Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Histoire de la mission du Cambodge 2 (Suite)

Histoire de la mission du cambodge 1552-1852. (Suite) Franciscains Portugais de Malacca.
Add this
    Histoire de la mission du cambodge
    1552-1852. (Suite)
    ____

    Franciscains Portugais de Malacca.

    Les Pères Franciscains de Malacca eurent aussi une part dans lévangélisation du Cambodge en la seconde moitié du XVIe siècle et surtout au commencement du XVIIe. Ils, paraissent avoir été très appréciés à la cour des rois du Cambodge et avoir eu quelques succès dans leur ministère, si lon en juge par les quatre lettres royales envoyées au Père Gardien du couvent de Malacca. La dernière est datée de 1612. Or la première, qui lui est nécessairement antérieure, suppose des relations de longue date entre la cour et les Religieux Franciscains. On peut donc croire que les Pères Dominicains de Malacca et les Pères Franciscains de la même ville prêchèrent au Cambodge à peu près à la même époque. Dans une des lettres que nous allons rapporter, le roi dit même que les Religieux Franciscains furent les premiers qui vinrent prêcher la religion en son royaume.

    Voici ces quatre lettres qui, mieux que nimporte quel récit, nous parleront de lapostolat des Franciscains portugais de Malacca au Cambodge.


    Première lettre de Nacqui Prauncar, roi du Cambodge, au R. P. Gardien des Franciscains de Malacca (1) :

    Reconnaissant des nombreux, et bons services quont reçus des Portugais les Seigneurs rois mes prédécesseurs, et que jespère recevoir dans le présent, afin quon ne puisse pas dire que loubli de cette dette est entré dans mon esprit, jai envoyé, aussitôt que jai accepté la couronne royale, cette ambassade, à une époque où les grandes guerres auraient pu y mettre obstacle, et où javais bien besoin des personnes qui la composent. A présent je demande à cet Ordre et cette maison, dentrer en relation avec moi et de prendre le soin de recommander à Dieu les choses de ce royaume, de même quil le faisait au temps du roi mon père et seigneur, et quil menvoie des Religieux, car ceux de cet Ordre ont été les premiers qui sont venus enseigner leur doctrine en mon royaume, et, lorsque jétais enfant, jai communiqué avec eux et jai toujours eu pour eux beaucoup daffection. Donc cette chrétienté est la leur de plein droit, et, puisque mes ancêtres ont joui de ce bien, je veux en profiter avec dautant plus de raison que je dois à ces Religieux ce que je suis, et, si jai un grand intérêt à les demander, ils ont lobligation de venir et de porter leur attention sur mes affaires. Je leur promets de construire des temples dorés et de leur donner mes deniers pour tout ce quils voudront. Je demande quils ne manquent pas de venir pour la consolation des chrétiens qui sont ici et qui mont demandé avec grand empressement de les faire appeler, puisque jai été si peu heureux que celui qui venait a été tué par les Jaos (Javanais), ce que jai beaucoup regretté, dautant plus que je nai pas pu en demander satisfaction ; mais je promets de venger cette offense aussitôt que le royaume sera tranquille et que les guerres seront terminées. Je suis désolé de ce fait et je demande à cette maison et à cet Ordre dintercéder pour que mes richesses qui sont à Malacca me soient renvoyées.

    __________________________________________________________________________
    (1) Le nom de Prauncar et celui de Sumadey, signataire de la 4e lettre qui suit, se trouvent dans les mémoires Portugais et Hollandais de lépoque. Aujourdhui on donne à ces deux princes les noms de Ponha Tan et de Ponha An.


