Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Histoire de la mission du Cambodge 1

Histoire de la mission du Cambodge 1552 - 1852 ORIGINES DE LA MISSION DU CAMBODGE
Add this

    Histoire de la mission du Cambodge
    1552 - 1852
    _____

    ORIGINES DE LA MISSION DU CAMBODGE

    Pendant les quinze premiers siècles du christianisme, les prédicateurs de lEvangile ne savancèrent guère en Orient, au delà de la frontière des Indes. Cependant lapôtre St Thomas avait franchi cette frontière. A plusieurs reprises encore, des missionnaires pénétrèrent jusquau centre de la Chine. Il y eut un évêque à Pékin et des suffragants, mais rien de solide ne put être fondé, car les relations, par la mer des Indes et les mers de Chine étaient inconnus du monde civilisé, et tous ceux qui jusquà cette époque (1500) avaient pénétré dans lExtrême-Orient avaient dû le faire par la voie de terre. On comprend dès lors devant quelles insurmontables difficultés venait se heurter le zèle des missionnaires.

    Or, à lépoque où le Gênois Christophe Colomb découvrait lAmérique au profit de lEspagne (1492), le Portugal cherchait, à son tour, à sintroduire en Extrême-Orient par voie de mer. Vasco de Gama fut le premier qui osa diriger ses vaisseaux autour de lAfrique. Il ne craignit pas de doubler le Cap de Bonne Espérance, autrefois si redouté des navigateurs, et pénétra dans la mer des Indes (1498), où il fonda quelques comptoirs. Albuquerque continua son uvre, fit de Goa la capitale des établissements portugais dans les Indes, et, à sa mort en 1515, le Portugal avait en outre de vastes établissements à Malacca, à Macao, aux Moluques et au Japon.

    A la suite de ces grands navigateurs, tous plus ou moins inconscients de luvre divine quils accomplissaient, les apôtres de lEvangile qui ambitionnaient des conquêtes dun autre genre accoururent, la croix à la main. A la nouvelle des récentes découvertes de lEspagne et du Portugal, le pape Alexandre VI, traçant une ligne fictive dun pôle à lautre, à 200 lieues environ de la côte Ouest-africaine, attribua à lEspagne tous les pays découverts ou à découvrir situés à lOuest de cette ligne, et donna au roi de Portugal toutes les contrées de lEst. La partie attribuée à lEspagne fut appelée Indes Occidentales, et la partie attribuée au Portugal fut appelée Indes Orientales, par suite dune erreur de Christophe Colomb qui regardait lAmérique comme la prolongation des Indes. La tâche dévangéliser les Indes Orientales et par conséquent le Cambodge était donc dévolue aux missionnaires du Portugal.

    Le royaume du Cambodge. Le royaume du Cambodge est appelé dans les anciens manuscrits Kampuchea ou Kampoxa. De là le nom de Cambodia des Portugais et Cambodge des Français. Quant au mot Cao men des Annamites, il vient probablement du mot Komar ou Kamen employé autrefois par les Chinois. Les Siamois appellent encore les Cambodgiens Kamen. On trouve ce mot dans une pièce écrite dun certain Massondi, chef arabe qui eut des relations avec le Cambodge en 1020.

    Les aborigènes du Cambodge furent les Sauvages Xong, Samre, Kuy, Stieng et dautres, qui devaient être la tribu la plus importante, appelés Khmer dom, cest-à-dire Cambodgiens primitifs.

    Tel est, sur cette matière, le résumé des plus récentes découvertes de lécole dOrient. Les tribus, que nous appelons aborigènes, seraient elles-mêmes des peuplades émigrées de lInde. Leur langue et leurs traditions en portent, dit-on, lempreinte.

    Plus tard, vers le début de lère chrétienne, un second courant dimmigration amena en Indo-Chine une colonie dorigine malaise, de civilisation indoue et de religion brahmanique. Ils se fixèrent particulièrement dans la partie de lIndo-Chine appelée Champa et embrassèrent plus tard lislamisme. Dautres, en moins grand nombre, se fixèrent dans le delta du Mékong, qui sappelait alors Founan, et parvinrent à un grand degré de puissance, qui dura jusquà la fin du IVe siècle.

    A cette époque, une troisième immigration, venue directement de LInde, vint imposer dans le Fou-nan ou vallée du Mékong la civilisation de sa patrie dorigine, le brahmanisme civaïque et lalphabet qui y était en usage. Sa puissance sur les nombreux petits royaumes vassaux qui composaient le Fou-nan dura jusquau milieu du Vè siècle.

