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Epiphanie. Une expérience d'apostolat par le film

Edmond BECKER m.e.p.: (Pondicherry, Inde) Une expérience d'apostolat par le film
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    Edmond BECKER m.e.p.:
    (Pondicherry, Inde)

    Une expérience d'apostolat par le film

    Réunis en conférence épiscopale à Manille, en décembre 1958, plus de cent évêques, vicaires et préfets apostoliques de l'Asie de l'Est et du Sud-Est ont fait une étude approfondie des problèmes religieux et moraux soulevés par l'usage accru des moyens audio-visuels de diffusion. La commission du cinéma, présidée par S. E. Mgr Olçomendy, archevêque de Malacca Singapour, a rédigé le communiqué suivant : « Pénétrés de l'importance des moyens modernes de diffusion, d'information et de divertissement, les membres de la conférence éprouvent le besoin de lutter dans un commun effort pour garantir que ces moyens ne soient pas employés à la transmission de programmes qui puissent contredire ou ébranler les principes de la loi naturelle. De plus, ils sont convaincus de la nécessité de faire usage de ces moyens de façon à ce que le message du Christ et de son Eglise atteigne un public toujours plus vaste ».

    La mise en oeuvre de ces orientations n'est pas sans soulever de nombreux problèmes dans un diocèse de mission. Je présenterai ici quelques solutions tentées dans l'archidiocèse de Pondicherry.

    Premiers essais

    L'emploi des moyens audio-visuels pour diffuser largement l'éducation religieuse n'est pas chose nouvelle à Pondicherry. Dès 1951-1952, à l'époque où la statue de Notre Dame de Fatima était transportée dans toutes les paroisses du diocèse, quelque deux cents représentations furent données sur Fatima (apparitions, pèlerinages) avec un projecteur pour films fixes de 35 mm. Les explications étaient fournies par micro aux milliers d'auditeurs. En 1954, la même expérience fut renouvelée pour l'année mariale avec des diapositives en couleurs sur la vie de Notre-Dame.

    C'était l'époque difficile où toutes les randonnées devaient se faire en chariot à boeufs. Les milliers de milles parcourus dans cet équipage obtinrent leur récompense. Nous pouvions atteindre des villages éloignés, inaccessibles aux voitures, où le cinéma n'avait pas encore pénétré. Les images attiraient des foules de catholiques et d'hindous. Je me souviens d'un endroit où nous ne pouvions rester jusqu'au soir : les gens nous pressaient de faire une représentation en plein jour à l'extérieur ! Le message de Fatima, tout particulièrement, obtint partout grand succès, grâce aux belles images et au commentaire qui pouvait être adapté à chaque localité.

    Documentation M.E.P.
    Janvier 1963

    Dans les années qui suivirent, soixante-dix-sept représentations furent données dans les villages par le centre catholique de Tindivanam.


    Nouvelles réalisations

    Après cette première expérience, un plan nouveau de représentations cinématographiques fut inauguré en 1959, en liaison avec les tournées catéchistiques. Un nouvel équipement fut acheté : d'abord une jeep, pour se déplacer rapidement et desservir parfois deux endroits le même jour ; un générateur (230 volts, 1 500 watts) pour donner des séances dans les villages dépourvus d'électricité ; un projecteur de films en 16 mm et un magnétophone.

    Ce matériel fut mis à la disposition des curés, à la condition que les fidèles couvrent nos frais de déplacement. Il leur revenait aussi de faire la dépense des longs métrages récréatifs s'ils désiraient en ajouter aux films religieux gratuitement fournis par le centre de Tindivanam (nous communiquions une liste de films de qualité, avec l'adresse où se les procurer). En treize mois, cet équipement a parcouru 24 000 km pour 273 représentations qui comportèrent toutes un sujet religieux.

    Pour assurer ces séances, notre centre a acheté quelques films, comme les courts métrages catéchistiques de la « San Paolo films » : l'Annonciation, le crucifiement, l'Ascension, la vocation, etc. D'autres films étaient simplement loués. Si l'achat revient cher, la location aussi est coûteuse : les tarifs de notre cinémathèque catholique sont élevés et il n'y a pas d'arrangements avantageux pour la location hebdomadaire ou mensuelle Les Protestants sont mieux organisés : ils dirigent à Jabalpur une très bonne cinémathèque qui loue ses films pour un prix raisonnable et à des conditions spéciales pour une location mensuelle. Nous devrions disposer d'un organisme semblable en chaque région, avec des films commentés dans le dialecte local.

