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Correspondance de M. Armbruster relative à la fondation de la chrétienté de Hakodaté 2 (Suite)

HAKODATÉ Correspondance de M. Armbruster relative à la fondation de la chrétienté de Hakodaté 2 (Suite) Hakodaté le 7 Mai 1870. Monseigneur,
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    HAKODATÉ
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    Correspondance de M. Armbruster relative à la fondation de la chrétienté de Hakodaté 2
    (Suite)

    Hakodaté le 7 Mai 1870.

    Monseigneur,

    Jai reçu votre lettre de Rome du 6 janvier ; je remercie V. G. de toute laffection quelle my témoigne, et je fais mon possible pour ne pas men rendre trop indigne. Je suis de retour ici depuis le jour de Pâques, et ce nest pas sans joie que jai vu le terme de mon quasi-exil. Mon bonheur eût été complet si, comme il arrive toujours, il navait été mêlé de peines. A mon départ de Niigata, mon suivant Hyakumatsu, profitant du moment où jétais affairé, a disparu, pour ne pas retourner à Hakodaté, où soi-disant on meurt de froid, où V. G., sans le consulter, la envoyé, et où surtout il na pas la liberté de faire à sa guise. Quoique, durant son séjour ici, je naie pas eu à me plaindre de lui, le P. Furet et, à son arrivée, le P. Pettier mavaient dit de me tenir sur mes gardes. Déjà il avait donné quelques inquiétudes sérieuses, mais, nayant pas eu grandchose à lui reprocher moi-même, et comme il était ici le plus dégourdi et le plus à même de mêtre utile dans mon voyage, je lavais emmené avec moi. Le malheureux en profita, et aussitôt il chercha à retrouver sa liberté chez quelques Européens ; puis, à mon insu, se liant avec de mauvais amis, refusant de pratiquer ses devoirs de religion, il voulut per fas et nefas se procurer de largent. Enfin, après de déplorables et publiques chutes, je parvins avec beaucoup de patience et de bonté à le ramener. Durant six semaines je fus content de lui ; piété et régularité, tout allait bien, et ce ne fut pas sans étonnement que je le vis disparaître au dernier moment, après mavoir dérobé quelques effets, quil na rendus quen partie depuis, et dont il a sans doute disposé pour se mal conduire. Obligé de partir, je laissai à mon compagnon de voyage le soin de me le ramener. Ce quil eut fait sans doute, si Fitz-Gérard ne leut pris chez lui comme domestique, contrairement à mon désir, car je le lui avais recommandé seulement pour me le renvoyer. Ayant une place et pouvant sans contrôle se mal conduire, il se garda bien de surmonter la honte que sa conduite lui inspire et de retourner à son devoir. Je viens de tenter un dernier effort, mais je ne compte, pour le retirer de là, que sur la grâce du bon Dieu. Hélas ! navions-nous pas assez de peines dailleurs, pour nen pas recevoir du petit nombre qui nous reste ! Fitz-Gérard mécrit que le domestique ne veut plus retourner à Hakodaté, où il fait trop froid, mais il servira les Pères à Niigata, ce dont il nest nullement digne et ce qui sera toujours dangereux pour lui dans un pays où il a contracté de bien mauvaises liaisons. Je ne parle de cela quà V. G., qui doit tout savoir. Hélas ! jen suis bien triste et bien inquiet. Jaimerais mieux le voir partager le sort douloureux et glorieux de sa famille, comme le petit Mataichi, que deux ans de solitude avaient réduit à un ennui quil nétait plus possible de surmonter, mais qui, en dehors des petites misères que son caractère aigri par lennui mavait valu, était resté bon chrétien, et sur la conduite duquel je nai jamais eu à redire quoi que ce soit. Et qui na jamais cessé de maimer, je tiens à le dire maintenant quil souffre pour J.-C.. Depuis son départ il a profité de toutes les occasions quil avait pour mécrire, me demander pardon et mavouer que cétait lennui seul qui lavait conduit à me faire de la peine, et, dans une lettre à ce pauvre Hyakumatsu qui ne le vaut guère, il lui recommandait de nous bien aimer et bien servir. Il sera toujours difficile de préserver nos enfants de lennui ; si Hakodaté na rien pour nous de bien agréable, ce nest pas moins une place où nos enfants apprendront aisément à regretter leur pays. Si nous avions de louvrage, ce serait autre chose, mais pour quand faut-il y compter ? Dieu seul le sait. Je me suis trouvé un moment en face de tous mes domestiques me demandant à quitter Hakodaté. Cependant, pour le moment, les deux qui nous restent marchent très bien, nous leur avons joint un petit enfant de neuf ans que nous avons tiré de la plus profonde misère pour ladopter ; il est nôtre, nous avons même le titre dadoption. Nous allons linstruire petit à petit ; peut-être lui adjoindrons-nous encore un autre, et jespère que, Dieu aidant, nous pourrons former ces enfants et ne plus être obligés un jour de recourir à dautres contrées plus fortunées pour la température et la beauté de leur sol. Je crois que, de la manière dont nous avons agi, nous navons rien à redouter ; naturellement nous retarderons le baptême de ces enfants, tant que la prudence le demandera.

