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Hongkong : Le R. père Robert

Hongkong : Le R. père Robert, Chevalier de la Légion dHonneur. Le dimanche 10 novembre 1921, le passage du Paul Lecat a procuré aux Français de la Colonie de Hongkong le plaisir de se trouver réunis à la résidence du Consulat de France, pour saluer le nouveau Représentant de la France en Chine, M. de Fleuriau et sa famille, ainsi que Mme Paul Claudel et ses enfants.
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    Hongkong : Le R. père Robert,
    Chevalier de la Légion dHonneur.

    Le dimanche 10 novembre 1921, le passage du Paul Lecat a procuré aux Français de la Colonie de Hongkong le plaisir de se trouver réunis à la résidence du Consulat de France, pour saluer le nouveau Représentant de la France en Chine, M. de Fleuriau et sa famille, ainsi que Mme Paul Claudel et ses enfants.

    A cette occasion, notre Consul Général, M. Réau, eut lheureuse idée de demander à Son Excellence M. de Fleuriau de vouloir bien décorer le Révérend Père Léon Robert, Procureur Général et Premier Assistant du Supérieur de la Société des Missions Étrangères de Paris, en attachant sur sa poitrine la Croix de Chevalier de la Légion dHonneur qui lui a été conférée officiellement le 25 Octobre dernier.

    Les officiers de lEtat-Major de lAltaïr, arrivés la veille, et des passagers du Paul Lecat avaient tenu à être de la fête et à témoigner par leur présence toute leur estime pour le Père Robert et la belle uvre accomplie par lui pendant son séjour de 33 années en Extrême-Orient.

    A trois heures, M. de Fleuriau, ayant consacré quelques trop courts instants à sentretenir avec les Français venus pour le saluer, procéda à la remise de la décoration. M. le Consul Général de France savança au milieu du salon de réception pour prononcer quelques paroles émues, dont nous ne donnons quun pâle résumé.

    Après quelques mots de bienvenue, il annonça que Monsieur le Ministre de France avait bien voulu accepter de remettre au Révérend Père Robert la Croix de la Légion dHonneur, conférée par le Gouvernement français, en reconnaissance de ses multiples services.

    Il se fit lécho de laffection et de la profonde estime que tous témoignent, au nouveau Chevalier et exprima combien cet honneur rendu au Père Robert donne satisfaction à la longue attente dans laquelle vivaient tous ses amis, heureux aujourdhui de voir enfin reconnaître dignement le mérite des belles uvres créées et développées par le Père Robert.

    Il rappela que, depuis plus de 30 ans, le Père Robert sest toujours montré le travailleur infatigable et tout dévoué que chacun connaît.

    A Shanghai, pendant 16 ans, il fut, par ses belles qualités de lesprit et du cur, lâme transformante de la Concession française : sa sagesse, son tact et se clairvoyance surent, pendant son passage à la Municipalité, donner à cette Concession les bases de son magnifique développement actuel. Cest à son savoir-faire que nous devons les belles routes de lExtension, comme nous le rappelle la Route Père Robert, et ses inlassables efforts nous permirent dacquérir les réserves de terrains qui sont devenus le Camp et le Jardin de Koukaza.

    A Hongkong, il est resté le Missionnaire infatigable, aux grandes initiatives qui lui font un renom universel et inoubliable. Il est le bon conseiller que lon approche avec confiance, et personne ne sort de chez lui sans se sentir puissamment réconforté.

    Les Français qui ont visité Hongkong ne sauraient parler de ce beau port et du Pic majestueux qui le domine, sans évoquer aussi, comme un excellent souvenir de leur passage dans la Colonie anglaise, le nom du Père Robert. Cest grâce à lui que les institutions françaises y ont revêtu toute lampleur désirable pour les uvres de bienfaisance et déducation : lHôpital S.-Paul, quadmirait tout récemment encore le Professeur Tuffier, comme réalisant le type parfait de lhôpital moderne, le grand Orphelinat, la Crèche et le Refuge, lEcole Anglo-Française, tenus par les Surs de S.-Paul de Chartres, et le Collège des frères des Ecoles chrétiennes, sans oublier la nouvelle-Procure Générale de la Société des Missions-Étrangères de Paris, qui a valu le bel hommage suivant rendu par un esthète anglais à notre bon goût national :

    Le caractère dun peuple se lit facilement dans les monuments quil érige. Les constructions qui, à Hongkong, ont un air de distinction, conservent la dignité des proportions, portent le cachet du beau style et la marque dune heureuse inspiration, pourraient se compter sur les doigts de la main... Mais lédifice par excellence au point de vue artistique, cest le Quartier Général des Missions Françaises : il possède une dignité et une réserve qui le font remarquer immédiatement parmi les constructions de la Colonie.

    Si le Père Robert était sourd et que nous puissions parler librement, sans crainte deffaroucher sa modestie, M. le Consul nous redirait tous les services quil a rendus à nos compatriotes, sans distinction et en toutes circonstances : ceux qui lont approché comprennent deux-mêmes et se rappellent que de bienfaits ils lui doivent ; mais le Père Robert a conservé aussi bien la finesse de loreille que celle de lesprit, et nous craindrions de lui faire de la peine en insistant sur son éloge.

