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Correspondances lexicologiques

Correspondances lexicologiques entre le SANSCRIT, le CHINOIS et lANNAMITE PRÉLIMINAIRES En dehors des nombreux mots sanscrits ou pâlis introduits en Chine et en Annam à la suite du bouddhisme et appartenant au style mystique, il en est dautres qui sont entrés dans le langage commun, à une époque difficile à déterminer, mais sans doute très reculée, et ce sont ces derniers seuls qui figureront dans le présent travail.
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    Correspondances lexicologiques
    entre
    le SANSCRIT, le CHINOIS et lANNAMITE
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    PRÉLIMINAIRES

    En dehors des nombreux mots sanscrits ou pâlis introduits en Chine et en Annam à la suite du bouddhisme et appartenant au style mystique, il en est dautres qui sont entrés dans le langage commun, à une époque difficile à déterminer, mais sans doute très reculée, et ce sont ces derniers seuls qui figureront dans le présent travail.

    On y trouvera encore quelques mots assyriens, égyptiens, hébreux, etc., qui ne manquent pas dun agréable parfum de haute antiquité (1).

    Expliquons-nous dabord sur notre méthode.
    Le sanscrit étant polysyllabique, tandis que le chinois et lannamite sont monosyllabiques, ceux-ci ne répondent donc et ne peuvent répondre quà une seule syllabe de celui-là : le plus souvent à la première, ce qui constitue une apocope (retranchement de la dernière syllabe ou seulement de la voyelle finale) ; dautres fois à la dernière, par le moyen dune aphérèse (chute des premières syllabes) ; rarement à une contraction des diverses syllabes, ce qui donne un contracte ; plus rarement encore à la reproduction de deux syllabes que chinois et annamite recevront alors par un mot double.

    Ainsi (chin.) (caractères chinois) pă, pát, (s.a.) bát, bol, cest le (skt) pātra, apocopé ; (chin.) (caractères chinois) Kŏ, (ct.) kót, (s.a.) Kát, (an.) Kắt, couper, cest le (skt.) Kret, (mal.) Krat, contracté ; (s. a.) (caractères chinois) bào lô, (an.) bầu lào, courge, calebasse, cest la reproduction des deux dernières syllabes de (skt.) alabu, mais interverties.

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    1. Ces mots ont été cueillis, de-ci de-là, dans La Bible et les découvertes modernes, 6e édition, du savant abbé Vigouroux.


    Ces amputations. si curieuses et quelquefois si déconcertantes quelles puissent paraître, sont courantes en linguistique orientale ; toutes les langues en ont fait, prenant, les unes la tête du mot emprunté, dautres la queue, quelques-unes un peu des deux, en les contractant, comme on le verra au cours des correspondances suivantes : tel, par exemple, le (skt.) hansa, hangsa, oie, dont le (chin.) (caractères chinois) hông, le russe gus, lallem. gans ont reproduit la première syllabe, et le grec Xên la dernière.


    ABRÉVIATIONS

    (an ) : annamite (égyp): égyptien (sant): santali
    (ar ) : arabe (gr) : grec (skt) : sanscrit
    (assyr) : assyrien (héb) : hébreu (s. a.) : sino-annamite
    (bah) : bahnar (khm): khmer (tag) : tagal
    (ch ) : chàm (mal) : malais (tam) : tamoul
    (ct ) : cantonais (m ) : mon (tay) : tày
    (chin ): chinois (nik) : nikobarais (tib) : tibétain


    CORRESPONDANCES.


    1. (skt.) pushpa, púspa, (khm.) phka, fleur || (chin.) (caractères chinois) pa, (s. a.) pha, ba, fleur.
    Aphérèse en ba et contracte en pa, pha.
    Le (khm.) phka est un complexe formé de (caractères chinois) pa, et (caractères chinois) hoa signifiant tous les deux fleur. Ph correspond à p et ka à hoa (1).

    2. (skt.) phăla, (khm.) phlê, fruit, (mal,) pler, (ch.) klai, testicules || (chin.) (caractères chinois) koùo (resp. loùo), (s. a.) koả (resp. loả), (an.) koả, fruit, (an.) lái, trái, fruit, ce qui a la forme dun fruit, giái, testicules.
    Daprès le Khang-Hi tự điển, le caractère koả se lit encore loả, et cest également sous cette seconde forme, peut-être la plus ancienne, quil est employé comme phonétique dans certains caractères.
    En lái, trái, adjonction de la semi-voyelle i. Trái est un contracte de phla, et lái une aphérèse.

