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Funérailles nationales du fondateur de la République Chinoise le docteur Sun Yat Sen

Funérailles nationales du fondateur de la République Chinoise le docteur Sun Yat Sen Le Saint-Siège et 17 Nations Etrangères Représentés PEIPING 10 Juin 1929 Les funérailles du Dr Sun Yat Sen, le Fondateur de la République Chinoise, ont dépassé la signification des honneurs rendus à un homme ; elles ont été comme la célébration d’une idée : l’unification nationale et la renaissance de la Chine. A ces funérailles prirent part les Représentants de 18 Nations Etrangères.
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    Funérailles nationales du fondateur de la République Chinoise le docteur Sun Yat Sen
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    Le Saint-Siège et 17 Nations Etrangères Représentés

    PEIPING 10 Juin 1929

    Les funérailles du Dr Sun Yat Sen, le Fondateur de la République Chinoise, ont dépassé la signification des honneurs rendus à un homme ; elles ont été comme la célébration d’une idée : l’unification nationale et la renaissance de la Chine.

    A ces funérailles prirent part les Représentants de 18 Nations Etrangères.

    Le Doyen du Corps Diplomatique, dans son discours, dit : Le monde tout entier est unanime à reconnaître que la cérémonie à laquelle le Gouvernement National nous a conviés et à laquelle les Souverains et les Chefs d’Etat des Puissances Amies se sont empressés de déléguer leurs Représentants, est de la plus haute importance non seulement pour la Chine et le peuple chinois, mais aussi pour tous les autres Pays.

    Elle signifie que l’œuvre à laquelle le Premier Président de la République Chinoise s’est entièrement voué, est enfin accomplie et que la Chine est unifiée, une et indivisible.

    Les vœux, que le Premier Président a formulés pour son pays et pour la réalisation desquels il a lutté pendant toute sa vie, sont aussi les vœux dont désirent ardemment l’accomplissement et les Souverains et Chefs d’Etat que nous représentons et tous les peuples étrangers.

    Que la Chine reste unifiée, que la paix continue d’y régner, que la nation chinoise — paisible et laborieuse — puisse jouir d’une prospérité toujours croissante qui la mette à même de collaborer avec les nations amies dans l’intérêt et pour le bien-être de toute l’humanité”.

    Le Saint-Père Pie XI, presqu’une année auparavant, avait déjà formulé les mêmes vœux dans Son mémorable Message du 1 août 1928.

    Le Gouvernement de la République Chinoise avait hautement apprécié les très nobles sentiments du Pape, et, dès les premiers préparatifs faits en vue des funérailles nationales, il avait demandé au Saint-Siège de vouloir bien envoyer un Représentant Extraordinaire pour assister aux cérémonies de la translation des dépouilles mortelles du Dr Sun Yat Sen de Peiping à Nanking.

    L’acceptation de cette invitation fut facilitée pour le Saint-Siège, le Gouvernement Chinois ayant déjà spécifié que les funérailles auraient un caractère purement civil.

    En effet, dans le programme officiel publié quelques mois auparavant, on notait que les dons de fleurs et de plantes seraient acceptés, mais que l’encens, les offrandes pour les sacrifices, les victimes et toute autre chose ayant un caractère religieux seraient exclus.

    Son Excellence Mgr Costantini, Délégué Apostolique, écrivant au Ministre des Affaires Etrangères de Nanking pour notifier l’acceptation du Saint-Siège d’envoyer un Représentant Extraordinaire aux funérailles, précisait encore la signification purement civile de cette participation aux cérémonies. Son Excellence écrivait: “Il est évident que ma participation aux funérailles n’a d’autre signification que celle d’offrir un hommage civil à la mémoire du Docteur Sun Yat Sen et un témoignage de respect au Gouvernement et à la Nation Chinoise. — Je ne pourrais pas assister aux funérailles s’il devait y avoir des cérémonies religieuses. — Il est aussi évident que ma présence ne devra pas être interprétée comme ayant quelque connexion doctrinale par rapport aux principes du Docteur Sun Yat Sen. Nous apprécions certainement tout ce qui dans ces principes est en harmonie avec la doctrine chrétienne, mais nous ne pouvons admettre aucune théorie ou interprétation qui irait contre la pureté de notre foi. — Il m’a paru opportun de préciser ce point de vue pour manifester la sincérité de notre hommage civil, et pour éviter toute équivoque”.

    Le Gouvernement dans sa réponse disait qu’il prenait acte des déclarations de Mgr le Délégué.

    Le 27 mai, on organisait un train spécial qui devait transporter de Peiping à Nanking le Corps Diplomatique et la Mission Pontificale. Au moment du départ, le Représentant du Saint-Siège fut salué par une nombreuse délégation des étudiants et de la jeunesse catholique et par plusieurs prêtres de Peiping,

    Le voyage des Envoyés Extraordinaires fut excellent. Dans toutes les grandes gares, le long du parcours, des musiques militaires et des piquets de soldats rendaient les honneurs aux Diplomates.

    Le train arrive à Nanking le 29 au matin. Autorités chinoises et hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires Etrangères attendent à la gare de Puchow pour recevoir dignement les Représentants des Puissances. A chaque Mission est assigné en qualité d’attaché particulier un fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères qui la suivait comme guide dans toutes les réceptions et cérémonies.