    Cest alors que parmi ces peuples vassaux, un plus belliqueux que les autres, nommé Kamvujas, ancienne forme de Campuchea, parvint à se rendre indépendant, puis à imposer sa domination à tous les petits Etats qui vivaient sous la suprématie indienne du Founan. De là date le royaume du Cambodge avec sa longue série de rois, quon est parvenu à reconstituer presque entièrement depuis son origine, fin du Ve siècle, jusquà nos jours, à laide des inscriptions des Annales.

    Religion. Quant à la religion des Khmers, elle fut primitivement, comme elle lest parmi les peuplades sauvages du Cambodge, le culte dêtres invisibles, génies, démons, mânes, fantômes, revenants. Du reste, ce culte vague est encore aujourdhui au Cambodge la principale religion du peuple.

    A la suite des diverses immigrations de lInde, le brahmanisme et le bouddhisme rédigé en sanscrit, ou bouddhisme du Nord, sintroduisirent simultanément avec toutes leurs écoles et leurs règles et eurent tour à tour la faveur, suivant le caprice des princes. Mais au XIVè siècle, quand les Cambodgiens absorbés par leurs luttes avec Siam et le Laos eurent cessé toute relation avec lInde, le bouddhisme rédigé en pali, ou bouddhisme de Ceylan, devint seul, comme à Siam et en Birmanie, la religion officielle. On ne retrouve plus de brahmanisme ou bouddhisme en sanscrit que chez les Bekous.

    Monuments. Peu de pays sont aussi riches en monuments anciens que le Cambodge, naguère encore si peu connu de lEurope, que les géographes le décrivaient ainsi : Cambodge, capitale Cambodge, traversé par le grand fleuve du Cambodge et terminé par le cap du même nom (voir Atlas Drioux). Aujourdhui, grâce à de savantes recherches, on arrive à donner lâge à chacun de ces monuments, et par eux à reconstituer lhistoire nationale. Le principal monument, Angkor Thom, a été construit à la fin du IXe siècle par le roi Iaçovarman, qui lappela Kambupuri, ville de Kambu, dieu suprême incréé, dont les Khmers se disent les descendants, doù le nom de Kambuchea, né de Kambu. Le petit Angkor ou Angkor Wat fut élevé par le sage et belliqueux Suryavarman Il, qui régnait de 1112 à 1162.


    oOo


    PREMIERS RELIGIEUX ENVOYÉS AU CAMBODGE.
    SOUS LA JURIDICTION DU MÉTROPOLITAIN DE GOA ET
    LE PROTECTORAT DU ROI DE PORTUGAL.
    _____

    Dominicains Portugais de Malacca

    Cinquante ans après les découvertes de Vasco de Gama, nous rencontrons à Malacca, au centre de lactivité religieuse, politique et commerciale pour lIndo-Chine, le grand apôtre des Indes, saint François-Xavier, et, avec lui, les premiers Jésuites. A la même époque, 1548, et dans la même ville, se trouvait un autre missionnaire célèbre, de lOrdre de St Dominique, le Père Gaspard de la Croix. Formé à lécole de St Dominique de Suza, lami et le confident dAlbuquerque, Gaspard de la Croix était lun des homes les plus éminents de la province de Ste Croix des Indes Orientales, si riche alors en apôtres. Il avait pris une large part à léducation de la province, puis, dévoré de zèle, il avait sollicité lhonneur daller aux postes avancés de lapostolat. Pendant plusieurs années, il avait évangélisé la ville de Malacca et, lors de lérection du siège épiscopal de cette ville, ses supérieurs le désignèrent au choix du Souverain Pontife pour en être le premier évêque. Mais il refusa pour se consacrer entièrement à luvre de la prédication. Du reste, ses succès répondaient à son zèle. En 1549, daprès les mémoires de la Province, les Frères Prêcheurs comptaient déjà, à Malacca et dans les îles voisines, 18 résidences et plus de 60000 chrétiens, répandus par petits groupes dans les îles de la Sonde, des Moluques, des Célèbes et le long des côtes du golfe de Siam.
    Dominicains Portugais de Maiacca.