    3. (skt.) hansa, oie, cygne, (mal.) hangsa, gangsa, (port. esp.) ganso, (allem.) gans, (russe.) gus, (lat.) anser, (gr.) xên, oie, (khm.) hangsa, hang, cygne || (chin.) (caractères chinois) hoùng, (s. a.) hồng, (an.) ngỗng, oie ; (chin.) (caractères chinois) yen, yan, (s. a.) ngan, (an.) ngan, cygne.
    Les deux mots chinois concordent avec le sanscrit, mais tout particulièrement le premier qui possède la même explosive finale.

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    1. En khmer, comme dans les autres langues indo-malaises, quand deux mots couplés ensemble ont la même finale, lune tombe et lautre est commune aux deux mots. Ainsi phka, en toutes lettres, cest phaka. La contraction donne phka.


    4. (skt.) guna, qualité, vertu, mérite, (khm.) kun, bienfait, grâce || (chin.) (caractères chinois) genn (s. a.) ân, (an.) ơn, bienfait, grâce.
    Chute de la gutturale initiale en annamite et en sino-annamite.

    5.(skt.) mǔkā, visage, face, bouche, (mal.) mukā, (khm.) mukh, visage, (mal.) mulut (infixe l), (khm.) mukh, meât, bouche, (nik.) čakā, (tib.) ka, kha, bouche || (chin.) (caractères chinois) keou, (s. a.) khẩu, bouche ; (an.) mặt, visage, miệng, bouche. Kohấu, Kha sont des aphérèses.
    Ainsi le (skt.) mukh, en se muant en (an.) mặt, aurait évolué semblablement à (chin.) (caractères chinois) mụk, il, qui sest changé en (an.) mắt.
    Une autre hypothèse consisterait à faire (dan.) mặt, face, une synecdoche (dan.) mắt = (chin.) (caractères chinois) mụk, il, qui en est la partie principale et le plus bel ornement 1.

    6. (skt.) kāka, (mal.) gagak, (dayak.) kak, (khm.) kaek, corbeau || (chin.) (caractères chinois) koă, koát, (s. a.) koát, (an.) koạ, kák, bồ kák, corbeau.
    Koă a donné koạ et koát a donné kák. Quant à bồ, il vient de (chin.) (caractères chinois) ou (s. a.) ô, noir, renforcé dune consonne labiale, de sorte que bồ kák signifie le noir corbeau.

    7. (skt.) mālatī, (mal.) malāti, malur, (khm.) môli, jasmin || (chin.) (caractères chinois) mŏlí, (s. a.) mạt lại, (an.) lài, nhài, jasmin.

    8. (skt.) mādhu, doux, miel, (mal.) madu, (gr.) méthu, miel || (chin.) (caractères chinois), mĭ, mĭt, (s. a.) mật, miel.
    Mật, cest mādhu apocopé de u.

    9. (skt.) mŗiti (rac. mŗi, mourir), mort (adj.), (mal.) māti, (jav.) pāti, (Tonga.) māte, Nouvelles-Hébrides tamāte, (khm.) mŗit, (ar.) māti, (hébr.) met, māti, mort (adj.), (ar.) māut, la mort || (chin.) (caractères chinois) mŏu, mŏut, (s. a.) một, (an.) mất, perdre, disparaître, mourir, (lat.) mors, mori, mortuus...
    La racine de tous ces mots semble être māut, ou met, lequel, en se suffixant de i, aurait donné māti et, en sinfixant de r (skt.) mŗiti, dont mŗi deviendrait ainsi une simple contraction.

    10. (skt.) pātra, écuelle, (lat.) patera, patère, (assyr.) qabuat, (heb.) qubbaat, coupe || (chin.) (caractères chinois) pă, pát, (s. a.) bát, tasse, bol.
    Bát, pát, cest pātra apocopé et qabuat aphérésé.

    11. (skt,) kret, (mal.) krat, (tày.) kẹt, couper || (chin.) (caractères chinois) kŏ, et kót, (s. a.) kát, (an.) kắt, couper.