    Besoin d'adaptation

    Pour enseigner de façon satisfaisante, les films, non moins que les sermons, devraient être adaptés à la capacité des auditeurs. Comme tous les films religieux sont faits en Occident et pour un public occidental, plusieurs perdent leur intérêt et manquent leur but en Orient. Ce n'est pas le cas des reconstitutions historiques sur la vie de Notre Seigneur ou de Notre-Dame. Mais les vies de saints ou les films de fiction à implication morale sont souvent incompris, à cause des longs dialogues, des allusions aux luttes intérieures, etc. Un film comme « Monsieur Vincent », qui a eu une si grande influence en Europe, reste difficile à comprendre pour un auditoire indien, même avec le meilleur commentaire. Il en va de même pour « Le ciel sur les marais » (Maria Goretti), notamment dans sa première partie.

    Dans les films occidentaux, l'action est ordinairement trop rapide, le style trop elliptique. C'est pourquoi nous devrions avoir des films créés par des artistes du pays et conformes à sa mentalité. Quant aux oeuvres étrangères de valeur, il faudrait les adapter à l'esprit oriental en coupant certaines scènes auxquelles notre public n'est pas préparé, en raccourcissant les conversations qui ne peuvent faire l'objet d'une traduction adéquate. Surtout, certains films mériteraient d'être doublés en quelques-unes des principales langues de l'Inde.

    En fait d'adaptation, notre centre a produit un film en couleurs sur le baptême. On y explique dans une ambiance indienne l'histoire de l'eau, la cérémonie de l'eau bénite du samedi saint, enfin toutes les cérémonies du baptême. Le commentaire avec fond musical est enregistré sur ruban magnétique.

    Les protestants ont produit en Inde un certain nombre de films, parmi lesquels « L'enfant prodigue », qui présente la parabole en milieu indien. Je l'ai montré en plusieurs endroits et je puis dire que les gens l'ont vu avec plaisir et en ont tiré profit. Dans un village une brave femme assise près du projecteur faisait ses recommandations aux personnages de l'écran tout au long de la séance : « Imbécile ! Tu aurais mieux fais de rester chez toi !... Attention de ne pas te faire rouler !... » Voilà un film qui a sûrement été bien compris.

    Programme varié à fins multiples

    Pour suppléer au manque de films de long métrage, coûteux et le plus souvent inadaptables, notre équipe mobile a presque toujours présenté des courts métrages catéchistiques, surtout sur la vie de Jésus. Ces films durent de dix à vingt minutes. Bien préparés, ils peuvent être entièrement compris du public. Il serait avantageux de les doubler en diverses langues régionales (1).
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    (1) « San Paolo films » (via Portuense 746, Rome) a un choix de tels films en italien dont plusieurs sont doublés en français, anglais et espagnol.

    Si utiles qu'ils soient, les films catéchistiques ne constituent pas un programme complet et ce serait une erreur de trop en montrer à la fois. Par bonheur, il est facile de trouver d'autres bons films. Le ministère de l'Information a produit un certain nombre de très bons documentaires sur l'Inde : paysages, artisanat, folklore, santé, agriculture, etc. qui peuvent être achetés ou loués à bas prix. Presque tous existent en langues régionales. Quelques ambassades prêtent gratuitement des films, dont plusieurs sont de qualité. L'ambassade de France a par exemple de beaux documentaires religieux : Lourdes, Saint Bernard, les cathédrales, les monastères... Le service de l'Information des Etats-Unis a une très bonne série de dessins animés de Walt Disney sur l'hygiène et la santé, à la fois agréables et instructifs.

    Ces films à caractère social méritent d'être montrés. N'est-ce pas un devoir de charité que d'élever le niveau de nos pauvres gens en les aidant à lutter contre la maladie et la contagion, en leur enseignant des méthodes nouvelles de construction et de nouveaux métiers, en leur donnant de meilleures notions d'agriculture, etc. ? Tout ceci peut se faire aisément et efficacement à l'aide de films.

    En plus de cette mission d'ordre social, c'est faire oeuvre de charité que de procurer à notre population de sains divertissements. La plupart des gens travaillent dur et souffrent beaucoup. Ils n'ont aucun passe-temps, très peu de récréation. Une heure de joie de temps en temps, un bon rire du fond du coeur (chaque séance comprend quelques comiques) leur feront sûrement grand bien, peut-être plus qu'un sermon ennuyeux. « Nous invitons les fidèles, disait Pie XII, à voir des films qui les rendent plus joyeux, plus libres et meilleurs ».

