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Historique du Grand Séminaire de Hué (Annam)

Historique du Grand Séminaire de Hué (Annam) I. Fondation A Kim-Long et à Thợ-Đức (1881-1888). Le grand séminaire de Hué date seulement dune cinquantaine dannées (1).
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    Historique du Grand Séminaire de Hué (Annam)
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    I. Fondation A Kim-Long et à Thợ-Đức (1881-1888).

    Le grand séminaire de Hué date seulement dune cinquantaine dannées (1).
    Avant sa fondation, les candidats au sacerdoce étaient envoyés au Collège Général des Missions-Étrangères, établi successivement en divers lieux et finalement à Penang. Ils y recevaient la formation ecclésiastique et, leurs études théologiques terminées, ils revenaient dans leur mission pour y être promus aux saints Ordres. Il en était ainsi depuis Mgr Lambert de la Motte, premier Vicaire Apostolique de la Cochinchine, dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Quand, en 1850, la mission de Hué (appelée alors Cochinchine Septentrionale) fut érigée en Vicariat Apostolique distinct, on continua pendant trente ans encore à navoir dautre grand séminaire que celui de Penang. Pas plus que dans les deux siècles précédents il nétait possible ou prudent de fonder un grand séminaire, car la persécution était alors toujours ou active ou menaçante. Dailleurs, si rigoureusement parlant on eût pu en établir un, il nétait pas absolument nécessaire, le Collège Général étant suffisant pour lépoque.

    Succédant à NN. SS. Pellerin, Sohier et Pontvianne, Mgr Caspar (2), jusqualors missionnaire à Saigon, arrivait à Hué le 19 septembre 1880 et prenait la direction de la mission de la Cochinchine Septentrionale. A cette date les catholiques dAnnam jouissaient dune paix relative depuis un petit nombre dannées. Il semblait quon pouvait espérer son affermissement et sa stabilité ; on ne sattendait certes pas à ce quelle serait bientôt profondément troublée. Aussi le nouveau Pasteur crut-il le moment arrivé, pour donner un plus vigoureux essor à la propagation de lEvangile, de doter sa Mission dun grand séminaire particulier.

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    (1) Pour composer cet historique nous avons utilisé, outre les archives du séminaire, une petite notice restée manuscrite, écrite en 1930 par Mgr Chabanon, alors supérieur.
    (2) Mgr Caspar Louis, du diocèse de Strasbourg, né en 1841, venu en mission en 1865, vicaire apost. en 1880, démissionnaire en 1907, mort en 1917.


    Il y avait alors à lévêché de Kim-Long (aux portes de Hué) et dans différentes chrétientés quelques dizaines de séminaristes, la plupart anciens élèves du Collège Général de Penang, remplissant diverses charges, principalement celle de catéchistes, en attendant leur élévation aux saints Ordres. Mgr Caspar confia au zèle du P. Allys (1) (aujourdhui Mgr Allys) de réunir ceux qui étaient à Kim-Long et de leur faire quelques cours, principalement dEcriture Sainte, avec la collaboration du P. Barthélemy (2). Ce fut un embryon de séminaire. Ceci se passait dans les derniers mois de lannée 1881. Le 25 mars 1882, Mgr Caspar faisait sa première ordination et deux séminaristes recevaient la prêtrise.

    Luvre ébauchée prend alors une forme précise. Le 1er avril de cette année 1882, le P. Renauld (3) succède au P. Allys comme supérieur du séminaire et le P. Guillot (4) lui est adjoint à la place du P. Barthélemy. En même temps Mgr Caspar charge le nouveau supérieur dinstaller le grand séminaire à Thợ-Đức (au village de Trường-An), sur la rive droite du fleuve Hương-Giang, presque en face de Kim-Long, qui est sur la rive opposée. La chrétienté de Thợ-Đức est située à un kilomètre environ en amont de la citadelle de Hué, mais pas sur la même rive.