    Seconde Provision du même roi aux RR. PP. Franciscains pour leur permettre de résider dans son royaume :

    Moi, Prauncar, roi du Cambodge, jaccorde aux Religieux de lOrdre de St François, de la Province de Malacca, pouvoir, liberté et autorité, parce que, dès mon enfance, jai acquis amour et affection pour les murs de leur religion, et pour cette raison, poussés par nos prières, ils sont venus de Malacca dans notre royaume, évangéliser les chrétiens qui y vivent, et pour prêcher et enseigner leur sainte loi à ceux qui voudront laccueillir de bonne volonté ; et, afin que, de ma part, la faveur nécessaire ne leur fasse pas défaut, à cet effet jai ordonné de leur délivrer la présente après lavoir fait apprécier et approuver par mon conseil et sceller de mon sceau royal :

    Jaccorde aux Religieux de St François pleins pouvoirs pour que dorénavant ils puissent baptiser toute personne du Cambodge, du Java, du Champa et autres de quelque nation, condition et état quelles soient dans mes royaumes, sans perdre pour cela dignité de personne ou charge doffices quelles tiennent, de manière quelles restent dans les mêmes conditions où elles se trouvaient quand elles étaient païennes.

    Item, jaccorde aux dits Pères entière juridiction sur les chrétiens, aussi bien sur ceux qui le sont déjà que sur ceux qui le deviendront par la suite, encore même quils soient mes esclaves ou des gens de ma maison royale, pour quils puissent être forcés par des châtiments et des peines à garder leurs lois, en toute partie de mon royaume où ils se trouveraient.

    Item, je mande que pour tout esclave qui voudrait se faire chrétien, son maître ne puisse pas len empêcher, et, sil lempêchait, on pourrait len retirer par justice, en lui payant le prix fixé par le prêtre et un mandarin, et, si le maître permet que lesclave devenu chrétien reste à son service, il sera forcé de lui donner toute liberté pour remplir toutes les obligations de chrétien et aller à léglise les jours de fête.

    Item, je promets de faire construire, aux dits prêtres, des églises dorées, sitôt que les guerres le permettront.

    Item, jordonne à tous mes parents et princes de mon royaume et conseil, quils estiment et vénèrent les dits prêtres de St François, avec le même respect quils le font pour nos sam casaches (Sang creach).

    Item, je promets de donner aux dits prêtres toutes les fournitures de riz, sel, chandelles et gens de service.

    Item, jaccorde la sûreté aux délinquants de mon royaume, du moment où ils se réfugieront dans les églises des dits prêtres, et les exécuteurs de ma justice ne pourront les en retirer.

    Tout ce qui est contenu ci-dessus, je laccorde aux prêtres de St François de Malacca, et je veux que cela soit valable pour toujours. En foi de quoi nous avons ordonné que la présente fut scellée de notre sceau royal.

    Donné à Siristrol... etc.. (Siristrol est le nom européanisé de Srey-Santhor, où habitait le roi à cette époque. Cest le nom dune province située au-dessus de Loveâ-Êm).


    3ème Lettre du même roi au P. Gardien du Couvent de Malacca :

    Par mes ambassadeurs jai reçu réponse à une lettre que javais écrite à cet Ordre ; jai reçu également une autre réponse, accompagnant le présent fait par les Religieux, et toutes les deux étaient remplies de nombreuses marques damour et de bonne volonté que cet Ordre témoigne à mon égard : ce qui mengage à lui donner, pour ma part, toute la faveur nécessaire à la chrétienté de ces royaumes, ainsi que je lai accordée par ma lettre royale à cet Ordre, avec toutes les conditions que le P. Antoine ma demandées. Si de nouvelles faveurs étaient nécessaires, je les accorderais de bonne grâce, et, si je ne les ai pas mises en uvre de suite, ce na pas été par ma faute, mais par le fait des guerres qui me lont défendu. Mais, tout étant tranquille et pacifié, je donnerai accomplissement à ma parole royale.

    Jenvoie cette ambassade au vice-roi. Tout est recommandé à votre sagesse : sil vous semble bon que mes ambassadeurs passent, ils le feront, et, si votre avis est quils attendent en cette ville la réponse, ils agiront de la sorte, en envoyant en tous cas les lettres à Goa. Ce que je demande en cette affaire, cest que le vice-roi maccorde ce quil a accordé à dautres rois de cet archipel, qui ne mégalent pas dans la volonté de servir cette ville ou état. Que votre Révérence maide de ses lettres, et, puisque tous les serviteurs de Dieu qui mappartiennent ont été convertis par les vassaux du roi de Portugal, il est juste quil me fasse son frère. Que Dieu vous garde. Donné à Siristrol.


