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L’exposition Missionnaire Vaticane 2

L’exposition Missionnaire Vaticane
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    L’exposition Missionnaire Vaticane
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    Le premier article paru sur l’Exposition Missionnaire Vaticane,1 au lendemain même de son ouverture officielle, ne pouvait être que très incomplet et ne recenser évidemment que les groupes d’objets et articles arrivés déjà des Missions. Or, depuis le 21 décembre 1924 jusqu’au 19 février 1925, date de l’accession possible aux pavillons japonais, des centaines de caisses parvinrent au Vatican, chargées d’un merveilleux butin, qu’il nous a été loisible de contempler et dont nous voudrions donner ici un rapide aperçu.

    De plus, certains stands d’Inde et de Chine, encore incomplets en fin décembre 1924, se sont depuis lors largement enrichis et nous allons volontiers signaler leurs intéressantes collections. Un peu pêle-mêle nous abordons une énumération peut-être fastidieuse, mais dans laquelle chacune des Missions intéressées retrouvera certainement son bien.

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    1.— Voir Bulletin Mars 1925, p. 152.


    La Birmanie présente des meubles sculptés de toute beauté, propriété qui sait ? de deux danseuses birmanes plutôt que de ces femmes parias qui, tout à côté, se pouillent mutuellement. Signalons le fac-similé de la cathédrale de Rangoon, entouré de gongs, pianos et harmonicas birmans. Très intéressante cette collection des sat dan Senmen, comme aussi tous les ouvrages des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Puis contemplons en vrac : pagode birmane, tables laquées, sandales birmanes, hottes et paniers carians, boîtes à thé et à tabac, et enfin la série de photos représentant une capture d’éléphants sauvages.

    Passons, sans y toucher, près du cobra indien de Coïmbatore et plutôt examinons ce curieux chapelet fait par un missionnaire avec les grains d’un chapelet bouddhique ayant jadis appartenu à un bonze un converti. De là nous verrons les jolis plateaux en bois de Mandalay, les khan en cuivre repoussé, les ciselés également en cuivre de Coïmbatore, dont la collection de graines mérite mention, ainsi que ces objets divers en usage chez les Badagas. Longuement arrêtons nos regards sur “Bethleem”, ce berceau de l’Institut des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie à Ootacamund aux Indes. Cet Institut, fondé par la T. R. Mère Marie de Passion, qui, détail suggestif, en traça les Constitutions au Colisée, “dans l’arène qui vit sourdre à flots le sang des Martyrs,” compte aujourd’hui 4.500 membres environ, répartis dans 180 maisons dont 73 en Asie. “Né il y a moins de 50 ans et fidèle à l’impulsion reçue de sa fondatrice, il va aux âmes avec l’élan d’une sève jeune et féconde, puisant dans les grâces reçues le courage de tendre sans cesse à de nouveaux labeurs.”

    Et, puisque nous en sommes aux Sœurs, signalons encore les panneaux en soie représentant l’Hôpital Sainte-Marthe de Bangalore et le magnifique album “Vues de Mysore,” qu’ont envoyé les Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie.

    Y a-t-il loin des Indes à Yerkalo, à Batang ? Nos vaillants confrères du Thibet pourraient le dire mieux que nous, qui n’avons eu qu’à traverser quelques salles pour les rejoindre. Vraiment les missionnaires thibétains et lolos sont ici à l’honneur, et certes ils le méritent. Les objets envoyés par eux à l’Exposition n’ont peut-être pas grande valeur intrinsèque, mais comme ils sont précieux cependant ! On ne les touche qu’avec un respect mêlé quelque peu d’effroi. Ce sabre de Tatsienlou lance des éclairs et ses taches de rouille ressemblent à des gouttes de sang vieilli. Tout à côté de lui dorment des flèches empoisonnées et un carquois. Et l’on frémit encore devant ce défilé d’un bouclier et d’un sabre lolos, d’un arc lolo, d’une peau de mouton et d’une peau de chèvre pour femmes lolos ! Point même ne sont pour vous rendre quelques forces — car ils sont vides, et c’est peut-être préférable, — ce plat à légumes et cette cruche à boire le vin, toujours lolos. Puis voici : la flûte lolo, la théière et le brûle-parfums du XIIe siècle lolos, les Bouddas lolos, enfin — car il faut se borner, — la solide ceinture qui retient le “cotillon” du Lama. Bien des visiteurs resteront perplexes devant cette ceinture de “cotillon”, plus perplexes — qui sait ? — que devant ce vase de la dynastie Tcheou (1120-250 A. C.) employé voilà donc 2000 ans pour le jeu de flèche !