    Notre néophyte est revenu à la pratique de ses devoirs religieux, se confesse assez souvent et revient nous voir ; du reste un bon signe, cest quil navait jamais omis la récitation de ses prières, et nous navons pas eu à les lui rapprendre. Jespère que V. G. pourra venir le confirmer ici. Je pousse en ce moment un autre individu de bonne famille, assez riche, instruit, qui voudrait bien se faire chrétien ; voilà déjà un an que je suis en relation avec lui. Il est même trop zélé et il avait fait des prosélytes, ce qui lui a attiré un avertissement des officiers. Sa famille est intervenue, il craint de la compromettre, il hésite donc ; je crois que si cest la volonté du bon Dieu, ce sera une précieuse conquête. Mais nous ne la tenons pas ; il ma cependant promis de venir régulièrement sinstruire à son retour de lintérieur, où il est allé pour affaires, et de ne plus faire de zèle compromettant, avant que lui-même ne soit bien instruit, et quil nen reçoive de nous lautorisation. Il massure quici, sil ny avait pas la persécution, nous aurions beaucoup de prosélytes.

    Autre nouvelle, elle est certaine, le schisme Russe va envoyer des missionnaires et sétablir à Yokohama et à Hakodaté, et peut-être ailleurs. Incontestablement ils seront pour nous de plus sérieux antagonistes que les protestants, et, dans lintérêt des âmes, nous avons à craindre quils ne fassent du mal. Oh ! mon Dieu, quand aurons-nous donc la liberté ? Quel magnifique champ souvre devant nous, ici, à Niigata ! je le vois, il y a beaucoup à faire dans notre Nord. Oh ! quand le ciel aura-t-il pitié de nous ?

    V. G., dans sa lettre du 6 janvier, reconnaît comme moi la nécessité pour nous davoir une petite église ; cette nécessité est dautant plus grande que nous allons avoir à lutter directement contre le schisme, qui ici a déjà pu travailler et qui sera soutenu par de puissants moyens humains. Je regrette également, avec vous, linsuffisance de nos ressources. Je causais dernièrement déglise, des frais à faire, chez M. Fabre. A ce propos, on me disait chez lui, pourquoi, au lieu de consacrer de grandes ressources à la construction de nos églises, nous ne les faisons pas venir de France, doù nous pourrions avoir à bon marché de gracieuses chapelles de toute grandeur. Celui qui me donnait ces détails ajoutait que cest un prêtre qui a fait cette invention ; léglise est en bois, chaque morceau est numéroté soigneusement, et le tout est combiné de manière à la démonter et à la remonter en un jour ou deux. Léglise en bois de N. D. des Champs, sur le chemin de la gare de lOuest, est un modèle du genre ; elle est destinée à servir déchantillon. Elles sont solides, le bois dont on se sert est sec et bon, on le préserve par un bon vernis, et, avec léglise, on envoie lornementation et le mobilier. Cette personne a vu le prospectus, les prix sélèvent de 1800 francs au-dessus, naturellement suivant la grandeur du monument. Lenvoi jusquau Japon, daprès le calcul quon me faisait, ne reviendrait pas à plus de 300 ou 400 francs, et je crois quon pourrait arriver à imiter M. Libois, qui a fait passer la maison-procure de Shang-Hai à très bas prix par les Messageries, où lon peut embarquer cela comme ballast. Si les renseignements sont exacts, ce dont, à mon avis, il serait très important de sassurer, nous pourrions pour un millier de piastres avoir une belle et grande église. Du reste, à cela il ny a rien dinvraisemblable, en France le bois est moins cher ; quant à la main duvre, tout est fait à la mécanique. On pourrait demander une petite modification à la construction des chapelles, et cela dans le but de les mieux garantir contre lincendie ; on pourrait remplacer les planches, qui, rejoignant la charpente, ferment les murs extérieurs, par de longues et solides lattes que lon séparerait un peu, de manière à pouvoir y appliquer la chaux, cest le système employé ici pour notre maison, et qui, de lavis de tout le monde, offre toutes les garanties de salubrité et de durée. En effet, depuis trois ans, en dépit des gelées, des pluies et du vent, le plâtre extérieur de la maison na pas bougé. Comme au Japon toutes nos constructions sont en bois, il ny aurait, ce me semble, aucun inconvénient à profiter du bon marché, dans le cas où les renseignements quon me donne sont exacts, ce dont il est facile de sassurer.