    4ème Lettre du roi Nacqui ( ?) Sumadey ( ? ) Perao Rach Youcar (?) au P. Gardien du Couvent de Malacca :

    Le P. Custode de St François, de la ville de Malacca, ma envoyé une lettre par le P. Jacome de Canceiçao, dans laquelle il disait que le même Père resterait avec moi, dans mon royaume, pour que je le reçoive de la même manière que mon frère recevait tous ceux qui se trouvaient auprès de lui, ce qui ma beaucoup réjoui, et jai toujours traité les Pères de St François avec le même amour que mon frère leur témoignait. A présent je remercie beaucoup votre Révérence de mavoir envoyé le P. Jacome de Canceiçao, parce quil est très tranquille et très ami de la paix, et il a apaisé beaucoup de désordres entre les Portugais et les Japonais. Depuis quil est arrivé, il a baptisé 40 personnes, ce dont je suis très satisfait, et je lui donne la permission de baptiser tous ceux quil pourra par tout mon royaume.

    Donné dans ma cour le 20 octobre 1612. Il sera donné au P. Custode un cierge de cire et deux dents divoire pour le bénéfice de son Couvent.

    Les Japonais, dont il est parlé dans cette dernière lettre sont des chrétiens qui sétaient exilés vers lannée 1600, pour échapper à la persécution qui sévissait fort durement en leur pays. Ils se dispersèrent en trois groupes, un en Cochinchine, un autre au Cambodge et un troisième au Siam. Celui du Cambodge paraît sêtre établi dans les environs de la Résidence royale ; on en peut trouver encore quelques traces. Voici ce que, en 1852, le P. Bouillevaux dit à leur sujet : A lépoque de la persécution du Japon, beaucoup de fidèles, fuyant cette contrée malheureuse, vinrent se fixer dans les royaumes voisins. Les exilés se dirigèrent en partie vers le Cambodge ; le nom de Rivière Japonaise, donné à lun des bras du Mékong, confirme ce fait. Des Cambodgiens chrétiens, habitant Pinhalu, mont fait remarquer, dans un village voisin, des familles quils disaient descendre des Japonais. Ces familles avaient apostasié depuis longtemps.

    Le groupe de Cochinchine sétablit à Faifo, qui était alors le centre du trafic et des relations avec les étrangers venus pour faire le commerce en Cochinchine. Cette ville était située un peu au-dessus de Tourane. Ce fut de ce groupe de chrétiens Japonais fugitifs que les Annamites reçurent les premières semences du Christianisme.

    Dominicains Espagnols de Manille.
    (Couvent du St Rosaire)

    A la fin du XVIe siècle se présentèrent également sur les côtes du Cambodge dautres ouvriers, qui depuis lont quitté, mais travaillent encore à côté dans quatre Missions du Tonkin : ce sont les Pères Dominicains Espagnols de la Province du St Rosaire de Manille. Les premiers qui parurent au Cambodge furent Diego Advarte et Alonzo Ximenès, vers lan 1580. Ils cherchaient sans doute à pénétrer en Cochinchine, puisque quelques années plus tard on trouve le Père Diego Advarte dans ce pays, et quil est regardé par les historiens comme le premier missionnaire qui y ait prêché lEvangile. Tous deux jouirent de la faveur royale sous le roi Prea Sotha (Apramlangara). Lhistoire nous a conservé une lettre quécrivit plus tard le fils de ce roi, devenu roi lui-même sous le nom déjà connu de Prea Huncar, lauteur des trois premières lettres précédentes. Elle est adressée au P. Al. Ximenès.