    Le P. Renauld achète un terrain sur le bord du fleuve, un peu en amont de léglise paroissiale. Un grand chemin séparait le jardin du séminaire de celui de la chrétienté. Le terrain acheté, linstallation commence et se poursuit jusquaux premiers jours de novembre. Le 4 novembre 1882 a lieu la première rentrée au séminaire de Thợ-Đức, avec 42 élèves ; la plupart revenus de Penang, avaient terminé leurs études ; quelques-uns navaient pas encore commencé leur théologie. Le terrain que lon sétait procuré pour le séminaire était bas et marécageux, composé de parcelles de niveau inégal. Pour linstallation des maisons il avait fallu faire dimportants travaux de terrassement et par conséquent remuer une grande quantité de terre et de boue. Aussi deux mois ne sétaient pas écoulés depuis louverture du nouveau séminaire que les élèves étaient atteints dune maladie contagieuse appelée béribéri. Le 4 janvier 1883 on dut les licencier. Rappelés le 17 février, ils furent repris par lépidémie, et le 24 mars on suspendit de nouveau les cours pour ne les rouvrir que le 15 mai.

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    (1) Mgr Allys Eugène Joseph, du diocèse de Rennes, né en 1852, venu en mission en 1875, vicaire apost. en 1908, démissionnaire en 1931.
    (2) P. Barthélemy Alfred, du diocèse de Paris, né en 1852, provicaire en 1908, mort en 1918 après 41 ans de mission.
    (3) P. Renauld Jean Nicolas, du diocèse de Metz, né en 1839, mort en 1898 après 30 ans de mission.
    (4) P. Guillot Pierre, du diocèse de Chambéry, né en 1853, mort en 1921 après 45 ans de mission.


    Cétait un début peu encourageant. Lannée scolaire suivante (septembre 1883 à septembre 1884) fut plus pénible encore. De graves événements politiques se produisent. Le roi Tự-Đức, dont les trente six ans de règne ne furent quune longue persécution contre la religion catholique, meurt le 19 juillet 1883. Les années qui suivent sont une période danarchie. Les successeurs de Tự-Đức : les rois Dục-Đức, Hiệp-Hoà et Kiến-Phước périssent de mort violente, le premier après trois jours de règne seulement, les deux autres après quelques mois. Les vrais maîtres sont les deux Régents Tôn thất Thuyết et Nguyễn văn Tường, hostiles à la France et ennemis du christianisme. En 1884 ils placent le jeune Hàm-Nghi sur le trône. La paix ne règne pas non plus en dehors des murs de la capitale. Profitant de ces révolutions de palais, des bandes armées parcourent le pays, assurées de limpunité. Elles sont dailleurs poussées par des mandarins irrités de lintervention de la France venue pour venger les injures faites à son drapeau. Dans le courant de décembre, les catholiques de Châu-Mới, Nước-Ngọt, Truồi et Buồng-Tằm, chrétientés assez distantes de Hué, sont massacrés. Au séminaire de Thợ-Đức, maîtres et élèves vivaient continuellement sur le qui-vive ; ils se virent bloqués à plusieurs reprises. Les études étant impossibles, on permit aux élèves de rentrer dans leurs familles et on ne garda que les volontaires.

    Vers le milieu de janvier 1884 les troubles sapaisent et le 7 février les cours recommencent. Le 29 mars Mgr Caspar peut faire une ordination dans léglise paroissiale de Thợ-Đức. Elle donne un prêtre et quatre diacres, qui seront promus au sacerdoce le 20 décembre de la même année. De février 1884 à juillet 1885 le séminaire suit une marche à peu près régulière. Le P. Renauld et son dévoué collaborateur, le P. Guillot, tout en donnant tous leurs soins à la formation morale et intellectuelle des séminaristes, ne négligent point le côté matériel. Linstallation avait été hâtive, il fallait la compléter. Tout dabord le jardin du séminaire est agrandi, grâce à lachat de terrains voisins ; puis on lassainit en creusant des fossés, en comblant des mares ; on entoure létablissement de fortes haies de bambous ; on construit de nouvelles maisons. Ce ne sont certes pas des palais que ces maisons : le toit est de chaume ; le parquet, de terre battue ; les murs, de treillis de bambous recouverts de chaux ; à dire vrai, ce sont des hangars où lon est tout juste à labri de la pluie et des rayons du soleil. A cette époque on trouvait cela suffisant ; ce quon souhaitait alors, ce nétait pas le confortable des habitations, mais la tranquillité et la paix.

