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Dans la brousse kouangsinaise

Dans la brousse kouangsinaise Mortuus et sepultus Resurrexit... Elle semblait bien morte, et pour toujours ensevelie sous ses ruines la pauvre mission de Longtcheou après la tourmente du 19 février 1930. Le chef de district ainsi quun jeune missionnaire arrivant de France et de passage à Longtcheou, mis en fuite par lattaque des communistes, étaient tombés aux mains des pirates ; avec eux avait été pris aussi tout le personnel de la mission, y compris les religieuses et les petites orphelines confiées à leurs soins.
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    Dans la brousse kouangsinaise
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    Mortuus et sepultus Resurrexit...

    Elle semblait bien morte, et pour toujours ensevelie sous ses ruines la pauvre mission de Longtcheou après la tourmente du 19 février 1930.

    Le chef de district ainsi quun jeune missionnaire arrivant de France et de passage à Longtcheou, mis en fuite par lattaque des communistes, étaient tombés aux mains des pirates ; avec eux avait été pris aussi tout le personnel de la mission, y compris les religieuses et les petites orphelines confiées à leurs soins.

    La résidence incendiée, léglise saccagée, les quelques chrétiens de la région pillés, chassés de chez eux, puis, labandon forcé où durant près de trois ans on dut laisser les lieux, avaient fait croire à beaucoup que jamais la mission catholique ne tenterait de relever ces ruines.

    Cest cependant chose faite. Au prix de quels efforts, de quelles difficultés ?... Quimporte si notre idéal est atteint. Le Christ qui a vaincu la mort, nous demande dêtre plus forts que lépreuve. Vobiscum sum, nous dit-il, nolite solliciti esse... Forts de ces promesses, nous allons de lavant, malgré tout. Si Deus pro nobis quis contra nos ?

    Dailleurs notre situation en Chine, quoique restant difficile, ne nous permet-elle aucun espoir ? Ne semble-t-il pas quelle tende à séclaircir, à devenir de jour en jour plus nette ?

    A lheure actuelle, où en sommes-nous, quavons-nous devant nous ?
    Dun côté, des exaltés, en grand nombre encore, qui, selon une formule connue, nont ou semblent navoir rien oublié, rien appris.
    De lautre, la masse des braves gens, disons des gens tout court, qui eux, ont vu, compris, se sont fait sur nous une opinion ; et cette opinion quils raisonnent fort bien et quils ne cachent pas, nous est franchement favorable.

    Pour ceux-là nous restons les diables détrangers, les précurseurs et les préparateurs de lImpérialisme occidental, les hommes pervers et néfastes qui arrachent les yeux des mourants et semparent des cadavres pour en faire des philtres (1), qui pervertissent le peuple, etc. etc. Mais le peuple lui, ne croit plus guère à ces balivernes, il a percé à jour le machiavélisme de ceux qui les lui débitent. Ceux-ci y croient-ils encore eux-mêmes ?

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    (1) Voir sur ce sujet dans le Bulletin de février 1933, Nº 134, larticle Variétés, Curieux procès en Chine.


    Si nous comparons notre situation actuelle à ce quelle était il y a 20 ans, que voyons-nous ? Je ne nie pas que durant ce laps de temps nous nayons tous et partout été assez fortement éprouvés : certains ont reçu de rudes coups, quelques-uns sont tombés au champ dhonneur cest le cas de le dire, cest leur gloire et la nôtre ; mais notre situation est-elle désespérée pour autant ?

    On a dit, je lai cru comme bien dautres, que depuis de longues années luvre missionnaire en Chine était en recul, ou pour le moins stationnaire. Je nhésite plus à dire que cest là une erreur, et une erreur dautant plus déplorable quelle est de celles qui abattent, qui font penser à aller ailleurs, là où dautres ne suffisent pas à la besogne.

    Ne parlons pas détat stationnaire, encore moins de recul. Que le nombre de nos chrétiens durant cette dernière décade nait pas augmenté dans les mêmes proportions quil y a 30 ou 40 ans, cest entendu. La guerre civile, les troubles, le communisme en sont la cause, comme ils sont la cause de tant de malheurs et de désastres dont nous avons eu notre large part, mais ce n test là quun à côté, une déficience transitoire dont limportance secondaire est largement compensée par des progrès dun intérêt autrement grave pour nous.

    Que sont les avanies, les pertes matérielles, les destructions subies ou à subir comparativement à la fondation de tant de nouvelles missions dont, et jinsiste sur ce point, 17 confiées au clergé indigène ?

    En quoi et comment la diminution temporaire, pour les causes déjà indiquées, du nombre des nouveaux convertis pourrait-elle être considérée comme un signe de recul ou même seulement darrêt de notre uvre dévangélisation si, de par ailleurs cette diminution est compensée, largement compensée même, par une augmentation considérable du nombre des sympathisants ?