    Cest avec affection et bienveillance que je técris cette lettre, moi Prea Huncar, roi du Cambodge, pays fertile dont je suis le seul seigneur. Jai une grande affection pour toi, Père Alonzo Ximenès, parce que jai appris du capitaine Blaz Castella et du capitaine Diego Portugal, que tu as fait tous tes efforts auprès du Gouverneur de Luçon, pour quil envoie une flotte dans ce pays, que tu las accompagnée et que tu y étais quand les Espagnols tuèrent Néaparam Prea bântul, ce qui ma replacé sur le trône, car ces deux capitaines vinrent me chercher au Laos. En arrivant jenvoyai en ambassade en Cochinchine un Espagnol et un Lao, mais il furent pris par le roi du Champa. Je les avais chargés de tinviter à venir me trouver. Jai été fort affligé de toutes les fatigues que tu as éprouvées à cause de moi. Mais, ayant appris que tu es actuellement à Luçon, je tinvite à venir te reposer dans mon royaume, au milieu des Espagnols qui y sont déjà, et damener avec toi Diego Advarte. Je vous donnerai des gens pour vous servir et je vous ferai construire des églises et des maisons. Je permettrai à tous les Cambodgiens, qui le voudront, de se faire chrétiens et je les protégerai comme mon père la toujours fait. Mes sujets mont raconté que les Espagnols qui ont tué Néaparam étaient très vaillants ; cest pourquoi je les aime beaucoup et je nai pas permis aux deux chefs Beloso et Ruiz de sortir de mon royaume, parce que je veux quils maident à le gouverner. Jai donné au capitaine (chaufai) Diego Portugal la province de Bapuno (Baphnum) et au Capitaine (chaufai) Blaz Castella celle de Trang (Soc trang), pour les récompenser de leurs services, et je veux quils en jouissent à leur volonté, comme dune chose qui leur appartient.

    Dautres missionnaires du même Ordre suivirent de près ces deux ouvriers. Ce furent les Pères Jean de Maldonat et Pierre de la Bastide, vers 1588. Mais le trône du Cambodge avait changé de maître ; ce nétait plus le père de Prea Huncar qui régnait, et Prea Huncar lui-même était pour le moment écarté du trône de ses ancêtres. Les Siamois vainqueurs avaient tué le premier, exilé le second et emmené avec eux à Siam les deux Pères Dominicains Portugais Georges de la Motte et Louis de Fonseca, comme on la vu plus haut. Un usurpateur, cousin de Prauncar, régnait au Cambodge, quand y arrivèrent Jean Maldonat et Pierre de la Bastide. Ce roi usurpateur, soudoyé par les bonzes, reçut fort mal les deux prédicateurs de lEvangile et les força à se rembarquer tout de suite.

    Ils allaient quitter le port, quand une bande dinfidèles conduits par un bonze fondit sur eux. Percé de coups de lance, le P. de la Bastide mourut sur place et fut le premier Dominicain Espagnol dont le sang rougit cette terre dIndo-Chine. Le P. Maldonat reçut une balle et se sauva comme il put à la nage. On le transporta à Siam, où il allait retrouver la couronne du martyre. Frappé une seconde fois par les païens, il mourut joyeusement dans les bras du Père de la Motte, Dominicain Portugais. Voici la lettre touchante que le confesseur de la foi, avant dexpirer, envoyait à ses frères de Manille, en leur faisant connaître les débuts sanglants de son apostolat : La vie quon mène dans la province est si sainte et Dieu est si bien servi quil faut, mes bien chers frères, tout sacrifier pour la conserver dans lobéissance régulière et dans la pratique des usages qui y sont établis. Le Seigneur me donne la douce certitude que, si nous sommes fidèles, il nous fera mille faveurs. Les armes de Saül ne conviennent pas à toutes sortes de personnes, ni la prédication de IEvangile en ces contrées, à ceux qui ne sont pas de grands saints. Je meurs content en face de la Cochinchine.

    Ce dernier mot du P. Maldonat : Je meurs content en face de la Cochinchine, semble dire que lui et ses compagnons étaient envoyés à destination de la Cochinchine, et non du Cambodge, comme, du reste, leurs deux prédécesseurs, les Frères Prêcheurs de Manille.