    Comme c’est loin de notre ère civilisée ! Et quel contraste surtout, lorsque tout à côté nos yeux se fixent sur “la force motrice”, “la Fonderie”, “les Ateliers” et “l’Imprimerie” de la maison de Nazareth !...

    Et pourtant nous ne résistons pas à la tentation de citer encore le Thibet, qui a véritablement apporté, dans ce splendide pavillon de Chine, une note riche d’ethnographie. Plus d’un s’arrêtera longtemps devant ce harnachement de cheval thibétain, ces deux selles fort usagées, cette cotte de mailles, ce traîneau bien primitif, ces bâtons de pèlerins (souvenirs du Mont Omi), cet imperméable enfin — oh ! combien ! — des paysans du Kientchang. Pour nous, en regardant, avec émotion, cette fois, la belle “maison thibétaine”, les “ponts au Thibet”, les tombeaux des Martyrs de 1905, les PP. Dubernard, Mussot, Bourdonnec, Soulié, les strophes du Chant du Départ jaillissaient de nos lèvres et, dans l’intime de notre cœur, nous redisions : Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona !... Oui, devant ces superbes loques, ces sordides trophées, recueillis par les missionnaires du Thibet, du Kientchang et des pays lolos, on comprend mieux l’“Effort missionnaire” d’aujourd’hui. Pie XI aime les sommets : Il ne saurait en trouver de plus élevés que ceux atteints par cette poignée de missionnaires français, sommets où règnent la pauvreté, l’abnégation, la souffrance, la croix, et d’où nos vaillants confrères descendent journellement pour offrir au Christ les pauvres âmes lépreuses qu’ils guérissent et le sang de leurs pieds et de leurs membres déchirés au noble service de Dieu !

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    Et maintenant parlons du Japon. L’inévitable Fouji-yama nous sourit. Son cône noir aux bavures neigeuses émerge d’une apothéose printanière ; ses flancs se parent d’une fertilité riante. C’est, sans doute, que rien n’est perdu de la campagne japonaise et que le moindre lopin de terre y est cultivé respectueusement. Le blé, puis le riz surtout, alternent, dit-on, annuellement à côté d’innombrables légumes : lentilles, haricots, raves, gingembre, oignons, etc. Et quelle richesse d’arbres fruitiers : kakis, mûriers, cerisiers, châtaigniers, pommiers, pruniers, poiriers ! La grande île Nippon ne doit jamais connaître famine ou disette.

    Mais trêve de réflexions : voici le grand tableau représentant le port de Nagasaki, délicatement estompé, tandis qu’au premier plan s’ébroue tout un village de pêcheurs, avec des maisons recouvertes de paille, des arbres et des barques. Pourquoi ce village, sinon pour nous faire comprendre que ce peuple ami des paysages est en même temps le plus ichthyophage de l’univers ? Un repas japonais ne se comprend pas sans poisson. Dès le premier service, poisson : court-bouillon de poisson, petite truite confite au vinaigre sur un canapé de riz. Second service : poisson bouilli poudré de sucre avec bulbes de lis. Troisième service : le vénérable sashimi, merlan vivant sur un lit de glace pilée toute parfumée de shôyu. Enfin quatrième, cinquième, sixième service, et bien d’autres, avec du poisson frit, fumé, grillé, etc, etc ; le tout heureusement arrosé de sake, de thé, d’eau tiède odorante, propices aux Banzai ! Banzai !

    Et ces arbres japonais ! Un horticulteur du pays vous vanterait ses cryptomérias géants et ses thuyas résineux. Un bienveillant cicérone japonais, rencontré à l’Exposition et délégué du Gouvernement, nous assure qu’il a lui-même suivi à Kyôto, moyennant 50 yen par an, des cours spéciaux pour apprendre l’art difficile et compliqué d’assembler les fleurs “par couleurs complémentaires afin d’éviter à la rétine toute impression désagréable ou discordante ! Et l’art de tordre des arbustes et de déformer une branche d’érable sans la briser ! Nous ne voudrions pas manquer de respect envers ces artistes de la sylve lilliputienne, en les comparant à ces mamans chinoises qui bandent les pieds de leurs fillettes et replient le doigts du pied sous la plante, mais tout de même ce “façonnage végétal” semble presque cruel. A regarder ces arbres nains : pins thuyas, araucarias rabougris, ces cerisiers, ces momiji, ces tôkaidé (érables), ces gyoryû (tamaris) étranges, un sentiment de pitié vous envahit pour cette jungle de pygmées du règne végétal, et l’on se demande pourquoi ce peuple artiste aime à donner des formes de tortues, d’oiseaux, de singes ou de reptiles à d’innocent arbrisseaux !…