    12. (skt.) sūkha, bonheur, plaisir, heureux, (mal.) sūka (khm.) sukha, sukh, sokh, sokh, (siamois.) sukho, même sens || (chin.) (caractères chinois) chěu, chěuk (s. a.) thích, agréable, trouver agréable, félicité.

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    1. Quant à (an.) miệng, qui correspond à (tag.) bibig, bouche (étymologiquement deux lèvres), et à bisaya bibig, vulve, il dériverait peut-être mieux dun ancien mig avec la même étymologie. Idem de (khm.) meât.


    13. (skt.) ratha, (mal.) rata, (khm.) rote, char || (chin.) (caractères chinois) tchè, (s. a.) xa, (an.) xe, char.

    14. (skt.) argha, (mal.) arga, prix, valeur || (chin.) (caractères chinois) kiá, (s. a.) giá, (an.) kã, prix.

    15. (skt.) dvi, dva, (mal.) duwa, dūa, deux, (khm.) bir, pir, (sant.) bar, (lat. gr.) duo, deux || (chin.) (caractères chinois) toéi, (s. a.) đối, (an.) đôi, paire, couple ; (an.) vài, duel, và, triel, hai, (mg.) hall, (chin.) (caractères chinois) eull, (s. a. nhị), deux.
    Đôi rime avec dvi, grâce à la conversion de la consonne labiale v en voyelle syllabique o, tandis que bar, bir, pir, vài, và, hai, hall, eull sont des aphérèses de dvi, dva.

    16. (skt.) alabu (préf. a), (mal.) labu, (khm.) rôpou, calebasse, courge || (chin.) (caractères chinois) pâo lôu, (s. a.) bào lô, (an.) bầu Iào, même sens.
    Le chinois et lan. ont interverti les deux syllabes du sanscrit labu.

    17. (skt.) kuñčika (préf. kuñ), clef, (mal.) kunči, (khm.) kãunso, id. || (chin.) (caractères chinois) chêu, (s. a.) thì, (an.) chìa (chì a), clef.
    Thì, chì, chêu correspondent exactement au či sanscrit, malais et khmer 1.

    18. (skt.) varna, (mal.) warna, (khm.) pâr, peâr, sâmbôr, (mal.) gembar, peindre || (chin.) (caractères chinois) hoéi, (s. a.) hội, (caractères chinois) hoạ, peindre, dessiner ; (chin.) (caractères chinois) wenn (s. a.) văn, colorié, veiné, orné ; (an.) vân, veiné ; (chia.) (caractères chinois) wéi, (s. a.) vị, mùi, goût, saveur, couleur ; (an.) vẻ, couleur, vẽ, peindre, vá, bariolé, mùi, goût, couleur.
    Tous ces mots sont des apocopes du (skt.). Hội, hoéi, hoạ, avec chute de laspirée et conversion de la semi-voyelle labiale o en consonne labiale v. b, p, donnent, exactement vẻ, vẽ, vá, bar, par...
    Văn, wenn riment avec varna apocopé de a.

    19. (skt.) jāla, jada, (mal.) jahil, stupide || (chin.) (caractères chinois) iē, iai, (s. a.) dại, giại, sot, insensé.

    20. (skt.) çwan, śvan, chien, (assyr.) śūal, śaal, chacal, (mal.) asu, (tag.) aso, (tib.) tso, (gr.) xuôn, chien || (chin.) (caractères chinois) kuan, (s. a.) khuyển, chien ; (chin.) (caractères chinois) tchâi, (s. a.) sài, (an.) sói, chien sauvage, loup.
    (Chin.) kuan concorde particulièrement avec çwan, tandis que tchâi hurlerait mieux avec śaal.

    21. (skt.) puņņa, plein, (mal.) penuh, (tag.) pono, (khm.) pinh, (tày.) pun, plein, remplir, (mal.) himpun, (khm.) pun, réunir, rassembler, entasser || (ct.) (caractères chinois) moun, (s. a.) mãn, plein, remplir, (an.) vun, remblayer, entasser, no, plein.
    No est une aphérèse du sanscrit (cf. tag. pono), tandis que moun, pun, vun, pinh en sont des apocopes.

