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Histoire d’une Chrétienté chinoise 3 (Suite)

Histoire d’une chrétienté chinoise YEOUYANG
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    Histoire d’une chrétienté chinoise
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    YEOUYANG
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    VI.— Les Pères Rigaud et Hue (Suite). —“ Le Père Hue s’était vu voler son argent, il n’avait plus de quoi louer une barque à Longtan pour descendre à Hankeou. Il dut donc renoncer à faire route par eau. Or, des trois chrétiens qui l’avaient accompagné jusqu’au moment de son arrestation, deux avaient pris la fuite ; il ne lui restait plus qu’un domestique, jeune homme de vingt ans, peu intelligent, peu franc, incapable de le tirer des embarras quotidiens auxquels il allait être exposé durant le long trajet qu’il entreprenait. Ce jeune homme s’appelait Ly Ouenkieu : il disparaîtra subitement à l’arrivée du P. Hue à Changte. Il fallait au fugitif un compagnon fidèle, un serviteur intelligent et résolu : la divine Providence le lui procura. Après Noël il avait envoyé son fidèle catéchiste Tchen Tchenleu à Lykiapin préparer les chrétiens à recevoir le Père ; celui-ci, ayant appris les événements de Yeouyang, s’était mis de suite à la recherche du P. Hue. Il le rencontra à quelque distance de la petite ville de Longtan.

    “Les trois voyageurs évitèrent de passer par cette ville, où le P. Hue était connu et où il ne pouvait manquer d’être de nouveau arrêté ; on chemina par des sentiers écartés et, dans la soirée, on arriva au grand marché de Kykeou, sur la route de Sieouchan. Il avait là quelques familles qui s’étaient fait inscrire au nombre des prosélytes. L’un de ces néophytes donna l’hospitalité au P. Hue ; même, nous a raconté ce cher confrère, la femme de cet hôte charitable et courageux détacha ses pendants d’oreilles en argent, d’une valeur de dix à douze francs, et les offrit au missionnaire, qu’elle voyait pour la première fois. Le P. Hue saura un jour récompenser ces braves gens, bien qu’il n’ait pu profiter de cet acte de générosité. En effet, à peine remis en route, il tomba encore une fois, et ce ne fut pas la dernière, entre les mains des vauriens qui, avec les boucles d’oreilles qu’on venait de lui donner, lui enlevèrent une partie de ses vêtements. Un peu plus loin, le reste y passera, et notre confrère, à la place de sa robe ouatée, de son camail doublé de peau d’agneau, aura pour tout costume un pantalon, une chemise, une paire de bas en toile de coton, et par dessus une robe de coton bleu, sale et toute déchirée. Le déguisement était complet car nous devons ajouter que les souliers de drap avaient fait place à une paire de sandales de paille, et le chape de feutre mou à un immense couvre-chef en treillis, garni de feuilles de bambou. Désormais le P. Hue n’a plus à redouter d’être reconnu ; du reste, nos voyageurs sont déjà à trois journées de Yeouyang, sur les limites du Foulan. Qui soupçonnerait un Européen sous cet accoutrement de mendiant ?

    “Et pourtant il fut reconnu par un néophyte de Yeouyang nommé Ho, revenant de Changte, où il travaillait de son métier chez un fabricant de parapluies en papier huilé. Il n’hésita pas à rebrousser chemin pour se joindre à la petite caravane. Ce fut une bonne fortune. Ho, l’ouvrier en parapluies, savait mieux que personne la route de Changte. Puis il avait quelques sapèques, qu’il mit généreusement à la disposition du P. Hue et de ses deux suivants. Ajoutons que Ho avait la mine et les allures d’un mendiant ; il savait aussi en imiter la voix, en prendre le ton, lorsque la faim se faisait sentir et que nos quatre voyageurs, pour l’apaiser, étaient forcés de demander l’aumône. Chacun s’y prenait de son mieux, mais la recette de Ho, quelquefois en sapèques, le plus souvent en riz, était toujours la plus abondante. On couchait là où l’on trouvait un gîte. En janvier, le froid était assez intense : il pleuvait, et même neigeait quelquefois. Dans nos contrées chrétiennes de France, quel est le mendiant qui ne trouve à la campagne un abri pour y passer la nuit ? En Chine, dans ce monde païen et égoïste, qui a souci du pauvre ? Qui consentirait à lui donner un gîte pour la nuit ? Ces pauvres misérables n’ont de refuge que dans les pagodes, sous les ponts, dans les grottes où cavernes des montagnes. Le P. Hue et ses trois compagnons furent donc réduits à passer la nuit en compagnie des mendiants couverts de plaies et de vermine, heureux quand le gardien de la pagode ou les voisins voulaient bien leur permettre, pour réchauffer leurs membres engourdis, d’allumer les herbes et les branches sèches ramassées en chemin. Bien des fois le missionnaire pensa à l’Enfant Jésus fuyant en Egypte. Ce souvenir, qui a rendu courage à tant d’infortunés, soutint celui de notre confrère.