    On doit aussi considérer l'aspect culturel. Combien de nos gens vivent dans leur village comme dans un ghetto, prisonniers de leur caste, avec peu ou point d'ouverture sur le monde extérieur ! Cela leur fait du bien de voir les manières de vivre dans les autres parties de l'Inde et en d'autres pays, d'observer par exemple les foules de Rome devant la basilique Saint Pierre ou une procession aux flambeaux à Lourdes. Le fait d'élargir leurs horizons, de leur donner le sens de la catholicité aura sûrement pour effet d'élever leur esprit. Le cinéma « doit être un instrument d'élévation et de vraie civilisation et donc de christianisme » (cardinal Agagianian).

    Vues fixes avec commentaire enregistre

    Tandis que les films religieux valables et bien adaptés sont rares et dispendieux, les films fixes sont nombreux et ne coûtent pas cher. Du fait que l'image reste sous les yeux plus longtemps, elle peut pénétrer davantage, surtout quand un commentaire approprié l'accompagne. Il existe un choix si vaste de films fixes provenant de différents pays qu'il est facile den choisir qui soient à la fois intéressants et instructifs. Mais l'effet d'une telle projection dépend surtout du commentaire. Un commentaire trop pauvre, s'il ne détruit pas l'effet d'un bon film, lui fait du moins perdre sa pleine signification. Dans le but d'aider les curés surchargés de travail, le centre de Tindivanam a déjà préparé un certain nombre de livrets que le catéchiste n'a qu'à lire avant ou pendant la représentation.

    Une façon encore bien meilleure d'expliquer les vues fixes est de préparer, une fois pour toutes, un commentaire enregistré sur ruban magnétique et de louer ce ruban, ainsi que le magnétophone si la paroisse ou l'école n'en possède pas. Un bon commentaire, avec fond musical, dialogue, etc. ne s'improvise pas ; enregistrement compris, il faut y consacrer plusieurs heures pour une représentation d'une demi-heure ; mais la chose en vaut la peine. Les rubans serviront des douzaines ou des centaines de fois, sans rien perdre de leur rendement sonore.

    Le centre de Tindivanam a déjà préparé le commentaire enregistré des films fixes suivants : « Les martyrs de l'Ouganda » (Lumina : quatre bobines en couleurs, sur une histoire émouvante), « La Passion de Notre Seigneur » (Bonne Presse : la Passion selon S. Matthieu chantée en tamoul, avec une image par verset), « L'Ancien Testament » (Lumina : vingt bobines en couleurs, commentaire d'une demi-heure pour chacune), « Le Nouveau Testament » (Lumina : id.), « Isaac Jogues » (Ed. du Berger : huit bobines en couleurs sur la vie du martyr des Peaux Rouges), « Théophane Vénard » (Berger : six bobines en couleurs).

    Plus original est l'agencement de diapositives avec commentaire chanté. Ainsi fut mis au point un reportage sur Lourdes, avec vingt-trois diapositives en couleurs et un commentaire qui intègre des enregistrements pris à Lourdes même. On peut entendre la messe chantée à la grotte, le peuple qui prie et qui chante en diverses langues, les cloches de la basilique, et, plus beaux que tout, les chants majestueux de la procession du Saint-Sacrement et de la procession aux flambeaux.

    Avec le concours de grands séminaristes, parmi lesquels se trouvent des talents cachés, on pourrait préparer un plus grand nombre de telles illustrations sonores, bien adaptées au milieu et à la mentalité de l'Inde (2).
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    (2) Autre aspect de l'éducation audio-visuelle, les saynètes jouées dans les villages. Les villageois aiment ce divertissement et peuvent tirer grand profit d'une pièce si elle est bien préparée. L'école normale du Tindivanam a composé un sketch d'une demi-heure sur Job, qui fut présenté avec succès en plusieurs endroits. La « troupe » fut réduite à neuf acteurs (capacité maxima de la jeep !), dont certains devaient jouer plusieurs rôles. Mais tout a très bien marché. On a joué plus tard une autre pièce sur « Lazare et le mauvais riche ». Nos gens aiment aussi le « Katcha Kalachebam », sorte de ménestrel qui célèbre la vie d'un héros ou d'un saint. C'est une autre formule à essayer.

    Les psaumes en « son et lumière »

    Une de nos tentatives les plus concluantes, c'est la présentation de diapositives en couleurs pour illustrer des cantiques bibliques et des psaumes. Au lieu de mettre un commentaire, parlé ou chanté, sur des images, pourquoi ne pas faire l'inverse et mettre l'image au service du texte sacré ?

