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Des écoles ! Des écoles !

Des écoles ! Des écoles ! Léducation de la jeunesse a toujours préoccupé les missionnaires du Setchoan. En 1779 déjà le Vénérable Moye eut une vision et entendit une voix lui dire : Ayez un grand zèle pour léducation de la jeunesse. Le Setchoan vit bientôt surgir partout des écoles, et ce sont ces écoles, où les enfants apprennent le catéchisme et les prières, qui ont été comme autant de foyers pour allumer ou pour réchauffer la foi de nos vieilles chrétientés.
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    Des écoles ! Des écoles !

    Léducation de la jeunesse a toujours préoccupé les missionnaires du Setchoan. En 1779 déjà le Vénérable Moye eut une vision et entendit une voix lui dire : Ayez un grand zèle pour léducation de la jeunesse. Le Setchoan vit bientôt surgir partout des écoles, et ce sont ces écoles, où les enfants apprennent le catéchisme et les prières, qui ont été comme autant de foyers pour allumer ou pour réchauffer la foi de nos vieilles chrétientés.

    Mais la Chine sest modernisée, et des écoles de catéchisme ne suffisent plus : il nous faut des écoles où nos chrétiens puissent faire des études complètes selon les programmes du gouvernement. A lheure actuelle la formation de la jeunesse vient en première ligne après la formation du clergé indigène, car nous avons plus que jamais besoin dune élite catholique pour lutter contre le flot montant.

    La République chinoise, depuis une dizaine dannées, a fondé des écoles, improvisé des éducateurs, fabriqué une morale sans fondement ni sanction ; ses écoles sont devenues de vrais cirques, où le comique le dispute parfois au tragique. Dans ces écoles, pas de discipline : les élèves font ce quils veulent, viennent en classe quand il leur plaît, en sortent selon leur caprice . Et que font donc surveillants, préfets, directeurs ? direz-vous, Mais ils ont une sainte frayeur de leurs élèves et se garderaient bien de les contrarier en quoi que ce soit, car ceux-ci les insulteraient dans la rue et se permettraient même de leur administrer une bonne raclée, si, à la nuit tombante, ils les rencontraient se dirigeant vers quelque fumerie dopium.

    Les élèves des différentes écoles sont syndiqués. Sil se produit quelque incident qui déplaise à ces messieurs, voilà toutes les écoles qui se mettent en grève, et lautorité cède généralement devant le nombre. Tchengtou a été plusieurs fois le théâtre de bagarres entre étudiants et militaires ; les premiers, après avoir laissé quelques-uns des leurs sur le champ de bataille, forcèrent la main à lautorité et sortirent de la lutte plus orgueilleux et toujours prêts à recommencer.

    Dans une école moyenne le Directeur est changé : son successeur se présente à lécole ; lancien refuse de lui livrer le sceau. Quelques élèves entrent en bombe dans le bureau de celui-ci et, pour trancher le différend, emportent le sceau.

    Dans une école primaire supérieure quelques élèves, mécontents du préfet de discipline, sarment dun bistouri et lui font subir pendant la nuit une mutilation ignominieuse,

    Lécole primaire supérieure dune grande ville est séparée de lécole des filles du même degré par un mur en terre ; le mur sest écroulé. Il va sans dire que les relations entre étudiants et étudiantes sont des plus intimes. Le directeur se gardera bien de faire réparer le mur : il serait par terre le lendemain.

    Un professeur dhistoire, entrant en classe, y trouve 48 élèves ; une heure après, il en reste trois : son fils et ses deux neveux ; les autres, trouvant le cours trop peu intéressant, se sont éclipsés. Je connais un élève dune école moyenne qui, pendant un semestre, na pas fait une seule composition, et pourtant il a dexcellentes notes. Comment sy prend-il ? cest bien simple. A chaque composition, il mobilise un de ses amis dune école supérieure, qui, à prix dargent, bien entendu, lui fait ses compositions, et un jour il sera diplômé avec la mention très bien.

    Dans telle école primaire supérieure un mois vaut un semestre : les professeurs font 8 ou 9 heures de classe par jour, ou plutôt parcourent les manuels ; au bout dun mois on a vu la matière du semestre et chacun rentre chez soi en attendant le semestre suivant.

    Un sous-inspecteur dacadémie me citait une école où les élèves avaient mis deux fois les pieds en classe : le jour de linscription et le jour de la remise des diplômes de fin détudes.