    Si donc V. G. se décide à doter Hakodaté dune église, elle pourrait sadresser à notre procureur à Paris, lequel prendrait les informations nécessaires et surveillerait au besoin lexécution. Je dois ajouter que dans lintérêt de la solidité ici, où nous avons de grands vents à craindre, il serait important davoir trois nefs ; on pourrait lui donner pour la longueur la même dimension que celle de Nagasaki. Je tiendrais à avoir une réponse pour chercher à glaner un peu dargent. M. Fabre ma promis 500 piastres, quil versera quand nous voudrons bâtir. Il partira cette année pour France, en reviendra-t-il, cest douteux ; cest donc une aubaine quil ne faut pas perdre.

    Je ne reviens pas sur mon voyage de Niigata, il na pas eu tous les résultats que jen attendais; les événements de Nagasaki mont empêché de rien tenter. Je me suis tenu dans linaction. Quant à limportance du poste, je la crois réelle et jai donné à M. Mounicou tous les renseignements désirables. Cest, du reste, le seul port qui nous soit ouvert sur la côte Ouest, et à proximité des lieux autrefois ouverts à la foi. Je nai fait que passer à Sado, je ne suis même pas descendu à terre ; peut-être là aussi avons-nous des chrétiens. Les constructions à Niigata ne sont pas très coûteuses ; pour un millier de ryos nous pourrions avoir une belle maison. Cest à V. G. de juger de lopportunité doccuper le poste ; jétais allé le voir et javais jugé mon voyage utile par les renseignements que je pourrais donner. Jai fini ma tâche.

    Pour les terrains, je joins à ma lettre un plan de Niigata, et jy indique deux terrains que lon moffrait : lun à vendre, il est parfaitement situé sur le bord du fleuve, cest certainement le meilleur endroit que nous puissions trouver, on demande deux ryos et demi du tsubo ; je crois quon laurait pour deux ryos, (plus dans lintérieur de la ville les terrains valent jusquà 5 et 6 ryos 1) Naturellement il ny aurait pas de rente à payer. Le terrain a environ 450 tsubos, cest suffisant. Lautre est sur la route de la nouvelle douane, cest un peu éloigné de la ville, mais le voisinage de la nouvelle douane y attirera, espère-t-on, des habitants ; les Japonais voudraient y attirer les étrangers. Le terrain y est à bon marché ; la location en serait dun quart de bou 2 par an et par tsubo, soit 25 ryos par 400 tsubos. Du reste, si V. G. est davis doccuper le poste, les confrères devront passer par Hakodaté et je pourrai, de vive voix, leur donner les indications qui leur seront nécessaires.

    ___________________________________________________________________________
    1) 1 ryo = 1 yen 2) 1 bou = $ 0.25


    Je termine cette longue lettre en assurant V. G. de mon plus profond et plus affectueux dévouement. Je prends une part active aux peines, qui, à cause de nos malheurs, affligent V. G. et je prie avec elle pour que le bon Dieu donne courage et force à nos pauvres proscrits, et nous donne paix et liberté pour le faire connaître, aimer et servir en ce beau pays du Japon.

    Le bon P. Pettier, jallais loublier, a accepté courageusement la position que les circonstances lui avaient faite pendant mon absence. A tout mal il y a compensation ; il a prouvé quil était à même de se faire à toutes les situations que V. G. pourra un jour lui destiner, et, comme il sacquitte bien mieux que moi de ce soin, je lui ai mis entre les mains tout le détail intérieur de la maison. Je pourrais même, depuis que je suis avec lui, ajouter à léloge que V. G. men fait, quelque complet quil soit.

    Jai bien lhonneur, Monseigneur, dêtre, en union de prières de St Sacrifice, Votre tout dévoué et très obéissant missionnaire,

    Armbruster.

    Hakodaté le 23 Juin 1870.

    Monseigneur,

    Enfin, on nous a annoncé le retour prochain et si désiré de V. G., et peut-être cette lettre aura-t-elle la chance de vous trouver à Yokohama. Je vous parlais dernièrement dune entreprise qui se fait à Paris pour constructions en bois. Jécrivis à ce sujet, en même temps, à M. Mounicou, qui me répondit décrire immédiatement à Paris pour prendre des informations ; cest ce que je fais dans une lettre que jadresse à notre procureur de Paris. Je prie V. G. de vouloir bien en prendre connaissance, si elle vous trouve à Yokohama, y joindre les observations qui vous paraîtraient nécessaires, et lui donner lappui, dont elle a besoin. Daprès les nouvelles informations que jai prises, le nombre de ces maisons de constructions en bois est assez considérable à Paris, et il sera facile à M. Rousseille de se procurer les informations nécessaires.