    A lépoque où St François quittait Malacca pour préparer son prochain voyage au Japon, le Père Gaspard de la Croix allait aussi séloigner de Malacca pour tenter lévangélisation du Cambodge. Pourquoi St François laissa-t-il à dautres le soin de porter la foi au Cambodge, puis en Cochinchine ? Cest le secret de Dieu, mais un missionnaire du Cambodge ne peut sempêcher de regretter de ne pas avoir pour devancier dans lapostolat ce grand et saint apôtre. Ses travaux nous auraient mieux fixés sur la valeur du terrain confié à nos soins, que toutes les théories pour ou contre émises depuis. A défaut dun saint canonisé, illustre dans le monde entier par ses vertus et ses miracles, saluons comme premier apôtre de notre Mission, le grand missionnaire, son contemporain, dont je viens desquisser les premiers traits.

    Ce fut vraisemblablement en lan 1550, un an après le départ de St François pour le Japon, que le P. Gaspard pénétra au Cambodge dans lintention dy porter le flambeau de la foi chrétienne. Cette date placerait le commencement de lévangélisation du Cambodge, environ 40 ans avant celui de lAnnam, puisque, daprès les récents travaux sur la question, lévangélisation en Annam remonterait à 1582, et les tentatives dévangélisation à 1572. Le P. Louvet lui donne une date postérieure encore et fait commencer lévangélisation de lAnnam en 1594, par lapostolat de Diego Advarte, dominicain espagnol de Manille, et il regarde le Père de Rhodes et ses compagnons jésuites, qui vinrent 10 ou 20 ans plus tard, comme les premiers apôtres du peuple annamite.

    A lépoque où le P. Gaspard de la Croix entra au Cambodge, ce pays, autrefois si prospère, commençait à tomber en décadence. Les Siamois lui avaient fait subir des pertes sérieuses dans le Nord du royaume, et le roi avait dû quitter les splendeurs de son palais dAngkor pour se retirer à Babor, à lEst de la province de Pursat, puis plus bas encore, à Lovek, où il résidait au temps de loccupation portugaise.

    Au sud, le royaume Khmer sétendait sur toute la partie que nous appelons aujourdhui Basse Cochinchine ou Cochinchine Française. Ce ne fut, en effet, que 100 ans plus tard, vers lan 1660, que les Annamites, se trouvant trop à létroit dans leur pays et même dans le Champa, quils sétaient annexé, envahirent le Bas Cambodge, qui devint la Basse Cochinchine. Pour avoir la véritable topographie du Cambodge à lépoque où y arrivèrent les premiers missionnaires, nous devons tenir compte, en outre, des conquêtes du continent faites sur la mer. Dans le courant dune année, le Mékong charrie vers la mer un milliard 400 millions de mètres cubes de matières solides. Ces terres, enlevées aux plateaux de lAsie centrale, se déposent aux différentes embouchures, en sorte que les côtes savancent continuellement vers la mer.

    Voici, à titre de curiosité, ce que dit une note trouvée dans un vieux manuscrit : Le Cambodge a des signes quil était jadis presque tout submergé, comme le dit aussi lhistoire chinoise, laquelle raconte que les tours de Banoye, de Battambang et la forteresse de pierre dAngkor, si renommées dans ce pays, ont été faites par les Malabares environ 20 ans avant la venue de N. S. J. C., quand la mer était à côté ; le grand lac est encore un souvenir de cette époque.

    Cette note servait autrefois à expliquer comment on put charrier les pierres nécessaires à la construction des monuments dAngkor. Daniel de Foë, lauteur de Robinson Crusoë, faisant aborder son héros aux rives du Cambodge, nous apprend quau XVIIe siècle, la ville de Phnompenh, capitale actuelle du Cambodge, était situé à un jour dans lintérieur des terres. Aujourdhui il y a 320 kil. De lembouchure du fleuve à cette ville, et un navire à voiles mettrait au moins trois jours pour y monter. Dans les premières relations des missionnaires, on voit que Mytho était situé tout près de la mer ; actuellement il est à plus de 10 lieues dans lintérieur (Louvet).

