par le mouvement. Pas une pour cent des ouvrières na voulu la couper jusquici. 70 pour cent porteraient des dents aurifiées, 10 pour cent avec motif, les autres sacrifiant à lélégance féminine. Lhabit extérieur ou habit de ville, noir généralement, est dune netteté irréprochable, de coupe séante, mais ample et modeste. La continuelle transpiration à lusine impose un renouvellement fréquent du linge de corps, qui nest autre que lhabit de travail : camisole et caleçon. La mode dun corset trop serré sintroduit malheureusement au grand détriment de lhygiène. Tout bien examiné, il demeure frappant combien la vie commune de lusine inspire aux ouvrières le sentiment de la discipline, de la propreté, du tact, de la délicatesse, de la tenue.


    X. Théâtre et relations sociales.

    Souci bien féminin, honorable après tout, que celui dune modeste élégance, 25 piastres (125 francs) de budget ad hoc nont rien dexcessif. Autre budget aussi lourd, moins excusable peut-être, mais non moins féminin : 50 p. 100 des ouvrières auraient la ferveur du théâtre. Estimer à 2 piastres par mois 4 séances en troisième classe est une moyenne. On sinvite entre compagnes, mais 12 piastres au bout de lan font un trou considérable au budget.

    Nous ne décrirons pas le tohu-bohu, le charivari, le sans-gêne, lindescriptible désordre dun théâtre chinois, même des plus réputés. La séance se poursuit de 8 ½ du soir à 1 h. ½ du matin parmi les conversations, les gâteaux, les thés quon verse, les fruits quon grignote. Louvrière sort de là énervée et peut jouir tout au plus de 2 heures de repos avant daller au travail. Deux nuits de suite abattent ses forces et le travail sen ressent ; heureuse si parfois elle peut, une heure durant, passer sa place à une apprentie pour faire elle-même une sieste subreptice.

    Les ouvrières plus économes, moins dissipées, se contentent des devoirs ordinaires de société : échange de visites, de cadeaux, à loccasion des anniversaires, des naissances, des mariages, des deuils ; visites et cadeaux de la fille à la mère adoptive et vice versa, car ce genre dadoption est très fréquent dans la région. Inscrivons 8 piastres pour les relations sociales, cest une moyenne.


    XI. Le budget des cultes.

    Louvrière est naturellement religieuse. Son budget cultuel, nous parlons de louvrière adulte, sui juris, atteint sans nul doute 5 à 6 piastres : cotisations pour encens, bougies, papier simili-monnaie, etc.. pour nombre de fêtes païennes, pour celle du génie protecteur de lusine, pour les régates du Dragon, pour la fête des Sept Surs au 7 de la septième lune, pour habiller et nourrir les âmes faméliques au cours de cette même lune, pour le culte surtout de Kunyam, la toute miséricordieuse. Il existe pour lhonorer certains carêmes de 49 jours, où les associées se relayent tous les soirs pendant les trois premières veilles, de sept h. à minuit, pour lui offrir tour à tour lencens et leur prière non sans sêtre purifié les mains à leau lustrale dabord, puis à la feuille de Wong pi. (1) Elles implorent pour la paix, pour la santé de leur personne et de toute leur famille. Nul doute quil ny ait des âmes droites parmi ces orantes. Deux fois par an, aux principales fêtes de Kun Yam les cotisations dune piastre environ par personne comportent un repas cultuel commun. Entre associées on offre ensemble vin, canard, poulet, porcelet rôti et lon festoie ; cest un rayon de joie au cours des travaux forcés de lannée. Le comble de lextra est un pèlerinage lointain à la mère du Dragon, au sanctuaire de Tingfushan dans le Shiuhing. Le pèlerinage dure du 6 au 10. de la cinquième lune. Des bateaux pavoisés sont frêtés. Les places sont retenues et payées une année à lavance. Le prix, passage et frais de nourriture compris, était hier encore de 5 ou 6 piastres. Cest beaucoup, pour une ouvrière surtout, et lon ne se paye ce luxe que rarement dans la vie.


