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L’exposition Missionnaire Vaticane 1

L’exposition Missionnaire Vaticane PREMIÈRES IMPRESSIONS
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    L’exposition Missionnaire Vaticane
    PREMIÈRES IMPRESSIONS

    Ces premières impressions d’un missionnaire à l’Exposition Missionnaire Vaticane n’ont aucune prétention scientifique, littéraire ou historique quelconque. Leur but est de donner aux lecteurs du Bulletin la primeur d’un aperçu rapide de l’immense effort missionnaire dans le monde entier, en signalant d’abord les “clous” principaux de cette Exposition, puis en esquissant d’une touche légère les modes différents d’activité constatée dans les nombres stands de notre Société. C’est donc une synthèse, sans grande valeur documentaire : l’analyse viendra plus tard et présentée par une plume plus compétente.

    Il n’y aura guère non plus, dans ces impressions, d’ordre logique, car nous nous contenterons d’appréhender certains éléments utiles à notre but, laissant de côté ceux indispensables à une étude d’ensemble et approfondie, que nous n’avons pas le loisir de poursuivre présentement.

    L’Organisation de l’Exposition. — Brièvement rappelons d’abord que c’est le Souverain Pontife régnant, Pie XI, qui eut l’idée d’organiser à Rome, au Vatican, durant l’Année Sainte 1925, Exposition Missionnaire Universelle. Le Saint-Père s’ouvrit de son projet au Cardinal Van Rossum, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, qui réunit alors, pour leur faire part du dessein papal, tous les Procureurs et Représentants des Instituts missionnaires en résidence à Rome. Après cette première consultation favorable, le Saint-Père écrivit ensuite une lettre au Cardinal Van Rossum, datée du 24 avril 1923 : Statuimus ut anno sancto MCMXXV cum in hanc Almam Urbem Ecclesiœ filii undique frequentissimi, ut Deo dante fore confidimus, pietatis causa confluent, Expositio ut aiunt, Missionaria in Aedibus Vaticanis habeatur. C’est la charte canonique décrétant l’Exposition et conférant toute autorité au Cardinal pour élaborer le plan propice à la réussite. Inutile de dire qu’un Comité directeur fut créé, présidé par Mgr Francesco Marchetti-Selvaggiani, assisté de NN. SS. Nogara, Pecorari, Pizzardo, Ercole, Ghezzi, Belvederi, Roncalli, Mercati, du marquis Sacchetti et de Mgr Caccia Dominioni, Maître de Chambre de Sa Sainteté. A ce comité fut bientôt adjoint un sous-comité, composé de 36 membres des différents Instituts Missionnaires : le Père Mollat y représenta officiellement notre Société.

    L’heure vint de bâtir des pavillons : on en édifia 38, ayant chacun sa “spécialité”: Terre Sainte, Ethnographie, Bibliothèque, Statistique, Contributions scientifiques et civilisatrices des Missions, Buffet, Direction, Missions (Asie, Afrique, etc.) etc. —L’ossature de ces pavillons est en ciment armé. L’entrepreneur fut Leone Castelle, de Milan, et l’ingénieur de Rossi. La superficie occupée par les pavillons est d’environ 6390 mètres carrés, pris sur les jardins du Vatican et sur le Cortile della Pigna.

    L’Exposition en général. — L’Exposition Missionnaire Vaticane fut solennellement ouverte par Sa Sainteté Pie XI, le 21 décembre. Etaient présents, outre la Cour Pontificale ordinaire, le Collège des Cardinaux, le Corps Diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, le Patriciat romain, le Comité Directeur de l’Exposition et quelques privilégiés. Au discours prononcé par le Cardinal Van Rossum, le Pape daigna répondre. Il laissa voir sa joie d’avoir réalisé l’un de ses plus chers désirs, joie qu’il devait à tous les missionnaires, qui se sacrifièrent de toute façon pour la Lui procurer, missionnaires qu’il bénissait avec effusion : Vada la nostra Benedizione in modo particolare a tutti e singoli e figliuoli et figliuole notre di predilezione, i religiosi e le religiose che, specialmente in questi ultimi tempi si sono sottoposti alle strette febrili degli ultimi apprestamenti, consecrando lutte le loro forze, tutto il loro tempo, tutta la loro devozione ad un’opera alla quale il Cuore stesso di Gesù (Noi lo sentiamo e lo diciamo a loro e nostro incomparabile conforto) guarda con una compiacenza di cui la Nostra non è che un pallido riflesso. La Nostra Benedizione scenda dunque su tutti, presenti, vicini, lontani.