    “Quelques lignes de sa lettre à Mgr Desflèches nous laissent entrevoir à quelle extrémité il se vit réduit, à quel danger de mourir de fatigue et de misère il se vit exposé, lorsque, arrivé à Changte, il chercha en vain les moyens d’achever par eau un voyage que ses forces épuisées ne lui permettaient plus de continuer par terre. Espérant trouver aide et protection auprès des mandarins, il franchit le seuil du prétoire, muni d’une carte de visite sur papier rouge, que son compagnon Tchen Tchenlen avait réussi non sans reine à se procurer. Le P. Hue aborda un satellite qui, sans daigner même l’écouter, le traita d’insensé. En pareil costume, oser demander à voir le mandarin, quelle insolence ! La nuit venue, le P. Hue et son compagnon Tchen n’avaient pas encore déjeuné. Exténués, ils s’assirent à la porte d’une misérable taverne, où quelques fumeurs d’opium, étendus sur des nattes, aspiraient leur narcotique, en devisant entre eux de cet air et de ce ton hébété qui leur est particulier. L’un d’eux remarqua le P. Hue et son compagnon, s’approcha d’eux, et aussitôt la conversation s’engagea. En quelques mots il comprit qu’il avait affaire à des frères, comme lui tombés dans le malheur ; car lui aussi a éprouvé bien des revers, et, s’il fume l’opium, c’est pour se consoler de tant d’infortunes. Mais, dit-il, ne craignez rien, par cette nuit froide vous ne coucherez pas dehors. Sur ce, il les conduit en dehors de la ville dans un de ces réduits qu’en Chine on appelle kymaotien (hôtellerie des plumes de poule). Il était tard déjà ; sur une estrade, occupant tout le fond de la principale pièce, étaient couchés, tête contre pieds deux par couverture, une dizaine d’hôtes. Le P. Hue tombait de fatigue et de froid ; remarquant qu’un des dormeurs a une couverture à lui seul, 1 il prend place à côté de lui. Il essayait de se réchauffer et de dormir, lorsqu’il se sentit tirer par le bras : c’était Tchen Tchenlen, qui l’invitait à déjeuner, dîner et souper un seul coup. Le P. Hue ne se fit pas prier. En quelques bouées, il avala cinq ou six petits pains. Le dernier avait disparu lorsque, réfléchissant que son compagnon avait sans doute faim, lui aussi, le Père se prit à lui dire : “Et toi, que vas-tu manger ?“—“Que Père ne s’occupe pas de moi,” répondit Tchen avec la satisfaction d’un homme qui a accompli une bonne œuvre. Pour acheter les quelques petits pains que le P. Hue venait de dévorer de si bon appétit, le brave homme avait vendu sa robe 200 sapèques. Le prix des gâteaux payé, il restait encore de quoi déjeuner le lendemain.

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    1. — Ici le P. Lorain me paraît en défaut. En effet, dans ces “hôtelleries de plumes de poule” il n’y a qu’une longue couverture, suspendue pendant le jour par des cordes et abaissée le soir sur les dormeurs. Il me semble bien que c’est ainsi que le P. Hue m’expliqua autrefois cet incident de son exode.


    “Le lendemain arrivé, le P. Hue et Tchen, couchés les derniers furent les premiers levés. Pas besoin, en quittant l’établissement des plumes de poule “, de régler avec le patron ; ici on était logé gratuitement, pieuse fondation de négociants du Setchoan en faveur de leurs concitoyens en détresse. Au point du jour ils étaient au bord du fleuve, en un point où la veille ils étaient revenus plusieurs fois. Là ils semblaient attendre le salut. C’était la veille aussi, ne l’oublions pas, que le P. Hue, comme il l’a écrit à son Evêque, avait fait vœu à Marie d’orner son sanctuaire de trois paires vases les plus beaux. Ils retrouvèrent sur sa jonque, venant de se lever, un batelier avec lequel ils avaient fait connaissance le jour précédent. Après avoir entendu le récit et les promesses de Tchen Tchenlen, après avoir, à plusieurs reprises, toisé le P. Hue de la tête aux pieds, le batelier leur avait donné quelque espoir. Dès qu’il les aperçut sur la rive, il leur envoya un coup d’œil de protection, qui semblait leur dire : L’affaire est en bonne voie. Ils suivirent le bord de la rivière jusqu’à une maison d’assez modeste apparence, où le batelier les fit entrer et asseoir. Lui monta un escalier et entra dans une chambre, où s’établit bientôt une conversation, dont le P. Hue et Tchen, restés au rez-de-chaussée, purent entendre la majeure partie. Le dialogue fut long. En Chine, un marché, même de minime importance, donne toujours lieu à d’interminables débats. Or il s’agissait d’une affaire majeure, qui devait faire époque dans la vie du batelier de Changte. Son interlocuteur, qui avait le verbe haut et parlait d’un ton de maître, semblait, lui aussi, traiter une affaire de premier ordre. Enfin, au haut de l’escalier, la porte s’ouvrit, et le P. Hue fut invité à monter avec son fidèle compagnon. Ils se trouvèrent en face d’un homme de petite taille, paraissant âgé de 30 à 40 ans, au teint moins bruni par les campagnes que par l’opium ; c’était celui que le P. Hue n’a cessé d’appeler par reconnaissance Tang Tajen (le grand homme Tang). C’était un petit chef militaire, d’un grade peu élevé, qu’on appelle en chinois un tsong-ie, comme qui dirait “ sergent-major.”