    Le Consul Général de France est heureux de pouvoir remettre au Père Robert un souvenir utile, en témoignage de la reconnaissance affectueuse des Français de Hongkong : un magnifique coffret en argent aux initiales du nouveau Chevalier lui est alors remis et M. Réau lui annonce quen outre un ornement sacerdotal, dont la couleur lui rappellera celle du ruban de la Légion dHonneur, lui sera présenté un peu plus tard, le temps ayant manqué pour quil pût être prêt en ce jour mémorable.

    Au nom de tous les Français présents et de tous ses amis, M. le Consul Général exprima, encore une fois, toute la profonde sympathie et la vive gratitude de la France et de nos compatriotes, et la joie enthousiaste avec laquelle tous saluaient cette Croix dhonneur.

    M. de Fleuriau prit alors la parole : Mon cher Collègue, il mest certainement bien agréable, à mon passage à Hongkong, de répondre à votre aimable invitation et de remettre au Révérend Père Robert linsigne de la Légion dHonneur.

    Je najouterai pas de nouveaux éloges à ceux que vous venez dadresser ; je ne fais quarriver pour la première fois dans ces pays et je nai pas encore eu lavantage de connaître personnellement le Père Robert. Cependant je tiens à vous dire lopinion que jai recueillie en France, auprès de toutes les personnalités que jai recontrées au cours de mes voyages et jen ai vu beaucoup, je puis vous lassurer : de tous ceux qui ont eu des relations avec lExtrême-Orient, je nen ai pas trouvé un seul qui ne mait parlé du Père Robert comme dun bienfaiteur ou dun ami.

    Cest donc avec la plus grande satisfaction que je lui remets la Croix que lui confère le Gouvernement Français.

    Sapprochant alors du Père Robert, M. de Fleuriau lui donna laccolade en prononçant la formule consacrée : AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS ET EN VERTU DES POUVOIRS QUI ME SONT CONFÉRÉS PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, JE VOUS FAIS CHEVALIER DE LA LÉGION DHONNEUR.

    Le nouveau Chevalier prit à son tour la parole pour remercier de lhonneur qui lui était fait :

    Je suis particulièrement heureux, Monsieur le Ministre, que la distinction dont jai été lobjet de la part du Gouvernement français me soit remise de votre main, parce que le Ministre de France à Pékin nest pas seulement le représentant de la France, mais aussi le représentant du Protectorat des Missions, et, depuis que notre pays a sa Légation en Chine, nous savons trop combien nous devons à son action bienfaisante au point de vue des Missions pour ne pas le proclamer très hautement.

    Pour résumer lhistoire des siècles passés, je rappellerai simplement que les Missionnaires Français ont travaillé au milieu de difficultés inouïes depuis plus de deux cents ans, avant létablissement de notre Légation, et, comparant les anciens temps aux nouveaux, nous pouvons aisément faire la différence.

    La Chine elle-même na eu quà se féliciter de linfluence bienfaisante de nos diplomates auprès de son gouvernement ; car, sil est une caractéristique de la race française, cest bien la générosité, le réel plaisir de tout Français à faire le bien autour de lui. Et ce noble sentiment sest traduit dune façon tangible : entre toutes les grandes Puissances, cest bien la France qui a montré le plus grand respect pour lintégrité du sol chinois.

    Notre race est une race profondément raisonnable et logique, et cest ce qui a toujours fait sa force ; et jai confiance que ces qualités si puissantes que la Providence nous a départies seront les nôtres dans lavenir comme elles lont été dans le passé, car un peuple si fortement constitué ne saurait tomber à des niveaux inférieurs.

    Je suis très touché, Monsieur le Consul Général, des paroles aimables que vous venez de dire à mon sujet. Je ne me reconnais pas, je le dis sans hésitation, toutes les perfections que vous mattribuez ; mais je déclare volontiers que si, dans ma carrière déjà longue, jai pu travailler avec utilité à des uvres comme celles que vous avez mentionnées, je le dois beaucoup au bon accueil et à lappui moral que jai toujours trouvés auprès de nos Consuls. Cest grâce à cette unité defforts, qui comprend coopération et coordination, que lon peut faire des choses durables.

    Je vous remercie aussi, Mesdames et Messieurs, de la sympathie que vous me témoignez. Je vois que la petite Colonie Française est au courant de mes défauts et quelle na rien oublié, car, à côté des honneurs du Gouvernement Français, elle ajoute un souvenir qui me restera très cher. Vous avez voulu quil matteigne jusque dans mon caractère sacerdotal, nomettant ainsi rien de ce qui pouvait mêtre utile et agréable, aussi, je tiens à exprimer à tous et à chacun en particulier ma profonde gratitude.

    De vifs applaudissements soulignèrent ces belles paroles. Lagréable réunion dut rapidement prendre fin, car nos hôtes dun jour devaient retourner à bord du Paul Lecat : après avoir porté la santé du nouveau Chevalier, on se sépara, en souhaitant que, pour nous dédommager de ces longues années dattente, nous puissions bientôt nous réunir encore pour épingler sur la poitrine du Père Robert la rosette dOfficier.

    1922/16-21
    16-21
    Robert
    Chine
    1922
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