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Japon : Souvenirs et espérances dun ancien

Japon : Souvenirs et espérances dun ancien
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    Japon : Souvenirs et espérances dun ancien
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    Le Japon sera-t-il un jour chrétien ? Telle est la question que je mentendais poser le 20 Février par le Maréchal Joffre dans le wagon-coupé que le Ministère de la Maison Impériale lui avait envoyé de Tôkyô. Une chance exceptionnelle mavait donné loccasion daccompagner le Préfet de Yamaguchi, qui venait saluer et faire acclamer ce glorieux visiteur à la station dOgori, comme il était sur le point de quitter le Japon. Le Maréchal minvita avec insistance à monter dans son compartiment jusquà Skimonoseki, me fit mettre à sa droite à table, et, maccablant de questions : Voyons, mon Père, sera-t-il un jour chrétien, votre Japon ? Maréchal, répondis-je en me redressant, en 1914, à la Marne, quand tout paraissait désespéré, lorsque vous avez lancé votre ordre : En avant ! À ces nobles Poilus qui en brûlaient denvie, si quelquun vous eût demandé alors : Serons-nous un jour vainqueurs ? de quelle voix vibrante de courage et de confiance ne lui auriez-vous pas répondu : Oui, certes, nous serons vainqueurs : Dieu protège la France ! Eh bien ! Cest le même cri que je pousse au bout de mes 56 ans de mission : Oui, certes, le Japon sera un jour chrétien, et le cur me palpite en vous laffirmant.

    Illusion, rêverie dun pauvre vieux trop enthousiaste, diront des hommes posés et positifs. Je les laisserai dire.

    Dans le premier numéro du Bulletin, en son article sur la Situation religieuse au Japon, le P. Charles Cesselin a donné son impression, et il la donnée très juste. Le cher Poilu connaît sa théorie dévangélisation comme il a connu sa théorie de soldat de 2e classe. Sa confiance me fait du bien, car moi aussi, même après 50 ans, je suis encore de ceux qui espèrent.

    Ce que jai éprouvé en lisant cet article me fait apprécier le bienfait de notre cher Bulletin. Cest une force vraiment que de sentir son âme en contact avec dautres âmes qui ont les mêmes pensées et les mêmes désirs. Il y a longtemps déjà, en 1866, pendant mon stage de sous-procureur à Hongkong, combien de fois nai-je pas entendu dire à celui quon appelait alors non pas le Père Osouf, mais la Maman Osouf : Ah ! si nous avions une feuille commune, une notice périodique de nos peines et travaux de missionnaires, quel soutien ce serait ! Dieu soit béni davoir inspiré à nos Evêques la pensée de répondre à ce besoin dunion plus intime entre nous, les amis de la Rue du Bac.

    Mais revenons à notre sujet. Donc, cher Père Cesselin, vous avez raison : ce nest pas nous qui convertirons les Japonais ; je le sais par ma propre expérience, après avoir usé ma voix et ma vie à leur faire des discours durant quarante-huit ans, partout où je trouvais à louer une boutique ou un hôtel pour y réunir un auditoire. Comme résultat, jai été souvent moqué, bafoué, je lavoue ; mais pourvu quil restât deux auditeurs de mon côté, je me tenais pour satisfait.

    Les autres missionnaires faisaient de même. Ainsi ont commencé ce que nous appelons nos postes. Ceux qui les visitent aujourdhui ne se doutent guère du travail et de la peine quils ont coûtés à établir. Il nest pas surprenant après cela que nous les aimions.

    Etant donné le caractère propre du peuple japonais, son nationalisme exclusif et fier, un mouvement général de conversion ne peut être produit que par lexemple, laction et lentraînement dune élite convaincue que, pour le pays, la religion est ce quil y a de plus nécessaire et de plus beau.

    Des hommes capables de former cette élite, il nen manque pas. De lintelligence, de lénergie, du caractère, ils en ont ; ils lont bien montré tout le long de leur histoire, et surtout depuis cinquante ans, par la transformation complète de leur pays. Pour achever luvre si laborieusement commencée, une chose donc reste à faire, et cest la principale : faire pénétrer dans une élite dâmes japonaises, la foi divine et lidéal chrétien.