    XII. Le budget de la charité.

    Au budget cultuel adjoignons celui de la charité, il nest pas inférieur à 3 piastres. On nous cite des cas extraordinaires, celui, par exemple, dune jeûneuse, de famille à laise, travaillant comme une simple ouvrière, et prélevant chaque année 100 piastres sur son salaire pour distribution de riz aux pauvres. Tenons-nous en à la pratique commune. Il est des quêtes assez fréquentes à lintérieur de lusine : quête pour une malade dépourvue de secours, quête pour un mort dépourvu de cercueil ; et louvrière y va de 5, 10, 20, 40 cents et davantage. Il est des cas curieux de souscription. Celui-ci entre autres. Une ouvrière brutalise cyniquement sa servante ou mui-tsai. Un surveillant propose le rachat de lenfant et sa restitution aux parents. Ceux-ci acceptent ; les ouvrières souscrivent illico pour une cinquantaine de piastres ; logresse est remboursée ; lenfant lui est retirée, mais elle demeure débitrice et doit payer à son tour ; en expiation des violences infligées, lenfant est promenée dans toute lusine et dans tout le quartier voisin, exhibant son menu corps couvert de contusions et de plaies ; la persécutrice accompagne, et un héraut proclame tout haut son nom et son forfait. Les cas abondent douvrières se soutenant mutuellement, à la vie, à la mort, en cas de misère ou de maladie. Laumône a ses héroïnes même parmi les âmes païennes. Parmi les ronces de légoïsme, il demeure place pour les roses de la charité.

    ___________________________________________________________________________
    (1) Fruit à peau jaune de la province de Canton, doù le nom Wong pi, peau jaune donné au fruit et à larbre.


    XIII. Accidents et maladie.

    Ceci nous amène aux frais médicaux supportés par louvrière : une moyenne de 10 piastres au minimum. Pénible est le labeur ; limitées sont les forces. Bon nombre usent de pilules, de potions, de bouillons reconstituants. La maladie nest pas rare, due au surmenage, au manque dhygiène. Les accidents ne manquent pas non plus. Lannée ne se passerait pas sans une dizaine daccidents graves pour chaque grande usine ; Habits, natte happés par les courroies de mouvement : chevelure arrachée, figure écorchée, bras luxés. Et lusine, avons-nous dit, ne donne que le premier pansement. La blessure, la maladie entraîneraient-elles cessation totale du travail, lusine sen désintéresse. Tous les soins demeurent à la charge de louvrière, victime a priori, dit-on, de sa négligence, de sa somnolence, de son imprudence, tandis que le personnel masculin, victime daccident, est indemnisé par la direction. Le contraste est criant.

    Récapitulant les dépenses de louvrière nous trouvons donc :

    Nourriture et combustible 54 piastres Comédie 12 piastres
    Mobilier, frais de loyer 5 Relations sociales 7
    Tabac 4 Culte 5
    Habillement 20 Charité 3
    Toilette 5 Maladie ou accident 10

    Au total 125 piastres ou 625 francs de 1931.
    Recettes moyennes : 160 piastres
    Economies annuelles : 35


    XIV. Les murs de louvrière.

    Scrutons encore plus à fond la question des ouvrières. Le personnel féminin des filatures est généralement jeune encore ou dans la force de lâge. Esclaves à lusine, les ouvrières sont assez communément émancipées dune autorité familiale trop stricte. Lessai de statistique suivant nous fera mieux comprendre cette affirmation.