    “Le P. Hue, on s’y attend, dut subir un long interrogatoire, répondre à une foule de questions. Il fallait bien dissiper les doutés que Tang Tajen pouvait avoir encore sur la nationalité de celui qui affirmait être originaire de France. Le Père avait gardé le silence, nous l’avons vu, lorsqu’on tramait sa mort ; en ce moment qu’il s’agissait de lui sauver la vie, il répondait à tout. Le marché fut conclu dans les conditions exposées dans la lettre à Mgr Desflèches. Acte en fut dressé en bonne et due forme, et signé par le Hue. Tang Tajen pouvait dès lors en toute confiance traiter honorablement son hôte : il commença par lui sortir de sa garde-robe de vieux habits de soie. Les revêtir fut l’affaire de quelques instants pour notre confrère ; il n’en fut pas de même lorsqu’il s’agit de tirer les bas. Impossible : il fallut les couper avec des ciseaux, tant les jambes et les pieds étaient enflés. Une paire de bottes de satin noir et un chapeau à fils de soie rouge achevèrent la toilette. Enfin on se mit à table, et Tang Tajen servit à ses hôtes un énorme morceau de bœuf bouilli, auquel on fit le plus grand honneur. Cet appétit, que le P. Hue recouvrait dans toute sa plénitude à la table de Tang Tajen, il le conserva jusqu’à Hankeou, et Chen Tchenlen, sous ce rapport, ne le cédera pas à son maître.”

    Quand, le lendemain, le moment de s’embarquer fut arrivé, le P. Hue eût voulu voir revenir Ly et Ho, les deux autres compagnons de voyage, qui avaient disparu, on n’a jamais clairement su pourquoi, le jour de leur arrivée à Changte. Ils avaient été à la peine, le P. Hue eût été heureux de les récompenser en les admettant au confortable dont il allait jouir. Ils ne reparurent pas, et on se mit en route.

    Le voyage du P. Hue, depuis son départ de la caverne jusqu’à son arrivée à Changte, avait été de 19 jours ; le trajet par eau de Changte à Hankeou, bien que plus long de moitié, ne dépassa guère une semaine et se fit sans incident notable. On traversa dans toute sa longueur le lac Tangtin, le plus grand de la Chine ; et, après trois jours de traversée, on entra dans les eaux rapides du grand fleuve Yangtse-kiang (Fleuve Bleu). Le 31 janvier, la jonque de Tang Tajen abordait à Hankeou, terme du voyage. Le petit officier, témoin de l’accueil charitable que firent au P. Hue les Pères Franciscains, réunis alors à la Procure de Hankeou, acheva de comprendre qu’il ne s’était pas mépris sur le compte de celui qu’il venait de leur amener. Ce qui mit le comble à son estime pour le P. Hue, ce fut l’empressement de celui-ci à lui payer le prix convenu, dont un chrétien, commis d’une maison de commerce de Tchongking, avança l’argent : 125 taëls, dont 100 pour Tang Tajen, elle aubaine ! Rarement le petit mandarin avait fait si bonne affaire, et pourtant en vrai Chinois, doublé de mahométan, il ne manqua pas de demander quelques onces d’argent en sus de ce qu’il venait de recevoir. Cette fois, on le paya de bonnes paroles. Le P. Hue, qui déjà lui avait restitué ses habits et ses bottes, l’invita à un festin préparé selon toutes les règles de l’art culinaire chinois; après quoi on se sépara bons amis.

    Le P. Hue, comme nous l’avons vu dans sa Lettre à Mgr Desflèches, songeait à partir le plus tôt possible pour revenir se mettre à la disposition de son évêque, dont cependant il attendit la réponse. Cette réponse lui ordonna de prendre quelque repos avant de mettre en route. Ce ne fut donc que vers la fin de février qu’il quitta Hankeou. Arrivé à Itchang, pour aller plus vite, il monta sur la barque de la poste, et arriva en quatre jours à Kouyfou, où il se reposa quelques jours dans la société du Père Magnac. Il arriva à Tchongking le 10 avril. Mgr se trouvait alors à Tchentou. Le P. Hue, en attendant son retour, alla voir les confrères des séminaires.

    Mais laissons le P. Hue se reposer et se récréer quelque peu, et retournons à Yeouyang.