    Sans doute, lorsquon considère les résultats obtenus jusquà maintenant, on ne les trouve pas aussi considérables quon les souhaiterait ; mais si lon regarde en arrière le chemin parcouru et les difficultés surmontées, on se console et lon reprend courage pour continuer.

    Dabord nous savons que partout cest dans leur sang que les Apôtres et les Martyrs ont fondé, ont planté lEglise. Or, au Japon non plus, lEglise na pas commencé dune autre manière ; cest dans le sang des martyrs et des saints quelle a été établie. A Nagasaki, la montagne de Tateyama, surmontée de son calvaire et dominant le port et la ville, en perpétue et en glorifie magnifiquement le souvenir. Mais, à peine fondée, elle disparaît, cette Eglise nouvelle, si pleine de promesses pour lavenir. Et pendant plus de deux siècles elle semble descendue au tombeau. Par tout lEmpire, à tous les carrefours, le long des chemins, est affichée la défense, sous peine de mort, de pratiquer la religion perverse de létranger; et, chaque année, tous les habitants du pays sont soumis à de minutieuses perquisitions pour sassurer si, dans quelque recoin, il ne se cache pas encore quelque traître à lEmpereur et aux dieux dû pays.

    Et voici quau bout de deux cent cinquante ans, elle ressuscite, cette chère Eglise ; ou plutôt elle nétait jamais morte : elle sortait seulement de lombre, plus profonde que celle des Catacombes, où elle était demeurée cachée pendant ce long temps. Tout le monde a lu le récit de la découverte des anciens chrétiens à Nagasaki : le P. Petitjean priant de tout son cur devant lautel de la Sainte Vierge ; quelques pauvres femmes de village entrent dans léglise : avec beaucoup de précautions pour nêtre pas vues, elles sapprochent du missionnaire et lune delles timidement lui demande : Et limage de Santa Maria, où est-elle ? Le Père lui montre la statue sur lautel, et alors la plus âgée de ces femmes, en grand mystère, dit à loreille du Père : Nous avons le même cur que vous ; nous sommes beaucoup ici qui avons le même cur.

    Quon se représente, si lon peut, limpression produite sur lâme du missionnaire par cette révélation si imprévue et en même temps si désirée ; car, depuis leur rentrée au Japon, les missionnaires ne pouvaient pas simaginer que, sur cette terre de Martyrs et de Saints, la foi eût pu complètement disparaître. Quant au P. Petitjeau, lheureux instrument de cette découverte, plus tard évêque de Nagasaki, il en fut tellement touché que, tant quil vécut, il ne put raconter cet événement sans être ému jusquaux larmes, quelquefois comme étouffé par les sanglots.

    Une remarque en passant trouve ici sa place. Jai entendu quelques personnes, qui ne connaissaient pas les Japonais, ou du moins ne les connaissaient pas par leur meilleur endroit, demander sérieusement si ces gens-là sont capables de devenir chrétiens. Voyez plutôt ce quils ont été et ce quils ont fait. Connaît-on dans un autre pays un exemple pareil de courage, de fidélité et de persévérance ? La persécution continuelle, et quelle persécution ! la mort toujours menaçante, sans prêtres, sans sacrements, sans culte public, toute une population chrétienne gardant sa foi, et cela pendant sept générations ; car cest après deux siècles et demi quon les a retrouvés ; or ils étaient encore près de quarante mille. Après cette expérience on peut répondre sans hésiter : Oui, ils sont capables dêtre chrétiens et de magnifiques chrétiens.

    Continuons de suivre par la pensée le chemin parcouru depuis le commencement jusquau point où nous sommes aujourdhui. Le 17 Mars 1865, les anciens chrétiens étaient donc retrouvés ; les missionnaires, après six années de cruelle attente dans les îles Ryûkyû, avaient pu enfin mettre le pied sur la terre japonaise et, dans un quartier à part, appelé concession, avoir une maison et une chapelle pour leur usage. Mais la persécution nétait pas terminée pour cela, elle nétait que suspendue. Quand les chrétiens se furent fait connaître et quon les sut en si grand nombre, lorage éclata de nouveau ; ce fut comme un volcan qui se réveille. Aussitôt la prison, la torture, lexil recommencèrent comme auparavant.1


    1. Il faut lire cette histoire dans le beau livre de Mgr Marnas, La Religion de Jésus ressuscitée au Japon au XIXe siècle.