    Après ce début sanglant, la persécution sapaisa. Vingt ans plus tard, à lépoque où régnait lun des deux rois, dont nous avons lu les lettres pleines daffection et de bon vouloir à légard des Pères Franciscains de Malacca et pour le P. Ximenès de Manille, trois autres Dominicains de Manille, les Pères Alphonse de Ste Catherine, Ignace de Ste Marie et Jérôme de Bethléem, entrèrent à leur tour dans le royaume du Cambodge pour continuer luvre commencée par leurs prédécesseurs. Sans doute, grâce à la proximité de Manille, dautres Frères Prêcheurs vinrent en grand nombre partager leurs travaux. Lhistoire de la province du St Rosaire, dit le Père Louvet, laffirme positivement, et son témoignage ne saurait être mis en suspicion, mais, faute de renseignements, elle se tait sur leurs travaux. La chose est bien regrettable, car ce dut être lépoque la plus prospère pour la religion, si prospérité il y a jamais eu au Cambodge.

    Dautres Religieux, dOrdres différents, entre autres les Pères Jésuites, vinrent au Cambodge dans la première moitié du XVIIe siècle. On cite le P. Balthasar Caldeira, expulsé de Cochinchine en 1646, qui se retira au Cambodge. Quoique les renseignements manquent pour cette époque, il est certain que la lumière évangélique y brilla sans interruption. Le P. Chevreuil laffirme positivement plus loin.

    Pour lintelligence de ce qui précède, il nest pas inutile de donner ici quelques rapides renseignements sur les rois cambodgiens qui régnaient dans ces premiers temps de lévangélisation au Cambodge.

    Ce fut sous le roi Ang Chan, qui régnait de 1505 à 1555, que pénétra au Cambodge le premier missionnaire, le P. Gaspard de la Croix. Ce prince fixa sa résidence à Lovek, et cest auprès de cette résidence royale que, jusquà nos jours, ceux qui nous ont précédés dans lapostolat devront confiner tout leur zèle. Barôm Racha, son fils et successeur, régna de 1555 à 1567. Le fils de ce dernier, Prea Sotha 1er , régna de 1567 à 1587.

    Ces trois princes furent favorables aux premiers missionnaires, qui vinrent au Cambodge y porter la bonne nouvelle. Le dernier surtout, Prea Sotha, connu des Européens sous le nom dApranlangara, père des deux signataires des lettres précédentes, paraît avoir eu une particulière affection pour les missionnaires Franciscains de Malacca. Malheureusement la fin de son règne fut attristée par des revers, qui eurent un fâcheux contre-coup sur les missionnaires et leurs chrétiens. Vers lan 1587, le roi de Siam, irrité des défaites quil avait subies sous les deux règnes précédents, vint assiéger Lovek, que défendait une enceinte impénétrable de bambous. La légende raconte que les Siamois, ne réussissant pas à pénétrer, imaginèrent de lancer des pièces dargent dans les bambous, puis se retirèrent. Les Cambodgiens, pour sen emparer, ne manquèrent pas de faire place nette en brûlant les bambous. Les Siamois revinrent aussitôt et semparèrent de la citadelle. Les Annales Siamoises disent que leur roi avait fait serment de se laver les pieds dans le sang du roi Khmêr et quil le fit réellement. Mais les Annales Cambodgiennes disent seulement que le roi se retira à Siristrol (Prey-Santhor), puis au Laos avec ses deux enfants Ponha Tan et Ponha An. Ce fut pendant cette guerre que les Pères Georges de la Motte et Louis Fonseca, dominicains de Malacca, missionnaires au Cambodge, furent faits prisonniers et emmenés à Siam avec le frère du roi et une partie de leurs chrétiens. Cette victoire des Siamois, qui ruina la puissance Khmêr, est fixée dune façon très précise par nos historiens modernes à lan 1587.

    Une des causes de ce désastre fut la révolte dun parent du roi Prea Sotha, lequel sempara du royaume et le gouverna jusquen lannée 1595 sous le nom de Rama (Chung Prey). Il fut assassiné, dautres disent tué dans une bataille, par deux Espagnols Blaz-Ruiz de Castilla et Diego Beloso, qui soutenaient le parti du roi détrôné. Ce fut par ce roi usurpateur que furent bannis les Pères de la Bastide et Maldonat, Dominicains Espagnols de Manille, missionnaires au Cambodge, comme on la vu plus haut.