    “Le massacre du P. Rigaud (2 janvier) et des chrétiens eut son contre-coup à la campagne. De Yeouyang la persécution s’étendit à Pengchoui, et, dans ces deux arrondissements, durant le mois de janvier et une partie de février, en cent endroits divers, partout où il y avait des chrétiens, on pilla, on démolit, on incendia, on tua. Une centaine de néophytes, tant à Yeouyang qu’à Pengchoui, perdirent la vie dans cette atroce persécution : des femmes, des enfants, des vieillards ne trouvèrent pas grâce devant les égorgeurs. Tandis que les hommes, plutôt que de tenter une résistance inutile, s’enfuyaient, les uns dans les provinces voisines du Houpe, Hounan et Kouytcheou., les autres, en plus grand nombre, à Tchongking, les femmes et les enfants cherchèrent un refuge chez des parents ou amis païens. A quelle épreuve leur foi si peu affermie ne fut-elle pas soumise ? Combien, hélas ! n’ont pu résister ! D’autres, redoutant ce contact malsain, préférèrent se cacher dans les antres et les grottes des montagnes.

    Que fit le mandarin de Yeouyang pour protéger tant d’innocents ? Il fit ce que nous l’avons vu faire pour protéger le P. Rigaud et sauver la vie aux chrétiens enfermés avec lui dans l’enceinte de la résidence de Yeouyang : il se tint tranquille dans son prétoire, laissant les choses suivre leur cours. Le sous-préfet de Pengchoui, vieillard timide, qui jusque-là avait entretenu les meilleures relations avec les Pères Eyraud et Gojon, voyant l’indifférence de son supérieur à arrêter le mal, se déclara lui-même impuissant à détourner l’orage qui allait fondre sur Pengchoui.

    Trois missionnaires se trouvaient alors à la résidence de cette ville, les Pères Eyraud, Gojon et Provost. Ce dernier, se rendant à Yeouyang, était arrivé à Pengchoui vers la fin de décembre, et dut s’y arrêter sur une lettre du P. Rigaud au P. Eyraud, ainsi conçue. “Yeouyang, 21 décembre. Le P. Provost, qui doit se rendre à Yeouyang, fera bien de s’arrêter chez vous jusqu’à nouvel ordre. Autour de nous l’orage gronde bien fort : à Maopatchang et à Soukiaho, des païens ont pillé nos chrétiens, incendié leurs maisons et blessé quelques personnes. A Soukiaho, plusieurs chrétiens et chrétiennes sont entre les mains de nos ennemis, qui, dit-on, en ont tué deux. J’entends dire aussi que des bandes de pillards, au nombre de trois ou quatre cents, veulent aller à Yuty et de là venir en ville. Les chefs de touan de Yuty ont fait leur apport au préfet, qui de suite a donné ordre de s’armer pour disperser les brigands. Le ouyiuen (délégué) de Tchongking va partir pour Soukiaho avec kaoche (ordonnance du préfet) et tchatse (circulaire) aux chefs de touan de la localité. La récente proclamation du tsiangkiun (grand intendant militaire résidant à Tchentou, chargé par le gouvernement de Pékin des affaires des chrétiens) donnant lieu à des interprétations dont on se prévaut pour vexer les chrétiens, Fou Talaoie à fait afficher partout un kaoche, pour expliquer celui du tsiangkiun. Partout des rumeurs, des menaces. J’avais envie de vous emprunter 200 taëls pour venir en aide aux chrétiens pillés qui m’arrivent de plusieurs côtés. Attendons encore. Priez bien pour Yeouyang et pour moi !“

    “Dès le 4 janvier au soir, quelques chrétiens de Yeouyang, échappés aux mains des assassins, vinrent annoncer au P. Eyraud le massacre du 2. Il était seul à la résidence de Pengchoui avec les deux prêtres chinois, Jean Tchen et André Ly ; les Pères Gojon et Provost l’avaient quitté le matin même, celui-ci pour se rendre à Yeouyang. Depuis son arrivée à Pengchoui, on n’avait point reçu de nouvelles de Yeouyang, si ce n’est la lettre du P. Rigaud, datée du 21 décembre, que nous venons de lire. Augurant favorablement de ce silence, et le P. Eyraud ne le désapprouvant pas, le P. Provost s’était mis en route avec le P. Gojon, qui retournait à Souantsaopa, chrétienté sur les limites de Pengchoui et de Kienkiang. Les deux missionnaires étaient arrivés à Yeouchantchen, où ils devaient se séparer. C’était la veille de l’Epiphanie. Tandis que Jean Lieou, ministre du P. Gojon, allait au prétoire, chargé par le P. Eyraud d’offrir quelque présent au petit mandarin du lieu, lequel était le fils de Fou Talaoie, préfet de Yeouyang, arrivait un courrier de Pengchoui, porteur d’un billet du P. Eyraud, annonçant les graves événements de Yeouyang et rappelant les deux voyageurs à Pengchoui. “Dès leur retour, à la résidence, ils purent prévoir qu’il ne leur serait guère possible de s’y maintenir. Déjà en ville, où les événements de Yeouyang étaient sus de tous, régnait une grande agitation : la population païenne, naguère sinon sympathique, du moins indifférente, commençait à trouver que, les Européens étaient de trop en ville. C’était aussi l’avis du vieux sous-préfet Kang Talaoie. Il pressait le P. Eyraud de partir, de se retirer à Foutcheou. L’avis des trois missionnaires et des deux prêtres chinois était bien conforme à celui du mandarin : mais, comme le péril ne paraissait pas imminent, le P. Eyraud prit la résolution d’attendre encore.