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    1. Pour traduire complètement le sanscrit čika, on voudrait pouvoir ajouter à chìn le mot khoá qui va toujours de pair avec lui. Malheureusement le (caractères chinois) khoá chinois na pas le sens voulu. Laurait-il perdu et le čika sanscrit serait-il un dérivé (dan.) chì khoá ?


    22. (skt.) udaka, eau, (m.) dak, (nik.) dak, (sant.) dak, (khm.) tưk, anc. dak, (tày.) nặm (nasalisation de la finale), (lat.) aqua, unda, eau, onde || (chin.) (caractères chinois) tĕ, (s. a.) đắk, mg. ták, (an,) nák, nướk, miao dề, tlê (inf. l), eau.
    En retournant le mot udaka sous ses différents aspects, on y trouve tous les dérivés ci-dessus, entrautres đắk, nák, ták, nướk.

    23. (skt,) véla, temps, époque, moment, heure (khm.) véla, vilea, pilea, pil, (mal.) bila, (ch.) bel, temps, époque || (an.) bây giờ, en ce temps-ci, maintenant, bấy giờ, en ce temps-là, alors, giờ, heure ; (chin.) (caractères chinois) wêi chêu (s. a.) duy thì, maintenant, alors.
    La correspondance est certaine, mais combien les mots ont été déformés !
    Bầy, bấy concordent avec wei, vel, bel, pil, et giờ avec la, lea.

    24. (skt.) pātala, (mal.) patāla, une des régions infernales, (mal.) ñala, (nik.) pala, (bah.) pla, flamme, feu. || (an.) lửa, (chin.) (caractères chinois) hoả, feu, flamme.
    Fréquente est la conversion de a en ưa et lalternance entre h et l.

    25. (skt.) māsa, lune, mois, (mal.) māsa, temps, saison, (khm.) mas, meas, mois || (an.) mùa, saison. Introuvable en chinois.

    26. (skt.) langala, (mal.) langgal, luku, (khm.) angkal, charrue || (chin.) (caractères chinois) king, (s. a.) kanh, (an.) kày, labourer.
    Kanh, kày concordent avec gal, kal. Le (skt.) est à la fois aphérésé et apocopé.

    27. (skt.) ārya, personne respectable, grand-père, habitant de lAryāvarta (le pays des Aryas dans la vallée du Gange), (sant.) jia, (khm.) iai, ji, vieux, respectable || (chin.) (caractères chinois) a-yâ, (s. a.) a-da, a-ra, a-gia, grand-père, terme de respect 1.

    28. (skt.) jīva, (mal.) jīva, (assyr.) ava, vie, (mal.) ñava, âme, souffle || (chin.) (caractères chinois) wéi, (s. a.) vệ, (an.) vía, esprits vitaux. Corresp. douteuse.

    29. (skt.) śalāka, (khm.) slak, slek, (m.) sla, (mal.) alei, (jap.) ha, feuille ; (mal.) lāuk, (khm.) ânlok, feuilles naissantes servant dassaisonnement || (chin.) (caractères chinois) luk, (s. a.) luật, (an.) lộk, feuilles naissantes et bourgeons servant dassaisonnement, (an.) lá, feuille.

    30. (skt.) dīna, dēna, lumière du jour, (mal.) dīna, jour || (chin.) || tán, (s. a.) dán, soleil levant, matin, jour.

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    1. Le préfixe (caractères chinois) a était anciennement un terme de respect, usité en parlant du père ou du grand-père, de la mère ou de la grandmère (ama, etc.).


    31. (skt.) mūla, (mal.) mùla, fondement, principe, principal, fondamental ; (mal.) gemal, (khm.) mul, bamol, joindre ensemble, lier ensemble, (nik.) tamol, entasser || (chin.) (caractères chinois) wêi (s. a.) duy, principe, fondement, règle, principal, commencement ; lien, corde, lier, joindre ensemble ; (an.) mối, principe, fondement, principal, capital, cardinal, mối, ce qui est joint ensemble, botte ; mối, agent de liaison, intermédiaire, vouối, joint ensemble, avec ; dây (dérivé de la forme duy), lien, corde ; (chin.) (caractères chinois) wéi, (s. a.) vĩ, (an.) mối, bout.
    (Chin.) wei laisse supposer danciennes formes mei, muei, vei, vuei, dont la consonne labiale initiale sest ensuite vocalisée.

