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Kumbakonam : Un Jubilé de Mission

Kumbakonam Un Jubilé de Mission.
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    Kumbakonam

    Un Jubilé de Mission.

    Le 14 janvier 1924, les missionnaires et les prêtres indiens de la Mission de Kumbakonam, se trouvaient réunis autour de leur évêque, Mgr Chapuis, pour célébrer avec lui le 25e anniversaire de la fondation de leur Mission. Ces noces dargent se trouvaient bien un peu anticipées puisque le diocèse de Kumbakonam na été créé que le 1er septembre 1899. Mais les confrères se trouvaient réunis pour les exercices de la retraite annuelle, qui venait de se terminer le matin même, et Monseigneur, en devançant de plusieurs mois la date du jubilé, voulait profiter de la présence de tous ses prêtres ; il voulait avec eux, en jetant un regard en arrière, mesurer le chemin parcouru pendant ces vingt-cinq premières années, et avec eux aussi, en une fervente action de grâces, remercier Dieu pour les bienfaits reçus.

    Au cours des solennités qui eurent lieu ce jour-là, des discours éloquents ont été prononcés et les orateurs y ont mis toute leur âme, pour faire, chacun à son point de vue, lhistorique de la jeune Mission. Ne pouvant reproduire ici tous ces discours, je veux me contenter, en les résumant, de retracer en quelques pages lhistoire du diocèse de Kumbakonam. Dans la grande famille quest notre belle-Société des Missions-Étrangères, Kumbakonam est une des plus jeunes surs ; son nom revient régulièrement au bas des pages dans les comptes-rendus, et, non moins régulièrement, ce même nom vient après tous les autres dans les Lettres Communes comme dans le cher Bulletin. Mais tout le monde sait que, aux Missions-Étrangères, il nen est pas comme au régiment, et que, même dans lAssemblée des Anciens, les jeunes ont la parole ; aussi, les grandes surs de Kumbakonam, les Missions dont les années se nombrent par centaines, celles de Chine et celles de Corée, celles du Japon et celles du Tonkin, ces vénérables Missions ne pourront quêtre heureuses dapprendre que là-bas, sous le soleil de lInde, la « petite dernière » lutte, grandit et se développe.

    Créé le 1er septembre 1899 par S. S. le Pape Léon XIII, le diocèse de Kumbakonam a été, comme autrefois Maïssour et Coïmbatour, distrait en son entier de la vieille Mission de Pondichéry.

    Les Lettres Apostoliques lui ont assigné pour limites, au nord le fleuve Vellar ; à louest et au sud, le Kavery et la Mission de Melyapore ; à lest, le golfe de Bengale et le territoire français de Karikal. En son ensemble, il embrasse trois régions appartenant à trois différents districts du Gouvernement anglais ; ceux de Tanjore, de Trichinopoly et de Salem.

    Quand on consulte une carte géographique, il saute aux yeux que, de toutes les Missions de lInde, Kumbakonam est lune des plus petites par la superficie ; mais elle est, proportion gardée, lune des plus considérables par sa population et par le nombre de ses chrétiens. Elle renferme une population totale de près de quatre millions dhabitants, dont les 4/5 sont hindous ; le reste musulmans, catholiques ou protestants. Les catholiques sont au nombre de 83.073.

    Quand, dans les premiers jours de décembre 1899, Mgr Bottero, le premier évêque du nouveau diocèse, vint prendre possession de son siège épiscopal, létat de la Mission était le suivant :

    Population chrétienne 83.073
    Missionnaires européens et prêtres indigènes 32
    Paroisses 29
    Ecoles 53
    Nombre délèves 2.000
    Religieuses indigènes du Saint-Cur de Marie 70

    A Kumbakonam, chef lieu de la nouvelle Mission, lévêque trouve une église toute petite, une église style goanais, cest-à-dire sans grâce et sans beauté. Cette église devra lui servir de cathédrale, à lui et après lui à son successeur. Du presbytère il fera son palais épiscopal ; tant bien que mal, il sy installera, lui, son Vicaire général, son procureur et son curé de la cathédrale. Mais lannée 1900 nest pas encore terminée que déjà sont jetées par le P. Niel, Vicaire général, les fondations dune résidence épiscopale nouvelle et plus spacieuse.