    Inutile d’ajouter que ceux et celles qui ont coopéré à cette magnifique Exposition par leur travail et par des dons, d’une manière quelconque, reçoivent ici le prix de leurs peines en attendant la récompense divine, absolument certaine.

    A la suite du Saint-Père, jetons maintenant un rapide coup d’œil d’ensemble et, sans y mettre aucun sens péjoratif, admirons les “clous” qui frappent par leur valeur esthétique, intrinsèque, historique, par leur originale conception ou leur effet puissant sur les sens ou l’intelligence du visiteur.

    Tout simplement voici, très incomplète, la nomenclature de ces “clous”.

    1º — Le superbe plastique de 6 mètres de long sur 3 de large représentant la Palestine, œuvre du célèbre professeur Marcelliniani. Il donne, en relief, la topographie exacte de la Palestine depuis la Mer Morte jusqu’au Liban et permet de suivre pas à pas les grands événements qui s’y déroulèrent, en particulier les courses apostoliques du divin Maître apportant la Bonne Nouvelle aux cités et aux bourgades de la Galilée, de la Samarie et de la Judée.
    2º — L’Enfer bouddhique, des Lazaristes du Tchely.
    3º — Le temple bouddhique des Pères de Maryknoll (Préfecture Apostolique de Kongmoon).
    4º — Le Bouddha de Canton.
    5º — Le lit moelleux et merveilleux de Ningpo.
    6º — Le panneau en bois de ginko bibola, sculpté à l’Orphelinat de Touséwé et représentant l’essor du Catholicisme depuis le “Pais mes agneaux, pais mes brebis ”.
    7º — Le coffre en bois de camphrier de Nankin.
    8º — Le panneau en soie : Société des Missions-Étrangères de Paris.
    9º — La scène : “Une famille mandarinale reçoit la visite des-Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie”.
    10º — La collection des pièces de monnaies chinoises.
    11º — Les incrustations de nacre (armoiries de Pie XI) du Tonkin.
    12º — Le triptyque contenant les dentelles exécutées par les jeunes Indiennes du Couvent des Sœurs de la Charité de Gand à Ceylan.
    13º — La Carte générale des langues, du Père Schmitt, S.V.D., au rayon d’Ethnologie.
    14º — Les dix tableaux contenant la collection des timbres-poste de Hongkong (Collection de Graca & Co.)
    15º — La mosquée et la pyramide d’Egypte.
    16º — Les 1600 échantillons différents de médicaments indigènes en usage en Chine, groupés dans le pavillon médical confié à la direction du Père A. Gemelli, O. F. M., Rector magnificus de l’Université de Milan.

    Pour terminer, et hors rang, qu’on nous permette de citer la cangue du Bienheureux Borie, relique insigne de la Salle des Martyrs de l’Exposition.