    M. Mounicou mécrit quil serait davis de commander immédiatement deux églises et une maison. Pour ce qui est de ce poste, la liberté que nous espérions nous étant enfin donnée, une église est indispensable. Daprès les renseignements que lon ma renouvelés, une église denviron 80 pieds de longueur et autres proportions à lavenant ne sélèverait pas à plus dun millier de piastres, rendue ici. Le prix du bois étant bien moins élevé en France quau Japon et la main-duvre étant à peu près nulle, puisque tout se fait à la mécanique, ce prix réduit me paraît vraisemblable. Du reste il nen coûte rien daller aux informations. De plus, comme ces maisons sont établies surtout en vue des ouvriers, elles donneront de grandes facilités de paiement, et répondront des constructions pendant un certain laps de temps. Les choses étant ainsi, je suis également davis de faire quelque commande immédiatement. En conséquence, je recommande spécialement Hakodaté à lattention de V. G., et, sil mest permis dexprimer mes désirs. si V. G. juge à propos de faire quelque commande pour nous, je désirerais une église dans les proportions indiquées plus haut, style gothique (mais simple, du XIIIe siècle) et non le style flamboyant des siècles suivants, ou tout au moins le style roman. Jajoute, avec voûtes, car, autant quil men souvient, N. D. des Champs na pas de voûtes, le toit orné est à découvert.

    Ma lettre à M. Rousseille précédant la vôtre ou tout au moins laccompagnant, ce cher Monsieur pourra immédiatement aller aux informations et faire les commandes que V. G. pourra lui signaler et dans les conditions quelle ne manquera pas de lui indiquer. Car il est bien entendu que, sil ny avait pas avantage notable à la chose dans les prix et dans les facilités de paiement, il vaudrait mieux agir comme par le passé. Je nai pas besoin de dire quelle précieuse ressource nous trouverions à user de ce moyen de nous procurer les constructions qui nous sont nécessaires, si les renseignements que je transmets sont exacts. Si V. G. juge à propos de faire une commande (conditionnelle, bien entendu) pour nous, je vous prie de vouloir bien men donner connaissance ; jai à battre monnaie, et, M. Fabre mayant promis 500 piastres quand nous construirions, jai garde de le laisser partir pour lEurope sans lui faire verser sa monnaie. Il doit partir au mois de septembre ou octobre, la chose est donc durgence, et il ne voudra pas donner sil ne voit pas notre travail commencé.

    V. G. nous viendra-t-elle cette année ? Je le désire ardemment et jen ai besoin. Tout va bien, ici surtout ; avec la liberté, je crois que nous ne manquerons pas dâmes disposées à sinstruire et à embrasser la vérité. Mon jeune homme continue à venir, mais, obligé de sabsenter, il ne peut pas venir compléter son instruction ; sil aboutit, ce sera une précieuse ressource. Nous avons un petit adopté de neuf ans ; il est intelligent, nous lélevons à la chrétienne. Nous pourrions en avoir encore dautres, mais je crains dattirer les regards sur nous. Lenfant nous appartient, jai un acte en règle. Je crois que cest un bon moyen de nous préparer de longue main des catéchistes.

    Le malheureux Hyakumatsu refuse de revenir à Hakodaté ; Fitz-Gerard mécrit et me récrit quil se conduit bien dailleurs ; je le souhaite, sans trop y compter. Que Dieu ait pitié de lui !

    Armbruster.

    Hakodaté le 2 Février 1871.

    Monseigneur,

    La malle américaine, (car elle vient aussi chez nous), ma apporté votre lettre en date du 24 décembre. Conformément à votre recommandation, je mempresse dy répondre. V. G. me demande ce que je pense de notre établissement de Hongkong, et veut bien attendre ma réponse. Deux hypothèses, me dites-vous ; la première serait le maintien de létablissement, mais à la condition essentielle de trouver une habitation plus saine, mais alors à des conditions onéreuses, matériellement parlant. Sans doute, Si pour lavenir de la mission la chose était indispensable, il faudrait prendre ce parti. A mon avis, cependant, il ne lest pas, grâce à Dieu. Outre que ce parti ne suffirait peut-être pas à ramener la santé au milieu de nos chers proscrits, il entraînerait des dépenses qui, dans les conditions financières présentes de la Mission, seraient peut-être trop peu en rapport avec nos ressources. Le loyer seul de la maison, me dites-vous, serait au moins de 70 ou 80 dollars, cest donc 8 ou 900 dollars par an ; plus la nourriture et les vêtements, on nirait pas loin de 2.000 dollars. Mais alors que faire ? Vient la seconde hypothèse : envoyer à Pinang ceux qui ont déjà commence des études de latin ou qui en sont capables. A cela je ne vois aucune difficulté, aucune charge pour la Mission, et, si le flot de la persécution emporte les autres, ce sera autant de sauvé. Quant au reste, maître et élèves, ils ne vous sont daucune utilité à Nagasaki, puisque vous pouvez en avoir dautres à votre gré. Envoyez-les donc à Yokohama, où leur rapatriement sera moins coûteux et moins dangereux ; puis, de Yokohama on pourra facilement les disperser où besoin il y aura. Pour notre part nous pouvons utilement et sans danger en prendre trois, et même plus ; ils trouveront deux bons et fervents compagnons. Jai même promis à Zenkichi, en récompense, de demander Isaburô, son frère, pour Hakodaté. Il mérite cette consolation. car lui et Toku continuent à nous contenter. Je nai pas besoin de dire que ce dernier parti aura lavantage de rendre deux missionnaires au Japon. V. G., dailleurs, a compris quun plus long séjour du P. Laucaigne à Hongkong nétait pas possible, sans danger pour sa santé et sa vie. Ce cher Père dans une lettre, venue en même temps que celle de V. G., me dit son espérance de retourner à Nagasaki au printemps et me donne son bulletin de santé qui ne fait que confirmer nos appréhensions. Quant à M. Midon, la Providence lui trouvera sa place, soit que lon aille à Niigata, soit même que V. G. juge à propos daccueillir une affaire, dont il est de mon devoir de lui parler maintenant.