    Depuis dix-huit mois le calme régnait et il semblait que ce serait désormais pour longtemps, quand un orage plus violent que jamais éclata sur lEglise dAnnam. Le 5 juillet 1885, à une heure et demie du matin, Thuyết attaque par surprise les troupes françaises dans la Concession française de Hué. Il est vaincu ; la citadelle est prise ; mais lui-même parvient à séchapper, emmenant le jeune roi Hàm-Nghi avec une suite de quelques mandarins. Cétait le plan concerté davance en cas dinsuccès, le Régent Tường restant à Hué pour négocier avec le représentant de la France. Pendant ces jours de trouble le P. Renauld passant en sampan sur le fleuve est blessé par une balle tirée par erreur par un soldat français : il a la joue traversée.

    Les séminaristes partis en vacances le 30 juin, cinq jours avant ces événements, rentrent le premier septembre. Ils étaient 42 en 1882, ils ne sont plus aujourdhui que 23. Cinq ont été, il est vrai, ordonnés prêtres dans le courant de 1884, mais cinq nouveaux sortis du petit séminaire dAn-ninh sont venus combler ce vide. Cest donc un déchet denviron 50%. Il est considérable, sans nul doute, mais on ne sen étonnera point si lon considère quavant dêtre réunis en communauté à Thợ-Đức ces jeunes gens avaient pour la plupart passé de longues années dans le monde livrés souvent à eux-mêmes et exposés aux périls de tout genre qui accompagnent les époques troublées. La vie au séminaire même, par suite des maladies et de la guerre, avait été si intermittente et si peu régulière quelle navait pu procurer aux candidats au sacerdoce cette atmosphère de paix où dans lunion à Dieu mûrissent les vocations. Et nos séminaristes nétaient pas encore à la veille de jouir de ce bienfait inappréciable du séminaire ! Rentrés à Thợ-Đức le premier septembre 1885, ils étaient licenciés le surlendemain à cause dune épidémie de choléra. Ils ne devaient revenir que dans les premiers jours de mars 1886.

    Nous arrivons en effet à la phase la plus terrible de la persécution menée depuis longtemps contre le catholicisme. Des ordres secrets dextermination générale des chrétiens avaient été donnés dès 1883 par Thuyết et Tường et avaient, comme nous lavons dit, reçu alors un commencement dexécution. Après la prise de Hué en 1885 ils sont renouvelés par une Ordonnance Royale datée du 11e jour de la 8e lune. Les lettrés du pays (Văn thân), à la tête des villages païens, incendient les chrétientés et massacrent tous les chrétiens. Dans tout lAnnam le sang coule à torrents ; dans la mission de Qui-Nhơn, vingt quatre mille victimes en quelques jours ; dans la mission de Hué, la seule province de Quảng-Trị compte huit mille chrétiens massacrés, et ce chiffre eut été beaucoup plus élevé si la résistance ne sétait organisée au petit séminaire dAn-ninh où quatre mille chrétiens des environs sétaient réfugiés : ils y soutinrent victorieusement un siège de trois semaines. A Hué, grâce à la présence dune petite troupe française, les chrétiens échappèrent au massacre.

    La paix étant revenue, le séminaire de Thợ-Đức rouvrit ses portes au commencement de mars 1886. Deux élèves, tous deux clercs tonsurés, manquaient à lappel : lun était mort du choléra, et lautre, nommé Lượng, avait été massacré par les Văn thân au Quảng-Trị. Cette année scolaire fut encore attristée par le décès, le premier avril, dun troisième clerc tonsuré et par le retour dans le monde de deux autres. Les deux années qui suivent (septembre 1886 à septembre 1888) se passent sans événements extérieurs dignes de remarque. Mais létablissement végète. Plusieurs élèves rentrent dans le monde. Le 13 avril 1887, le P. Guillot va prendre la direction dune paroisse et le P. Renauld reste seul à la tête de dix séminaristes, y compris les deux qui sont récemment revenus de Penang. Une ordination a lieu pourtant le 25 février 1888 et un séminariste y reçoit la prêtrise.