    Et maintenant vouloir dénombrer ce qui se trouve exposé par chacun des Instituts Missionnaires est impossible. Fétiches africains, danseuses cambodgiennes, divinités bouddhiques du Siam, de Chine, de Ceylan ; vers à soie, pellicules cinématographiques, photographies, fruits imités, bijoux en or, en argent, en ivoire ; véhicules de toutes sortes ; spécimens de barques, de maisons indigènes, de huttes ; l’habillement humain depuis le pagne le plus primitif jusqu’au plus somptueux vêtement de soie chinoise ; collections de timbres, de graines, de minéraux, de riz, de pipes, de cannes, de puces, de papillons, de plantes vénéneuses, de moustiques, de serpents, de tabatières, d’œufs d’autruches ; articles de vannerie, de poterie, de chaussure, de plomb ; ustensiles de cuisine, de literie, de ménage ; objets de salon, de salle à manger ; livres de bibliothèque en toutes langues, manuscrits de toute époque, revues de tout format, cartes géographiques, graphiques ; sculptures en bois, en métal et en ivoire, peintures à la gouache, à l’huile, sur verre, pastels, émaux, cloisonnés ; reproductions en relief ; ornements sacerdotaux, ciselures, fac-similé, documents originaux, lettres de Martyrs ; matériel d’hôpital, de chapelle, d’église ; statistique ; armures ; représentations des supplices les plus cruels ; cahiers d’enfants ; somptueux albums ; riches paravents, miniatures, fresques, panneaux, cartes postales, vases antiques, tombeaux chrétiens et païens, tissus, ornements féminins, tels que peignes, boucles d’oreilles, bracelets, pendentifs ; tapis, fleurs de sel, monnaies, cuirs repoussés, broderies, produits manufacturés, haches, couteaux, statuettes, instruments de musique, de tatouage, panoplies, arcs de chasse, flèches de sorciers ; l’anneau pastoral de Mgr Bernardin, grand-oncle du Pape Benoît XV...

    N’est-il pas probable que, après cette lecture, bon nombre de ceux qui se sont creusé la tête, en quête d’objets pour l’Exposition, feront cette réflexion : “Quel dommage que l’on ne nous ait point offert cette nomenclature un an plus tôt ! Que de soucis nous eussent été enlevés, que de peine épargnée, que de lamentations évitées !” A eux de la conserver pour 1950 et ultra.

    La Société des Missions-Étrangères. — Disons tout de suite que, grâce aux efforts combinés des Pères Mollat, Riouffreyt et Flachère, la Société des Missions-Étrangères atteste visiblement sa vitalité féconde par l’ensemble de ses tableaux, objets, articles, photos, images, graphiques, etc. délicatement et intelligemment exposés. C’est une bouffée d’inconnu très enivrante qui frappe le visiteur en plein visage et qui lui trouble même un peu le cerveau, que tout ce monde asiatique inquiétant a lui révélé par les pavillons de la Chine, de l’Indochine et de l’Inde. Intuitivement se recomposent dans l’esprit, à l’aide des matériaux sensibles et visibles, le culte païen, les assemblées populaires, les émeutes, les funérailles, les fêtes bouddhiques et chrétiennes, les scènes de la vie familiale, pastorale, maritime : il n’y manque peut-être que les gammes solaires qui s’échelonnent en variantes harmonieuses dans cette Asie prodigue de caresses chaudes ou glaciales. Plus que bien d’autres le savent certes bien ces 1155 missionnaires apostoliques disséminés dans 37 missions, ces 1235 prêtres indigènes, ces 460 religieux, ces 1000 religieuses européennes, ces 7000 religieuses indigènes, ces 3500 catéchistes enfin, qui supportent avec patience le poids du jour et qui cherchent à convertir ces 240 millions d’âmes qui leur sont divinement confiées ! Impossible encore d’énumérer ici tout ce que les Missionnaires ont envoyé ; nous n’avons pas d’inventaire à dresser, et notre but, encore une fois, n’est que de butiner de fleur en fleur, comme un papillon volage, laissant à la fourmi laborieuse le soin de ramasser tout le suc nourricier des générations futures. D’ailleurs, les Setchoan et le Japon n’ont point encore ouvert les portes de leurs merveilleux jardins, et nous regrettons sincèrement de ne pouvoir en dévoiler aucun secret.

