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Léon-Xavier Girod, Missionnaire du Haut Tonkin 4 (Suite et Fin)

Léon-Xavier Girod, Missionnaire du Haut Tonkin (Fin)
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    Léon-Xavier Girod, Missionnaire du Haut Tonkin (Fin)
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    C’est vers la fin de 1901 que le P. Girod prit en mains la direction de son nouveau district. Il “poussa d’abord une pointe apostolique” vers Phu-Yen-Binh, qu’il avait déjà visité plusieurs fois depuis 1886. Il y avait à Phu-Yen-Binh un poste militaire qu’avaient occupé à tour de rôle des tirailleurs annamites, des légionnaires et des soldats de l’infanterie coloniale. A l’abri de ce poste s’étaient établis des indigènes venus du delta. Parmi eux se trouvait un ancien sergent de tirailleurs qui, à la fin d’une carrière assez mouvementée, s’était débrouillé “dans le civil” pour devenir sergent de police. Ayant rendu quelques services en cet emploi, il en avait été récompensé par l’octroi d’une concession de trente hectares, située à côté du poste.

    L’existence qu’il menait dans son petit domaine ne démontrait pas clairement qu’il fût enfant de la sainte Eglise. C’est lui cependant qui devait être, en quelque sorte, la cheville ouvrière de la nouvelle fondation. Ne pouvant mettre en rapport cette concession trop vaste pour lui, il demanda à en céder une partie au P. Girod, qui cherchait un terrain non loin du poste. Mgr Ramond accepta, et peu après le Père commençait les travaux, aidé de son nouveau et unique paroissien, “débrouillard” s’il en fut.

    Pendant que se poursuivaient ces travaux, notre confrère visitait les chrétientés, y apportant tout son cœur et tout son zèle ; il savait, en effet, combien, depuis tant d’années, elles avaient souffert. Dans des notes qu’il a laissées, il fait remarquer que, de 1861 à 1893, la malheureuse vallée du Song-Chay a été, sauf une ou deux accalmies, le théâtre de massacres, d’enlèvements et de pillages continuels. Elle était le champ de bataille tantôt de différentes tribus Mong, Man ou Tho, qui y sont fixées ou qui s’y heurtent au cours de leurs continuelles pérégrinations ; tantôt des bandes chinoises, auxquelles le séjour dans leur pays, cependant assez vaste, ne sembla pas assez sûr. De ces bandes, les plus redoutées furent celles des “Pavillons Noirs” et des “Pavillons Jaunes”, qui, dans leurs luttes sans cesse renaissantes, mettaient à feu et à sang cette riche contrée, dont elles se disputaient âprement la possession, pillant et saccageant tout, pour que l’adversaire victorieux ne trouve que ruines et dévastation.

    On devine ce qu’étaient devenues, après de pareilles épreuves, les chrétientés jadis si florissantes de cette belle et fertile région. Au point de vue national et religieux, tout, ou presque, était à remettre sur pied. Encore maintenant nombre de villages n’existent qu’à l’état squelettique.

    La nouvelle que le Père s’installait définitivement à Phu-Yen-Binh fut vite connue jusque dans le delta, où une population trop dense trouve difficilement à gagner sa vie. La présence du missionnaire et la certitude de trouver en lui un aide désintéressé et au besoin un protecteur, décida nombre d’indigènes chrétiens et même bouddhistes à monter vers le Song-Chay chercher des terres qu’ils pourraient cultiver, sur lesquelles ils pourraient vivre avec leurs familles et qu’ils pourraient laisser à leurs enfants. Naturellement parmi ces nouveaux venus il se trouva un certain nombre d’“indésirables”; mais la sélection se fit peu à peu, quoique pas toujours sans à-coups. C’était chose prévue d’avance et ce n’est pas sur les hommes que le P. Girod comptait. Il travaillait pour Dieu et ne mettait pas en doute qu’il réussirait à implanter la religion dans ce coin complètement païen. Saint Joseph fut intéressé à la fondation de cette chrétienté, où une église lui serait dédiée.