    Dès sa nomination à lépiscopat, Mgr Bottero avait fait appel au dévouement des Surs Catéchistes-Missionnaires de Marie-Immaculée. Elles arrivent, dans le cours de lannée 1900, au nombre de 5. A lexemple de lévêque, dont elles vont être les auxiliaires, elles sinstallent comme elles peuvent, ouvrent un dispensaire, prennent la charge de lhospice des vieillards, et, au bout de quelque temps, inaugurent leurs visites à domicile des femmes payennes et musulmanes.

    Désormais, parallèlement à la Mission, va se développer luvre des Surs Catéchistes-Missionnaires, et leur Supérieure aura raison, quand, au matin du 14 janvier, sadressant à lévêque de Kumbakonam, elle lui écrira : Heureuses et fières davoir été filles et servantes de la chère Mission de Kumbakonam dès la première heure, cest avec une joie et une gratitude très profondes que nous nous unirons au Te Deum dactions de grâces pour ces vingt-cinq années écoulées et bénies.

    Désormais, appuyé sur le dévouement de ses collaborateurs et collaboratrices, Mgr Bottero va pendant près de quatorze ans déployer les plus louables et les plus constants efforts pour organiser sa chère Mission. Sous son impulsion, de nouveaux districts sont créés, le recrutement du clergé indigène est encouragé dans la mesure du possible, des uvres dapostolat et dassistance sont fondées, de nouvelles écoles de garçons et de filles sont ouvertes ; les fidèles, grâce à la multiplication des centres dadministration, reçoivent une instruction plus suivie et, dans beaucoup de paroisses, des missions périodiques sont instituées et tendent de plus en plus à se généraliser.

    Sans doute, tout tableau a ses ombres. Le bien ne se fait pas sans quil y ait résistance de la part du démon. Cette résistance, on la sent dès les débuts de la Mission. Pendant lannée 1900, entre le P. Playoust, curé de Tiruvadi, et les brahnies de Gnanapadhi, au sujet de la conversion des parias, commencent des démêlés qui dureront plusieurs aunées ; démêlés qui aboutiront à la défaite des ennemis du Christ. Sur un autre point de la Mission, à Pourattakoudhi, les protestants sont les agresseurs : ils déclenchent contre notre confrère indien, le P. Xavier, une offensive qui va durer bien des années, avec des alternatives de revers et de succès, et qui finira par amener la victoire de notre confrère. Lannée 1908 se trouve marquée par un désastre. A la suite dun krach de banque, la Mission perd ses modestes ressources ; évêque, prêtres et religieuses, tout le monde se voit plongé dans le dénuement le plus complet. Chose merveilleuse, cest alors que se produit un essor nouveau dans les uvres. Dieu veut montrer quavant tout cest en Lui que les missionnaires doivent mettre leur confiance. Il permet que plusieurs confrères puissent, par leur ingéniosité, se procurer les ressources quils nont plus à attendre de la Mission et, pendant plusieurs années, sur différents points du diocèse, on peut voir une magnifique efflorescence de bâtisses et fondations diverses.

    En 1910 Mgr Bottero célèbre le cinquantième anniversaire de sa prêtrise ; mais le vénéré jubilaire sent peu à peu ses forces diminuer : par suite de sa faiblesse, il va se voir interdire les courses à travers le diocèse. Sur sa demande, le Saint-Siège veut bien lui accorder un Coadjuteur. Ce Coadjuteur est Mgr Chapuis, qui est sacré le 25 juillet 1911 à Kumbakonam. Deux ans plus tard, le 21 mai 1913, le vieil évêque meurt paisiblement et avec lui, au témoignage de lun des évêques qui le connurent, disparaît lun des plus beaux ornements de lépiscopat de lInde.

    Quand, en 1913, Mgr Chapuis prend la direction de la Mission de Kumbakonam, létat du diocèse est le suivant :

    Population chrétienne : 98.608
    Missionnaires européens 38
    Prêtres indiens 16
    Paroisses 40
    Ecoles 83
    Nombre délèves 4.186
    Religieuses Catéchistes-Miss, de M. 26
    Religieuses indigènes du Saint-cur de Marie 76

    Trois dispensaires ont été ouverts : Kumbakonam, Tranquebar, Mayavaram, qui reçoivent par an une moyenne de 100.000 visites. La Mission compte encore 5 orphelinats avec 150 orphelins. Ils sont confiés aux Surs Catéchistes-Missionnaires de M. I. et aux Surs indigènes du Saint-Cur de Marie.