    Il y a quelques jours, un officier de Sendai est venu nous demander, nous a-t-il dit, par ordre de son prince et sur la recommandation de quelque officier du même clan que jai connu ici, si nous ne voudrions pas aller nous fixer dans leur pays, à la capitale, pour y tenir un collège. Jai accueilli, bien entendu sous la réserve expresse de votre approbation, cette demande, dont lexécution nous serait, à mon avis, si avantageuse. Car cette province de Sendai fut jadis un centre de chrétiens, et, si jen crois mes renseignements, il y en aurait encore beaucoup. De plus, ce nouveau poste nentraînerait pour nous aucune dépense ; les Japonais fourniraient à tous nos besoins, et lofficier me demandait même sil ne nous faudrait pas un Européen ou un Chinois pour nous faire la cuisine. Il ma toutefois avoué que létat, en lequel le gouvernement les a réduits après la guerre, ne leur permettrait pas sans doute de nous donner de bien gros émoluments. Jai répondu que nous ne faisions pas plus commerce de science que dautre chose. Voilà où en est laffaire. Il doit donner réponse à son prince, et lui-même doit se rendre à Yedo, pour demander au gouvernement du Mikado les autorisations nécessaires pour deux dentre nous daller nous fixer en leur pays en qualité de professeurs. Il ne doute pas du consentement du gouvernement, mais moi jen doute. Si donc V. G. approuve et le gouvernement consent, au printemps prochain deux dentre nous partiraient avec lui de Hakodaté pour son pays à une centaine de lieues dici, 150 de Yokohama. Fiat ! car cest une mission pleine despérance. Je prie V. G. de me dire ce quelle en pense et la conduite que je dois tenir dans les négociations ultérieures de cette affaire. Dailleurs, avant son exécution, jespère avoir le bonheur de voir V. G.. Je vous prie néanmoins de ne pas considérer la chose comme conclue, je nose même trop croire à sa réalisation. Sil le faut, je crois que nous pourrons également pourvoir ce poste en vue, aussi bien que Niigata, si V. G. se décide à envoyer quelquun en cette dernière localité. Nous sommes 16 dans la mission, y compris V. G., 3 à Yokohama, 2 dans les autres postes, cela fait 12, il en reste donc 4 pour les nouveaux postes. Jattends sur cela une réponse.

    Jajouterai même quil est question de nous demander également, pour tenir un collège au Tsugaru, près dici. Il y eut aussi des chrétiens en ce pays. Jaccueille les propositions également sous condition ; si une affaire manque, lautre peut-être réussira t-elle. Mais, rien ne nous étant venu encore officiellement du gouvernement de ce pays, je ne my arrête pas pour le moment; ce ne sont que des pourparlers. Néanmoins V. G. comprendra que jai besoin dinstructions longues et bien déterminées, afin que je ne me trompe pas sur ses intentions, sil y a lieu de donner suite à ces affaires.

    A part ce qui précède, rien de nouveau ici. Nous navons pas encore pu connaître la résidence des descendants danciens chrétiens, que lon dit habiter les environs. Le hasard a amené chez nous une partie des convertis russes. Ce que jen ai vu, sils sont instruits, fervents et zélés, est un beau début ; ce qui me donne lieu de craindre dêtre précédé par eux dans nos découvertes futures. Il y a parmi eux des officiers en médecine, de Sendai, mais nous, sur les lieux, si la chose se réalise, serons plus à même de réunir les brebis errantes sous la houlette du Bon Pasteur. Ici, nous navons toujours rien, et peu despoir davoir quelque chose avant longtemps.