    Au Délégué Apostolique fut assigné le Doct. K. S. Sie, ancien élève de l’Aurore de Shanghai.

    Le Gouvernement National de Nanking a reçu les Représentants officiels de 18 Nations Etrangères et leur a donné l’hospitalité avec tout le décorum possible, il a de plus admirablement organisé le programme des cérémonies qui se déroulèrent avec ordre, dignité et solennité.

    Le 30 mai, les Diplomates rendent une visite officielle au Ministre des Affaires Etrangères, visite pendant laquelle ils présentent leurs lettres de créance.

    Le 31 ont lieu les réceptions chez le Président du Gouvernement, le Général Chiangkaisek, et les cérémonies d’hommage aux dépouilles mortelles du Docteur Sun Yat Sen.

    Quant à Son Excellence Mgr Costantini, Envoyé Extraordinaire du Saint-Siège, on Lui fixa une heure spéciale tant pour Sa visite au Président Chiangkaisek que pour la cérémonie devant les dépouilles du Fondateur de la République Chinoise.

    Mgr Costantini fut partout reçu avec le même cérémonial adopté pour le Corps Diplomatique.

    A la suite de l’Envoyé Extraordinaire du Saint-Siège se trouvaient son Secrétaire particulier, le R. Don Comisso, et Monsieur Lo-Pa-Hong de Shanghai, celui-ci en uniforme de Commandeur de St Grégoire le Grand.

    Le Président Chiangkaisek adressa en chinois ses remerciements au Saint-Père et, au nom du peuple chinois, souhaita la bienvenue à Mgr Costantini.

    Son Excellence Mgr Costantini répondit en disant qu’il était honoré de représenter le Saint-Siège à une cérémonie aussi solennelle et si pleine de signification pour la Chine nouvelle. Il ajouta qu’il était heureux de pouvoir donner à nouveau au nom du Saint-Père un témoignage de sympathie au peuple de Chine, et il finit son discours en souhaitant Paix, Prospérité et Grandeur à la nouvelle République.

    Le 1er juin, à trois heures du matin, commencèrent les funérailles solennelles. Du côté droit du cercueil — déposé sur une grande automobile préparée à cet effet, — étaient rangés tous les Envoyés Extraordinaires des Nations Etrangères, du côté gauche se tenaient les membres du Gouvernement et les Grands Dignitaires de l’Etat. Les Parents du Défunt suivaient le cercueil. La masse imposante du cortège s’était déjà formée la nuit le long de la grande route qui mène hors de la ville au mausolée de la “Colline de Pourpre”. Toute la Chine y était représentée.

    Le cortège funèbre monta le grand escalier de la “Colline de Pourpre” et arriva au monument du Docteur Sun Yat Sen vers 11 heures, a. m. Là, après le dernier salut rendu par le Président Chiangkaisek au Fondateur de la République, le cercueil fut déposé dans le tombeau et les grandes portes de bronze furent fermées.

    Ce mausolée est en style chinois, rajeuni par des lignes harmonieuses qui donnent au monument un aspect original de grandeur et de sévérité.

    *
    * *

    Il y a trois ans la révolution chinoise, enveminée par le bolchevisme, s’est déclanchée aux cris de : A bas l’Etranger ! A bas les Missions, instruments de l’impérialisme étranger !

    Aujourd’hui l’Eglise Catholique a eu une place d’honneur dans la célébration du patriotisme chinois. Il faut rendre hommage au Gouvernement Chinois qui, par ses efforts continus et vraiment louables pour enrayer le péril du bolchevisme, a travaillé au salut de la Chine.

    Un précédent historique a été posé ; espérons qu’il aura des conséquences favorables et pour le présent et pour un avenir prochain.

    Le funérailles du Docteur Sun Yat Sen ont consacré officiellement l’abolition des rites superstitieux ; les habits de deuil n’étaient plus ceux de jadis, le char funèbre n’était plus drapé de rouge comme de coutume, mais de blanc et d’azur. Pas de Lamas, pas de Bonzes en tête du cortège, pas d’étendards avec des caractères superstitieux, pas de tambours liturgiques, pas d’offrandes sacrées, ni d’objets en papier à brûler pour le mort, ni de papier-sapèques. A noter encore qu’il n’y avait pas la tablette du défunt avec l’inscription : siège de l’âme. Sur le parcours pas un pavillon n’avait été préparé.

    Le dimanche 2 juin S. E. Mgr Costantini rouvrit au culte l’église paroissiale de Nanking qui, deux ans auparavant, avait été dévastée par les bolchevistes. Les chrétiens, remplis de joie, s’empressaient autour du Représentant du Pape et de sa main reçurent la Sainte Communion.

    Voilà un signe des temps.

    Veuille le Seigneur que, dans cette crise formidable de renouvellement que traverse la Chine, l’Eglise Catholique, pleine d’amour pour cette Nation et exempte de préjugés envers elle, puisse semer parmi cet immense peuple les germes féconds de l’Evangile !


    1929/417-421
    417-421
    Anonyme
    Chine
    1929
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