    Indochine. — Le magnifique panneau en soie rouge brodée d’or : Société des Missions-Étrangères de Paris, indique immédiatement le pavillon indochinois. Nous y découvrons discrètement un coffret en laque du Tonkin, destiné à contenir les mets offerts aux idoles ; le somptueux autel des ancêtres (Phat-Diem), les armoiries de Pie XI, les portraits du Pape, de S. E. le Cardinal Van Rossum, de Mgr de Guébriant, le tout en incrustations de nacre. Les produits du Tonkin voisinent avec les statues d’art tonkinois et une collection de timbres actuels de l’Indochine. Ouvrons aussi l’Album “Cours de Dessin”: Odette, Berthe et Henriette Tartarin, Gisèle Rochaix, l’ont illustré, et merveilleusement. Que dire de cette série de photographies : les lettrés, les bonzes, les pagodes, les élégantes de l’Indochine, les défrichements moï, Dalat, la toilette, le culte des ancêtres, etc., sinon qu’elle reste un kaléidoscope historique de tout premier ordre ? Quinhon apparaît avec son cortège de mandarin, puis viennent : la chasse au tigre en Annam, les instruments de musique bahnar, le tombeau bahnar (pièce unique d’ethnologie, qu’un savant paierait son pesant d’or), la ferme annamite, le marché, l’enterrement, le mariage, la rizière, la forge : tout cela annamite. Merveilleux encore ce Tonkinois et cette Tonkinoise en grandeur naturelle exécutés par Vu Van Than. Et ces décorations de Mgr Puginier ! Ces portraits de Mgr Retord, de l’Empereur Khai Dinh et de son fils, des Pères Vialleton, Guerlach, Dourisboure ! Un ban d’honneur pour ces héros, à l’aide du tambour de pagode de Phatdiem !

    Monsieur Clémenceau, “le Tigre au milieu des brebis”, photographié chez les Dames de Saint-Maur à Singapore, ignore sans doute sa présence à l’Exposition des Missions : nous la lui révélons, tout entourée de crêpe, de caoutchouc, de travaux en noix de coco, d’armes malaises et de vieux cuivres. Signalons l’original paravent décoré de photos et brodé par les enfants du Couvent du Saint-Enfant-Jésus de Kuala-Lumpur. Il y a aussi une toute petite maison malaise, une voiture malaise heureusement plus grande, des instruments de pêche malais très curieux, comme le sont aussi les bijoux montés en argent avec des coquillages œils-de-chat (mata-kuchin) du couvent de Seremban.

    Comment concevoir le Cambodge sans danseuses ? Elles y sont, finement ciselées, drapées avec grâce, indiciblement rêveuses, traduisant à merveille, par leurs ondulations et leurs cambrures, leurs pensers intérieurs, leurs rêves de paix bouddhique. Angkor Wat est également là, fabuleusement énigmatique, partiellement exhumé de son océan de verdure : aréquiers aux cimes chevelues, bananiers courbés sous leurs régimes, palmiers en éventails, bougainvilliers sanguinolents, etc. Mais ce joyau d’architecture, pour si riche d’intérêt archéologique qu’il puisse paraître, ne laisse pas que d’être une œuvre morte : la vie apostolique du Cambodge, disséminée jusqu’aux postes les plus lointains par ces artères qui toutes se réunissent à Culao-Gien, cœur des œuvres et œuvre du cœur du Vicaire Apostolique, se reflète admirablement mieux dans les photographies et les graphiques exposés.

    On ne perd pas son temps non plus à compulser les quelque 150 photos de la Mission du Siam. L’antique Juthia ou Ajuthia, berceau de notre Société des Missions-Étrangères en Asie, peut y être admirée dans son linceul bouddhique, comme aussi les œuvres intellectuelles des fameux Evêques Laneau, Garnault et Pallegoix, qui restent encore aujourd’hui, tandis que se sont écroulés les monuments de pierre de Louvo, d’Ajuthia, de Phexaburi, etc.

    La Mission du Siam présente encore à l’Exposition différentes collections : de riz, de bois, de papillons, de manuscrits en talipot ; 21 modèles de minéraux ; des nattes de toute couleur (on en trouvera de plus grandes venues de Phnompenh, mais non de plus fines). Signalons la carte merveilleuse des produits et des animaux siamois, offerte à Sa Sainteté Pie XI et par Lui complaisamment examinée le jour de l’inauguration. Les Bouddhas en bronze méritent une mention, comme aussi ces poteries siamoises et cette gargoulette monumentale, que l’on prendrait pour un filtre inventé par quelque Pasteur siamois. En passant au Laos, fredonnons, en nous accompagnant de l’orgue laotien, l’hymne national siamois, que nous rappelle le travail de Joseph White et arrivons promptement aux Indes.