    Le fils du roi détrôné, dont le sang, daprès la Chronique siamoise, servit à laver les pieds du roi de Siam, fut choisi par les vainqueurs pour régner sous le nom de Ponha Tan. Nous avons vu que les anciennes chroniques lui donnent le nom de Prauncar. Cest lauteur des trois premières lettres citées ci-dessus et écrites de Siristrol au Père Gardien du couvent de Malacca et dune autre lettre écrite au P. Alonzo Ximenès. Il était tout dévoué aux Européens et aux missionnaires, auxquels il devait la couronne. Malheureusement il fut assassiné après quelques années de règne par un Cham et un Malais.

    Ce roi fut remplacé par son frère le prince Ponha An. La première préoccupation de ce prince fut de venger son frère. Il fit une expédition heureuse contre les Chams et les Malais, dont il obtint la soumission. Il est lauteur de la 4ème lettre, adressée au Père Gardien du Couvent de Malacca, sous le nom de Nacqui Sumadey.

    Là se termine la première période de lévangélisation au Cambodge, la période des Religieux missionnaires soumis à la juridiction de larchevêque de Goa, et à ce quon appelle lexequatur du roi de Portugal, qui avait alors le droit de protectorat sur toutes les Missions de lExtrême-Orient. Cette période est de plus de 100 ans. Quels furent les résultats de lapostolat au Cambodge pendant ces cent années ? Cest la question que se pose le missionnaire qui écrit lhistoire, et aussi, sans doute, celui qui la lit. Un texte de M. Chevreuil, dans le chapitre suivant, amènera naturellement sous notre plume la réponse à cette question ; nous ne faisons donc que lajourner.


    oOo


    VICAIRES APOSTOLIQUES DU CAMBODGE.
    ____

    Monseigneur de Lamothe-Lambert
    Premier Vicaire Apostolique de Cochinchine, Siam et Cambodge.
    1660 à 1629.

    Le Pape, en donnant au roi de Portugal le proctectorat des Missions en Extrême-Orient, ne le lui avait donné quà la condition daccepter la charge de pourvoir aux besoins spirituels des âmes en ces contrées. Le Portugal fut fidèle à sa mission pendant quelque temps, puis vint le relâchement, dont le Cambodge souffrit, sans doute, comme tous les autres pays soumis au protectorat du Portugal. Du reste, le roi de Portugal nétait déjà plus seul le maître dans les Indes ; des compagnies anglaises et hollandaises lui avaient enlevé une partie de ses conquêtes. Dautre part, le clergé de Goa était déjà bien déchu de sa première ferveur, et, quand même le roi eût tenu à cur de rester à hauteur de sa mission, il naurait plus pu trouver parmi ses sujets des ouvriers suffisamment nombreux et zélés pour parfaire cette besogne.

    Telle fut la raison de la création des Vicaires Apostoliques et même du Séminaire des Missions-Étrangères. Envoyés directement par le Pape, les Vicaires Apostoliques échappaient par là-même aux prétentions du Portugal. Du moins tout prétexte de réclamations était enlevé, car on ne pouvait défendre au Pape lui-même ou à ses délégués daller prêcher lEvangile où le besoin sen faisait sentir. Mais on sait que le Portugal ne lentendait pas ainsi et combien nos premiers Vicaires Apostoliques et nos premiers missionnaires eurent à souffrir des prétentions du roi très fidèle et même du clergé de Goa qui, nayant pas le courage de disputer à lidolâtrie les âmes qui lui étaient confiées, préférait les voir périr plutôt que de les voir sauver par dautres que par des Portugais.

    Dans la nouvelle division qui partageait toutes les Indes Orientales (Extrême-Orient) en trois vicariats apostoliques, le Cambodge, qui fit partie de la Cochinchine jusquen 1852, échut à Mgr de Lamothe-Lambert, évêque de Béryte.