    Combien nous préférons ces glycines violettes, ces iris bleus, gris et jaunes, ces cerisiers roses, ces aubépines blanches et ces azalées pourpres, au milieu desquels bergeronnettes grises, faisans dorés et hérons s’immobilisent en somnolant ! Nous l’avons dit : le peuple japonais est un peuple d’artistes qui comprennent les beautés du lac, de la vallée, de la rizière, du volcan, de la mer et de la forêt ; il lui faut des mosaïques de fleurs, des cascatelles, des parterres de chrysanthèmes, des bois sacrés où fusent les rires, des sanctuaires shintoïstes où brille le miroir sacré, des vagues moutonnantes, des viviers d’osier flottants, des mousses et des fougères, et des sabres aussi, sabres de daïmyô et de samouraï heureux de mourir pour leur Empereur !

    Car — et précisément ces magnifiques costumes de guerrier japonais prêtés à l’Exposition Vaticane par le Gouvernement japonais nous le rappellent, — le peuple tout entier du Japon est militaire, énergique, vigilant et discipliné. Les Japonais, essentiellement humanitaires, n’aiment pas la violence, ce qui ne veut pas dire qu’ils capituleront jamais devant un agresseur quelconque. Des antécédents glorieux ont fait admettre le Japon au rang de grande puissance et des destinées non moins glorieuses lui sont réservées, sans doute. Formidable par sa natalité, par sa marine, son armement, sa diplomatie, par son développement industriel et colonial, le Japon aura tôt ou tard son mot à dire dans les affaires européennes et américaines. Peuple poli, modeste, mystérieux aussi, le Japon sourit à ses amis, mais sait se défendre contre ses ennemis et les obliger même, lorsque son honneur est en jeu, à un douloureux harakiri.

    Nous n’avons pas ici, sans doute, à nous lancer dans des considérations de politique internationale, mais il nous est permis de constater, par l’ensemble des objets exposés au Vatican, que le Japon non seulement utilise ses ressources pour sa propre vitalité, mais qu’il y a pléthore de population et de produits industriels dans le pays.

    Et maintenant entrons dans le détail. Voici, délicatement exposé des services en porcelaine, des animaux fantastiques, des mouchoirs en tsumugi d’Oshima, des étoffes de Kurume, des assiettes d’Arita, d’artistiques goza, des paravents brodés, des lanternes en cuivre et en papier, des jeux de fête pour les filles (le 3 mars) et pour les garçons (le 5 mai). Puis objets en laque, travaux de jeunes filles (ceintures avec le nom des enfants et celui de leurs parents) ; gros grelots rouges pour retrouver les bambins égarés ; temples shintoïstes, mannequins en cire d’enfants, de femmes et d’hommes. Toutes les pièces du costume les revêtent : kimono, haori, hakama, obi, himo, aux couleurs gris cendre, bleu perle, noir de jais ou violet-évêque. Plus loin, des gongs, des tambourins, des shamisen, des flûtes. Voici le coq à longue queue ; le chien japonais blanc et noir ; Monsieur Bébé conduit à l’école par Madame “Mirabelle” ; l’Infirmière, cette reine du royaume de l’asepsie ; la geisha, l’apprentie maïko, la mousmé, l’impresario du nô, de la lutte jûjutsu ; des idoles majestueuses, les bonzes, les akabo coiffés à la chien, etc. etc.

    Tout le Japon s’est donné rendez-vous au Vatican : l’industrie du camphre de Formose, les temples dorés de Nikkô, le lac Biwa, tout d’argent, Kyôto enguirlandé de lumières et de fleurs, les usines d’Osaka, la houille du Yeso, le port de Nagasaki enfin, jadis si bien décrit par Pierre Loti.

    Tout cela dénote la vie d’un peuple à la fois artiste et commerçant, d’une nation ayant le sens des réalités spirituelles et matérielles, d’un pays où l’on peut tout aussi bien se livrer aux spéculations philosophiques que prendre à l’usine et au laboratoire des leçons de ténacité, de labeur et d’énergie.