    Eh bien donc ! me voilà vieux pour tout de bon, puisque tout le monde me le dit, V. G. y compris. Il faut bien que je le croie ; dailleurs je ne suis plus jeune, japproche de mon trentième printemps. Je lavoue, sans nous imposer des privations, notre table nest rien moins que recherchée ; la viande, quand il y en a, souvent ne vaut pas grandchose. Quant au pain, nous en mangeons habituellement, bien quil nous coûte horriblement cher. Malgré nos économies, nos dépenses sélèvent bien haut depuis quelque temps, et voici pourquoi. Nous navions pas payé notre rente (année 69), il nous a fallu la payer en octobre dernier. A la même époque, la maison Fabre, qui depuis longtemps nous avançait largent qui nous était nécessaire, a réglé notre compte ; il remontait à plus dune année. Je dois payer ces jours-ci notre rente (année 70), les officiers étant venus nous la réclamer ; autant encore à solder. De plus, il nous faut vivre et les fournitures européennes nont pas augmenté de prix, mais les japonaises ont doublé et triplé, v. g. : il y deux ans, nous avons brûlé pour 8 ryos de bois ; cette année, la même quantité nous coûte 30 ryos, et cependant nous nallumons quun poêle ; jhabite la chambre de M. Pettier. Je sais, dailleurs, que M. Evrard, avec sa bâtisse, a peine à joindre les deux bouts. Cela me contrarie, mais je ny puis rien ; tout marrive en même temps. Dailleurs, nos dépenses en 69 et 70 avaient été relativement très minimes, aussi les arriérés sont-ils considérables. Mon voyage à Niigata n a rien coûté à la Mission ; mon séjour de trois mois a coûté environ 60 ryos (je tenais ménage). Voilà un petit aperçu de notre état matériel. Néanmoins je prie V. G. de se tranquilliser sur létat de ma santé ; en dépit des petits ennuis que je trouve sur mon chemin, comme tout le monde, je me porte à merveille, et, depuis près dun an, je ne crois pas avoir dû maliter même pour quelques heures. M. Pettier nest pas moins favorisé que moi sur ce point, et nos enfants ont de la santé à revendre. Du reste, ici, personne nest malade, le climat est froid, mais sain, et je vous conseille dy envoyer tous nos malades.
    Après réflexion, je modifie mon opinion relativement à lenvoi des élèves de latin au collège de Pinang, dans le cas où la chaleur serait à craindre pour leur santé ; ici, et ailleurs du reste, nous serons très heureux de leur consacrer nos trop nombreux loisirs. Taku et le petit adopté ont ici déjà fait quelques progrès dans cette étude.

    Armbruster.

    Yedo le 17 Octobre 1871.

    Monseigneur,

    M. Florent veut bien se charger de quelques oignons de lys que jai trouvés par hasard dimanche dernier. Les deux gros sont des shiro kanoko. Le jardinier de Yokohama les cotait 1 bou par oignon. Les autres, je nen sais pas le nom ; ils nétaient pas étiquetés et le vendeur na pu me donner aucune indication. Je regrette de navoir que cela à envoyer.

    Jai oublié dans ma dernière lettre de prévenir le procureur dune petite traite de 10 piastres, montant de fournitures de pain, graisse et autres, que jai dès le commencement prises chez le boulanger.

    Jespérais avoir le plaisir dannoncer à V. G. que je suis sur le point daller habiter la maison du kome gaishô. M. Siber la achetée et me la loue par lentremise de Schnell. Aujourdhui le contrat devait se conclure à la douane, mais Schnell a la malchance davoir de malencontreux visiteurs. Je ne désespère donc pas davoir le plaisir de pouvoir vous offrir, ainsi quau cher Père Mounicou, une maison un peu plus confortable, et dêtre en état de tenter avec plus de sécurité quelque travail. Dans le cas où M. Mounicou ne viendrait pas demain à Yokohama, faites-le moi donc savoir, je retarderais mon voyage à Yokohama dun jour ou deux pour me trouver à son arrivée le mercredi suivant.

    En tout cas, je souhaite la bienvenue à notre cher Provicaire, et prie V. G. dagréer mes bien respectueuses salutations.

    Armbruster.

    Yedo le 21 Octobre 1871.

    Monseigneur,

    Jai reçu, mais trop tard, votre lettre pour Niigata ; elle ne mest parvenue que jeudi, et lofficier, qui devait être porteur, était déjà parti. Nayant pas reçu contre-ordre, je vous arriverai demain probablement par le Komei. Pas moyen de songer à avoir le Kome gaischô ; Schnell, qui soit-disant avait tout pouvoir de le louer à son gré, a été averti par les nouveaux acquéreurs, quils en veulent 70 piastres par mois. Les travaux de la maison en construction sont commencés.

    Mon université paraît en bonne voie de se fonder. Le Tokeifu 1 a accepté avec plaisir la demande dautorisation. Cette demande dautorisation doit être confirmée aujourdhui par le Gaimushô 2 Jaurai la direction des études ; cest un marchand qui fait les frais. Hier jai dû faire le règlement ; hélas ! si à létude et au délassement javais pu joindre la prière ! Mais cela viendra peut-être. Le gouvernement ayant nettoyé tout un quartier mal famé près de Tsukiji, cest là que, à défaut dautre endroit, mes Japonais établissent lécole, dans une magnifique maison à thé. Comme les propriétaires du quartier emportent les maisons avec la marchandise, nous serons bientôt isolés et aurons de grandes cours sur les terrains environnants, que lon est en train de déblayer. Les Japonais comptent pour bientôt sur un grand nombre délèves et ils parlent de construire alors un établissement en règle. Ils cherchent pour commencer un professeur dAnglais. Jai pensé à Fitz-Gérard qui est sur le pavé. Sil veut consentir à être sage, la chose est faisable. Par conséquent, je voudrais le voir dès demain soir, car après demain matin un des fondateurs de lécole viendra à Yokohama chercher la réponse... Voilà les rêves, ils vont encore plus loin ; mais si tout dun coup le Gaimushô refuse son autorisation, adieu alors veau, vache....