    Au bout de quelques années nos jeunes étudiants, qui ont usé plus de souliers dans les rues que de culottes sur les bancs des écoles, ne savent rien : ils ont touché à toutes les matières, mais nont rien approfondi.

    Latmosphère, dans les écoles de la Chine moderne, est la même que dans les hautes sphères gouvernementales : intrigues, clans, indiscipline, anarchie, incapacité.

    Triste tableau, direz-vous. Oui, mais nullement exagéré cependant. Aussi quel beau champ sétend devant nous, éducateurs catholiques ! Cest le moment ou jamais de nous lancer, de saisir loccasion de jeter le filet et dattirer les enfants chinois dans nos écoles.

    Pline voulait quon cherchât dans le maître la plus grande vertu : Prceptorem eligere sanctissimum. Les parents demandent ce maître, car ils sont dégoûtés de ces écoles où leurs enfants se perdent en dépensant beaucoup dargent.

    Les protestants nont guère réussi dans leurs uvres scolaires. Les maîtres, sinspirant du libre examen, ont prêché la liberté à outrance et petit à petit détruit le principe dautorité, de discipline, sans lequel une école ne peut subsister. LUniversité protestante de Tchengtou est un vrai foyer de bolchevisme : tous les ans on y entend parler de grèves ; aussi les parents se méfient-ils de ses établissements où leurs enfants deviennent des cancres de la Y. M. C. A. ou des suffragettes. Il suffit, même sans faire grande réclame, douvrir une école catholique pour que la clientèle arrive. Je connais telle ville où lon dit couramment : Ceux qui pensent à samuser entrent à lécole du gouvernement ; ceux qui veulent étudier sérieusement vont à lécole de la mission catholique. M. Grousseau a longuement prouvé à la Chambre française la supériorité de lécole libre au point de vue de léducation morale. Nos bons Célestes semblent avoir compris la chose et préfèrent envoyer leurs enfants à lécole catholique payante plutôt quà lécole laïque ou païenne gratuite.

    Il nous faudrait donc des écoles catholiques, des écoles avec leurs fêtes et leurs emblèmes religieux ; des écoles où le cours de morale soit fait par un professeur chrétien qui sinspire de lEvangile ; des écoles où chrétiens et païens désireux de sinstruire dans la religion puissent trouver des cours de catéchisme et dapologétique, car une école neutre est une école déshonorée, a dit le Cardinal Mercier.

    Nous avons déjà au Setchoan plusieurs écoles reconnues par le gouvernement : elles sont toutes florissantes. Pourquoi ny en a-t-il pas davantage ? Hélas ! la réponse est simple et sera longtemps la même : Operarii pauci.

    Nombre de séminaristes en France aspirent à la vie de missionnaire ambulant, avec ses charmes et ses croix. Dautres hésitent, car ils se sentent des aptitudes spéciales, des goûts pour le professorat. Que ceux-ci sachent quà lheure actuelle la Chine a grand besoin déducateurs catholiques ; ils trouveront leur idéal en mission ; car, tout en professant ou en dirigeant un collège, ils auront encore le bonheur dexercer le saint ministère et, sils ont lamour de la croix et du renoncement, élèves, et collaborateurs se chargeront de les satisfaire.

    Nos écoles reconnues reçoivent toutes des élèves païens. Il serait évidemment préférable de navoir que des chrétiens dans nos établissements ; mais, jusquà nouvel ordre, où trouver le nombre suffisant délèves chrétiens ?

    Les élèves païens se font-ils chrétiens dans nos écoles ? Hélas ! cest bien rare et, dans les comptes-rendus, on ne parle que dunités. Mais voyons les choses au point de vue de la foi, qui ne sarrête pas au présent, et pensons à cette génération qui aura été formée par nous, qui connaîtra et la mission catholique et le missionnaire, qui, après avoir reçu la première éducation à lombre de léglise, sera débarrassée de ses préjugés séculaires et naura quun pas à faire pour entrer dans le divin bercail !

    Le démon anti-scolaire semble enchaîné pour un temps ; le gouvernement approuve nos uvres scolaires, il les encourage même. Profitons-en ; le jour où la Chine aura retrouvé son équilibre, jouirons-nous encore de ces libertés ? Hâtons-nous donc de former une jeunesse catholique instruite, qui, secondée par une jeunesse non encore catholique, mais amie, nous sera dun puissant secours, sinon pour convertir la Chine, au moins pour conserver nos positions et les fortifier.

    G. DE JONGHE,
    Miss. du Setchoan Occid.

    1923/227-231
    227-231
    Jonghe
    Chine
    1923
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