    Nous n’en voulons pour preuve que cette résurrection de Tôkyô et de Yokohama au lendemain même du cataclysme effroyable qui les détruisait en partie le 1er septembre 1923. A l’Exposition. Vaticane, d’impressionnantes photographies montrent les ruines et 1es décombres, tandis que d’autres, non moins intéressantes, mettent en lumière tous les travaux de restauration et de reconstruction entrepris.

    Nous ne citerons que la collection photographique des établissements des Dames de Saint-Maur avant et après le tremblement de terre à Tôkyô. Nul document ne prouve mieux qu’on ne pleure pas longtemps sur des ruines au Japon, qu’on ne s’immobilise pas dans la douleur, mais qu’on sait se relever, lutter contre l’épreuve et ressusciter radieusement.

    D’ailleurs — et il convient de le souligner avant de terminer cet article, — Pères, Frères et Religieuses sont à l’unisson quand il s’agit de montrer aux peuples asiatiques les voies qui mènent à Dieu. Si nous n’avons insisté que sur les envois faits par les membres de la Société des Missions-Étrangères, loin de nous l’idée d’exclure ceux de nos collaborateurs d’apostolat. Nous signalions tout à l’heure les Franciscaines Missionnaires de Marie, mais combien d’autres mériteraient ici une mention spéciale. Sans parler de ces milliers de vierges chinoises, émules des Bienheureuses Lucie Y et Agathe Lin, de ces milliers encore de vierges japonaises, coréennes, indochinoises et indiennes, nous regretterions de ne pas nommer les précieuses auxiliaires que nous avons dans les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, les Dames de Saint-Maur, les Dames du Sacré-Cœur, les Petites Sœurs des Pauvres, les Religieuses Canadiennes de l’Immaculée-Conception, les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, les Sœurs de la Charité et de l’Instruction chrétienne de Nevers, les Sœurs Catéchistes de Marie Immaculée, les Religieuses Carmélites, etc, etc. C’est près de 750 Sœurs de Saint-Paul de Chartres (335 Européennes et 412 Indigènes) que l’on voit figurer, pour ce qui concerne l’aide aux seules Missions de notre Société, dans les statistiques de l’Exposition Missionnaire. Honneur à elles !

    Puis pourrais-je passer sous silence le bon travail accompli dans nos différentes Missions par cette vaillante armée de Frères, que l’on appelle : Frères des Ecoles Chrétiennes, Marianistes, Frères de Saint-Gabriel, Frères Maristes, etc., qui tous ont contribué si largement à l’éclat de l’Exposition ?

    Et enfin comment ne pas parler de ces 1235 prêtres indigènes qui sèment le bon grain de l’Evangile, encouragés et aidés par les 1155 missionnaires français de la Société des Missions-Étrangères de Paris ? Ils ont une part certaine dans le résultat consolant des travaux de cette Société. Que sera-t-elle dans cent ans ? Nous ne serons plus là, nous, pour l’admirer; mais la Papauté, qui ne meurt pas, ouvrant les portes du Vatican à une nouvelle Exposition Missionnaire, aura l’immense joie de voir ses fils asiatiques nombreux, disciplinés et saints. Ils récolteront déjà de belles fleurs et de beaux fruits dans les jardins du Père, grâce à leurs devanciers, sans doute, dont ils auront hérité l’esprit sur naturel et l’apostolique vaillance !

    Nous sera-t-il permis d’ajouter, en terminant, que, si les membres de la vieille Société des Missions- Étrangères de Paris jettent de l’idéal depuis longtemps à travers l’Extrême-Orient, cet idéal va se répandre, cette année, dans de jeunes cœurs de garçons et de filles d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’ailleurs, venus à Rome durant l’Année Sainte.

    Puissent ces jeunes cœurs, devant nos travaux exposés et décrits, se remplir d’amour qui sauve et venir à nous pour nous aider dans notre rude tâche. Ainsi, du moins, notre travail d’hier en vue de l’Exposition Missionnaire Vaticane aura sa récompense et nous aurons répondu en même temps aux désirs de Sa Sainteté Pie XI, en réalisant selon nos moyens l’un de ses rêves les plus chers : prouver au monde entier l’Effort missionnaire et démontrer à tous
    la perpétuelle Vitalité de la Sainte Eglise de Jésus-Christ !

    L. CHORIN,
    Miss. de Siam



    1925/281-288
    281-288
    Chorin
    France et Asie
    1925
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