    Cependant chaque jour des chrétiens arrivaient de toutes les stations de Yeouyang par bandes de 10, 15 et même 20. Embarqués à Kongtan pour Foutcheou, ils s’arrêtaient quelques instants à Pengchoui pour permettre à deux ou trois d’entre eux de venir le voir P. Eyraud, lui demander les sapèques nécessaires pour payer prix de la barque. En retour, les missionnaires, en prévision de leur prochain départ et du pillage qui ne pouvait manquer de suivre, confiaient aux chrétiens des caisses contenant ce qu’ils avaient de plus précieux.

    “Le 13 janvier, à trois heures du matin, les Pères Eyraud et Provost et tous les chrétiens qui se trouvaient à la résidence de Pengchoui étaient debout. Les chrétiens récitèrent à voix basse les prières du matin, pendant que les deux missionnaires offraient le Saint-Sacrifice, priant Dieu d’avoir pitié de tous ces pauvres chrétiens de Pengchoui et de Yeouyang, qui pendant quatre ou cinq mois, allaient être abandonnés à la merci de leurs persécuteurs partout où il ne se trouverait pas quelque païen honnête, énergique et assez influent pour soustraire des innocents à la cupidité et à la violence des malfaiteurs. Malheureusement il s’en trouva si peu que, de toutes les chrétientés de Pengchoui et de Yeouyang, il en resta à peine quelques-unes debout. Les Pères Tchen et Ly, avec, quelques catéchistes et domestiques, restèrent à Pengchoui pour garder la maison, en attendant qu’ils fussent réduits à leur tour à l’abandonner au pillage et, à la dévastation, sous peine d’être mis à mort. Les Pères Eyraud et Provost, en ce 13 janvier, au point du jour, montèrent sans bruit sur une barque qui les emmena à Foutcheou. Là les avait précédés de quelques jours le P. Gojon, chez le P. Sabattier, chargé depuis peu de ce poste important.”

    Il ne restai plus, dans le vaste département de Yeouyang, qu’un prêtre chinois, le P. Michel Tsin, enfermé avec quelques centaines de chrétiens dans une enceinte que la malveillance à fait appeler du nom de citadelle de Tchefangki. Cette citadelle formidable, imprenable, si l’on ajoute foi aux rapports des mandarins, n’était en réalité qu’un amas de maisons entourées d’un mur de terre, dont le soubassement en pierre avait à peine quelques pieds de haut. C’est pour s’emparer de cette citadelle que Tchang Peitchao entretenait depuis deux ans quelques centaines de bandits venus du Kouytcheou. Nous avons vu le mandarin militaire de Yeouyang envoyé deux fois à Hocheia pour disperser ces bandits, qui, sous prétexte d’assiéger les chrétiens, pillaient et maltraitaient les païens des environs. Les chefs de touan des arrondissements de Pengchoui, Kienkiang et Yeouyang, aux confins desquels est situé le marché de Hocheia, avaient reçu l’ordre de leurs mandarins respectifs de faire main basse sur ces scélérats et d’en tuer autant qu’ils en prendraient

    Mais pourquoi, demandera-t-on peut-être, maintenir ces chrétiens de Tchefangki en état de défense, lorsque partout ailleurs les chrétiens de Yeouyang et de Pengchoui avaient tous pris la fuite ? Nous avons vu plus haut comment, depuis plusieurs années, ils avaient toujours été en butte aux attaques de leurs ennemis, et comment le taotai de Tchongking lui-même avait conseillé à Mgr Desflèches de leur dire de se défendre ; nous avons vu comment, un mois environ avant la mort du P. Rigaud, le mandarin militaire de Yeouyang avait dû chasser les bandits qui les assiégeaient. Nous verrons plus loin qu’après le massacre du P. Rigaud, il ne leur fut pas possible de s’enfuir et qu’ils durent rester sur le pied de guerre.

    Le P. Eyraud, à peine arrivé à Foutcheou, se rendit à Tchongking pour y conférer avec Mgr Desflèches sur les moyens de rentrer le plus tôt possible à Pengchoui et à Yeouyang. La chose n’était possible qu’après le changement des deux mandarins. Ils furent rappelés dans le courant de février. Le successeur de Fouki à Yeouyang fut Tien Tseche, et à Pengchoui le vieux Kang Talaoie fut remplacé par un nommé Kiang.