    Que fit le P. Gaspard de la Croix au Cambodge ? Eut-il des compagnons dapostolat ? Se fixa-t-il en un endroit ou parcourut-il le pays en observateur, posant des jalons pour des conquêtes futures ? On nen sait rien. Tout ce quon sait, cest quil entre au Cambodge par le port de Hâtiên et que, en 1555, il était à Macao, puis à Canton. On ignore même si, pour sy rendre, il suivit la route de terre en traversant toute la Basse Cochinchine, le Champa, Huê et le Tonkin, ou sil revint sur ses pas pour sembarquer à Malacca et prendre la voie de mer. On sait encore que, plus heureux que St François-Xavier qui venait de mourir en face de la Chine, Gaspard de la Croix put prêcher les Chinois de Canton, et déjà il avait fait parmi eux de nombreuses conversions quand les mandarins, inquiets de voir cet étranger prendre tant dascendant dans leur pays, se saisirent de lui et le jetèrent en prison. Il fut exilé et retourna à Malacca, où il travailla longtemps encore à luvre des Missions. Enfin, usé par les fatigues plus encore que par les années, il revint humblement senfermer dans son couvent du Portugal, où il mourut vers la fin du XVIe siècle en soignant les pestiférés Telles furent la vie et la mort du premier apôtre de notre Mission. Il a laissé une histoire de Chine, dans laquelle il raconte les excès déplorables des Portugais, qui rendaient la religion odieuse à ces peuples. On y apprend aussi que, dès cette époque, les Chinois avaient la haine et le mépris des étrangers, auxquels ils décernaient lépithète peu flatteuse de diables de lOccident.

    Maintenant que conclure de ce premier essai dévangélisation au Cambodge par le P. Gaspard de la Croix ? Le vaillant apôtre était certainement entré au Cambodge avec lintention dallumer en ce pays le flambeau de la foi chrétienne, car il nest pas supposable quil ait voulu seulement se rendre en Chine par voie de terre. La voie de mer était bien préférable. On doit donc croire que, après examen sur place, il changea davis et préféra aller en Chine annoncer lEvangile aux Chinois. Que ce changement soit le fait de ses supérieurs ou soit dû à son initiative personnelle, cest la même conclusion défavorable à légard de nos Cambodgiens. Mais, peut-être, pouvons-nous lattribuer aux guerres continuelles dont le Cambodge était le théâtre ; cest ce que jaime à me figurer. En tout cas, il ne paraît pas que le P. Gaspard de la Croix, de retour en son monastère de Malacca, y ait apporté le découragement au sujet des Cambodgiens, car son supérieur, le P. Georges de Ste Lucie, qui venait de prendre, sur le nouveau siège épiscopal de Malacca, la place quil avait lui-même refusée, envoya presque aussitôt deux nouveaux missionnaires au Cambodge.

    Des missionnaires dautres congrégations ne tardèrent pas à se joindre à ces ouvriers de la première heure. Quoiquils aient travaillé à peu près simultanément, nous sommes obligés de parler successivement de leur apostolat.

    Les deux missionnaires portugais envoyés de Malacca au Cambodge (1558), à la suite du P. Gaspard de la Croix, étaient les Pères Lopez et dAzevedo. Ils travaillèrent pendant une dizaine dannées, mais les bonzes bouddhistes, tout-puissants dans le pays, sinquiétèrent de leurs succès et les firent bannir.

    Quelques années plus tard nous retrouvons dans le même pays deux autres missionnaires dominicains, venus aussi de Malacca : lun, le P. Georges de la Motte, fut peut-être le premier missionnaire français qui évangélisa le Cambodge ; lautre était le P. Louis Fonseca. Ces deux Frères Prêcheurs travaillaient au Cambodge vers lannée 1585. Dans une des nombreuses guerres entre ce pays et Siam, les Siamois vainqueurs firent les deux Pères prisonniers et les emmenèrent avec une partie de leurs chrétiens à Juthia, la capitale du royaume. Ils y continuèrent tranquillement leur apostolat pendant de longues années ; mais devenus, on ne sait pourquoi, suspects au roi, celui-ci ordonna de les mettre à mort. Les satellites pénétrèrent dans la pauvre cabane qui leur servait de chapelle pendant que le P. Fonseca célébrait les saints mystères, et le massacrèrent sur lautel. Quant au Père de la Motte, il put senfuir et gagner un navire espagnol en rade ; mais il était criblé de blessures et mourut en mer avant darriver à Malacca, en 1599. Il nest pas douteux, dit le P. Louvet qui nous donne ces détails, que dautres missionnaires du même Ordre, ne soient venus prêcher lEvangile dans ce pays, pendant le seconde moitié du XVIe siècle. Mais lhistoire na pas conservé leurs noms ; elle ne parle que de leurs souffrances et des persécutions quils endurèrent pour le nom de J.C. Faut-il croire que, du Cambodge, les Frères Prêcheurs de Malacca pénétrèrent dans lAnnam et y portèrent les premiers la lumière évangélique, comme le rapportent les historiens de lOrdre des Dominicains ? Cest peu probable, car on ne retrouve pas trace de leur apostolat en ce pays.

    (A suivre).


    1928/592-600
    592-600
    Pianet
    Cambodge
    1928
    Aucune image