    Malgré les tribulations et les tracas qui sont le partage de tous ceux qui défrichent, cette jolie portion du champ du “Père de famille” prit peu à peu tournure. Après la maison, modeste paillote, vint le tour de l’église St-Joseph. Groupées autour du petit clocher, les maisons, devenues nombreuses, abritent une population de chrétiens, établis sur la concession achetée par eux.

    C’est en cette coquette église que le cher P. Girod put, en 1904, fêter le 25e anniversaire de son ordination sacerdotale.

    Bientôt tout le terrain fut occupé par les habitations et les cultures nécessaires aux familles établies là par les soins du missionnaire. Celui-ci les aidait de tout son pouvoir, ne demandant à tous, en retour de son dévouement et de ses sacrifices, que de vivre heureux et tranquilles sons l’œil de Dieu et dans l’observation de ses lois : programme d’une facilité d’énonciation remarquable, mais dont la mise en pratique présente à la pauvre humanité pas mal de difficultés, hélas !

    De fait, le cher Père éprouva plus d’un mécompte et sa patience fut parfois mise à de rudes épreuves, dont elle ne sortait pas toujours aussi victorieuse qu’il l’aurait désiré ; mais son ardente charité savait effacer promptement l’effet d’un mouvement d’humeur incomplètement maîtrisé. Lui-même reconnaissait ce travers, et disait : “De la patience, j’en ai beaucoup,... mais pas longtemps !” Ces mouvements d’humeur ne se manifestaient, d’ailleurs, que par des reproches faits d’une voix plutôt.... élevée, mais qui, devant l’air contrit des coupables, revenait vite aux notes graves du papa qui gronde ses enfants et ensuite les console et les encourage. La plupart du temps ces mouvements de vivacité étaient rachetés par une faveur, un subside, accordés généreusement. Ses paroissiens ne l’ignoraient pas ; aussi le programme était-il toujours le même : expression de demandes irrecevables, appuyées de raisons idiotes soigneusement préparées dans un but bien arrêté… explosion... dispersion graduée des ondes ultra-sonores, et enfin pluie bienfaisante.

    Le bon P. Girod le savait bien, lui aussi, mais il se laissait prendre cependant ; il y mettait même de la bonne volonté. Ce qui est certain, c’est que sa charité attirait, et que bientôt les terrains acquis à Phu-Yen-Binh ne suffirent plus à loger les nombreux arrivants.

    Cet afflux préoccupait le Père, qui voyait venir le moment où il faudrait ou bien enrayer le mouvement, ou trouver un autre endroit pour poursuivre l’œuvre si bien réussie à Phu-Yen-Binh. Sa confiance en la Providence allait une fois de plus lui mériter de voir ses préoccupations dissipées, ses espoirs réalisés.

    A 5 kilomètres au dessus de Phu-Yen-Binh se trouvait une concession que deux Français essayaient de mettre en valeur ; mais, par suite de circonstances malheureuses, le succès ne répondait nullement à leurs efforts. Découragés, ils décidèrent de s’en défaire et proposèrent au P. Girod de la lui vendre. En 1907, muni de l’autorisation du Supérieur, le Père se rendit acquéreur de 460 hectares de concession définitive, où diverses cultures avaient été tentées, mais où, faute de main-d’œuvre, la brousse avait rageusement reconquis son ancien domaine.

    En somme, là aussi, tout était à faire, si l’on en excepte une maison sur pilotis, véritable château branlant, où le moindre mouvement provoquait un balancement inquiétant de tout l’édifice.

    Le Père y installa deux chambres et une petite chapelle, sur l’autel de laquelle il plaça une modeste statue de N.-D. de Lourdes, qu’il voulait constituer Reine du lieu et Protectrice de cette œuvre naissante, entreprise pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

    Le trop plein de Phu-Yen-Binh fut dirigé sur ce nouveau champ d’action et les travaux commencèrent. Le but était le même : recevoir les émigrés du delta et y mêler, en plus grand nombre possible, des familles de nouveaux chrétiens. Les terres furent distribuées au fur et à mesure des arrivées. Les nouveaux venus se présentaient pour la plupart les mains vides, mais largement ouvertes pour recevoir ; il fallait donc que le missionnaire pourvût à l’installation et à l’entretien de ses nouvelles ouailles : argent, riz, matériel et bétail, sans grand espoir de rentrer un jour dans ses débours.