    Sous ladministration du nouvel évêque, la Mission de Kumbakonam va continuer de se développer ; mais, en même temps que les uvres vont grandir en nombre et en importance, lopposition, jusque là demeurée plus ou moins cachée, va se manifester de plus en plus violente, de plus en plus sectaire. Elle se produit pour la première fois quand le P. J. Michotte se trouve sur le point douvrir la léproserie à laquelle il travaillait depuis plusieurs années. Les édiles, tous brahmes, ne veulent pas entendre parler dune léproserie dans lenceinte de la ville. Par leurs manuvres, par leur opposition, le P. Michotte se verra forcé de transporter son uvre sur un autre terrain ; il arrivera alors une chose que les brahmes, dans leur aveuglement, navaient pas prévue : ce qui devait être primitivement une léproserie deviendra lHôpital Sainte-Aune, sous la direction des Surs Catéchistes-Missionnaires ; on soignera les femmes et les enfants ; les brahmines elles-mêmes, en dépit de lopposition de leurs maîtres et seigneurs, seront les premières à venir y recevoir les soins des dévouées Surs Catéchistes. La haine des brahmes va dès lors se porter tout entière sur ces dernières, Comme ils ont lutté sans trêve ni merci contre le P. Michotte pour arrêter luvre de la léproserie, ils lutteront contre le P. J. Laplace pour détruire luvre de lHôpital Sainte-Anne.

    Pendant que se livrent ces combats entre le bien et le mal, dautres événements se produisent dans la Mission. Dans le district dAyyampettey-Sud, le P. Playoust fonde un dispensaire, dont il confie la direction au dévouement des mêmes Surs Catéchistes-Missionnaires (1913).

    La guerre éclate. Douze missionnaires se trouvent atteints par lordre de mobilisation générale. Monseigneur, la mort dans lâme les voit partir (août 1914), mais plus que jamais il met sa confiance en Dieu et dans la bonne volonté des collaborateurs qui lui restent. Parmi ces derniers, la mort et la maladie viennent encore éclaircir les rangs et, au mois daoût 1916, alors que le nombre des catholiques dépasse le chiffre de 100.000, en mettant de côté les deux ou trois confrères qui sont employés aux uvres générales, il reste 32 prêtres seulement pour le ministère paroissial.

    Mais la Mission est bénie de Dieu et larbre grandit en dépit de la tempête qui fait rage et se prolonge, En 1914 (8 décembre) cest linauguration de lEcole professionnelle (St Marys Industrial School) que vient de fonder le P. R. Michotte et que le Gouvernement reconnaîtra deux ans plus tard comme uvre dutilité publique. En 1916, le 30 novembre, Monseigneur bénit solennellement la nouvelle léproserie, installée cette fois en dehors des limites de la municipalité. Le même jour, les lépreux y sont installés sous la garde de deux Surs Catéchistes-Missionnaires. La même année 1916, tel un rayon de soleil au milieu dun ciel noir, une petite fête de famille vient mettre une note de gaieté au milieu des préoccupations que ne cessent de causer dans les âmes et la guerre, qui se prolonge, et la maladie, qui de plus en plus éclaircit les rangs des missionnaires. Le 16 septembre, les confrères réunis pour les exercices de la retraite célèbrent les noces dargent de Mgr Chapuis. Lévêque, ce jour-là, passe la revue de ses forces et peut avec fierté constater que, parmi ses ouvriers, si les rangs sont décimés, règne toujours lunion que, pour ses disciples le Christ demandait à son Père : Sint unum !