    Des siècles durant, nos prédécesseurs ont été considérés et traités comme des gens néfastes, des énergumènes dont on devait à tout prix se débarrasser, quil fallait tout au moins éviter. Il y a peu de temps encore, on ne voulait voir en nous que des gens à la solde et à la merci des gouvernements impérialistes.

    Comme je le dis plus haut, en marge de la masse du peuple dont nous avons gagné la sympathie, il y a encore des exaltés qui sobstinent à nous vouloir du mal, à nous vilipender. Mais, ces gens-là, qui sont-ils ? pourquoi crient-ils ? où les trouve-t-on ? combien sont-ils ?

    Jen appelle aux confrères, broussards ou citadins qui, pratiquant davantage le peuple chinois, le connaissent mieux et sont donc plus à même de se rendre compte et de se faire une opinion. Si, à limitation de ce qui se fait en Europe, il prenait fantaisie au Bulletin de faire auprès deux une enquête sur ces questions, jai la persuasion que lidentité des réponses le mettrait dans un bel embarras pour classer les concurrents et leur distribuer ses prix.

    Qui sont ceux qui crient contre nous, pourquoi crient-ils ?
    Cherchez-les parmi les ratés, les fainéants, surtout peut-être parmi ces ambitieux qui ont rapporté dEurope ou dAmérique une éducation et des principes néfastes parce que amoraux. Ces gens-là, pour obtenir une sinécure ou pour la conserver en se faisant valoir, nont encore rien su trouver de mieux que cette xénophobie quils essayent de pallier sous lappellation de patriotisme ; vieux cliché déjà fort usé et que le peuple lui, qualifie de patriotisme du porte-monnaie.

    Où les trouve-t-on ? Voyez surtout aux alentours des prétoires, de certaines écoles, assez souvent à lintérieur ; rarement ailleurs.

    Combien sont-ils ? A peu près autant que de fainéants, de ratés ou de parvenus. Ce nest pas peu dire, certes, mais il apparaît plus clairement, de jour en jour, que le peuple nest ni avec eux ni pour eux.

    Alors ?... Eh bien ! il nest pas douteux que ce vent de folie collective qui, de notre pauvre Chine, avait fait un enfer, na plus la même intensité. La mentalité chinoise évolue, bien des gens se sont ressaisis, les autres suivront. Le gouvernement lui-même, en supprimant dans les écoles officielles lenseignement du triple démisme et de la doctrine révolutionnaire de Sun-Yat-Sen, quil reconnaît avoir été les causes premières du mal dont souffre la Chine, semble bien vouloir favoriser cette évolution.

    Déjà les effets de ce revirement des esprits sont appréciables. Des faits le prouvent qui sont pour nous dune importance capitale.

    Un mandarin officiellement blâmé, puis déplacé pour avoir molesté des chrétiens.
    Les autorités de la province, préoccupées de la fondation dune uvre philanthropique, disant elles-mêmes que seule la mission catholique était à même de mener cette uvre à bonne fin.

    Nos religieuses obtiennent leur libre entrée dans une crèche officielle.
    Le nouveau titulaire de la mission de Longtcheou sollicité, même avant son installation, de fonder une école enfantine.

    Le contraste signalé à Nanning par les païens eux-mêmes entre la destruction officielle dune pagode au moment même où, tout à côté, la mission catholique construit une nouvelle chapelle, la première élevée en banlieue.

    Linterdiction portée par le gouvernement de se livrer dans les journaux à toute critique malveillante à ladresse des religions étrangères.

    Des étudiants nous faisant des gentillesses, même publiquement, venant en groupe nous faire visite et sinformer de la religion, demandant même ouvertement à se convertir ! Quantum mutati...

    Je ne veux pas omettre lexpression, publique aussi, des sentiments du peuple à légard de la religion chrétienne. La suppression officielle du culte des idoles, linterdiction absolue des pratiques superstitieuses et les moqueries parfois ignobles débitées ouvertement contre toutes les religions avaient fait craindre que ce pauvre peuple ne sombrât dans lathéisme. Il nen est rien, il est resté religieux, pratique ses superstitions en cachette et, connaissant déjà et appréciant notre religion la trouve belle, la dit ouvertement bonne.

    Jésus comptait parmi le peuple de... nombreux admirateurs dont la plupart, malheureusement, trompés par lenseignement et les intrigues criminelles des faux docteurs hésitaient à reconnaître en Lui le Messie promis. (Berthier IV-I.)

    Le nombre des faux docteurs a bien diminué en Chine, la virulence de leurs intrigues contre la religion catholique est aussi bien atténuée.

    Lavenir est à nous. Réparons nos ruines et préparons-nous à reprendre notre marche en avant.

    G. CAYSAC
    Miss. du Kouangsi.

    1933/353-357
    353-357
    Caysac
    Chine
    1933
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