    Indes. — Le bœuf sacré de Mysore nous salue. Il est muet pour tant, celui-là, comme bien d’autres, mais ses yeux expressifs ont une indulgence protectrice pour les visiteurs qui cherchent à deviner l’énigme qui le tourmente. Enigme brahmanique, qui pourra jamais te déchiffrer ? Moins encore, sans doute, ces “ filles indiennes préparant le riz cary ”, dont le galbe de cire manque quelque peu de couleur locale, heureusement décelée par de chatoyants costumes. L’uniforme de sortie des jeunes filles eurasiennes, de l’atelier de couture des Sœurs de S.-Joseph de Cluny de Pondichéry a certes plus d’allure : on s’en contenterait ailleurs. Comme aussi les collectionneurs seraient heureux de posséder tous ces cuivres indiens, toutes ces divinités brahamaniques, toutes ces statuettes de musiciens et de danseuses, de jongleurs et de mendiants, d’artisans divers dont les professions et métiers se révèlent dans leur accoutrement. Comme bien d’autres Missions, Mysore expose également sa collection de graines, mais ses cocons de vers à soie sont probablement les seuls à l’Exposition. Notons encore des ouvrages en ivoire (éléphants) et, en bois de santal, le panneau d’un impressionnant effet, le “Père de Rama ”, dont nous ignorons la Mission qui en est “mère” (non de Rama, mais du panneau), et le char indien, qui doit passablement cahoter durant les tournées apostoliques, ce dont il faut plaindre les occupants et les occupantes.

    Chine — L’un des “clous” de l’Exposition, d’ailleurs déjà mentionné, c’est bien le Bouddha pagodin de Canton. Son sourire énigmatique est celui d’un diplomate, et, présentement, Dieu sait s’ils foisonnent en Chine ! En Europe, la Chine est à l’ordre du jour des revues et des journaux. N’étaient ces noms de généraux et de localités difficilement assimilables pour nos mémoires d’Occidentaux, tout le monde parlerait de la Chine, soit pour en dire du bien, soit pour la blâmer de donner asile aux bolchevistes, de favoriser l’américanisme, d’être en continuelle guerre civile, etc., etc.

    Pour ce qui est de la Chine catholique, la seule qui nous intéresse ici, à l’Exposition, nous n’avons qu’à lui décerner tous les éloges possibles. Dans l’ensemble des provinces constituant les 5 régions ecclésiastiques reconnues par la S. C. de la Propagande, l’essor catholique s’y révèle, la vie chrétienne s’y répand, encore bien peu, sans doute, par rapport à la population, mais comparativement énorme, vu le nombre si réduit des ouvriers apostoliques qui se pensent généreusement dans cet immense pays. Quel serait donc l’état catholique de la plus catholique nation d’Europe ou d’Amérique, si elle n’avait pour l’évangéliser (en proportion de sa population) que le petit nombre de pionniers pris dans n’importe quelle région de Chine ? Nous laissons à tous ceux qui connaissent et l’Europe et la Chine le soin de répondre. N’eût-elle que cet avantage : ouvrir les yeux à ceux qui doutent de la vitalité de la foi chrétienne en tous pays païens et spécialement en Chine, — vitalité qui pourrait être centuplée grâce aux vocations de missionnaires multipliées par un intelligent effort, et non entravées par un odieux sectarisme, — que l’Exposition Missionnaire aurait atteint un surprenant résultat. Il faut le reconnaître : si la foi chancelle en certains pays, elle s’implante vigoureusement en d’autres, et la Chine est l’un de ceux-là.