    C’est à cette époque qu’arrivait à Tchongking la lettre du P. Hue. Il était à Hankeou, bien portant, se préparant à revenir le plus tôt possible se remettre à la disposition de son évêque. Dans toute la Mission on n’avait pas été sans inquiétude sur le sort de ce bon missionnaire. Certains prétendaient encore qu’il était dans les environs de Yeouyang, caché dans quelque caverne ou dans famille païenne amie. Cependant, d’après le plus grand nombre de chrétiens réfugiés à Tchongking, le P. Hue s’était dirigé sur Changte pour se rendre à Hankeou. Mgr Desflèches était bien inquiet. Il n’avait pas attendu la relation du P. Hue pour annoncer à la Légation de France à Pékin les événements de Yeouyang et les massacres de janvier. En même temps il portait tous ces faits à la connaissance du vice-roi de la province et du tsiang kiun (maréchal tartare), pressant ces autorités supérieures de prendre des mesures promptes et efficaces pour mettre fin aux vexations et ramener la paix dans le pays.

    Dès la première quinzaine de mars, Mgr, jugeant possible le retour et le séjour de deux missionnaires à Yeouyang, désigna pour aller reprendre ce poste les Pères Sabattier et Provost. Le 24 mars, ces deux confrères, accompagnés d’une vingtaine de chrétiens désirant rentrer dans leur famille, s’embarquèrent à Foutcheou pour Pengchoui, où ils arrivèrent le 2 avril. Dans la ville de Penchoui, tout était rentré dans l’ordre. Les deux confrères allèrent à pied visiter la résidence déserte, dont le nouveau mandarin avait la garde. Il envoya un satellite leur en ouvrir les portes. L’oratoire et ses dépendances étaient dans l’état où les pillards l’avaient mis six semaines auparavant : lambris, portes, fenêtres, tout ce qu’on n’avait pu enlever, avait été brisé. Les Pères, après avoir tout examiné, tout constaté sans mot dire, revinrent au fleuve aussi tranquillement qu’ils étaient allés. Remontés sur leur barque, ils poursuivirent leur route sur Kongtan, où ils arrivèrent le 7 avril. A Kongtan, ils échangèrent la barque pour des chaises à porteur et, après deux petites journées de route par terre, ils devaient arriver à Yeouyang. Ils n’en étaient plus qu’à six lieues, lorsqu’ils furent arrêtés par deux envoyés du préfet Tien Tseche, qui leur déclarèrent qu’ils ne devaient pas songer à aller plus loin, qu’en ville et à la campagne de Yeouyang les esprits étaient loin d’être calmés, qu’un fait des plus graves, qui venait de se passer à Hocheya avait de nouveau soulevé dans la contrée l’indignation contre les chrétiens. Ainsi les deux missionnaires Gen et Chang (noms chinois de nos deux confrères) n’avaient qu’à s’en retourner. Tel était l’avis du préfet de Yeouyang. Pour intimider les deux voyageurs, quelques centaines d’hommes, armés de lances et coutelas, arrivèrent par bandes, interceptant la route. Force fut bien de rebrousser chemin. Quant aux chrétiens qui avaient accompagné les Pères jusque là, lorsqu’ils comprirent qu’on ne permettait pas à ceux-ci d’aller plus loin, plutôt que de se laisser arrêter, ils prirent d’autres sentiers et furent assez heureux pour rentrer sains et saufs dans leurs familles. Le 15 avril, les Pères Sabattier et Provost étaient de retour à Foutcheou auprès du P. Eyraud.

    Que s’était-il donc passé à Hocheia ? Lors des événements de Yeouyang et du massacre du 2 janvier, les bandits du Kouytcheou, connus sous le nom de Pehao ou “Pavillons blancs”, parce qu’ils se distinguaient par un turban blanc, étaient revenus cerner les chrétiens de Tchefangki. Sachant que ceux-ci n’avaient que peu vivres, ils interceptèrent toutes les voies, afin de les réduire par la famine. Les chrétiens, qui avaient acheté du maïs à Tachang, à deux lieues de là, ne pouvaient aller le chercher sans tomber entre les mains de leurs ennemis ; s’ils ne voulaient mourir de faim, devaient prendre l’offensive. Or il arriva que quelques femmes, sorties de l’enceinte, sans doute pour chercher des légumes dans les champs, furent prises et emmenées captives au camp des Pehao. Cela acheva d’exaspérer les chrétiens. Une nuit que les bandits, après de copieuses libations, étaient plongés dans le sommeil de l’ivresse, quelques dizaines d’hommes de Tchefangki envahirent soudain le camp ennemi et, en moins d’une demi-heure, massacrèrent une trentaine de Pehao, tous les autres s’étant enfuis. Alors, pendant que quelques chrétiens ramenaient les femmes au logis, les autres coururent à Tachang, d’où ils rapportèrent le maïs acheté et payé d’avance.