    32. (skt. jāla, (mal.) jāla, filet || (chin.) (caractères chinois) la, louo, (s. a.) la, (an.) lưới (semi-voyelle i), filet.

    33. (skt.) sūtra, fil (de soie ?), (mal.) sūtra, (tag.) sūtla, (khm.) sâut, soie || (s. a.) (caractères chinois) la, (chin.) louo, (an.) là, tissu de soie clair, crêpe, gaze, (an.) lụa, soie, súk lụa, pièce de soie.
    La forme tagale est particulièrement suggestive.

    34. (skt.) śūla, (mal.) sūla, (khm.) sul, sol, pique || (an.) lao (semi-voyelle o), pique.
    Inconnu du chinois. Peut-être (caractères chinois) kao, perche.

    35. (skt.) rōma, (mal.) rūma, (khm.) rom, poils du corps, (sant.) darum, velu. || (chin.) (caractères chinois) mao, (s. a.) mao, poils du corps, (an.) râu, poils, barbe, róm, velu, sâu róm, chenille velue.
    Mao (semi-voyelle o) est une aphérèse, tandis que râu, róm, rum sont des apocopes.

    36. (skt.) śāla, maison, hall, (khm.) sāla, hôtellerie pour les voyageurs || (chin.) (caractères chinois) chée lou, (s. a.) xá lư, maison pour les voyageurs, bungalow, sala.

    37. (skt.) kapāla, crâne, (mal.) kapāla, tête, chef, (tag.) ulo, (jav.) ulu, (gr.) képhalê, (lat.) caput, tête || (chin.) (caractères chinois) lôu, (s. a.) lô (an.) sọ, crâne ; (an.) lái (semi-voyelle i), chef, patron, gouvernail.

    38. (skt.) çudda, pur, achevé, (mal.) sudah, achevé, fini, marque du passé || (chin.) (caractères chinois) chou, (s. a.) sơ, (an.) xưa (xư a), autrefois, (an.) đã, marque du passé.
    chou, xưa sont des apocopes et đã une aphérèse.

    39. (skt.) hări, (mal.) hari, (ch.) harei, (jap.) hi, (coréen.) hal, nal, (bah.) nar, soleil, jour, (héb.) ner, (assyr.) nur, luminaire Il (an.) lời, trời, soleil, jour. Cf. nº 59.

    40. (skt.) dōla, escarpolette, osciller, (mal.) dayu, (sant.) dudul, (bah.) dơdul, osciller, balancer, (khm.) tung, escarpolette || (an.) đu, balançoire, balancer, tung, lancer en lair (s. a.) (caractères chinois) tung, lancer une flèche.

    41. (skt.) nāgara, ville, royaume, (mal.) nagri, (khm.) nokor, pays, royaume || (an.) nướk, (primit.) nók, (chin.) (caractères chinois) kouok, (s. a.) kuốk, nation, royaume.
    Nók ou nák concorde exactement avec nag, nok, mais moins clairement avec kuốk, bien que la dentale n séchange quelquefois avec la gutturale k.

    42. (skt.) karpāsa, coton, (mal.) kapas, (khm.) krabas, (bah.) kơpaih, (ch.) kapah, coton, cotonnade t! (s. a.) (caractères chinois) bá, bố, pài, (an.) vải, filés de coton ; (s. a.) (caractères chinois) kát, bá, (comparer à kapah, kapas), fine cotonnade.
    En vải adjonction de la semi-voyelle i.

    43. (skt.) sattvā, être, créature, entité, (mal.) sattwā, animal sauvage, dayak satūa, tout ce qui vit, (khm.) săt, être, animal, săt, chivĭt, les êtres vivants, || (s. a.) (caractères chinois) súk, animal, être, (caractères chinois) súk vật, les animaux, les êtres. Cf. nº 44.

    44. (skt.) jivita, vie, les êtres animés, (khm.) chivĭt, tout ce qui vit. || (s. a.) (caractères chinois) vật, animal, chose, objet.

    45. (skt.) buddha (rac. buddh = (an.) (biết, savoir), savoir, celui qui sait, qui a la pleine connaissance, le sage, (khm.) puth, même sens || (chiN.) (caractères chinois) fŏu, (anc.) bŏut, (s. a.) phật, (an.) bụt, le buddha.
    (Skt.) buddh a donc pris deux formes en annamite : bụt et biết.