    Pour une moyenne de cent ouvrières, il existerait :
    25 jeunes filles non mariées, la plupart nubiles, qui nont pas fait le chignon.
    15 jeunes femmes mariées, mais ne cohabitant pas encore maritalement, la cohabitation pouvant se faire attendre 2, 3 ans et même davantage.
    15 femmes mariées avec ou sans enfants, et vivant avec leur mari.
    15 femmes mariées à un mort, cest-à-dire à la tablette du défunt, épouses légales du dit, au domicile duquel elles pourront se réfugier pour mourir, mais qui en attendant vivent indépendantes, sui juris.
    25 femmes mariées à un vivant, mais qui, par leur industrie, par emprunt ou économies, se sont rachetées, payant une épouse secondaire au mari. Elles demeurent épouses légales, en conservent les honneurs sans les charges ; les enfants de lépouse vicaire reconnaissent la première épouse comme leur vraie mère et matrone, et nusent avec leur propre mère que dun appellatif inférieur : tante, sur aînée. Assurée dun domicile et de soins en cas de maladie grave et de mort, lépouse rédimée vit, en attendant, indépendante, sui juris.
    5 vieilles tantes, célibataires, qui ont fait le chignon, signe, plus haut, de mariage, signe, ici, de renoncement au siècle. Vivant ou non dans leur famille elles se sont assurées un logis personnel pour mourir.

    Le lecteur aura remarqué la proportion relativement faible, 15 p. 100, des femmes réellement mariées, et vivant maritalement. Et ce chiffre demeure encore exagéré, bon nombre de maris délaissant leur femme pour un séjour plus ou moins long dans quelque grande ville de Chine ou à létranger.

    Un nouveau tableau, absolument exact celui-ci, éclairera le premier. Pour 38 fidèles de lagglomération de Yungkwai nous comptons :
    18 jeunes filles,
    3 jeunes femmes vivant séparées de leur mari émigré,
    5 femmes vivant maritalement,
    12 vierges chinoises célibataires ayant Fait le chignon, signe officiel de leur renoncement au monde.

    Chiffres symptomatiques : si parmi les ouvrières, les jeunes filles non mariées sont encore soumises aux parents, si bon nombre ont un vif souci de leurs parents vivants, si bon nombre sont des héroïnes damour filial et de dévouement fraternel, si daucunes, à leur plus grand honneur, se dévouent à leurs neveux, sacrifient leurs économies, prix de leur sueur et de leur sang, pour renflouer dindignes frères prodigues, autrement dit et pour parler plus prosaïquement, si les filles rapportent et si pour ce motif on les conserve, si donc elles pullulent au Sheuntak plus peut-être quailleurs en Chine, il nen demeure pas moins un pourcentage notable douvrières, quon peut sans témérité taxer dégoïsme. Leur éloignement volontaire du mariage et de ses charges les condamne. A la servitude maritale elles préfèrent la servitude de lusine qui, si dure soit-elle, leur permet une relative autonomie, un bien-être relatif, fruit immédiat de leur travail, fruit subséquent de leurs économies.

    Poussons plus loin et soulevons encore le voile ; 20 p. 100 des ouvrières seraient des immigrées, venues de la campagne à la ville pour chercher du travail. De ces immigrées quatre dixièmes logent dans les bâtiments à elles gratuitement concédés par lusine. Pour tout ameublement des planches de lit trop resserrées, et le plus habituellement, deux sinon trois personnes par lit ; quatre sur dix encore sarrangeraient entre parentes ou amies, loueraient quelque maison vide quelles habitent à 4, 6, 8 personnes, deux par lit. Les deux derniers dixièmes enfin, par couple le plus souvent, louent un lit chez quelque particulier, à raison de 30 ou 40 cents par mois.

    Dordinaire cest lamitié plus encore que la parenté qui constitue ces cohabitations douvrières. Ces ouvrières et bon nombre des indigènes émancipées les imitent contractent entre elles des liens qui prolongent au vingtième siècle, en terre chinoise, les murs contre nature que reprochait S. Paul aux païennes romaines du premier siècle. On parle dune bonne moitié de contaminées dans ces liaisons, nous ne voudrions pas y croire : cest cependant le cri de la fama publica. Le dérivatif normal du mariage supprimé, la nature et le diable se vengent.