    Ce fait d’armes suffit pour délivrer les chrétiens assiégés. Les Pehao, si intrépides tant que ceux-ci étaient restés inoffensifs, n’osèrent plus les provoquer lorsqu’ils eurent éprouvé leur colère. Le siège était levé. Mais alors commença un autre genre de persécution : la calomnie. On cria de tous côtés que les chrétiens s’étaient révoltés, que, sous la conduite de leur prêtre Tsin, ces nouveaux rebelles avaient massacré des centaines de païens, gens honorables et des plus paisibles, etc. etc.. Ces calomnies furent publiées et accréditées partout. Plus loin nous en verrons les conséquences. Pour le moment, qu’il suffise de dire que, par ordre des autorités provinciales, des soldats furent envoyés pour anéantir cette rébellion. Le P. Tsin et le principal chrétien Ouang Hiotin durent quitter le pays. D’un autre côte Tchang Peichao, qui avait bien, lui aussi, quelque raison de craindre, crut prudent de s’esquiver et, peu de temps après, par sa mort prématurée, délivra les chrétiens de sa crainte. Mais, dans tout le département, sur la moindre plainte des païens, nos pauvres néophytes furent pris, incarcérés, soumis à toute espèce de vexations. La paix ne pouvant se rétablir, le taotai de Tchongking, sur ordre des autorités supérieures, dut se rendre à Yeouyang. Ce voyage, qui eut lieu au mois de mai, ramena un peu de calme dans les esprits.

    VII.— Réoccupation de Yeouyang. — Tractation des massacres de 1869. — Au retour du taotai, Mgr s’entendit avec lui pour envoyer une nouvelle expédition à Yeouyang et y reprendre nos positions. Ce furent les PP. Gennevoise et Provost qui furent désignés Ils se mirent en route dans les premiers jours de juin et leur voyage s’accomplit sans. incident. Arrivés à Yeouyang, ils furent hébergés au prétoire par le Préfet Tien Tseche pendant quelques jours, en attendant qu’on leur appropriât une maison en ville. Cette maison, propriété de la Mission, était en dehors de l’ancienne résidence, adossée au mur d’enclos. Nos confrères, aussitôt installés, firent une ouverture dans ce mur pour pénétrer dans l’ancienne résidence, dont les portes avaient été murées. Tout l’enclos était vide : ils n’y trouvèrent qu’un abri appuyé au mur et couvert en tuiles, sous lequel étaient déposés les cercueils contenant les restes de ceux qui avaient été massacrés le 2 janvier. A la même époque, le P. Eyraud, lui aussi, alla rejoindre le poste de Pengchoui, où il se réinstalla sans peine.

    Nos confrères, nouveaux venus dans le pays, ne purent guère que constater l’état actuel de la résidence et les dispositions dans lesquelles se trouvaient les esprits. Au bout d’un mois environ, le P. Gennevoise fut rappelé à Tchongking et envoyé à Pékin pour renseigner la Légation. Cependant Mgr Desflèches avait tenu à laisser le P. Hue se récréer en allant voir les confrères peu éloignés et avait profité de sa présence pour se renseigner sur les affaires de Yeouyang. Mais, avant de quitter la Mission pour se rendre au Concile du Vatican, il lui proposa de retourner à Yeouyang. Le Père accepta immédiatement avec le plus grand plaisir et partit sans retard pour reprendre son poste de combat. Laissons nos confrères s’installer et reprendre contact avec la population, et racontons comment le procès du massacre du P. Rigaud fut traité devant les autorités gouvernementales.

    Mgr Desflèches, devant s’absenter pour aller au Concile, avait de bonne heure renseigné la Légation de France à Pékin sur tout ce qui s’était passé à Yeouyang : il avait envoyé rapport sur rapport et même des pièces chinoises pour être présentées au Tsongli-yamen. On ne sait pourquoi ces pièces ne furent pas produites et restèrent dans les cartons de la Légation.

    De leur côté nos mandarins envoyèrent leurs rapports, dans lesquels la vérité était outrageusement travestie. Jugez-en. Les chrétiens de Hocheya, disaient-ils, se sont révoltés sous la conduite de leur prêtre Tsin et ont massacré des centaines de gens honnêtes et paisibles ; le peuple indigné s’est ameuté et a mis à mort le missionnaire Ly (Rigaud) dans sa résidence de Yeouyang. Des quarante chrétiens massacrés avec le missionnaire, de l’incendie de la résidence, il n’est nullement fait mention. Un fait, arrivé trois mois après et énormément grossi et défiguré, a été la cause du massacre du missionnaire. Et c’est ce rapport qui fut présenté à Pékin.

    La Légation ne pouvant s’entendre avec le gouvernement chinois, il fut convenu qu’on enverrait des délégués sur les lieux pour examiner les faits. Le gouvernement chinois délégua Ly Hongtchang, qui était alors vice-roi du Foukouang ; le délégué de la Légation de France fut le Père Mihière. Ce confrère, provicaire de la Mission du Kouytcheou, avait été nommé supérieur de la nouvelle Mission du Kouangsi et venait d’arriver à Pékin pour intéresser le Ministre de France à sa nouvelle Mission.