    Cette digression terminée, passons à la nomenclature, nécessairement incomplète, des objets et articles chinois exposés par la Société des Missions-Étrangères. Commodément assis sur la magnifique chaise sculptée que nous offre, pour la circonstance, une dame de Canton, qui veut bien nous laisser jouir également de son bureau (bien qu’un bureau-ministre, de Canton aussi, nous attire), déchiffrons vite cette stèle chinoise élevée en l’honneur du Père Roudière. Elle doit être élogieuse, malheureusement notre science des caractères chinois est excessivement bornée et nos yeux se laissent distraire par ce joli coffret en ivoire et ces poteries anciennes : bleus striés et jaunes dragonnés. Que dire des photographies de la Léproserie de Sheklung ? Sa Sainteté ne les avait pas vues quand Elle fit à Mgr de Guébriant une royale offrande pour Sheklung : ces photos prouveront du moins à tous la noblesse du geste papal et son évidente utilité. Les articles en ramie de Swatow ; les objets en noix de coco et les éventails du Kouangtong ; les émaux très délicats de Hainan ; de Pakhoi un métier à tisser et différentes collections : tout cela d’abord mérite mention très honorable. Puis voici un ornement d’église confectionné au Kouytcheou ; une vierge chinoise du Setchoan, heureuse d’acheter le bébé chinois que lui présente un coolie : la mine réjouie du coolie semble indiquer que le marché n’a pas été trop difficile et que les sapèques ont dû tomber généreusement dans ses mains d’une propreté douteuse. Signalons la collection de “complets” miaotse du Yunnan ; le pagodon chinois en laque dorée du XVIIe siècle du Kouangsi ; le très curieux village chinois et sa sucrerie ; l’original collier de dame de Pakhoi, les merveilleuses soieries que revêtent les élégantes mariées de Chine, à faire rêver plus d’une Européenne ? Si les vierges chrétiennes de Moukden (qui ont député l’une de leurs sœurs à l’Exposition,) sont capables d’exécuter toutes les soieries et dentelles que nous fait admirer la Mandchourie, c’est à croire qu’elles ont vraiment des doigts de fées ! La splendide série de photos : la lessive en Corée, l’expressif séminariste coréen près de la tombe d’un missionnaire, la halte de midi d’un Evêque en tournée apostolique, la poterne de Luitjyou, et quantité d’autres photos, résument parfaitement la vie quotidienne en Corée, tant païenne que chrétienne. De même que l’on peut également se faire une idée d’un intérieur mandchou, si l’on veut se donner la peine de soulever le toit de cette maison, si complète que rien n’y manque : images pieuses, ustensiles, meubles minuscules,. etc.

    Conclusion. — En terminant ce bref aperçu, qui ne contient en aucune façon tout ce qu’ont exposé les Missions de notre Société, y compris les Etablissements communs, tous représentés d’une façon matérielle quelconque, nous avons le sentiment très vif de ne pouvoir résumer en une formule toute notre admiration pour les travaux si remarquables de cette grande Famille, dont nous ne sommes que l’un des plus jeunes membres, et donc l’un des moins qualifiés pour porter un jugement. Mais, devant des faits concrets, devant ce cadre éblouissant de notre prestigieux passé, devant cette vision de notre perpétuelle jeunesse, devant cet éclatant foyer de lumière et de vie tout apostolique que nous disséminons, il nous est bien permis de laisser éclater notre joie. Si nos résultats n’égalent point nos désirs, si nos progrès sont lents, si les vocations de missionnaires sont encore trop peu nombreuses, si l’ère des persécutions, perfides ou violentes, n’est pas close, qu’importe ? Le succès intégral ne nous est pas demandé, mais la seule bonne volonté. Unie au sang de nos Bienheureux Martyrs intimement mêlé à celui du christ, elle fécondera nécessairement nos travaux.

    Nous devons régénérer l’âme de peuples vieillis en leur infusant un esprit nouveau : ce ne sera pas l’œuvre d’une ni de plusieurs générations d’apôtres ; Dieu seul peut l’accomplir avec ou sans notre concours. Nous avons reçu l’ordre d’aller et d’enseigner toutes les nations ; or cet ordre, — l’Exposition Missionnaire Vaticane le prouve, — nous l’avons fidèlement et vaillamment exécuté. Il ne nous reste donc plus qu’à redire chaque jour et de tout cœur, d’abord l’Adveniat regnum tuum, puis le Fiat voluntas tua ... in œternum !

    Rome, en la fête L. CHORIN
    de l’Epiphanie 1925. Miss. du Siam



    1925/152-161
    152-161
    Chorin
    France et Asie
    1925
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