    46. (skt.) buddhi, (mal.) buddhi, bodhi, la connaissance transcendante || (chin.) (caractères chinois) pôu tî, (s. a.) bồ đề, la buddhi ou pleine connaissance ; le figuier sacré, ficus religiosa, sous lequel le moine Çakia (an. Thích-ca) obtint la buddhi.

    47. (skt.) čukra, vinaigre (mal.) čuka, (khm.) chu, aigre || (chin.) (caractères chinois) tsou. (s. a.) thố, (an.) chua, (chu a), aigre.

    48. (skt.) stūpa, (khm.) sâtâup, prasat tour funéraire, stoupa || (s. a.) (caractères chinois) tháp, tour funéraire, stoupa.

    49. (skt.) kalinga, (mal.) halang, (khm.) kleng, (bah,) klang, (nik.) kalang, milan, héron || (an.) rang, héron, (chin.) (caractères chinois) lang ?

    50. (skt.) mahā, grand, puissant, très, (bah.) mahā, a fortiori || (s. a.) (caractères chinois) huống, (nasalisation de la finale), a fortiori.

    51. (skt.) hīna, vil, méprisable, (khm.) hen, (bah.) hel || (an.) hèn, vil, méprisable, (chin.) (caractères chinois) hiên, mépriser.

    51.(bis) (Skt.) vamça, bourgeon, pousse, clan, (ch.) vayaun, (kawi.) mayań, même sens, (jav.) mamayań, (bal.) mabańsa, bourgeonner, pousser || (chin.) (caractères chinois) mong, (an.) măng, bourgeon, pousse (de bambou).
    Mayań, vayauń sont infixés de y, à linstar de (mal.) bayań = (an.) bóng, ombre 1.

    52. (munda.) bet, beut, saccroupir (dun animal), (saut.) lambet = (an.) nằm bặt, (bah.) bit, bich, saccroupir, se coucher, sétendre || (s. a.) (caractères chinois) bạt, (an.) bặt, se coucher, sétendre immobile.
    Ce mot est tiré du passage des Canoniques chinois qui dit : (caractères chinois) triệu bá sỏ bạt, le comte de Triệu sest reposé (étendu) ici.

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    1. E. Huber, dans B. E. F. E. O. T. v. p. 170, a également reconnu léquivalence de mayan et vayauń avec (skt.3 vamça, mais sans parler de leurs correspondants chinois et annamite, ni de linf. y qui leur a été ajoutée en malais pour les rendre disyllabiques.



    53. (ar.) jin, lire djinn, êtres transcendants, génies || (chin.) (caractères chinois) chênn, (s. a.) thần, génies, esprits.
    Les palatales douces j, dj, th séchangent régulièrement.

    54. (ar.) aruz, (nik.) aroś, (sant.) huru. (m.) sro, (khm.) sru, srâu, riz en herbe, paddy || (mg.) lộ, (an.) lúa, (s. a.) (caractères chinois) hoà, céréales, riz en herbe.
    Tous ces mots dérivent du chinois, larabe inclusivement.

    55. (pers.) palank, léopard, (mal.) palang, moucheté, tacheté || (an.) lang, moucheté, pommelé.

    56. (pers.) belā, malheur, (mal.) belā, malheur, peine || (s. a.) (caractères chinois) hoạ, (an.) vạ, malheur, châtiment, nằm vạ, se coucher pour demander châtiment.
    Hoạ, avec chute de laspirée et conversion de la semi-voyelle labiale o en consonne labiale v, b, donne vạ et belā, celui-ci infixé de l.

    57. (égyp.) meou, chat, tameou, chatte || (chin.) (caractères chinois) mâo, (s. a.) miêu, (an.) mèo, chat.

    58. (égyp.) schah, (khm. khsach, sable || (chin.) (caractères chinois) cha, (s. a.) sa, sable.

    59. (égyp.) phra, ra, dieu Soleil, (tày) phạ, ciel, (khm.) phrah, preah, céleste, divin, égal au soleil, (tag.) alao, arao, (skt.) hari, (ch.) harei, soleil || (an.) lời, trời, giời, ciel, soleil.
    Le mot (khm.) preah, qui signifie iule et correspond avec (an.) dời, giời, explique comment a pu se faire le passage de phra, preah à lời, giời, trời.