    II. Transfert à Phú-Xuân (Premières années : 1888-1898).

    Un événement important dans la vie du séminaire marque cette année 1888. Le 20 octobre le P. Renauld, nommé aumônier des troupes et curé de la paroisse de Thuận-An, quitte la direction du séminaire et létablissement lui-même est transféré à Phú-Xuân, sur la rive gauche du fleuve, à quelque six cents mètres en aval de Thợ-Đức. Cest là quil est encore aujourdhui. Mgr Caspar avait fait lacquisition dans ce quartier de plusieurs terrains, appartenant à des familles princières et contigus lun à lautre. Il y établit son évêché, la procure, la Ste Enfance et le grand séminaire. Ce dernier occupa un vaste jardin qui avait appartenu jadis à la fille aînée du roi Minh-Mạng, comme en fait foi une inscription retrouvée sur la porte dentrée (1).

    Installé à Thợ-Đức le 4 novembre 1882, le séminaire y était resté six ans. Les efforts fournis et les sacrifices consentis avaient été grands et pourtant les résultats étaient maigres : six séminaristes seulement avaient été élevés au sacerdoce et il nen restait plus quune dizaine au séminaire. Tout édifice doit surtout sa solidité à la profondeur de ses fondements : ces six années dépreuves et de difficultés de toute nature étaient sans doute voulues dans les desseins de Dieu pour asseoir le nouvel édifice sur des bases solides.

    A Phú-Xuân le séminaire fut placé sous la direction immédiate de Mgr Caspar, dont la demeure était à proximité. Sa Grandeur y donnait Elle-même lenseignement, secondée et au besoin remplacée par son secrétaire, le P. Chaiget (2). Ce ne devait être là quun intérim de courte durée : il se prolongea pourtant jusquen 1891. A cette date le P. Girard (3), supérieur du petit séminaire, est placé à la tête du grand séminaire, avec le P. Ruel (4), un ancien missionnaire de Canton, pour collaborateur. En septembre 1893 le P. Girard retourne au petit séminaire dAn-ninh (quil ne quittera plus jusquà sa mort en février 1924) et le P. Renauld reprend à Phú-Xuân la direction du grand séminaire.

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    (1) (caractères chinois) : Texte de linscription, qui se lit en sino.annamite : An Thạnh trưởng công chúa đệ, et signifie : Palais de la princesse fille aînée (nommée) An Thạnh.
    (2) P. Chaiget Auguste, du diocèse de St Claude, né en 1860, mort en 1927 après 42 ans de mission.
    (3) P. Girard Ernest Joseph, du diocèse de Luçon, né en 1851, mort en 1924, après 47 ans dapostolat dans les séminaires de la mission ; dont 45 au petit et 2 au grand séminaire.
    (4) P. Ruel Charles, du diocèse de Coutances, né en 1862, missionnaire à Canton en 1886. mort en 1923. Il avait été placé au grand séminaire quelques semaines avant larrivée du P. Girard. Ce fut dailleurs son seul poste, car son séjour en Cochinchine Septentrionale ne fut que de un an ou deux.