    Je les ai vus ces 3.800 chrétiens de Nagasaki, partant ensemble pour lexil, sur onze bateaux en même temps ; et, en les voyant si tranquilles, si calmes, si résignés, se signant religieusement en nous disant adieu, jai senti que ces nouveaux confesseurs de la foi nétaient pas au-dessous de leurs pères martyrs, et jai compris ce quon peut attendre dun pareil peuple.

    A cette époque (1870), quelques relations avaient déjà été commencées entre le Japon et les pays dEurope. En résumé, le gouvernement japonais voulait bien que son peuple étudiât les sciences et les arts des pays étrangers, mais non leur religion ; à cela il était formellement opposé.

    Lannée suivante une ambassade solennelle, la première de tontes, était envoyée du Japon vers les pays étrangers, dabord pour observer létat de lEurope, et en même temps voir le profit que le Japon pourrait tirer de ses relations avec les autres peuples. Mais le fait que le gouvernement japonais persécutait encore les chrétiens chez lui ne contribua pas à faire accueillir favorablement ses envoyés chez les peuples chrétiens dEurope. En plusieurs endroits même la porte leur fut fermée ; on refusa de les recevoir. Alors le chef de lambassade, Iwakura, nhésita pas à lancer de Berlin à lEmpereur Meiji ce télégramme Si les chrétiens déportés ne sont pas mis en liberté immédiatement, notre ambassade naura aucun résultat Ce fut là la raison naturelle de la fin de la persécution. Mais combien de raisons surnaturelles aussi intervinrent, parmi lesquelles lintercession des SS. Martyrs Japonais, récemment glorifiés par Pie IX, et les larmes des confesseurs exilés, furent certainement les plus efficaces, Dieu le voulant ainsi pour récompenser tant de fidélité et de souffrance. Le 18 Février 1873, parut au journal Kôbe News : Rescrit Impérial : Amnistie, liberté des chrétiens déportés, renvoyés libres à Nagasaki. Nous venions de finir lOctave de la fête des SS. Martyrs (5-12 Février). Cétait la première aurore de la liberté, le commencement dun jour attendu depuis plus de deux siècles.

    La période qui suivit, de 1873 à 1889, fut lépoque de la tolérance passive ou silencieuse. La religion nétait plus proscrite, elle nétait pas formellement autorisée, elle était considérée comme nexistant pas. Les missionnaires, comme les autres étrangers, du reste, demeuraient encore sur les concessions ; mais ils pouvaient être engagés au service dun Japonais, comme professeurs de langue, par exemple, et, à ce titre, ils pouvaient demeurer en ville, en dehors de la concession. Même, avec un passeport du Gouvernement, obtenu par la Légation, on pouvait voyager librement dans lintérieur du pays. Sur ce passeport étaient indiqués le chemin que lon devait suivre, les villes par où lon devait passer et le motif du voyage. Deux raisons étaient admises pour voyager, raison de santé et raison de science. Parmi ces sciences, la philosophie et la théologie étaient comprises.

    Quand le missionnaire voyageur (on disait alors missionnaire ambulant) arrivait dans une ville, il se présentait dabord à la police, qui examinait son passeport, le recevait comme lhôte du Gouvernement, lui indiquait, le plus souvent du moins, lhôtel où il devrait demeurer ; puis, sil en faisait la demande, la police lautorisait à réunir un auditoire et à donner une ou plusieurs conférences aux gens curieux de lentendre ; car cétait une grande nouveauté pour eux quun étranger parlant leur langue. A toutes ces conférences la police, naturellement, avait son représentant. Cest grâce à ces passeports et à ces voyages que, pendant près de vingt ans, le pays à peu près tout entier a été évangélisé. Cela ne veut pas dire, hélas ! Quil ait été converti, mais au moins lEvangile y a été prêché à peu près partout. A cette époque, on peut le dire, la terre était au premier occupant, et quand les protestants étaient partout, les catholiques, bien que environ dix fois moins nombreux, ne pouvaient pas rester en arrière.