    60. (assyr.) (héb.) abu, abba, ab, père || (chin.) (caractères chinois) a-pa, (s. a.) a-ba, (mal.) aba, bapa, (tib.) apa, (khm.) ba, (bah.) bă, père, papa ; (chin.) (caractères chinois) a-póu, (s. a.) a-phụ, (tag.) apu, (sant.) apu, père, grand-père.

    61. (assyr.) (sum.) idihkla (id, hid, rivière, kla, tigre), (héb.) hiddéqel, le fleuve Tigre, (khm.) kha, khla, (bah.) kla, tigre || (mg.) khăl, (an.) khái, tigre.
    Inversion par métathèse de la finale la en al. Le même fait sest produit en hébreu où (assyr.) kla sest changé en qel.

    62. (assyr.) qabuat, (héb.) qubbaat, coupe, (skt.) pātra, écuelle, (lat.) patera, patère || (chin.) (caractères chinois) pă, pát, (s. a.) bát, tasse, bol.

    63. (assyr.) ummu, (héb.) êm (apocope du précédent), mère, (mal.) ma, (m.) me, (tam.) ama, (khm.) mê, (an.) mẹ, mère, femelle, (khm.) môdai, meada, (mal.) mandey (inf. n), vénérable mère, (sant.) mama, (mal.) mama, tante, oncle || (chin.) (caractères chinois) móu, (s. a.) mẫu, mère, femelle, (chin.) (caractères chinois) móu, (an.) mụ, dame, matrone, (an.) mợ, tante.
    Môdai, meada, mandey viennent de mẹ già, dérivé lui-même de (caractères chinois) móu, yâ, (s. a.) mẫu, da, vénérable mère.

    64. (assyr.) uqum (rac. qum), peuple, armée, (héb.) yêqùm, tout ce qui vit, (ar.) goum || (chin.) (caractères chinois) kiunn, (s. a.) kuân, légion, foule, troupe.

    65. (assyr.) ruk, (héb.) ruq, inonder, (assyr.) rikut, déluge, (ar.) roukh, onde, (mal,) lāut, mer, liput (inf. p), déborder, (bah.) halat, rơlat, (khm.) lich, inonder || (an.) lụt, inondation, (ct.) (caractères chinois) lo, (s. a.) lạo, grandes eaux, inonder.
    Le mot rikut, déluge, dit Oppert, nous rappelle une ancienne racine babylonienne ruk, parente de (lhéb.) ruq, inonder.

    66. (assyr.) (héb.) śûal, śaal (pron. schoual, schaal,) chacal, (skt.) çwan, chien || (chin.) (caractères chinois) kuan, chien, (caractères chinois) tchâi, (s. a.) sài. (an.) sói, chien sauvage, loup. Cf. nº 20.

    67. (héb.) tukki, paon, (tam.) tokei, togei, tongal, queue de paon 1 (mal.) tangkey (inf. ng.), (khm.) kandui (inf. ta), queue, (mai.) ikor, queue, après, (sant.) kur, derrière, après || (an.) đuôi, queue, kuối, fin, après, derrière.
    (Mal.) tangkey, dépouillé de linf. ng, et (tam.) tongal, dépouillé de linf. n. donnent tukki, tokei, togei, togal et montrent le même mode de formation par redoublement de la première radicale, avec échange entre t et k qui est chose courante.
    (Khm.) kandui, cest (mal.) tangkey renversé.

    68. (héb.) met, māti, (ar.) māut, māti, (skt.) mriti, mort || (chin.) (caractères chinois) mŏu, mŏut, (s. a.) mat, (an.) một, perdre, disparaître, mourir.

    69. (assyr.) nur (héb.) ner, luminaire, (mal.) sinar, lumière, aube, (bah.) nar, soleil, jour, (ch.) harei, soleil, jour || (an.) lời, trời, giời, soleil, ciel. Cf. nos 39, 59.