    Dans lusine même les murs seraient plus réservées, du moins entre ouvrières et personnel masculin. Contremaîtres, surveillants, mécaniciens, chauffeurs, hommes de corvée seraient une trentaine au total pour une usine de six cents ouvrières. Rares seraient les affaires de murs entre ouvriers et ouvrières. Seuls, les surveillants, une huitaine de personnes, ont accès parmi les femmes. Le règlement de lusine défend aux uns et aux autres tout propos obscène, tout juron malsonnant, et nous savons que ce genre de littérature abonde. Tout contrôleur incongru en paroles, tout ouvrier se présentant le torse nu parmi les ouvrières peut être par elles aspergé deau bouillante, et bombardé de déchets de cocons. Le bon ton régnerait le plus souvent, En fait, le règlement est violé en bien des cas ; les chants, toujours défendus, demeurent rarissimes, mais les conversations obscènes abonderaient parmi certaines ouvrières qui ne savent plus rougir. A tort ou à raison, exaspérées parfois par le contrôle, elles vomissent leur répertoire le plus terrible de malédictions : pilier de prison ! et le reste. Les employés masculins se domineraient davantage ; ils sont généralement moins nerveux, plus corrects. On en cite pourtant qui, traversant létuve usinière, se contentent de porter leur camisole sans manches négligemment jetée sur une épaule. O subtil pharisaïsme ! La loi est tournée ! Elle nest plus violée !


    XV. Conclusion.

    Cette enquête, que nous avons voulue le plus impartiale possible, peut suggérer dutiles réflexions. Le portrait tracé nest pas en tout point celui de la cité de Dieu rêvée par Léon XIII dans lEncyclique Rerum Novarum ou par S. S. Pie XI dans lEncyclique Quadragesimo. Nous navons rien exagéré pourtant.

    Les usines du Sheuntak auraient eu des visiteurs illustres tant chinois quétrangers. A ceux-ci on a montré ce quon a voulu, pour eux lusine a fait toilette, pour eux la direction sest faite plus que souriante ; à loccasion de leur visite on a témoigné aux ouvrières une bienveillance doccasion, moins quhabituelle. Les hôtes chinois, gouverneurs civil ou militaire, se seraient occupés surtout de pousser à une production plus intense en quantité, meilleure en qualité, à la fin de tenir contre la concurrence étrangère : Améliorons la matière première, améliorons la marchandise. On aurait oublié la personne humaine transformant la dite matière.

    Ne pourrait-on cependant pas souhaiter un peu plus dhygiène physique, un peu plus dhygiène morale ? v. g.:

    1) réglementer la loi du repos dominical ?
    2) diminuer les heures de travail, surtout par les mois torrides ?
    3) atténuer leffet des radiateurs, améliorer la ventilation, installer des salles de toilette, compartimenter les latrines ?
    4) Favoriser les salaires et par suite un ordinaire plus réparateur, plus substantiel ?
    5) Promouvoir les syndicats douvrières, les caisses de secours, de chômage, dassurance contre les accidents, la maladie, la vieillesse ?
    6) Appeler quelques ouvrières au comité de contrôle, de surveillance ?
    7) Améliorer le logement des pensionnaires à lusine ?
    8) Combattre la promiscuité des ouvrières ?
    9) Promouvoir dans la région la pratique dun mariage normal ?
    10) Eduquer chez louvrière la conscience professionnelle ?

    En un mot, ne pas regarder louvrière comme une vulgaire machine payée en proportion du rendement, mais lestimer comme une personne humaine, douée dun ensemble de qualités remarquables, essentiellement perfectible, et la traiter comme telle.

    Le capital, nous le savons, traverse une crise grave, toutes les réformes ne sont pas également et aussi promptement réalisables : In angustiis temporum ! Nous souhaitons simplement la bonne volonté chez les chefs responsables, pour lhonneur de la nation chinoise, pour lhonneur aussi de lhumanité. Dévoiler certains abus, cest contribuer à les guérir. Tel est le but de cette modeste étude.

    Kwaichow, 8 septembre 1937.
    ALFRED FABRE.
    1932/499-508
    499-508
    Fabre
    Chine
    1932
    Aucune image