    La guerre se termine enfin et bientôt rentrent les missionnaires quavait atteints la mobilisation. Ils ne rentrent pas tous, hélas ! Deux sont tombés au champ dhonneur. Dès les premiers mois le P. Lagarrigue a été tué dans les Flandres (novembre 1914). Puis, quand la guerre est sur le point de finir, alors que tout fait prévoir comme prochaine la victoire finale, le P. Croze tombe à son tour en Lorraine (30 septembre 1918). Dautres confrères aussi ne sont pas revenus : la maladie les a retenus en France et rien ne permet denvisager leur retour comme prochain. Pendant ces années de guerre, la mort a, dautre part, causé de nombreux vides parmi les missionnaires et les prêtres indiens demeurés dans la Mission : les PP. Teyssèdre (1915), Barralon (1916), Jégorel (1919), Mardiné (1919), Aloysius (1915), sont allés au ciel recevoir la récompense de leurs travaux apostoliques.

    Depuis lors, la Mission a repris sa marche en avant. Le P. Xavier termine à Pourattacoudhy laménagement dun couvent et dun dispensaire (21 décembre 1922). Le tout est remis aux Surs Catéchistes-Missionnaires de M. I. Cest un épisode dans la lutte que le P. Xavier soutient depuis 25 ans contre les protestants. Quelques mois auparavant (7 juin 1922), Mgr Chapuis procédait à linauguration de lHôpital Sainte-Anne. Ce nouvel hôpital, dont la direction appartient aux mêmes religieuses, avait été fondé, construit ou aménagé par elles sur le terrain de lancienne léproserie. Et cela aussi était un épisode dans la lutte que depuis 25 ans soutiennent contre les brahmes ces vaillantes Filles de saint François de Sales.

    Mieux que tout les reste, le tableau suivant fera connaître les travaux de la Mission de Kumbakonam. Lannée 1900 montre ce quelle était à ses débuts ; lannée 1913, ce quelle était quand Mgr Chapuis en prit la direction ; lannée 1924, ce quelle est aujourdhui.

    1900 1913 1924

    Population chrétienne 85.495 98.608 105.035
    Missionnaires européens 25 38 33
    Prêtres indiens 17 16 16
    Surs Catéchistes de M. I. 5 26 42
    Surs indigènes du S.-Cur de Marie 70 76 76
    Crèches, orphelinats 3 5 6
    Dispensaires 1 4 6
    Hospice 1 1 1
    Léproserie ,, ,, 1
    Hôpital . ,, ,, 1

    Tel est, après 25 années dexistence, létat de notre Mission de Kumbakonam. Sans doute, les statistiques prises isolément, en dehors de tout élément dappréciation, ne sont pas toujours un critérium infaillible de la valeur religieuse dun diocèse, pas plus quelles ne sont lexpression exacte de la somme de travail accompli par les ouvriers apostoliques. Il nen est pas moins vrai que, dans leur ensemble et placées en regard les unes des autres, elles reflètent létat du diocèse : comme les degrés dun thermomètre, elles marquent lavance et la vitalité de la Mission.

    Cest bien cette vitalité que faisait ressortir lautre jour notre Vicaire Général, le P. Sovignet, quand, sadressant à lévêque et aux missionnaires de Kumbakonam, il disait, en leur parlant de leur chère Mission : Noubliez pas quelle na que 25 ans dexistence, et 25 ans, pour une Mission, cest la toute première enfance. Sans doute, Monseigneur na pas encore de cathédrale, mais bientôt elle sortira de terre ; la Mission na pas de collège, ni même de high school, mais elle en aura, si Dieu le veut ; elle na pas de séminaire, mais elle a des séminaristes nombreux, grands et petits, dans les établissements des Missions voisines. Dans lespace de 25 ans, voyez ce qui a été fait : la résidence épiscopale, le couvent des Saints- Anges et celui du Saint-Cur de Marie, lEcole industrielle, la Léproserie et lHôpital Sainte-Anne ; à Tranquebar lorphelinat, la crèche et louvroir des Saints Anges ; des dispensaires à Kumbakonam, à Tranquebar, à Mayavaram, à Ayyampettey-Sud, à Pourattacoudhi, à Mikelpatthy-Sud et bientôt à Atour...