    Le P. Mihière arriva à Tchongking dans le courant de septembre monta à Tchentou rendre visite au vice-roi et s’entendre avec lui sur la manière de procéder. Il fut convenu qu’il irait à Yeouyang ; mais, lorsqu’il fut de retour à Tchongking, nos mandarins agirent si bien qu’il ne put y aller. Il attendit donc à Tchongking Ly Hongtchang, qui, lui aussi, était allé à Tchentou et n’en revint que bien tard. Enfin le P. Mihière put avoir une entrevue ou une conférence avec le “grand homme” en décembre 1869 ou janvier 1870, puis il descendit à Hankeou rendre compte de son mandat à M. de Rochechouart, qui se trouvait alors dans ce port.

    Ly Hongtchang alors trancha de haut ; il condamna à mort et fit décapiter Ho Tsay, pris et emmené à Tchongking comme meurtrier du P. Rigaud. Pour les affaires de Hocheya, il confisqua les biens de Tchang Peitchao et condamna son fils à mort : mais celui-ci eut soin de ne pas se faire prendre. Du côté des chrétiens, il condamna pareillement à mort Ouang Hiotin et le P. Michel Tsin. Heureusement le tsiangkiun de Tchentou avait prévenu secrètement la Mission de les faire disparaître. Le P. Tsin fut envoyé à Singapore, où il resta plus de trois ans. Nous verrons Mgr Desflèches, de retour du Concile, faire réformer ce jugement en 1873.

    Ce jugement, publié dans tout le territoire de Yeouyang par un koache (édit) de Ly Hongtchang lui-même, était peu rassurant pour nous. “Dans ce koache, écrivait alors le P. Hue, il est dit que Tsin Seto (le prêtre Tsin) a tué 130 personnes, qu’il sera jugé et puni en conséquence, que Mey Kintchai (le P. Mihière) est allé à Pékin pour demander à l’Empereur la grâce de Tsin Seto, etc....” Il ne produisit cependant pas trop de mauvais effets. La population était menacée de la famine : les vivres étaient très chers, et chez tous la misère était grande, surtout chez les chrétiens, dont plusieurs moururent de faim. Aussi le P. Hue, au nouvel an chinois (1870), faisant visite au préfet Tsen Talaoie, qui avait succédé à Tien Tseche, lui dit que nos chrétiens, dépouillés de tout, n’avaient rien à manger et que nous n’avions plus d’argent. Celui-ci promit qu’il ferait des distributions pécuniaires à ceux qui n’avaient encore rien reçu.

    A ce propos, voici une lettre du P. Hue aux Pères Blettery, provicaire, et Rivaud, procureur, 21 avril 1870.... “Nos ennemis ont encore essayé de nous nuire. Voici comment : voyant nos néophytes réduits à la dernière misère, ils leur ont suggéré de venir par centaines nous assiéger pour nous sommer de leur donner de plus larges aumônes, sinon.... Dieu merci, nos chrétiens n’ont pas écouté ces conseils impies et nous continuons de marcher notre train. Cela vous montre à quels dangers nous sommes sans cesse exposés. Priez et faites prier pour nous, afin que le bon Dieu nous fasse la grâce de bien instruire ces chrétiens et de les former à la pratique de notre sainte religion. Cela nous mettra à l’abri de bien des misères, tout en sauvant les âmes.”

    Le 16 juin, il écrivait aux mêmes : “Je vous en supplie, envoyez-nous de suite quelque argent, le peu qui nous reste ne durera pas longtemps. La misère se fait de plus en plus sentir. Depuis la fin l’année dernière, durant les mois qui viennent de s’écouler, les affamés de ce pays, au lieu de riz ou de maïs, mangeaient du pain fait de fécule de racines de fougère. Et aujourd’hui ces racines mêmes deviennent rares, tant est grand le nombre de ceux qui s’en nourrissent. Ces malheureux ne peuvent récolter leur riz ou leur maïs qu’au mois d’octobre ; vous voyez s’ils sont dignes de compassion. Nous entendons souvent dire que les païens meurent de faim, qu’ils tuent leurs enfants, n’ayant pas de quoi les nourrir.”

    (A suivre) F. GOURDON,
    Miss. de Tchongking.

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    Un jour, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse conversaient ensemble : ce devait être une conversation toute pleine de charité, toute mystique. Au cours de l’entretien quelqu’un vint leur offrir des pêches succulentes. Saint Jean de la Croix se dit : “Voilà une belle occasion d’offrir à Dieu, comme acte d’amour, une mortification.” Et sainte Thérèse : “Quelle belle occasion de remercier le bon Dieu des excellentes choses qu’Il nous a données !” Elle prit pêches et les dégusta en chantant le Magnificat.

    1925/393-408
    393-408
    Gourdon
    Chine
    1925
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