    Il faut avoir vécu au Japon à cette époque pour comprendre tout ce que les missionnaires eurent alors à supporter de travaux, de fatigues, de privations, mais aussi ce quils eurent de consolation et de joie. Tous ceux qui ont mené ou simplement vu cette vie de missionnaire-ambulant, conviennent que ces quinze ou vingt années furent le plus beau temps pour nos Missions.

    Puis voici un événement grave, dont les conséquences promettaient dêtre considérables, peut-être de changer complètement la situation de lEglise au Japon. Le 11 Février 1889 était promulguée la nouvelle Constitution de lEmpire, dont un article portait : La religion est libre, pourvu que lordre public nen soit pas troublé. Là-dessus naturellement grande joie des missionnaires et de tous ceux qui, dans le monde entier, et ils étaient nombreux, sintéressaient à lavenir du Catholicisme au Japon. Cette fois le peuple japonais pourra se convertir, rien ne len empêchera plus.

    Cependant le résultat lie fut pas tout ce que lon avait espéré ; la liberté étant écrite dans la loi, la religion cessait dêtre le fruit défendu ; mais elle devenait une chose ordinaire, et bientôt elle cessa dattirer autrement lattention. Peu à peu le beau mouvement lancé par la prédication ambulante se ralentit ; au bout de deux ou trois ans, les missionnaires, à leur grand chagrin, se trouvèrent en face dune sorte dindifférence. Ils en furent attristés, certes ; mais ils ne se découragèrent pas pour cela ; ils travaillèrent alors à consolider ce quils avaient dabord établi, il faut lavouer, un peu à la hâte.

    Cependant la liberté officiellement accordée à la religion eut un avantage considérable ; elle contribua sensiblement, sinon à faire tomber, du moins à diminuer les préjugés, la peur, la haine, amassés dans le peuple japonais à légard du catholicisme par deux siècles et demi de persécution. Surtout dans la partie la plus honorable de la nation, le nom de chrétien, Kirishitan, comme ils disaient, était le nom le plus méprisé et le plus méprisant ; cétait la dernière des injures. Je me rappelle encore la réponse que jobtins un jour de deux Japonais, mari et femme, très polis, du reste, à qui je proposais de se faire chrétiens. Aussitôt ils changent de ton et de visage et, dun air mécontent et sévère, ils me disent : Non, jamais ; nous ne sommes pas de ces gens-là, nous avons toujours été honnêtes. Et en même temps ils disparurent; jamais plus je ne les revis.

    Sur ce terrain des préjugés, pour voir de combien les Japonais sont revenus, il suffit de visiter les écoles catholiques. Ces écoles sont florissantes non seulement par le nombre, sous ce rapport le succès est à peine croyable ; mais, parmi leurs élèves, garçons ou filles, on trouve, et en nombre considérable, les noms des premières familles, des hommes les mieux placés du pays.

    Grâce à Dieu nous sommes loin des misérables Kirishitan dautrefois. Quand on pense à ce que fut jadis le Japon, à ce quil était encore il y a quarante ans, et quon voit de ses yeux ce qui arrive aujourdhui : le Prince héritier, le futur Empereur, reçu et fêté par le Souverain Pontife ; le même Prince ayant pour interprète dans ce long voyage, un officier de la marine japonaise, représentant avec honneur le Catholicisme ; un Délégué du Souverain Pontife établi dans la capitale du Japon pour traiter avec le Gouvernement les affaires de la religion dans le pays, il est impossible de ne pas reconnaître une action visible de la Providence divine sur cet Empire et de ne pas espérer pour ce peuple un avenir de salut.
    Oui, sûrement, Maréchal, le Japon sera chrétien un jour !

    A. VILLION,
    Miss. Apost. dOsaka.

    *
    * *

    Pour ceux de nos lecteurs à qui paraîtraient trop enthousiastes les espérances du vénéré doyen de lapostolat au Japon, nous nous permettrons dy ajouter quelques précisions.