    Taine a dit en parlant de la France : La religion gagne en intensité, mais elle perd en étendue. Pour ce qui est de la Mission de Kumbakonam, la religion na pas perdu en étendue le nombre de ses chrétiens sest même augmenté de 25.000), mais elle a gagné beaucoup en intensité. Cette vérité, lun de nos vétérans de la première heure la faisait ressortir dans les termes suivants, qui serviront de conclusion6 à cet article : Nous avons semé beaucoup, disait le P. Playoust. Sans doute la moisson na pas répondu à nos espérances dapôtres, mais nous pouvons dire hautement que nous avons infusé les vérités chrétiennes plus avant dans les masses. Nous en avons lespoir, un jour viendra où nous pourrons récolter de beaux, de nombreux épis pour notre Père du ciel. En rendant nos chrétiens meilleurs, en les rendant plus instruits, nous avons disposé toutes choses pour faciliter aux ouvriers qui viendront après nous le progrès de lévangélisation !

    H. BAILLEAU,
    Miss. de Kumbakonam


    I. Depuis leur arrivée dans la Mission de Kumbakonam, les Surs Catéchistes-Missionnaires de M. I. ont administré le baptême à 3.081 adultes et à 35.464 enfants in articulo mortis. Le nombre des visites reçues dans leurs différents dispensaires se monte à 1.977.746 ; celui des villages visités par elles au cours de leurs expéditions est de 8.049.


    *
    * *

    Nous croyons devoir ajouter à cet intéressant compte-tendu lallocution prononcée, la jour des fêtes jubilaires, par le P. Xavier, un des anciens du clergé indigène de Kumbakonam.

    (N. D. L. R.)

    Monseigneur, mes chers et vénérés confrères, Le Révérend Père Vicaire Général ma proposé de dire quelques mots à loccasion du Jubilé du diocèse de Kumbakonam. Jy ai consenti avec dautant plus de joie que loccasion était plus favorable pour exprimer publiquement mes sentiments personnels à légard de la Société des Missions-Étrangères de Paris, sentiments que jai dans le cur depuis mes premières années du Grand-Séminaire. Les voici. La seule pensée que les Missionnaires abandonnent tout pour le salut des âmes, quils quittent leurs parents et amis, leur beau pays, pour venir dans ces parages, uniquement par amour pour Jésus, pour le faire connaître à tant de milliers dinfidèles plongés dans les ténèbres du paganisme, cette pensée, dis-je, ma été toujours un grand sujet dadmiration. Car tout le monde tient à sa patrie, à ses parents et à ses amis, et, si on les quitte, ce nest pas par plaisir, mais cest sûrement par un motif surnaturel. Quand les Missionnaires racontaient leur départ de Paris et leur voyage, je prenais plaisir à les entendre, parce que cela correspondait aux sentiments de mon cur. Pour ne parler ici brièvement que de leur départ, voici que je les entends raconter comme il suit : Nous étions désignés tant de Missionnaires à partir pour lExtrême-Orient. Après la bénédiction du T. S.-Sacrement, on chanta le Chant du Départ des Missionnaires. Notre cur était brisé démotion sous ces voûtes vénérées qui avaient abrité tant dAspirants, tant de Missionnaires, dont quelques-uns ont répandu leur sang pour la foi et ont reçu la palme du martyre.

    Nous partîmes de Paris et nous arrivâmes à Marseille. Nous allâmes chez les Frères Germain, qui nous recevaient avec la plus grande cordialité et nous procuraient tout ce dont nous avions besoin.

    Nous nous embarquâmes sur tel navire. Quand la cloche annonça le départ, au lâchez tout ! Du capitaine, le navire sébranla, traversa le port, passa devant le phare que nous suivions de lil. Mais bientôt le phare disparut à nos regards et nous nous tournâmes vers la statue de Notre-Dame de la Garde. Ce fut comme un éclair, la belle statue de la Bonne Mère disparut à son tour, et, disant un dernier adieu à la terre de France, que nous quittions pour un pays inconnu, lions descendîmes dans nos cabines. Je marrête là. Ce récit que je me plaisais à entendre ne faisait quaugmenter mon admiration et mes sympathies envers les Missionnaires et leurs uvres.

    Quand jétais enfant, le premier Missionnaire que jai rencontré à Megalathur, cest le bon et regrette Père Rieucau, qui mattira à lui par son amabilité et sa bonté. Cest le cas de tous les séminaristes, qui sont attirés vers les prêtres, tantôt par lamabilité de lun, tantôt par la bonté de lautre.