    Ce prélat, qui appartenait au diocèse de Lisieux, partit de France en 1660 et arriva dans sa Mission en 1662. Cétait lannée où linvasion des Annamites dans les six provinces de la Basse-Cochinchine, autrefois Bas-Cambodge, venait doccasionner une guerre entre le roi de Cochinchine, Hien-Vuong, et le roi du Cambodge, Neac Ang Chan. Le roi du Cambodge vaincu resta maître, il est vrai, de la Basse-Cochinchine actuelle, mais il se reconnaissait vassal du roi vainqueur et sengageait à ne point molester les Annamites, qui voudraient sinstaller dans ses Etats. Cent ans plus tard, le pays avait été tellement envahi par les Annamites que le roi du Cambodge ne pouvait plus même raisonnablement faire valoir son droit de propriété. Cest ainsi que les Annamites, qui, daprès les historiens chinois, habitèrent primitivement les montagnes du Sud de la Chine, envahirent dabord le Tonkin, puis le Champa, puis le Bas Cambodge, et quils menacent maintenant dabsorber le royaume tout entier.

    M. Chevreuil au camp Portugais du Cambodge. Cette guerre, qui allait changer la frontière du Cambodge au profit des Annamites, nétait pas encore terminée, quand se présenta, pour franchir cette frontière, le premier missionnaire de notre Société qui ait évangélisé les Cambodgiens. Ce missionnaire était M. Chevreuil. Il appartenait au diocèse de Rennes et était parti un an après son Vicaire Apostolique, Mgr de Lamothe-Lambert. Son évêque ne lavait pas envoyé prêcher au Cambodge, mais ce fut la Providence qui lui donna cette destination, et voici comment. M. Chevreuil, après un voyage en Cochinchine, avait été obligé de retourner à Siam auprès de Mgr de Lamothe-Lambert. Il repartit presque aussitôt, accompagné de M. Haingues. Tous deux sembarquèrent au mois daoût 1665, mais en arrivant à Baria, à la frontière des royaumes du Cambodge et du Champa, M. Chevreuil tomba dangereusement malade. Ne voulant pas retarder lentrée de M. Haingues en Cochinchine, il exigea que son confrère labandonnât à la grâce de Dieu. Dieu, en effet veillait sur son missionnaire. Une famille chrétienne, devinant dans cet étranger abandonné sur la côte déserte un maître en religion, le mit dans son bateau et le soigna avec une charité toute filiale. Au bout de quelques mois le Père était à peu près guéri. La Providence le conduisit alors, on ne sait trop comment, à travers un pays couvert de forêts impénétrables et infestées de tigres et déléphants ; il arriva en un endroit du Cambodge quon désignait sous le nom de Camp Portugais, et où se trouvaient, groupés avec des Portugais, Annamites, Chinois, Indiens et Malais. Au milieu deux, dit la chronique, il y avait une église nouvellement bâtie, mais fort propre, qui pouvait contenir facilement 300 chrétiens. A leur tête étaient deux prêtres Portugais, dont lun, nommé Da Costa, était lancien vicaire général de Macassar, aux îles Célèbes. Chassés de leur pays par les calvinistes Hollandais, ils sétaient réfugiés au Cambodge avec quelques-unes de leurs ouailles. Comme ils désiraient depuis longtemps se retirer à Goa à cause de leurs infirmités, ils accueillirent très bien le missionnaire et lui offrirent de se charger de leurs fidèles ; ce que celui-ci accepta, à la condition quil tiendrait ses pouvoirs de Mgr de Lamothe-Lambert, son Vicaire apostolique, et non de larchevêque de Goa.

    Mais bientôt la guerre sétant allumée entre le roi du Cambodge et le roi de Cochinchine qui cherchait à agrandir ses Etats aux dépens de son voisin, les Annamites, réfugiés dans le Camp Portugais, furent massacrés et le reste fut dispersé.

    (A suivre)

    J. PIANET
    Miss. Apost. du Cambodge.

    1928/656-668
    656-668
    Pianet
    Cambodge
    1928
    Aucune image