    70. (assyr.) lisan, (héb.) lason, langue, (mal.) lidah, (m.) litak, (tày.) lin, lệt, (bah.) lơpiet (inf. p), langue || (mg.) lại, (an.) lưỡi, (s. a.) (caractères chinois) thiệt, (ct.) lí, langue. Apocope.
    Th, i alternent souvent, comme on le verra par les exemples suivants, relatifs à la langue et qui ont tous la lettre l ou th pour initiale constante.

    SINO - ANNAMITE ANNAMITE
    Langue (caractères chinois) thiệt, (ct.) lí Lại, lưỡi, (tày. lệt)
    Lécher (caractères chinois) thiểm, Liếm
    Tirer la langue (caractères chinois) thỉ Lè, thè
    Laper (caractères chinois) tháp Láp

    (Mal.) lidah, (m.) litak ci-dessus sont des combinaisons des deux formes réunies lí ou lại et thiệt.

    CONCLUSION

    Arrêtons-là ces correspondances, faute de plus ample documentation, comme aussi par crainte de divaguer. Il est si facile de ségarer en pareille matière et surtout de prendre pour des accords philologiques ce qui nest que simple consonance.
    ___________________________________________________________________________
    1. Vigouroux : La Bible et les Découvertes modernes, 6E édit. III, p. 8.


    La philologie extrême-orientale est très compliquée, du fait que les langues à traiter ont habillé la racine des mots de si variable façon quil est souvent presque impossible de la découvrir ; il y a des combinaisons qui ressemblent à du camouflage et constituent de vrais rébus.

    Soit, pour donner un exemple typique, (mal.) berahi qui signifie aimer. Si lon vous disait quil y a là-dessous une racine chinoise, vous croiriez à une mystification, et cependant rien nest plus vrai. Retranchez en effet le préfixe causatif ber ; retranchez encore linfixe h qui sert à diviser une diphtongue pour la rendre dissyllabique, et il vous restera (s. a.) (caractères chinois) ái qui est du pur chinois.

    Il serait facile de citer dautres exemples beaucoup plus embarrassants ; les correspondances qui précèdent en contiennent, dailleurs, un grand nombre.

    Ajoutons seulement, pour la consolation du lecteur, que les trois quarts pour le moins de ces 70 correspondances sont absolument sûres et certaines ; lautre quart est de lordre des probables ou des possibles. A chacun dy prendre ce que bon lui semblera et den faire son profit.

    NOTA. 1. Nous avons eu soin de ne faire concorder que les seuls mots apparentés au double point de vue phonétique et sémantique. Quant à leur côté historique, ne suffira-t-il pas de dire que depuis très longtemps la Chine et lAsie centrale ont communiqué ensemble par la Birmanie, la Sérinde si fréquentée, les passes du nord et la mer ?
    2. En parcourant les correspondances ci-dessus, le lecteur devra rechercher celle des formations sanscrites qui se rapproche le plus du mot à identifier, et comparer p. e. (an.) kày, avec (khm.) angkal, et non avec (skt.) lańgala trop lointain. Voir nº 26.
    3. Pour certains mots chinois ou annamites, à physionomie très antique, il est difficile de dire sils découlent du sanscrit ou plutôt dune même source que le sanscrit.
    4. Le chinois, à part le cantonais et le sino-annamite, a perdu depuis longtemps toutes les explosives finales (k, p, t) et les a remplacées par les brèves ă, ĭ, ŏ, ǔ, lesquelles, en pékinois, se sont même changées en longues. Nous les avons rétablies.
    5. Dans une diphtongue, celle des voyelles qui est accentuée est une voyelle pleine ou syllabique, et lautre une semi-voyelle.
    Ainsi dans (an.) lái, lào, a est une voyelle syllabique, tandis que i, o sont des semi-voyelles. Dans koạ, corbeau, o est une semi-voyelle et a une voyelle pleine.
    La semi-voyelle finale est souvent ajoutée dans les mots annamites qui correspondent au sanscrit.
    6. A remarquer les finales 1, r des langues sémitiques, si fréquentes également en malais, khmer, santali, mường et autres langues indochinoises, auxquelles le chinois doit peut-être ses rares eul si curieux.
    7. Dans toutes les langues comparées ici, u se lit ou. Seul le chinois lécrit ou, et cest fort regrettable pour les comparaisons et laccentuation.

    H. SOUVIGNET
    Miss. de Hanoi.
    1932/508-521
    508-521
    Souvignet
    France et Asie
    1932
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