Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Dans les Montagnes bleues

Dans les Montagnes bleues (Inde) Les Todas
Add this
    Dans les Montagnes bleues (Inde)
    Les Todas

    La tribu des Nilgiris la plus singulière, et aussi la moins nombreuse, est la tribu des Todas. C'est une tribu pastorale, dont les membres considèrent les travaux de culture au-dessous de leur dignité. C'est une race de bergers, dont le nombre ne dépasse pas un millier et dont l'origine va se perdre très loin dans l'obscurité des temps. Selon leurs traditions mythologiques, ils prétendent descendre des \ Vanaras " de l'armée de " Rama " au temps où ce demi-dieu de la mythologie hindoue traçait sa marche au nord de la Lémurie vers Ceylan, le royaume de " Ravana ", à la découverte de sa femme " Sita ". C'est du moins ce que dit la légende.
    Les ethnologistes ne professent pas la même opinion. Quelques-uns les font descendre des premiers Scythes qui, terrassés par la persécution, auraient trouvé refuge dans les montagnes. D'autres prétendent qu'ils seraient une variation du type malais ; d'autres, enfin, seraient inclinés à croire qu'ils sont les derniers survivants de l'une des tribus d'Israël qui, emmenant moutons et troupeaux, aurait émigré vers l'est et finalement se serait installée dans la fertilité de ces montagnes.
    Quelle que soit leur origine, celui qui aujourd'hui rencontre un Toda pour la première fois serait peut-être porté à penser comme ceux de la dernière opinion. Le Toda est un homme gracieux, grand et bien bâti : il a le nez romain, de belles dents blanches et des yeux larges et expressifs. Il ne se couvre jamais la tête et on peut admirer l'épaisse chevelure noire qui la couronne et retombe sur le cou en boucles touffues. Il ne porte pour tout vêtement qu'un large drap ou une ample couverture, rejetée élégamment sur l'épaule droite, à l'étrusque ou à la romaine.... Ne dirait-on pas un de ces vieux patriarches d'Israël, tels que l'iconograghie nous les représente d'ordinaire ?
    La femme toda est élégante et d'aspect agréable. Toutefois, il arrive qu'en vertu du système de polyandrie qui règne dans cette tribu et par lequel la femme de l'un devient la femme de tous ses frères, la femme toda perd vite ses charmes de jeunesse. C'est à elle que revient tout le travail, tandis que son mari vagabonde sur les collines, dont il est le roi, à la garde de ses troupeaux de buffles. Ces animaux lui procurent le lait et le beurre nécessaires à sa subsistance quotidienne. Il se sert aussi de ce même beurre comme d'un onguent pour son corps, sans parfum aucun, mais d'une odeur au contraire particulièrement toda.
    Les habitations des Todas sont appelées " Munds "; elles sont généralement situées sur la pente d'une colline ou au fond de quelque clairière. Leur style est tout à fait original : quelques bambous serrés les uns contre les autres et réunis par un plâtrage de boue le tout couronné d'un toit de chaume. La forme de ces huttes est ovale et donne l'impression d'une construction en demi barrique. Une toute petite porte, basse et étroite, est l'unique entrée, et il y a une façon de s'accroupir et de se faufiler à quatre pattes pour en user utilement.
    Les traditions religieuses et sociales des Todas, on se l'imagine aisément, sont plutôt primitives. Elles règlent des cérémonies bizarres comme des coutumes grotesques. En ce qui concerne la religion, les Todas sont extrêmement rigides et stricts ; ils ne permettront jamais à un étranger de pénétrer dans leurs temples, gardés par des prêtres, appelés " Pal-al ". Ils n'adorent pas les idoles et leur religion est un vague théisme, s'appuyant sur la doctrine d'un au-delà, qu'ils dénomment " le grand Pays ". C'est pour eux un lieu peuplé d'êtres célestes, jouissant de la récompense que leur a valu leur vie. Et où habitent-ils ? Sur les pics les plus élevés et les plus inaccessibles des montagnes. Personne ne les a jamais vus.
    Au lever du soleil, le Toda salue l'astre des cieux. Ce salut est assez grossier et consiste purement et simplement en un vulgaire pied de nez. Une autre coutume étrange, c'est le salut de l'inférieur au supérieur. Les Todas les plus anciens sont l'objet d'un grand respect. Le plus jeune se met alors à genoux, tandis que l'ancien lève le pied droit à la hauteur de la tête de son cadet, en signe de bénédiction.
    Dans toutes les cérémonies et fêtes todas, le buffle joue un rôle important. Il est, surtout dans les cérémonies funèbres, la victime du sacrifice, pour pouvoir accompagner l'âme du défunt au " Grand Pays", le lieu de l'éternel repos. Quant au cadavre, la coutume veut qu'on le brûle, comme le prescrit d'ailleurs la religion hindoue.
    Jusqu'ici on n'a pu convertir aucun Toda ; quelques-uns toutefois sont protestants ou du moins ont donné leur nom à quelques sectes. A quand l'heure de la grâce pour ces pauvres êtres ? Prions pour les Todas !
    FRANCIS AUDIAU,
    Miss. de Coimbatore.

    "
    1935/90-92
    90-92
    Francis Audiau
    Inde
    1935
    Aucune image