    Les nouveaux venus ne répondaient pas tous au dévouement du Père par la reconnaissance que méritait cependant le soin qu’il prenait de leur âme et de leur corps ; mais cela n’est pas pour étonner un missionnaire qui comptait une trentaine d’années de vie apostolique. Quand on fonde une œuvre de ce genre, il faut être large dans la prévision des déboires, c’est le meilleur moyen de ne pas tomber de son haut, quand on les voit se succéder parfois avec une inquiétante régularité.

    Il faudrait être naïf pour croire que, lorsqu’on vient implanter la religion dans le domaine du démon, tout ira sans le moindre accroc. On doit s’attendre à des tribulations de tout genre. Notre confrère “encaissait” philosophiquement, ou plutôt apostoliquement, toutes les contrariétés et les ingratitudes ; il ne tenait compte que des consolations que lui donnaient les familles honnêtes et laborieuses, qui peu à peu transformèrent complètement forêts et marécages en plantureuses rizières et en mamelons verdoyants, où s’étageaient les différentes cultures, suivant la nature du terrain.

    Un des gros soucis du Père était de voir la mort faire trop souvent des vides parmi les nouveaux venus, malgré les soins qu’il leur prodiguait ; plus d’une fois il put craindre que le découragement n’incitât nombre de ses nouvelles familles à redescendre dans le delta. Mais, au fur et à mesure des défrichements, l’état sanitaire devint meilleur et, loin de se ralentir, l’œuvre de repeuplement alla s’accentuant. Il n’y eut bientôt plus, sur la concession achetée en 1907, assez de place pour les arrivants.

    Le Père demanda et obtint à trois reprises différentes de vastes étendues de terres incultes attenantes à la première concession. Les initiatives de notre confrère, et surtout les résultats acquis, attirèrent l’attention des autorités supérieures administratives ; elles décidèrent de demander pour lui la croix de la Légion d’Honneur ; mais ailleurs on démontra en trois points qu’il n’y avait pas lieu de la lui accorder.

    Il va sans dire que la minuscule chambrette qui servait de chapelle au début ne suffisait plus : elle fut d’abord remplacée par une église en bois couverte en paillote, qui devint à son tour trop petite. C’est alors que le Père construisit dans un endroit bien central une vaste église dédiée à N.-D. de Lourdes, où les chrétiens peuvent venir facilement de toute la concession, et même de Phu-Yen-Binh, assister aux offices.

    A côté de cette église, il bâtit une maison pour la résidence du missionnaire, puis une école, où les enfants viennent nombreux de tous les points de la concession.

    Déjà sept villages se sont formés dans les différentes parties de ce vaste domaine, que baigne et entoure en partie le sinueux Song-Chay. De plus un petit village de pêcheurs est venu s’installer sur le fleuve, au pied du mamelon sur lequel s’élève l’église.

    Cette nouvelle résidence, plus centrale que celle des débuts, est sur les terres de l’ancien village de Vat-Lam. La première reste toujours à Lang-Kha : un prêtre indigène en a la charge. Le nombre des familles augmentant encore, l’église de Vat-Lam devint aussi insuffisante. Le Père en construisit une nouvelle à Lang-Kha, en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus.

    De ce fait l’œuvre entreprise par notre confrère, tant à Phu-Yen-Binh qu’à sa nouvelle concession, se trouve placée sous le patronage de la Sainte-Famille : saint Joseph à Phu-Yen-Binh, N.-D. de Lourdes à Vat-Lam, et Notre-Seigneur, honoré dans son Cœur sacré, à Lang.Kha.

    L’œuvre était donc bien établie, et le cher Père pouvait enfin espérer un peu de paix et de tranquillité après tant de peines et de soucis. La joie intime qu’il en ressentait lui faisait trouver plaisir au souvenir des difficultés surmontées et ne faisait qu’augmenter sa confiance en Dieu et en la Très Sainte Vierge, à qui il avait offert toutes ses épreuves, ne leur demandant en retour que d’assurer la prospérité de l’œuvre entreprise pour leur gloire.