    Lardent missionnaire que fut toujours le P. Villion ne prétend certes pas que toutes les difficultés aient disparu. Plusieurs vieux préjugés ont cessé dexister, cest vrai ; mais à leur place il en est survenu dautres, qui ne sont pas plus favorables à la conversion du pays. Quand le Japon eut été enfin ouvert aux étrangers et aux nouveautés du monde entier, il y en pénétra de toute sorte ; ou plutôt toutes les doctrines ou théories enseignées dans le reste du monde, on les retrouva bientôt au Japon. Mais toutes ces idées confuses, souvent contradictoires, entrées pêle-mêle dans lâme japonaise, y ont fermenté pendant plus de trente ans. Or, comme on le dit vulgairement, toute idée est une force ; celles qui ont été mises dans lesprit des Japonais ny ont pas péri ; elles produisent aujourdhui leurs effets ; après la période des théories, nous sommes maintenant au temps des conséquences ; résumons en peu de mots les plus importantes à notre point de vue.

    En somme, ce quon pourrait appeler lâme de lenseignement officiel contemporain tient tout entière en deux propositions, savoir : la matière est la seule réalité existante ; un homme intelligent et un peuple éclairé nont pas de religion, la science leur suffit. Pour avoir une religion, je suis bien trop philosophe répondent sans hésiter de jeunes étudiants. Cest donc le laïcisme absolu ; comme couverture il a le patriotisme, cest-à-dire le culte national traditionnel des dieux et ancêtres du pays, mais culte déclaré simplement civil ; en dautres termes, lart davoir une religion sans en avoir.

    Réfuter par le raisonnement ces erreurs fondamentales a été fait souvent, mais le raisonnement na pas été compris ou, du moins, il na produit presque aucun effet, précisément sur les hommes quil aurait fallu atteindre. Heureusement il y a un autre genre de réfutation devant laquelle même les adversaires les plus ardents sont bien forcés de sarrêter, cest quand lerreur se réfute elle-même par ses conséquences. Au Japon, nous y sommes ; toutes ces idées fausses et dangereuses, reçues ou enseignées pendant tant dannées, apparaissent clairement ce quelles sont, cest-à-dire fausses et dangereuses ; et, en voyant leffet quelles ont produit dans lesprit du peuple, dans les murs et dans tout létat du pays, les hommes sérieux et honnêtes qui réfléchissent sarrêtent épouvantés et se demandent : Où allons-nous ? Ou plutôt, cest bien clair, nous marchons avec le reste du monde ; les même idées qui bouleversent les autres pays, bouleversent aussi le nôtre : socialisme, révolution, anarchie, voilà où nous allons irrésistiblement, si nous ne nous arrêtons pas sur cette pente, et elle est rapide ; il faut se hâter. Et pour nous arrêter, sur quoi nous appuyer ? Evidemment sur dautres idées, sur dautres principes, que lon mettrait dans les esprits et que lon ferait passer dans les murs : il ny a pas dautre moyen.

    Cest par de telles réflexions, en présence de la réalité des choses, qua commencé ce bon mouvement, qui existe aujourdhui vers la religion, dans certains milieux détudiants, parmi la jeunesse ardente des écoles, aussi bien que parmi les hommes expérimentés. Le mot dordre si souvent répété jadis contre tout ce qui avait odeur de religion, nest plus entendu ; au contraire, les livres traitant de choses religieuses ou écrits dans un esprit religieux sont bien reçus ; des conférences publiques sont données, dans lesquelles on traite des questions de philosophie spiritualiste et de sens commun. La science transcendantale devient une spécialité. Des Revues ouvertement catholiques sont publiées ; des Sociétés de jeunes gens catholiques donnent libre cours à leur zèle.

    Ainsi, grâce à Dieu, on voit se préparer déjà, modestement, sans doute, mais activement pourtant, cette élite, dont parlait le P. Villion, dhommes de foi et de caractère, avantageusement placés, et ayant le courage de leurs convictions ; mais surtout hommes de vertu, capables de mettre leur devoir au-dessus de leur intérêt personnel ; car, au Japon comme ailleurs, le grand mal est légoïsme.

    Ah ! Cette élite dhommes intelligents, hardis et vertueux, que Dieu la donne à ce mystérieux et si beau pays ! Mais croire que le Japon ne sera pas chrétien un jour, jamais un missionnaire japonais ne sy résignera.

    F. LIGNEUL,
    de la Maison de Nazareth,
    ancien Missionnaire de Tôkyô.


    1922/290-297
    290-297
    Villion
    Japon
    1922
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