    Cest au vénéré Père Rieucau, et par là même à la Mission, que je dois ce que je suis. Il menvoya au séminaire de Pondichéry. La Mission madmit gratis, comme tous les séminaristes dalors. Si les séminaristes actuels payent quelque chose, cela nest rien devant les énormes dépenses faites par la Mission. Dailleurs plusieurs Missionnaires que je connais, dont quelques-uns sont ici présents, dautres absents, et que je nose pas nommer pour ne pas froisser leur désir dêtre inconnus, ont pris à leur compte tel ou tel séminariste pour payer tous ses frais. Si je voulais entrer dans les détails de tous les bienfaits que mes confrères ont reçus et reçoivent encore de la Mission, je nen finirais pas. Pour être bref, je me contenterai de dire que nous étions toujours bien soignés et bien traités à Pondichéry et que nous le sommes également maintenant à Kumbakonam.

    A loccasion de ce jubilé du diocèse de Kumbakonam, il nous est bien doux dacquitter une dette de reconnaissance envers cette noble Société des Missions-Étrangères de Paris, qui est en si grande estime auprès du Saint-Siège et auprès de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Ne pouvant parler maintenant à toute cette Société, je madresse, Monseigneur, à vous, qui en êtes le digne Représentant dans ce diocèse, et aussi notre bien-aimé Evêque : je viens offrir à Votre Grandeur, au nom de tous mes confrères, les sentiments de gratitude et de dévouement le plus entier, du respect le plus profond, de laffection la plus filiale et permettez-moi cette expression, de lunion la plus sincère et la plus cordiale. Oui, de lunion la plus sincère et la plus cordiale, car nous sommes unis aux Missionnaires; leur cur et le nôtre sont confondus en un seul ; cest pourquoi ils nont quun organe, parce quils ne battent tous que dun seul mouvement : celui de la charité.

    Monseigneur, vous avez ravi nos curs par cette impartialité daffection pour chacun de nous tous. Oh ! Non, il nest pas un seul de nous qui puisse craindre davoir une moindre part à la tendresse de votre cur ; il sest agrandi, il sest élargi, votre cur, en proportion du nombre de ceux que vous vouliez y placer. Nous nous y sommes vus tous enfermés, tous contenus, sans gêne et sans préséance ; vous vous croyez le père de tous, et nous aussi, Monseigneur, nous voulons tous être vos enfants.

    Monseigneur, vous les avez gagnés, nos curs, par cette humilité sans borne, cette simplicité sans recherche, cette piété sans prétention, qui vous font oublier quelquefois votre autorité, vénérable aux Anges mêmes. Oh ! Nos curs sont assez généreux. Plus vous avez essayé de vous abaisser pour nous élever à vous, plus nous vous élèverons au-dessus de nos têtes.

    Maintenant, Monseigneur, étendez sur nos têtes vos mains paternelles ; mieux, élevez-les vers le ciel en notre faveur. Ah ! Faites-en descendre, faites-en couler les grâces les bénédictions, sur nous, sur nos chrétiens et sur nos travaux. Comme un baume salutaire, elles allégeront nos fatigues, elles ranimeront notre courage et prépareront nos succès.

    Avant de finir, Monseigneur, je désire mentionner un fait dont Kumbakonam doit être fier.

    Au Séminaire de Paris, il y a la Salle des Martyrs, où sont conservées les reliques des saints Missionnaires martyrisés en Chine, au Tonkin, en Corée,

    Ici, à Kumbakonam, il -y a une chambre de martyr ; car le Bienheureux Petitnicolas, qui est venu en Mission en 1853 et qui en 1855 est allé en Corée, où il fut martyrisé en 1866, ce Bienheureux Petitnicolas a habité, paraît-il, la chambre occupée maintenant par le Rév. Père Sovignet, notre vicaire général. Cest un fait qui mérite dêtre mis au jour pendant que nous célébrons le Jubilé du diocèse de Kumbakonam.

    Sur ce, je finis en acclamant :
    Vive la Société des Missions-Étrangères de Paris !
    Vive le Diocèse de Kumbakonam !
    Vive Mgr Chapuis, notre bien-aimé Evêque !
    Vive le Rév. Père Sovignet, lhéritier actuel de la chambre du Bienheureux Petitnicolas !

    
    1924/300-310
    300-310
    Bailleau
    Inde
    1924
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