    Les difficultés vaincues avec tant de constante persévérance étaient de tous les genres : défections, vols, méfaits de gens peu recommandables, que le Père recevait avec une inlassable charité, tracasseries des autorités indigènes, démêlés pénibles avec quelque rare administrateur, épidémies, épizooties, insuccès des débuts, multiples démarches, correspondances interminables, voyages pénibles, etc., etc....

    Pour supporter allègrement de tels soucis pendant près de trente ans, il faut, avouons-le, une forte dose de volonté ! Mais il arrive souvent que celui qui a semé n’est plus là au jour de la moisson.

    L’ouvrier apostolique actif et plein de zèle qu’était le P. Girod avait terminé la tâche que Dieu lui avait assignée : l’heure du repos et de la récompense allait sonner pour lui au moment où personne n’y aurait songé.

    Les missionnaires du Haut-Tonkin étaient réunis, presque au complet à Hung-Hoa pour une fête de famille à la fin de juin 1924. En même temps, en effet, que nous offrions à Mgr Ramond nos respectueux souhaits de bonne fête, nous apportions au P. Vandaele à l’occasion de ses noces d’argent sacerdotales, le témoignage de notre fraternelle affection. Nous avions reçu avec enthousiasme le P. Girod, arrivant plus jeune, mieux portant et plus gai que jamais, et nous étions heureux de voir notre cher doyen toujours si alerte.

    Hélas ! pendant la. nuit du 30 juin au 1er juillet, en quelques heures il fut terrassé et ne devait plus se remettre. Tout d’abord ce fut une cholérine violente avec des vomissements qui le fatiguèrent beaucoup et qu’on ne put arrêter que le lendemain soir ; puis on constata des refroidissements brusques de tout le corps, alternant avec des températures élevées et comme un afflux de sang à fleur de peau. Au bout de trois ou quatre jours de soins incessants, un mieux sensible se manifestait : on fit venir un docteur de Sontay, qui, après avoir bien ausculté et interrogé le malade, qui déclarait ne souffrir de nulle part, accéda au désir qu’il manifestait d’aller continuer à se faire soigner à la clinique St-Paul à Hanoi.

    Le voyage se fit le lundi 7 juillet et fut très pénible dans la dernière partie, par suite de la nécessité, faute de chaloupe, de l’effectuer en chemin de fer par une chaleur torride. Deux missionnaires accompagnaient le cher malade. En arrivant à Hanoi, il était très fatigué. Aussitôt conduit à la clinique, il y trouvait les soins éclairés et dévoués des Sœurs de St-Paul; nous le laissâmes se reposer. Vers neuf heures et demie du soir, on nous mandait à la clinique, où les Sœurs désiraient, pour plus de sûreté, qu’on proposât au Père de recevoir les dernier sacrements. Tout d’abord un peu surpris, le cher malade accepta, afin d’être, lui aussi, plus tranquille. Il se prépara et reçut avec une touchante piété les sacrements, que nous désirions si fort être pour lui le gage du retour à la santé.

    La nuit fut bonne et le lendemain nous avions la joie de trouver notre confrère bien reposé et gai comme d’ordinaire. Le docteur le trouvait bien et lui donnait rendez-vous dans cinq ou six jours pour déjeûner ensemble en parlant du temps passé. Nous rapportions tout heureux cette bonne nouvelle à la Mission.

    La joie devait être de courte durée. A deux heures de l’après-midi, le téléphone nous apprenait que le Père était au plus mal. Partis en hâte, nous le trouvions sans connaissance. Le docteur, diagnostiquant une hémorragie cérébrale, tenta de la combattre, mais ce fut en vain : il dut déclarer que c’était la fin.

    La forte constitution du malade prolongea son agonie jusqu’au lendemain 9 à trois heures du matin. Nous ne pouvions plus que prier pour notre si aimé confrère et demander à Dieu de lui donner la récompense promise aux bons serviteurs. En le regardant étendu sur sa couche, comme s’il dormait paisiblement après un long voyage, nous voyions réalisé l’ultime souhait de l’Eglise à ceux qui s’endorment dans le Seigneur : Requiescat in pace ! Ah ! certes, il était permis de parler de repos pour l’apôtre dont tant d’années avaient été employées à parcourir, à la recherche des âmes, les rudes et souvent perfides sentiers de la “Suisse tonkinoise.”