    A demain donc, Mgr, et toujours in Corde Xti.

    Armbruster.
    _____________________________________________________________________
    1) Le préfet de Tokio 2) Le Ministre des Aff. Etr.


    Yedo le 13 Novembre 1871.

    Monseigneur.

    Jai reçu votre lettre ; quelque agréable quelle mait été, elle na pas compensé votre absence. Néanmoins, Deo gratias ! V. G. nous reste, et nous sommes gens de revue. Enfin, le coup désiré a été porté, et nos enfants reviennent de Pinang. Jamais je nai dit un mot pour ou contre leur envoi au Collège Général ; ce nétait pas mon affaire, et je sais, par expérience, combien parfois on est contraint de prendre des décisions que lon regrette. Mais leur rappel ne me laisse pas aussi indifférent, et la joie quil me cause sera partagée par beaucoup, sinon par tous. Lindécision, dans laquelle se trouve V. G. relativement à leur destination future, meffraie et, je lavoue, me peine quelque peu. Je le sais, je me pose en partie intéressée, et, je le dois dire, au plus haut degré. Quelque indigne et incapable que jen sois, jaspire de tout mon cur à lhonneur et au bonheur dinitier ces chers enfants aux études philosophiques et théologiques, bien entendu après lachèvement de leurs autres études préliminaires, et de les préparer sous vos yeux et sous votre direction à notre sacerdoce. Oh ! oui, à ce prix, je serais heureux de faire tous les sacrifices, même celui de redevenir procureur. Dailleurs, ici, je serai installé à temps et convenablement et pourrai les recevoir quand il plaira à V. G..

    Je sais, mieux que tous, combien nos confrères de Nagasaki sont plus dignes et plus capables pour mener à bonne fin cette entre-prise. Mais, croyez-vous que leur rappel en ce port soit prudent, car, enfin, ce nest pas à la légère et sans quelques raisons, quelque exagérées quon les suppose, que par deux fois on a cru devoir les arracher pour leur procurer un asile plus sûr. Et quelles que soient nos espérances, serait-il sage de concentrer sur un même point toutes nos uvres, de manière que les Japonais puissent en un seul coup tout détruire ? Lentretien des chrétientés existantes, la formation de quelques catéchistes, tout cela ne suffit-il pas à attirer sur nos confrères de Nagasaki lattention et, à Dieu ne plaise ! de nouveaux malheurs ? Et, si le bon Dieu permettait de nouvelles ruines, ne serions-nous pas heureux davoir pu, loin de la tempête, préserver lavenir de notre sacerdoce et la préparation de notre apostolat ?

    Si le bon Dieu nous a moins favorisés que nos confrères de Nagasaki et dOsaka, qui puisent dans leurs relations journalières avec les chrétiens des consolations à nous autres inconnues, ne pouvons-nous pas désirer des compensations si faciles et si utiles à la fois ? Et puis, nest-il pas naturel que ces enfants, que, Dieu aidant, vos mains consacreront un jour au service des autels, soient élevés sous vos yeux et apprennent dans un contact fréquent à connaître, à estimer et à aimer leur Evêque ?

    Je pourrais trouver dautres raisons à lappui de ma thèse et prouver lopportunité et même lutilité dappeler nos enfants soit à Yedo, soit à Yokohama.

    Si, à Nagasaki, on a pu avoir 30 et 40 enfants à la fois, à Yokohama on peut bien, sans danger, avoir la moitié de ce personnel. Nous avons des chambres inoccupées, voilà qui ferait bien un séminaire. Vous le voyez, Mgr, votre condescendance à me consulter sur bien des choses ma rendu presque audacieux cette fois, audacieux même à ce point de dire que, si javais à décider le sort de nos enfants de Pinang, Nagasaki ne viendrait, dans mes préférences pour ce projet, quau dernier rang. Mais cen est trop ; dailleurs, sil plait à V. G.. nous en reparlerons à loisir... On dit encore que mon Université va souvrir ; jai reçu le règlement imprimé. On annonce beaucoup délèves. Il paraît que le gouvernement a promis de donner, ces jours-ci, les autorisations nécessaires.

    Il ne faut pas compter sur le Père Patriat avant dimanche ; hier Chiba la émerveillé, nous y retournerons encore. Nous comptons sur V. G. et sur le P. Marin (avec ses fromages), mais pas ensemble, car ma literie serait par trop insuffisante. A bientôt, et toujours in Cordibus Jesu et Mari, Humillime tuus

    Armbruster.

    Yedo le 24 Novembre 1871.