    Le premier essai a été tenté avec le cantique des trois jeunes gens : « Benedicite omnia opera Domini Domino ! » Chaque verset est chanté en tamoul, sur une mélodie très simple, d'abord par un soliste, puis par un choeur auquel la foule des spectateurs est invitée à se joindre, tandis que des vues en couleurs prises dans le pays apparaissent sur l'écran : « Montagnes, bénissez le Seigneur !... Fleuves, bénissez le Seigneur !... » Ce cantique est bientôt devenu le plus populaire de notre répertoire ; des dizaines de milliers de chrétiens et d'hindous l'ont appris et le chantent encore, grâce aux centaines de séances organisées depuis trois ans dans les villages.

    Fut composé ensuite le psaume 148, avec une évocation plus détaillée de l'Histoire sainte (ex. les montagnes qui ont spécialement loué le Seigneur : Sinaï, Thabor, Golgotha...). Sous cette forme, le psaume est moins adapté aux villageois ; il convient tout à fait aux écoliers du secondaire.

    C'est sur un air tamoul connu, très entraînant, qu'est présenté le psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger ». La vie pastorale indienne : moutons, bergers, verts pâturages... a fourni sans peine les images. Pour les psaumes 8 et 103, un Hindou, maître de musique, a composé des mélodies mises en valeur par la belle voix du soliste ; les gens les ont aussitôt reprises en suivant le commentaire visuel : « Drapé de lumière, tu déploies les cieux comme une tente ! Les nuées sont ton char !... »

    Assurément les psaumes ne se prêtent pas tous à une telle illustration La fin du psaume 8 sur la misère et la grandeur de l'homme nous a demandé plus de recherches que les premiers versets. Des vues d'églises nous ont aidés à présenter le psaume 23 : « Elevez vos portes éternelles ! Qu'Il entre, le Roi de gloire !... » Pour les quelques psaumes qui paraissent encore se prêter à une adaptation à l'écran, nous devons prévoir les vues, les prendre quand l'occasion se présente, les soumettre à l'appréciation des uns et des autres. Mais nous pouvons aussi recourir aux images pour faire apprendre et goûter des hymnes liturgiques et des cantiques. C'est ainsi que pendant le Carême, une hymne à la croix et le chant de la Passion ont été appris par un large public.

    La musique nous a posé aussi des problèmes. Pour le psaume 92, notre musicien, un pandit hindou, composa un air d'inspiration purement hindoue : à l'entendre, avec son accompagnement de tam-tam, on se croirait dans le vestibule d'un temple ! De ce fait, le psaume est peu goûté des chrétiens, mais les Hindous l'apprécient.

    Financement

    On ne saurait dire que ces expériences coûtent cher. Le minimum requis comprend un appareil de projection et un magnétophone, ou un équipement de haut-parleur. Là où il n'y a ni électricité ni générateur, on peut se servir d'un appareil de projection à lampe « pétromax » et d'un haut-parleur alimenté par accus. Cela revient à moins de mille roupies (env. 210 dollars U.S.). Dans la ville d'Attur (diocèse de Salem) où une équipe travaille de cette façon avec un vieux projecteur 9 mm, un grand nombre de représentations ont été données avec succès dans les villages.

    Un équipement plus au point (générateur, projecteur parlant, projecteur fixe et magnétophone) réclame un bon capital initial, surtout si l'on y ajoute une jeep. Mais si l'équipement est neuf, bien entretenu, les dépenses seront surtout constituées par les frais d'essence, en proportion des distances parcourues.

    Il faut également tenir compte du fait que beaucoup d'écoles secondaires sont en train de se doter de projecteurs fixes et parlants, conformément à la réglementation du ministère de l'éducation. Cela représente des dépenses assez lourdes, mais ne serait-il pas magnifique de voir ces écoles sortir de leur coquille et employer leurs appareils et leurs talents pour un apostolat audio-visuel en d'autres écoles ou dans les villages ? Un laïc pourrait être formé à cette fin.

    Apostolat, c'est le mot qui s'impose comme conclusion. S'il est vrai que saint Paul a parcouru quatorze mille milles durant sa vie, combien plus n'aurait-il pas fait avec nos moyens modernes de transport ! Et il aurait sûrement mis à profit nos instruments actuels de diffusion pour « porter le message du Christ et de son Eglise à un public de plus en plus vaste » (3). Que saint Paul nous aide dans cet apostolat moderne !
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    (3) Déclaration de la conférence épiscopale de Manille, décembre 1958.

    1963/57-64
    57-64
    Becker
    Inde
    1963
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