    Il y avait cinq ans quil avait résigné ces fonctions. Durant ce laps de temps quatre nouveaux prêtres avaient été ordonnés. En arrivant à Phú-Xuân le 15 septembre 1893 il y trouva un pusillus grex, semblable à celui quil avait laissé en quittant Thợ-Đức. Le séminaire se composait de treize élèves, dont trois dans les ordres sacrés et huit encore laïques. Lordination de deux prêtres le 24 avril 1894 réduit leffectif à onze ; mais une rentrée de neuf, le 15 septembre suivant, le porte à vingt. Le Père Supérieur qui était resté seul pendant un an, reçoit le 4 octobre 1894 un aide précieux en la personne du P. Cadière (1). Au bout dun an, le 27 septembre 1895, le P. Cadière est remplacé par le P. Chapuis (2), qui lui-même ne reste quenviron dix-huit mois. Les besoins urgents de la mission justifiaient ces changements multipliés, mais ils nen étaient pas moins fort préjudiciables aux études et à la marche régulière de la maison. Heureusement la situation va devenir désormais plus stable. Le P. Mendiboure (3) (aujourdhui dom Bernard, Sous-Prieur du monastère de Phước-Sơn) succède au P. Chapuis le 20 octobre 1897 et demeure près de vingt ans au séminaire comme professeur de dogme et décriture sainte. Le P. Renauld mourut le 11 mars 1898. Il eut la consolation de voir élever au sacerdoce pendant son second supériorat douze séminaristes.


    III. De la réforme du séminaire par le P. Izarn
    jusquà nos jours (1898-1933).

    Le successeur du P. Renauld fut le P. Izarn (4), qui, nommé le 29 avril 1898, entra en charge le 29 mai. Le nouveau supérieur, jeune encore et plein dardeur, transforme le séminaire au point de vue matériel et lui donne un vigoureux élan sous le rapport des études. En 1899, il construit une élégante chapelle et, en 1904, une modeste maison à étage destinée au logement des professeurs. Ces deux édifices existent encore aujourdhui. Le nombre des élèves ayant augmenté, les pavillons daspect misérable qui leur servaient de logement sont agrandis et restaurés, et chaque séminariste possède une cellule particulière : jusque là ils étaient tous logés en dortoir. En 1899, le P. Izarn fait transférer à Phú-Xuân le cours de philosophie, qui jusque là sétait fait au petit séminaire. La durée des études est, en conséquence, fixée à six ans (deux ans de philosophie et quatre de théologie) et le nombre des professeurs, qui navait jamais dépassé deux, est porté à trois.

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    (1) P. Cadière Léopold, du diocèse dAix-en-Provence, né en 1869, venu en mission en 1892.
    (2) P. Chapuis André, du diocèse du Puy, né en 1871, venu en mission en 1895.
    (3) P. Mendiboure Martin, du diocèse de Bayonne, né en 1874, venu en mission en 1897.
    (4) P. Izarn Alphonse, du diocèse dAgen, né en 1861, provicaire de 1904 à 1908, mort en 1919 après 33 ans de mission.


    Le premier titulaire de cette nouvelle chaire est, en septembre 1899, le P. Chabanon (aujourdhui Mgr Chabanon (1), évêque de Hué). Les études reçoivent alors une impulsion nouvelle, quelques règles de discipline subissent une opportune mise au point, le plain-chant et les cérémonies liturgiques sont mis en plus grand honneur. En un mot, le grand séminaire de Hué reçoit une organisation de tout point semblable, sauf quelques détails réclamés par le milieu, à celle des grands séminaires de France. Cest un sillon profond et durable que le P. Izarn a tracé au séminaire de Phú.Xuân.

    En même temps le P. Girard, secondé par de bons collaborateurs, donnait une vitalité nouvelle au petit séminaire. Cette réforme du grand séminaire, combinée avec lélan donné au petit séminaire, ne tarda pas à donner les plus heureux résultats : de 1881, date de la fondation du séminaire, à 1898, date de la mort du P. Renauld, donc dans lespace de seize ans, 24 prêtres avaient été ordonnés, soit trois en deux ans ; de 1898, nomination du P. Izarn, à 1932, date de la dernière ordination, donc dans lespace de 34 ans, il y a eu 104 prêtres ordonnés, soit six prêtres en deux ans : le double.

    Le P. Izarn avait trouvé onze séminaristes à son arrivée en mai 1898 ; dix nouveaux sy ajoutent, venus du petit séminaire, à la rentrée de septembre, et dix-neuf lannée suivante (septembre 1899) : cest la plus forte rentrée qui ait jamais été enregistrée. Le P. Mendiboure est placé à la tête dune paroisse de 1903 à 1906 ; le P. Lemasle (2) lui succède au séminaire ; le P. Delvaux (3) succède au P. Chabanon en 1905, et, au bout dun an, cède la place au P. Mendiboure qui reprend sa chaire de dogme et décriture sainte.