    Monseigneur,

    Ce nest pas sans crainte que jenvisage mon retour projeté à la procure, et, si je nécoutais que mes répugnances, jaurais peine à faire ce sacrifice. Maintes fois V. G. ma exprimé ses désirs et jai dit mon fiat. Du moins, Mgr, si je fais cela en sacrifice de mes goûts et de ma volonté, laissez-moi vous demander que ce sacrifice ne soit pas sans utilité pour la Mission. Oubliez un instant ma personnalité et, nenvisageant que les intérêts de notre chère Mission, laissez-moi vous dire combien il importe, 1º que le procureur soit vraiment procureur et en exécute tous les devoirs, à lexclusion de tout autre. Cette exclusion ne porte pas sur le Vicaire Apostolique : je noublie pas que le procureur nest que son mandataire dans les affaires temporelles de la Mission, et je puis appeler ma conduite passée à lappui de cette remarque ; 2º quil y ait un règlement uniforme qui règle les dépenses de tous, laction des chefs de poste et leurs relations avec le procureur et vice versa. Létat financier de la Mission est bon, sans doute, mais est-il bien à labri de toute catastrophe et en rapport avec les exigences dun avenir en prévision ? Quun incendie arrive et consume en quelques heures les ressources de la Mission ; que les locations cessent seulement en partie, ou que les rentrées ne se fassent pas (le cas est loin dêtre chimérique), les ressources désormais amoindries de la Propagation de la Foi suffiront-elles à nous entretenir ? Ne faudra-t-il pas toucher à nos réserves, les absorber, et, qui sait ? peut-être nous endetter ? Sans doute, il faut compter sur la Providence, mais serait-ce par hasard pour nous une raison de nous dispenser de pratiquer lordre et léconomie ? Et puis, lavenir ? Ayons la liberté, et nous laurons un jour, bientôt peut-être, alors il nous faudra multiplier nos uvres, le nombre des missionnaires sera bientôt doublé et triplé, et nos ressources croîtront-elles dans les mêmes proportions ? Il sagit donc, par une sage économie, de faire largement face à tous nos besoins présents, de se mettre à même dobvier à tous les accidents et dêtre prêts pour lavenir. Un procureur doit être comme une barre de fer emmiellée, si V. G. me permet cette comparaison. Le miel, voilà pour les formes, mais dans lapplication des principes, cest le fer. Et, si lon veut le plier, on le brise. Dailleurs, la voie des concessions est une voie malheureuse, elle conduit à labîme. Une concession en entraîne une autre et un dernier refus, par cela même quil a été précédé de nombreuses concessions, fait plus de mal quun premier refus. Si je suis procureur, je le veux être dans toute létendue du terme, et je ne consens nullement à en céder quelque chose. Sil sagit de constructions, jabandonnerai le soin den faire les plans et den diriger lexécution à de plus capables que moi, mais, quant à ce qui est du contrat, de la quantité dargent à donner et du temps où le donner, je me le réserve et je ne reconnais à personne le droit dengager à mon insu et contre mon gré les intérêts de la caisse que je défends. M. Un Tel sera architecte, mais entrepreneur jamais ! Si dans lexercice de quelques-unes de mes fonctions, je ninspire pas la confiance nécessaire, alors je nai que faire dêtre procureur. Ou je suis capable ou je ne le suis pas; si je le suis, quon sen rapporte à moi, sinon quon sadresse ailleurs ! Ainsi donc, si je reviens à la procure, je demande un règlement écrit de V. G., dont le premier article minterdira la reconnaissance de tout engagement pécuniaire contracté par un tiers sans ma participation. Au commencement, il y aura des orages, mais, fort de lappui de V. G., je les braverai, et lorsque jaurai tenu tête quelque temps, je finirai par rester maître de la position, c.à d. maître de procurer les intérêts de la Mission. On en appellera à V. G.. Quel malheur si elle venait à céder et à sacrifier du même coup et le procureur et son autorité et les intérêts quil défend ! Sans doute, ce sera à elle de verser de lhuile dans la plaie, mais rien de plus. Dailleurs, Mgr, votre procureur ne fera rien que de votre avis, et il abritera sous sa responsabilité apparente vos propres décisions.

    Vous le voyez, Mgr, jy vais franchement ; cest le moment de tout dire ; ma lettre, dailleurs, na dautre confident que V. G. et tout au plus votre grand Vicaire. Voilà comment jenvisage la position et ce que jy ferai. Et, Dieu aidant, avec une sage économie, tous les ans je naurai pas de peine à mettre de côté une somme bien ronde pour parer aux accidents et fournir aux besoins de lavenir. En tout cela, je le répète, je mettrai le miel de la douceur dans la forme, pour le fond je serai raide comme une barre de fer. V. G. seule pourrait me plier, mais ce serait pour me briser. Y consentira-telle ? Ah, il men coûte décrire ces choses et même dans notre intimité je ne me suis jamais senti le courage de les dire.

    (A suivre)

    1928/69-85
    69-85
    Armbruster
    Japon
    1928
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