    On comprendra facilement avec quelle douloureuse émotion nous apportâmes la triste nouvelle à la Mission, assez à temps pour que tous les confrères et les prêtres indigènes pussent offrir le saint sacrifice de la Messe pour le repos du cher défunt.

    La nouvelle de cette mort se répandit dans tout Hanoi avant même qu’aucun de nous ait pu la communiquer à qui que ce soit ; et bientôt, tant à la Mission qu’à la clinique, nombre de Français et de chrétiens indigènes vinrent apporter le témoignage de leur profonde estime et de leurs sincères regrets.... C’est que tous ceux qui connaissaient le P. Girod avaient été gagnés par son caractère franc et loyal, avec une note de saine gaieté toujours digne, qui rendait à tous son commerce si agréable.

    Dans la chapelle ardente où son corps fut déposé, beaucoup vinrent s’agenouiller et prier pour le repos de son âme.

    Prévenus télégraphiquement, Mgr Ramond et plusieurs missionnaires du Haut-Tonkin et du Tonkin Occidental tinrent à venir rendre au cher disparu un dernier témoignage de leur affection et unir leurs prières aux nôtres.

    Le lendemain 10 juillet, dans la cathédrale tendue de noir, se pressait une assistance nombreuse et recueillie : beaucoup de Français, aux premiers rangs desquels étaient présentes ou représentées les plus hautes personnalités civiles et militaires, et une foule de chrétiens annamites.

    Après la Messe, célébrée par le P. Vandaele, Mgr Ramond tint à donner lui-même l’absoute et ne put contenir son émotion en récitant les dernières prières pour l’âme de celui qui, pendant plus de trente ans, avait tant travaillé dans son Vicariat.

    La cérémonie terminée à l’église, tous voulurent conduire au cimetière de la Mission la dépouille mortelle de notre confrère, qui repose maintenant auprès de son ami, le regretté Père Lecornu.

    Nous croyons ne pouvoir mieux terminer cette notice qu’en citant la conclusion de l’article que consacrait le journal L’Avenir du Tonkin à notre regretté défunt au lendemain même de sa mort.

    “Ce missionnaire, conquérant pacifique, affectueux, plein de la plus généreuse bonté, attirait.... Pas de chemins détournés, pas de coins d’ombre chez cet homme au regard direct plein de bonhomie, de droiture, et si finement intelligent. Il s’entendait parfois à secouer certains personnages, mais sans ombre de méchanceté, et parce que enfin il estimait de son devoir d’alléger le fardeau du pauvre monde.

    Blanchi, vieilli, mais plein d’ardeur, à soixante-dix ans d’âge et après quarante-cinq années pénibles de ministère, le Père continuait ses travaux et son apostolat avec l’allure d’un jeune homme. Il fut question de lui donner la croix de la Légion d’Honneur qu’un peu tout le monde dans sa famille avait eue, je crois bien. La Chambre d’Agriculture, son Président M. Marius Borel, s’honorèrent en la demandant pour lui…: elle n’est pas venue, c’est grand dommage. Certains disent qu’elle va venir, hélas ! trop tard.

    Mais ce serait tracer de cette vie mouvementée et “peineuse” une esquisse bien incomplète si nous ne parlions du prêtre.... Ce n’est rien dire de trop que de prétendre du P. Girod qu’il est mort dans cette même ardeur de foi, de zèle missionnaire, qui l’animait au matin du jour de son ordination. Cet homme, âgé déjà, si bien doué de toutes manières, avait en lui des délicatesses exquises : c’était une âme d’homme dans toute la haute et virile acception du mot, mais restée, par une certaine fraîcheur, l’âme d’un séminariste. Sur son lit de mort, on pense au missionnaire de Hien-Quan qui, la carabine à la main, le chapelet au cou, luttait contre les bandits pour défendre le troupeau confié à ses soins : le chapelet seul est resté en place.

    “Le Père Girod, Français et Missionnaire modèle, bon serviteur des deux seules causes qui vaillent, a reçu aujourd’hui la récompense de sa noble vie.”


    L. MÉCHET,
    Miss. du Haut-Tonkin


    1925/597-606
    597-606
    Méchet
    Vietnam
    1925
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