    Au mois daoût 1908, le P. Barthélemy vient occuper à la tête du séminaire la place laissée vacante par le P. Izarn. Le P. Lemasle quitte à son tour létablissement au commencement de 1911 pour prendre la direction dun district ; le P. Desportes (4), nouvellement arrivé de France,

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    (1) Mgr Chabanon Alexandre, du diocèse de Mende, né en 1873, venu en mission en 1896, provicaire en 1908, évêque-coadjuteur en 1930, vicaire apostolique en 1931.
    (2) P. Lemasle François, du diocèse de Coutances, né en 1874, venu en mission en 1898, provicaire en 1931.
    (3) P. Delvaux Adolphe, du diocèse de Luxembourg, né en 1877, venu en mission en 1902.
    (4) P. Desportes Joseph, du diocèse dAngers, né en 1887, mort en 1911, après quelques mois seulement de mission.


    fait alors un intérim de quelques mois, jusquà la nomination du P. Roux (1) en août 1911. En 1914, Mgr Allys, Vicaire Apostolique, sur lavis des Pères du séminaire, décide que les études au grand séminaire seront prolongées dune année pour permettre lenseignement des sciences physiques et naturelles. Désormais trois années seront consacrées à létude de la philosophie et des sciences, et quatre ans, comme précédemment, à létude de la théologie ; il ny a pas de changement pour les autres branches de lenseignement.

    Le P. Barthélemy étant mort en mai 1918, le P. Chabanon prend la direction de la maison le 16 août suivant. En 1920, le P. Mendiboure entre au monastère nouvellement fondé de Phước-Sơn et le P. Mỉ (2) le remplace. En septembre 1924, le P. Boillot (3) succède au P. Roux placé à la tête du petit séminaire ; il le remplaçait dailleurs déjà depuis deux ans comme intérimaire. En 1927, le P. Viry (4) succède au P. Boillot. Le P. Chabanon est élevé à lépiscopat en 1930, comme coadjuteur de Mgr Allys : il nen garde pas moins sa charge de supérieur du séminaire. Lannée suivante, Mgr Allys ayant donné sa démission et Mgr Chabanon ayant pris en main le gouvernement de la mission, le P. Roux est appelé à la direction de la maison le 23 septembre 1931, avec pour collaborateurs le P. Viry et le P. Thục (5) ; ce dernier remplace le P. Mỉ. Cette énumération un peu sèche des changements dans le personnel enseignant nous conduit à lannée scolaire en cours (mai 1933).


    IV. Statistiques et derniers travaux (1932-1933).

    Pour intéressant que ce soit de connaître les événements divers qui se sont succédés dans cet établissement, il lest certainement davantage de se rendre compte des résultats obtenus pendant le demi-siècle de son existence. Voici le nombre de prêtres ordonnés depuis sa fondation :

    1. Sous le supériorat éphémère du P. Allys, 1881-1882 2 prêtres
    2. Sous le premier supériorat du P. Renauld, 1882-1888 6
    3. Sous les supériorats de Mgr Caspar et du P. Girard, 1888-1893 4
    4. Sous le second supériorat du P. Renauld, 1893-1898 12
    5.Sous le supériorat du P. Izarn, 1898-1908 28
    6. du P. Barthélemy, 1908-1918 33
    7. du P. Chabanon, 1918-1931 35
    8. du P. Roux, depuis 1931 8
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    En tout.128 prêtres

    soit, en moyenne, cinq prêtres tous les deux ans. Mais nous avons dit plus haut que, pour les seize premières années prises à part, la moyenne était seulement de trois prêtres tous les deux ans, tandis que, pour les trente quatre dernières années, elle était montée à six prêtres tous les deux ans.

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    (1) P. Roux Jean-Baptiste, du diocèse dAix-en-Provence, né en 1875, venu en mission en 1898.
    (2) P. Đỗ khắc Mỉ Mathieu, né en 1879, ordonné prêtre en 1906.
    (3) P. Boillot Ernest, du diocèse de Besançon, né en 1877, venu en mission en 1900.
    (4) P. Viry Jean, du diocèse de Langres, né en 1902, venu en mission en 1926.
    (5) P. Ngô đình Thục Pierre, né en 1897, ordonné prêtre en 1925.


    Une autre statistique qui a son intérêt, elle aussi, cest celle de la proportion entre le chiffre des élèves entrés au grand séminaire et celui de ceux qui sont parvenus au sacerdoce. Malheureusement, pour les premières années, les documents sont trop incomplets pour que nous puissions faire ce calcul. Nous ne pouvons le faire que pour les trente dernières années, la période qui sétend de 1894 à 1925 : cette dernière date est celle de la rentrée au grand séminaire des séminaristes ordonnés prêtres dernièrement. Cest justement lépoque qui subit la salutaire influence du P. Izarn. De 1894 à 1925, il y a 150 élèves entrés au grand séminaire. Sur ce nombre, 104 ont été élevés au sacerdoce, 7 sont morts étant encore au séminaire et 39 sont rentrés dans le monde. Ces derniers occupent pour la plupart ou ont occupé, (car une douzaine sont morts) des situations honorables, soit dans le commerce et lindustrie, soit dans les administrations publiques (Services Civils, Mandarinat, Postes, Douanes, etc. ). Tous sont restés bons chrétiens, quelques-uns rendent à la religion des services très appréciés : ils font tous honneur au séminaire où ils ont fait leur éducation.

    Vingt et un séminaristes, entrés dans le courant de ces six dernières années, poursuivent le cours de leur formation cléricale ; parmi eux, trois sont dans les ordres sacrés ; à lordination du mois de juin prochain, deux autres recevront le sous-diaconat. Depuis une dizaine dannées, quatre séminaristes ont été envoyés à Rome, y compléter leurs études au Collège de la Propagande : deux en sont revenus, après leur ordination sacerdotale, ayant conquis divers diplômes ès-sciences ecclésiastiques ; les deux autres sont encore à Rome.

    Pour la conduite intérieure du séminaire (les études et le règlement), les deux derniers supérieurs nont guère eu quà maintenir ce que leurs prédécesseurs, spécialement le P. Izarn, avaient sagement établi. Mais les divers bâtiments, dus à lactivité et au talent du P. Izarn, avaient gravement souffert, la chapelle surtout, des injures du temps, particulièrement sensibles, on le sait, dans ce pays-ci. Le P. Chabanon avait dû faire, il y a une dizaine dannées, des réparations importantes et bâtir plusieurs nouveaux pavillons. Cétait pourtant insuffisant : dautres constructions simposaient, des aménagements étaient nécessaires, des réparations sérieuses étaient urgentes. Faute de ressources, la mission ajournait toujours ces travaux. Ils ont pu enfin être exécutés en cette année 1933, grâce aux secours fournis par luvre Pontificale de St Pierre Apôtre, grâce en particulier à la générosité du diocèse de Fribourg en Suisse. Les réparations et la restauration ont pris une telle ampleur que la maison en a été toute transformée : on dirait presque un nouveau séminaire. Les bâtiments sont solides, de bon goût et aménagés dune façon qui en rend lusage commode et agréable, sans que létablissement ait perdu pour cela, le cachet de simplicité qui lui convient.

    Conformément au désir des bienfaiteurs, après sa restauration, le grand séminaire de Hué a été placé sous le patronage de saint Pierre Canisius. La protection et les exemples du grand apôtre de la Germanie et de la Suisse laideront à rester toujours une pépinière de plus en plus florissante de lévites vertueux et instruits, de saints prêtres et dapôtres inlassables au service de Dieu et des âmes.

    J. B. Roux,
    Miss. de Hué.



    1933/575-586
    575-586
    Roux
    Vietnam
    1933
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